La Marseillaise : Pouvez-vous nous donner quelques détails sur le concert de ce vendredi ?
Bachar Mar-Khalifé : On sera trois sur scène. Moi, je serai au piano, au chant et aux percussions. Il y aura également mon bassiste, qui fait aussi de la contrebasse, ainsi que mon batteur, qui fera également des percussions. On va jouer les sept morceaux de l’album consacré à Christophe, (sorti le 18 septembre), mais aussi d’autres compositions plus anciennes.
Quelle importance accordez-vous à la scène ?
B.M.-K. : J’ai arrêté la scène pendant deux ans, à cause de la fatigue et de questionnements. ça m’a permis de réaliser que la musique n’éclôt seulement que lorsqu’elle est écoutée sur scène. Pour moi, la scène, c’est un lieu de vie et d’inattendu qui permet de créer un lien direct, d’autant plus important à notre époque où tout est fait pour casser les liens entre les gens. C’est dur de mettre des mots, mais quand on monte sur scène, on se rappelle directement pourquoi c’est aussi important.
Pouvez-vous revenir sur votre rencontre avec Christophe ?
B.M.-K. : Quand j’ai rencontré Christophe, je n’étais pas du tout un expert de son œuvre. On s’est rencontrés par hasard dans des soirées musicales, on s’est directement bien entendus et on a parlé du Liban, où il avait réalisé plusieurs concerts. On a ensuite fait et écouté de la musique chez lui. Puis ,en 2018, on m’a proposé une carte blanche pour composer un morceau que l’on a enregistré en duo, Jnoun, et que l’on a performé. Musicalement, on se rejoint sur beaucoup de points. Beaucoup de mélancolie, de nostalgie et un certain soin du silence.
Comment avez-vous sélectionné les titres réinterprétés sur l’album ?
B.M.-K. : J’ai tout écouté et j’ai choisi des titres qui me permettaient d’exprimer mon parcours, ma vie. On peut pas reprendre une chanson et parler de quelque chose qui ne nous regarde pas. Dans Les Paradis perdus, je parle de mes propres paradis perdus et je pense que l’auditeur se réfère aussi au sien en écoutant.
Comment, justement, ce parcours s’exprime-t-il dans votre musique ?
B.M.-K. : Ça part toujours de quelque chose de vécu que je souhaite exprimer, dans mon enfance au Liban, dans mes cultures qui s’entrechoquent… Mais au final, tout cela n’est peut-être qu’une excuse pour exprimer la musique, qui en fait nous dépasse et nous rassemble dans ce dépassement.
Comment la guerre et les bombardements israéliens au Liban influencent-ils votre musique ?
B.M.-K. : Ça ne joue pas seulement musicalement, mais ça impacte aussi mon quotidien et celui de milliers de Libanais, de Syriens et de Palestiniens. Les bombardements quotidiens sur le sud Liban, ce n’est pas seulement une violence physique ou géographique, mais également psychologique. Des villages entiers sont rayés de la carte. C’est notre histoire, notre amour de la paix qui est menacé de s’effacer. Peut-être que certains métiers comme la musique permettent de résister face à cet effacement. La musique, c’est une trace et j’espère que chaque note laisse une trace chez mes auditeurs afin de lutter, à ma manière, contre l’effacement et la sauvagerie.

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