Tag: Musique

  • Silence ! la caméra du vague à l’âme tourne

    Silence ! la caméra du vague à l’âme tourne

    Dans « Roma », publié en 1982, Colette Fellous s’abandonnait au hasard des lieux et des rencontres. À l’époque de la sortie de cette première œuvre, on écrivait que l’atmosphère y était érotique et énigmatique. Quarante-quatre ans plus tard, elle revient dans la capitale italienne, dont Alberto Sordi disait qu’elle était un grand musée à traverser sur la pointe des pieds. Sordi, qui commença sa carrière d’acteur comme figurant à Cinecittà, rivale d’Hollywood. Ça tombe bien, dans Via Veneto, son nouveau récit autobiographique, l’autrice nous entraîne sur les traces du cinéma italien des années 1960, dont les thèmes principaux sont la cruauté, la dérision, la tragédie, la farce, l’aliénation urbaine, la folie des institutions, la corruption ; et les réalisateurs emblématiques : Fellini, Antonioni, Visconti, Pasolini, et autres.

    Un scénario à soi

    Parsemée de photographies en noir et blanc, couleurs nostalgiques qui nous relient au passé, cette errance dans la mémoire et la Rome d’autrefois, où l’on entend en bruit de fond la musique de Gino Paoli ; où la protagoniste suit un inconnu et se laisse emporter par lui ; où l’on s’écrit un scénario pour se jouer à soi-même une fiction, entre le dramatique et le romanesque ; où l’on fourre la réalité dans ses rêves, parce qu’ils sont la meilleure des cachettes ; où l’Italie n’est plus un pays mais un sentiment ; où les mots sont devenus des yeux, éclipse, par sa singularité, nombre d’ouvrages de cette rentrée littéraire. Un livre palpitant de sensations, peuplé d’images et de pensées. Il s’y dégage l’émotion que Colette Fellous s’était certainement promis de faire naître en nous.

    Gallimard, 19 euros

  • [Entretien] Bachar Mar-Khalifé : « Ma musique me permet de lutter contre l’effacement »

    [Entretien] Bachar Mar-Khalifé : « Ma musique me permet de lutter contre l’effacement »

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous donner quelques détails sur le concert de ce vendredi ?

    Bachar Mar-Khalifé : On sera trois sur scène. Moi, je serai au piano, au chant et aux percussions. Il y aura également mon bassiste, qui fait aussi de la contrebasse, ainsi que mon batteur, qui fera également des percussions. On va jouer les sept morceaux de l’album consacré à Christophe, (sorti le 18 septembre), mais aussi d’autres compositions plus anciennes.

    Quelle importance accordez-vous à la scène ?

    B.M.-K. : J’ai arrêté la scène pendant deux ans, à cause de la fatigue et de questionnements. ça m’a permis de réaliser que la musique n’éclôt seulement que lorsqu’elle est écoutée sur scène. Pour moi, la scène, c’est un lieu de vie et d’inattendu qui permet de créer un lien direct, d’autant plus important à notre époque où tout est fait pour casser les liens entre les gens. C’est dur de mettre des mots, mais quand on monte sur scène, on se rappelle directement pourquoi c’est aussi important.

    Pouvez-vous revenir sur votre rencontre avec Christophe ?

    B.M.-K. : Quand j’ai rencontré Christophe, je n’étais pas du tout un expert de son œuvre. On s’est rencontrés par hasard dans des soirées musicales, on s’est directement bien entendus et on a parlé du Liban, où il avait réalisé plusieurs concerts. On a ensuite fait et écouté de la musique chez lui. Puis ,en 2018, on m’a proposé une carte blanche pour composer un morceau que l’on a enregistré en duo, Jnoun, et que l’on a performé. Musicalement, on se rejoint sur beaucoup de points. Beaucoup de mélancolie, de nostalgie et un certain soin du silence.

    Comment avez-vous sélectionné les titres réinterprétés sur l’album ?

    B.M.-K. : J’ai tout écouté et j’ai choisi des titres qui me permettaient d’exprimer mon parcours, ma vie. On peut pas reprendre une chanson et parler de quelque chose qui ne nous regarde pas. Dans Les Paradis perdus, je parle de mes propres paradis perdus et je pense que l’auditeur se réfère aussi au sien en écoutant.

    Comment, justement, ce parcours s’exprime-t-il dans votre musique ?

    B.M.-K. : Ça part toujours de quelque chose de vécu que je souhaite exprimer, dans mon enfance au Liban, dans mes cultures qui s’entrechoquent… Mais au final, tout cela n’est peut-être qu’une excuse pour exprimer la musique, qui en fait nous dépasse et nous rassemble dans ce dépassement.

    Comment la guerre et les bombardements israéliens au Liban influencent-ils votre musique ?

    B.M.-K. : Ça ne joue pas seulement musicalement, mais ça impacte aussi mon quotidien et celui de milliers de Libanais, de Syriens et de Palestiniens. Les bombardements quotidiens sur le sud Liban, ce n’est pas seulement une violence physique ou géographique, mais également psychologique. Des villages entiers sont rayés de la carte. C’est notre histoire, notre amour de la paix qui est menacé de s’effacer. Peut-être que certains métiers comme la musique permettent de résister face à cet effacement. La musique, c’est une trace et j’espère que chaque note laisse une trace chez mes auditeurs afin de lutter, à ma manière, contre l’effacement et la sauvagerie.

  • Tous en Sons, le festival qui fait vibrer l’imaginaire des jeunes

    Tous en Sons, le festival qui fait vibrer l’imaginaire des jeunes

    Pour Laurence Hébard, directrice du festival Tous en Sons, impossible de fermer les yeux sur les difficultés traversées par la jeunesse du pays. « On est solidaire du mouvement et on veut servir d’appui », insiste-t-elle.

    Dans ces « temps anxiogènes », la Compagnie Clandestine, dirigée par Marie Salemi, a souhaité « travailler sur les peurs et les chanter ensemble, car chanter fait du bien », explique cette dernière. Le spectacle Même pas peur, destiné aux enfants à partir de 3 ans, sera présenté à Marseille, Lourmarin et La Tour-d’Aigues.

    Pensé pour être partagé en famille, Tous en Sons proposera cette année 30 représentations de 11 spectacles dans 14 lieux, de Marseille au sud du Luberon. Sensibilisation à l’environnement, réflexion sur le jugement et les émotions, développement de l’imaginaire : la programmation entend contribuer à l’épanouissement des plus jeunes. « En termes de développement du cerveau, la pratique et même l’écoute de la musique est essentielle pour les enfants », assure Laurence Hébard.

    Triple lauréat des Victoires du Jazz, Vincent Peirani présentera, le 4 décembre, un spectacle inédit au Cepac Silo, dans le cadre d’un partenariat avec le festival Marseille Jazz des Cinq Continents. Accompagné d’un chœur d’enfants et d’un chœur d’adultes, l’accordéoniste proposera une adaptation musicale du célèbre roman suédois Ronja, fille de brigand.

    Une expérience pour tous les sens

    La musique rencontrera également le goût et l’odorat avec un DJ set gourmand organisé au Mucem et également De bouche à oreille, un spectacle sonore et visuel à déguster proposé par la compagnie Le Grand Chahut Collectif à la médiathèque Les Carmes de Pertuis.

    De son côté, Sébastien Béranger explorera les frontières du visible dans un spectacle présenté au Pic Télémaque. L’artiste entend, selon ses propres mots, « récupérer les ondes électriques de nos objets du quotidien et les faire basculer dans le monde musical ».

    Malgré une baisse de certaines subventions, notamment de la Sacem, de la Ville d’Aix-en-Provence et de la Métropole, qui a conduit à réduire la voilure par rapport à l’édition précédente, Laurence Hébard se veut confiante sur le futur du festival : « La mairie de Marseille et le Département, notamment, souhaitent pérenniser leurs partenariats et, en parallèle, on va réinventer de nouvelles formes de spectacle. »

    Programmation complète
    et tarifs sur le site tousensons.fr

  • [Insolite] Le communiste Fabien Roussel dans un clip de Jul

    [Insolite] Le communiste Fabien Roussel dans un clip de Jul

    Apparition surprise dans le dernier clip du rappeur star marseillais Jul : une affiche du candidat communiste à la présidentielle.

    Le tournage du clip a eu lieu mi-septembre à Nanterre dans le quartier des Pâquerettes. Une ville populaire des Hauts-de-Seine à forte tradition communiste.

    Le secrétaire national du PCF s’est amusé de figurer dans les images d’un extrait du clip posté en avant-première sur le web en réagissant depuis le réseau social X (ex-Twitter) : « Je ne pensais pas faire une apparition dans un clip de Jul un jour ! Merci aux camarades du 92 et bravo pour votre détermination, on continue ! ».

    L’histoire ne dit pas si l’idole née à Saint-Jean-du-Désert qui avait été le porteur de la flamme olympique lors de son arrivée à Marseille aura droit à sa réf’ lors du prochain meeting du communiste.

    Le J c’est le F ?

  • Excellence mais aussi ouverture au programme du Conservatoire de Toulon

    Excellence mais aussi ouverture au programme du Conservatoire de Toulon

    Sans vouloir se défaire de ses ambitions d’excellence en permettant aux plus talentueux de percer dans leur art, le Conservatoire TPM affiche en plus l’ambition de dépasser l’image d’un établissement réservé à une minorité d’élèves particulièrement doués. Et de poser que même si la formation de haut niveau reste une priorité, elle ne doit plus constituer l’unique horizon de l’institution.

    « Il faut aussi être capable de s’ouvrir aux amateurs », souligne Laurent Isnard, vice-président de la Métropole chargé de la Culture. Pour l’élu, le conservatoire doit à la fois continuer à former de futurs professionnels, accompagner les pratiques amateurs et contribuer à former le public de demain. Une évolution qui suppose de sortir d’une conception exclusivement académique de l’enseignement artistique pour aller davantage à la rencontre des habitants.

    Avec 3 300 élèves inscrits, 200 professeurs, une centaine d’agents et environ 80 disciplines réparties sur le territoire métropolitain, l’établissement dispose déjà d’un maillage important. Ses 11 centres de référence permettent de déployer l’enseignement dans plusieurs communes. Mais l’ouverture se joue aussi en dehors de ses murs, notamment auprès des jeunes.

    C’est l’un des axes défendus par la Métropole : rapprocher l’enseignement artistique des établissements scolaires et des quartiers, afin que la découverte de la musique, de la danse ou du théâtre ne dépende pas uniquement des habitudes culturelles des familles.

    Cirque et hip-hop

    Le conservatoire intervient ainsi dans les écoles, les collèges et les lycées, ce qui permet à 5 000 élèves d’en bénéficier, avec des musiciens qui viennent auprès des enfants pour leur faire pratiquer la musique, chanter ou participer à des orchestres à l’école. D’autres actions les préparent à assister à des spectacles, dans le cadre de ce que l’établissement appelle « l’école du spectateur ».

    L’objectif est de créer un premier contact avec les œuvres et les artistes, puis de donner envie aux jeunes de poursuivre cette découverte. En partant du principe qu’une représentation peut devenir le point de départ d’une pratique artistique ou d’une curiosité durable.

    L’ouverture passe aussi par les disciplines enseignées. À la rentrée, le conservatoire a introduit le hip-hop dans son offre de danse, aux côtés du classique, du jazz et du contemporain.

    Une classe à horaires aménagés consacrée à la musique et aux cultures urbaines a également été ouverte au collège Django-Reinhardt, à Toulon. Cela traduit la volonté de reconnaître des pratiques artistiques qui occupent une place importante dans la vie culturelle des jeunes, mais qui ont longtemps été absentes des parcours traditionnels des conservatoires.

    Pour Laurent Isnard, elles doivent trouver leur place dans l’enseignement public de la culture. L’enjeu est aussi de favoriser les croisements entre disciplines. Le hip-hop dialogue ainsi avec le cirque, tandis que la danse, la musique et le théâtre peuvent se nourrir mutuellement dans des projets collectifs.

    Le développement de l’enseignement du cirque par le Conservatoire TPM permet précisément de réunir danseurs, comédiens et musiciens autour de créations communes, explique le directeur du conservatoire Robert Llorca. Et illustre une conception plus transversale de la formation artistique, dans laquelle la rencontre et le collectif comptent autant que la maîtrise technique.

    « Il faut préparer le public, il faut aider les amateurs, tout en permettant aussi à certains d’en faire leur métier », résume Laurent Isnard. Une volonté d’ouverture qui se retrouve dans la programmation du conservatoire.

  • Un festival à mission

    Un festival à mission

    Le Festival de Pâques, créé en 2013, a été voulu par ses concepteurs, le violoniste Renaud Capuçon et Dominique Bluzet, directeur du Grand Théâtre de Provence comme le Salzbourg français. Un festival d’opéra l’été, doublé d’une manifestation musicale au printemps. Non seulement ça tenait sur le papier mais 14 ans plus tard, la réalité a dépassé les espérances. Le CIC, partenaire de la première heure assure l’intendance.

    Cette 14e édition célébrera deux anniversaires. En premier lieu, année Beethoven oblige, 2027 rattrapera ce que 2020 avait laissé passer pour cause de Covid. Les programmateurs ont aussi tenu à célébrer les 90 ans du compositeur américain Philip Glass. 200 ans après sa mort en 1827, Beethoven reste avec Mozart le compositeur classique le plus populaire. Parmi les événements à retenir, la Neuvième symphonie dirigée par Raphaël Pichon à la tête de son ensemble Pygmalion. En deux concerts donnés le même jour, dix jeunes artistes, dans le cadre de génération@aix, donneront l’intégrale des sonates pour violon et piano. Beethoven toujours avec le retour à Aix de la pianiste Hélène Grimaux qui avait fait l’ouverture du premier festival en 2013. Autre temps fort beethovénien, le Triple concerto avec Renaud et Gautier Capuçon et, fidèle à Aix, l’immense Martha Argerich, Klaus Mäkelä à la baguette. Le piano est toujours gâté à Pâques, András Schiff donnera les Variations Goldberg de Bach. Edgar Moreau et David Kadouch joueront une sonate pour violoncelle et piano de Beethoven. Le public pourra aussi apprécier le talent du jeune Eric Lu.

    Concert gratuit pour

    les Aixois à Saint-Sauveur

    C’est avec l’intégrale des 20 études pour piano que Célia Oneto Bensaïd et Vanessa Wagner célébreront le nonagénaire et génial Philip Glass. La Passion de Bach 2027 sera celle de Saint-Mathieu. C’est Teodor Currentzis, chef tout à fois adulé et contesté, qui sera à la tête de son ensemble Utopia. Pour la deuxième année consécutive l’Orchestre Philharmonique de Munich, l’une des meilleures phalanges au monde, et le chef Lahav Shani, poursuivent leur résidence aixoise avec, entre autres, les quatrièmes symphonies de Mahler et de Bruckner et le concerto pour violon de Glass avec Renaud Capuçon en soliste, le programme est riche et varié. Julie Fuchs chantera le répertoire français, le trio Wanderer jouera Beethoven, bien sûr. L’Orchestre de Chambre de Lausanne, dirigé par Renaud Capuçon, ouvrira les festivités le samedi 20 mars au GTP pour un programme Mozart et Mendelssohn.

    Le Festival de Pâques c’est aussi, le concert gratuit pour les Aixois à Saint-Sauveur, confié au Café Zimmermann pour un programme Bach et Telemann et la Petite académie destinée au jeune public. Ce festival voulu par ses concepteurs à une mission : atteindre les publics empêchés. À La Maison de Gardanne ou dans les Ehpad et un plus vaste territoire possible sous forme de master classes, de rencontres avec les artistes et de promenades musicales.

    Ouverture de la billetterie
    du mardi au samedi de 11h à 18h. Par internet : www.festivalpaques.com.
    Par téléphone au 09.72.13.13.20. Sur place au Grand Théâtre
    de Provence, 380 avenue Max Juvénal à Aix-en-Provence.
    Au théâtre du Gymnase, 4 rue du Théâtre Français à Marseille
    du mardi au samedi de 13h à 18h.

  • Le O’Brady’s passe le cap des 30 ans

    Le O’Brady’s passe le cap des 30 ans

    Le dix octobre est une date historique du côté de Sainte-Anne.

    Il y a trente ans, jour pour jour, Jean-Luc Bardy réalisait son rêve de gosse. « Ce projet est né alors que j’étais sur les bancs du collège du Roy d’Espagne. Je n’arrêtais pas de dire qu’un jour, je serai derrière le comptoir d’un pub irlandais ! » Alors qu’il dit ces mots, dans un coin de son rêve devenu réalité, Lionel Laugier acquiesce. Ami d’enfance de l’intéressé, le président de l’Ovale beach Marseille ne peut que confirmer.

    D’autant plus qu’il y a trouvé un lieu pour préparer les tournois de son équipe. Et y célébrer les titres européens. Car, en trente ans, le O’Brady’s s’est ancré dans le paysage festif et sportif marseillais. Devenant le lieu de rendez-vous des amateurs de rugby, mais aussi de football et d’autres sports. « Tous sont les bienvenus pour partager un moment de convivialité », invite Jean-Luc.

    Dans une vaste salle aux couleurs de l’Irlande, et du Celtic, club mythique de la communauté irlandaise en Ecosse, les meilleurs whiskeys venus de la verte Erin sont à la carte. « Il n’y a que des whiskeys et pas de whiskies, nous sommes amateurs d’Irlande, pas d’Ecosse », précise-t-il. Sans oublier les bières, avec la fameuse Guiness, la meilleure de Marseille d’après les spécialistes, que Michæl Freer, le plus Marseillais des Irlandais, a mis deux ans avant « de trouver le moyen de la tirer comme à Dublin ».

    Balle au pied

    Si le rugby est au cœur de l’univers du O’Brady’s, le ballon rond a aussi sa place. Car, quelques semaines après la création du pub, une équipe de football a suivi. Avec ses maillots cerclés vert et blanc, elle écume les stades de France et de Navarre et y a glané 4 coupes de France FSGT et une Coupe La Marseillaise.

    « Nous avons plusieurs sections, des seniors, des vétérans, mais aussi une équipe à 7 et du walking foot », détaille le président Sylvain Darmagnac. Ses joueurs se retrouvent les lundi et vendredi soir, plus le mardi concernant le walking foot. « Au début, nous avions beaucoup d’étudiants anglo-saxons. Aujourd’hui, c’est plus mélangé. Nous avons près de 150 licenciés, des hommes, des femmes, de 18 à 75 ans » confie-t-il. L’association organise des déplacements pour supporter le Celtic. « Nous avons pu assister à quelques Old Firm, le derby contre les Rangers », indique-t-il. Et la date du 21 janvier, qui verra l’OM se rendre à Glasgow, est soulignée.

    Ce qui fait aussi la renommée du O’Brady’s, c’est sa carte de mets typiquement irlandais. Ainsi que sa cheminée, « elle fonctionne toujours, même si nous avons dû remplacer la tourbe par du bois », confie Jean-Luc Bardy. C’est autour de cet âtre, élément incontournable d’un pub authentique, que chaque lundi a lieu une soirée où un orchestre joue en live, des classiques de la musique gaëlique.

    « C’est chaleureux et convivial. J’étais là dès la première soirée. Avec celui qui est devenu mon mari, nous avons commandé notre première Guiness. C’était le début d’une longue et belle histoire qui continue. Notre table est toujours là, elle nous accueille chaque fois que nous passons par là », confesse Catherine.

    Samedi, ce sera donc la fête. Avec musique irlandaise, bien sûr. Dégustation de plats traditionnels et partage du gâteau des trente ans. Quant à savoir pourquoi le pub s’appelle O’Brady’s ? Certains font le rapprochement avec le nom de son fondateur, Jean-Luc Bardy. « C’est un clin d’œil. Brady, c’est Martin pour les noms de famille irlandais. L’entraîneur du Celtic au moment de l’ouverture s’appelait Liam Brady. J’ai ajouté le O apostrophe pour faire plus irlandais ! »

    378 avenue de Mazargues

    www.obradys.com

  • À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    Soyeuse parenthèse dans le tumulte des musiques mondiales que celle offerte par la Fiesta des Suds, ce vendredi, sur l’esplanade du J4 avec Stephan Eicher, parmi les têtes d’affiche de la soirée. « Cette fois je ne lui annoncerai pas la dernière hécatombe, je garderai pour moi ce qui m’inspire le monde. Elle m’a dit qu’elle voulait, si je le permettais, déjeuner en paix », chantait-il en 1991 sur l’un de ses tubes écrits au moment de la Guerre du Golfe. 35 ans plus tard, les conflits se multiplient et le guitariste-baroudeur continue de propager sa douceur tourmentée sur les sillons, comme l’illustre son 18e et dernier album, Poussière d’or. « Un personnage à part dans le paysage de la chanson », situe Frédéric André, programmateur de la Fiesta des Suds.

    Rythmes occitans et colombiens

    Juste avant lui, c’est la chanteuse Mélissa Laveaux qui se produira sur la scène principale. Imprégné de pop-folk comme d’influences caribéennes, son dernier opus At my softest, I am most dangerous souligne son caractère atypique dans le paysage musical. « Je trouve que je fais de la musique bizarre car je n’écris pas de chansons d’amour, mais plutôt sur la mort, la maladie et la destruction de la planète », expliquait cet été, à La Marseillaise, cette artiste franco-canadienne d’origine haïtienne.

    Davantage axée autour de la découverte, la scène « Club Major » offrira, elle, une odyssée musicale traversée à 20h45 par le « duo féminin catalan mélangeant musiques traditionnelles et électro », Tarta Relena. Porté par le souffle des polyphonies occitanes, le « duo féministe et militant » Cocanha prendra son relais mélodieux à 22h30, avant que le groupe aux rythmes afro-colombiens luxuriants, Ghetto Kumbé, ne se charge, vers minuit passé, de faire entrer le public de la Fiesta des Suds dans la transe.

  • [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    La Marseillaise : Vous avez dévoilé l’an dernier votre 8e projet musical. Comment tout a commencé ?

    Bertrand Belin : J’avais 12 ans et demi quand j’ai commencé la musique. La guitare m’est apparue comme objet de magie, je m’en suis emparé et c’est devenu pour moi un petit feu vers lequel je suis toujours revenu.

    Depuis, vous évoluez musicalement parlant :
    vous explorez de nouvelles sonorités au fil des disques…

    B.B. : Il y a quelque chose qu’on ne peut pas réduire, c’est notre rapport au monde : il demeure d’un disque à l’autre. D’un album à l’autre, on a quand même envie de porter ce qui fait un peu notre essence. Mais on peut apporter des variétés à la forme, aux couleurs instrumentales, aux mélodies, aux rythmes, que ce soit le plus qualitatif possible. C’est ce que j’ai essayé de faire avec chacun de mes disques, tout en poursuivant une certaine intuition. Rien n’est réellement programmé. C’est un noyau qui me guide, qui se construit à partir de ce que je suis et de ce que ne sont pas mes voisins. On a beaucoup en commun, mais on a aussi quelque chose de propre et c’est ce qui fait les individualités. Quand on fabrique des formes artistiques, ça transparaît dans le processus. On ne peut pas s’inventer et devenir un autre de ce point de vue.

    Vous êtes à la fois auteur et compositeur. Comment articulez-vous ces deux travaux d’écriture ?

    B.B. : En vérité, je ne travaille pas tellement différemment. Quand on fait une maison, il faut savoir en construire le toit, mais aussi les murs. Quand on fait une chanson il faut savoir créer les paroles et la musique. Quand j’écris une chanson je ne sépare pas les deux : j’essaie de faire avancer les deux aspects simultanément et de la façon la plus cohérente possible, en suivant des pistes, des plaisirs, des instincts, des logiques, du sens. Ce n’est pas la seule façon de faire mais pour mes disques, je n’écris jamais sur une musique déjà faite, j’avance petit à petit.

    Vous chantiez « La chanson de Prévert » avec Stephan Eicher, aussi à l’affiche du festival vendredi : quel rapport entretenez-vous avec la poésie ?

    B.B. : J’aime toutes sortes de formes poétiques, y compris celles qui ne sont pas verbales. La poésie est pour moi tout ce qui peut échapper au discours ordinaire informatif, c’est là qu’elle se trouve, aussi, dans des choses techniques. La poésie, je la cherche et je la trouve où je veux. La poésie et le chant entretiennent un lien historique, permanent, concret, radical. Chanson et poème sont historiquement semblables : La Chanson de Roland, c’est un poème, La Divine Comédie, c’est un chant. Avec l’industrie de la chanson, de façon plus récente, on a vu les deux formes se séparer, mais elles entretiennent un rapport évident.

    Qu’est-ce que le public marseillais découvrira sur votre scène lors de la Fiesta des Suds ?

    B.B. : Que le public vienne avec curiosité, on réserve la surprise pour le moment venu. Un concert, c’est ce qu’il y a sur scène, mais c’est aussi le public et la manière dont il se manifeste. On réagit avec lui sur le moment et c’est ce qui fait la beauté du spectacle vivant. Ce n’est pas quelque chose qui est prévisible, immuable. J’ai joué à l’espace Julien au printemps, au cours de cette tournée : ferveur, chaleur humaine, excitation, plaisir… Je me réjouis de venir jouer à Marseille, à l’affiche avec mon camarade Stephan Eicher. Qu’on se fasse plaisir en se rassemblant pour essayer de s’évader, pour faire une pause dans les humeurs et la rudesse du monde.

    Entretien réalisé par Oriane Castan

  • [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    La Marseillaise : Quel est le principe de la « Fiesta des jours heureux », organisée le dimanche 11 octobre par la Solimut, en partenariat avec l’association Parcours ?

    Pierre Méry : Le dimanche de la Fiesta des Suds est toujours une journée gratuite, ouverte à tous les Marseillais et plus généralement à toute personne qui le souhaite. C’est un moment très familial : il y a des stands pour les minots, des concerts de musique. C’est la deuxième année où nous Solimut, donnons une tonalité citoyenne et politique à l’événement. L’année dernière, sur les 80 ans de la Sécurité sociale, cette année sur les 90 ans du Front populaire.

    La journée s’appelle la Fiesta des jours heureux, en référence aux jours heureux de 1936.

    Notre idée est de conserver l’esprit familial et festif, tout en célébrant ces acquis. Il y aura un spectacle sous forme de comédie musicale. En parallèle, les gens peuvent se retrouver autour d’un banquet avec les Mariannes de Saint-Joseph, association du 14e arrondissement, qui s’occupe des 800 couscous offerts. Les 800 personnes qui arriveront à la Fiesta à partir de midi, pourront assister au spectacle tout en mangeant.

    Pour nous, ça correspond aussi à ce que peut être une fête populaire à Marseille. On a fait une sardinade l’année dernière, cette année c’est le couscous. L’idée est de faire en sorte que les gens puissent partager.

    Frédéric Rosmini : Cet événement s’inscrit dans une campagne, dont je suis le coordinateur, et qui rassemble une vingtaine d’organisations, dont Solimut. Nous nous déplaçons dans des centres sociaux, dans des villages-vacances et dans des communes de gauche. Nous allons au-devant des publics pour les convaincre que l’aspiration à des régimes autoritaires s’est toujours traduite par le chaos. Nous n’agissons pas au nom de partis politiques, mais au nom de l’ensemble du mouvement social, en rappelant qu’il a été déterminant en 36.

    Des interventions doivent aussi avoir lieu, en plus du spectacle musical…

    P.M. : Il y aura bien sûr des interventions autour de ce que 1936 représente pour nous [la Solimut], mais aussi sur ce que ça représente, plus globalement, de fêter ces 90 ans du Front populaire aujourd’hui. C’est une fête qui se veut populaire, culturelle, et politique aussi, pour les citoyens.

    F.R. : Peut-être ferons nous intervenir également l’association Promemo, qui cultive la mémoire du monde ouvrier. Gérard Leidet, qui en est le président, fait partie de notre campagne. C’est avec lui notamment que nous avons prévu d’intervenir dans les établissements scolaires. Il a une connaissance très marquée de ce qui s’est passé à Marseille et dans la région en 1936. Il peut proposer un éclairage sur la spécificité du Front populaire ici, ce qui a de l’importance.
    Ça reste un contexte festif, pas forcément adapté pour organiser de longs débats. Mais nous mettrons en place la veille, dans un centre social rue de l’Évêché, juste à côté, le reste de notre programmation. Nous présenterons l’exposition itinérante « L’héritage de 1936, culture, loisirs et éducation populaire », initiée par La Ligue de l’enseignement. Nous projetterons également le documentaire « Été 36, les premières vacances des Français ».

    Pourquoi est-ce important d’intervenir dans des événements comme la Fiesta des Suds sur des thèmes tels que le Front populaire ?

    P.M. : La Fédération des mutuelles de France est particulièrement engagée dans le cadre de ces 90 ans des congés payés. Pourquoi ? Parce que c’est aussi une époque où l’on a observé, au-delà des congés payés du Front populaire, énormément de réalisations ouvrières, notamment dans le domaine de la santé. Notre objectif est aussi de réfléchir à la façon dont a évolué le mouvement social et politique de société et quel impact il a eu sur la construction des solidarités dans le pays. Les mutuelles en font partie. Aujourd’hui, alors que la solidarité est mise à mal, c’est important pour nous de se poser la question de ce qui a pu fonctionner, il y a 90 ans, pour gagner des droits et permettre aux gens de vivre mieux.

    F.R. : Le principe de cette campagne n’est pas d’être dans une nostalgie historique en se contentant d’expliquer ce qu’a été le Front populaire. Notre objectif est d’aller à la rencontre de publics plus larges, comprenant des gens susceptibles d’avoir voté Rassemblement national. C’est ce qu’on a fait lorsqu’on est allé intervenir dans nos villages [parcours] vacances. L’idée est donc de montrer que 1936 a été une réussite grâce aux partis politiques qui ont bougé, ainsi que l’ensemble du corps social et notamment du mouvement syndical et de la CGT.

    Lorsqu’on ira à la Fiesta des Suds, l’idée est similaire. Même si le public est jeune, on sait que certains peuvent être touchés par les discours du Rassemblement national, car ils touchent tous les milieux. On propose donc une démarche concrète en allant sur le terrain pour les convaincre qu’ils se trompent de choix. On veut montrer que les grandes périodes qui ont donné du bonheur aux salariés et aux gens modestes sont celles du Front populaire et de tous les mouvements qui s’inscrivent dans ce creuset-là.

    La journée est gratuite sur inscription sur le site de la Fiesta des Suds.