Tag: Musique

  • Le O’Brady’s passe le cap des 30 ans

    Le O’Brady’s passe le cap des 30 ans

    Le dix octobre est une date historique du côté de Sainte-Anne.

    Il y a trente ans, jour pour jour, Jean-Luc Bardy réalisait son rêve de gosse. « Ce projet est né alors que j’étais sur les bancs du collège du Roy d’Espagne. Je n’arrêtais pas de dire qu’un jour, je serai derrière le comptoir d’un pub irlandais ! » Alors qu’il dit ces mots, dans un coin de son rêve devenu réalité, Lionel Laugier acquiesce. Ami d’enfance de l’intéressé, le président de l’Ovale beach Marseille ne peut que confirmer.

    D’autant plus qu’il y a trouvé un lieu pour préparer les tournois de son équipe. Et y célébrer les titres européens. Car, en trente ans, le O’Brady’s s’est ancré dans le paysage festif et sportif marseillais. Devenant le lieu de rendez-vous des amateurs de rugby, mais aussi de football et d’autres sports. « Tous sont les bienvenus pour partager un moment de convivialité », invite Jean-Luc.

    Dans une vaste salle aux couleurs de l’Irlande, et du Celtic, club mythique de la communauté irlandaise en Ecosse, les meilleurs whiskeys venus de la verte Erin sont à la carte. « Il n’y a que des whiskeys et pas de whiskies, nous sommes amateurs d’Irlande, pas d’Ecosse », précise-t-il. Sans oublier les bières, avec la fameuse Guiness, la meilleure de Marseille d’après les spécialistes, que Michæl Freer, le plus Marseillais des Irlandais, a mis deux ans avant « de trouver le moyen de la tirer comme à Dublin ».

    Balle au pied

    Si le rugby est au cœur de l’univers du O’Brady’s, le ballon rond a aussi sa place. Car, quelques semaines après la création du pub, une équipe de football a suivi. Avec ses maillots cerclés vert et blanc, elle écume les stades de France et de Navarre et y a glané 4 coupes de France FSGT et une Coupe La Marseillaise.

    « Nous avons plusieurs sections, des seniors, des vétérans, mais aussi une équipe à 7 et du walking foot », détaille le président Sylvain Darmagnac. Ses joueurs se retrouvent les lundi et vendredi soir, plus le mardi concernant le walking foot. « Au début, nous avions beaucoup d’étudiants anglo-saxons. Aujourd’hui, c’est plus mélangé. Nous avons près de 150 licenciés, des hommes, des femmes, de 18 à 75 ans » confie-t-il. L’association organise des déplacements pour supporter le Celtic. « Nous avons pu assister à quelques Old Firm, le derby contre les Rangers », indique-t-il. Et la date du 21 janvier, qui verra l’OM se rendre à Glasgow, est soulignée.

    Ce qui fait aussi la renommée du O’Brady’s, c’est sa carte de mets typiquement irlandais. Ainsi que sa cheminée, « elle fonctionne toujours, même si nous avons dû remplacer la tourbe par du bois », confie Jean-Luc Bardy. C’est autour de cet âtre, élément incontournable d’un pub authentique, que chaque lundi a lieu une soirée où un orchestre joue en live, des classiques de la musique gaëlique.

    « C’est chaleureux et convivial. J’étais là dès la première soirée. Avec celui qui est devenu mon mari, nous avons commandé notre première Guiness. C’était le début d’une longue et belle histoire qui continue. Notre table est toujours là, elle nous accueille chaque fois que nous passons par là », confesse Catherine.

    Samedi, ce sera donc la fête. Avec musique irlandaise, bien sûr. Dégustation de plats traditionnels et partage du gâteau des trente ans. Quant à savoir pourquoi le pub s’appelle O’Brady’s ? Certains font le rapprochement avec le nom de son fondateur, Jean-Luc Bardy. « C’est un clin d’œil. Brady, c’est Martin pour les noms de famille irlandais. L’entraîneur du Celtic au moment de l’ouverture s’appelait Liam Brady. J’ai ajouté le O apostrophe pour faire plus irlandais ! »

    378 avenue de Mazargues

    www.obradys.com

  • À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    À la Fiesta des Suds, des ballades jusqu’à la transe

    Soyeuse parenthèse dans le tumulte des musiques mondiales que celle offerte par la Fiesta des Suds, ce vendredi, sur l’esplanade du J4 avec Stephan Eicher, parmi les têtes d’affiche de la soirée. « Cette fois je ne lui annoncerai pas la dernière hécatombe, je garderai pour moi ce qui m’inspire le monde. Elle m’a dit qu’elle voulait, si je le permettais, déjeuner en paix », chantait-il en 1991 sur l’un de ses tubes écrits au moment de la Guerre du Golfe. 35 ans plus tard, les conflits se multiplient et le guitariste-baroudeur continue de propager sa douceur tourmentée sur les sillons, comme l’illustre son 18e et dernier album, Poussière d’or. « Un personnage à part dans le paysage de la chanson », situe Frédéric André, programmateur de la Fiesta des Suds.

    Rythmes occitans et colombiens

    Juste avant lui, c’est la chanteuse Mélissa Laveaux qui se produira sur la scène principale. Imprégné de pop-folk comme d’influences caribéennes, son dernier opus At my softest, I am most dangerous souligne son caractère atypique dans le paysage musical. « Je trouve que je fais de la musique bizarre car je n’écris pas de chansons d’amour, mais plutôt sur la mort, la maladie et la destruction de la planète », expliquait cet été, à La Marseillaise, cette artiste franco-canadienne d’origine haïtienne.

    Davantage axée autour de la découverte, la scène « Club Major » offrira, elle, une odyssée musicale traversée à 20h45 par le « duo féminin catalan mélangeant musiques traditionnelles et électro », Tarta Relena. Porté par le souffle des polyphonies occitanes, le « duo féministe et militant » Cocanha prendra son relais mélodieux à 22h30, avant que le groupe aux rythmes afro-colombiens luxuriants, Ghetto Kumbé, ne se charge, vers minuit passé, de faire entrer le public de la Fiesta des Suds dans la transe.

  • [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    La Marseillaise : Vous avez dévoilé l’an dernier votre 8e projet musical. Comment tout a commencé ?

    Bertrand Belin : J’avais 12 ans et demi quand j’ai commencé la musique. La guitare m’est apparue comme objet de magie, je m’en suis emparé et c’est devenu pour moi un petit feu vers lequel je suis toujours revenu.

    Depuis, vous évoluez musicalement parlant :
    vous explorez de nouvelles sonorités au fil des disques…

    B.B. : Il y a quelque chose qu’on ne peut pas réduire, c’est notre rapport au monde : il demeure d’un disque à l’autre. D’un album à l’autre, on a quand même envie de porter ce qui fait un peu notre essence. Mais on peut apporter des variétés à la forme, aux couleurs instrumentales, aux mélodies, aux rythmes, que ce soit le plus qualitatif possible. C’est ce que j’ai essayé de faire avec chacun de mes disques, tout en poursuivant une certaine intuition. Rien n’est réellement programmé. C’est un noyau qui me guide, qui se construit à partir de ce que je suis et de ce que ne sont pas mes voisins. On a beaucoup en commun, mais on a aussi quelque chose de propre et c’est ce qui fait les individualités. Quand on fabrique des formes artistiques, ça transparaît dans le processus. On ne peut pas s’inventer et devenir un autre de ce point de vue.

    Vous êtes à la fois auteur et compositeur. Comment articulez-vous ces deux travaux d’écriture ?

    B.B. : En vérité, je ne travaille pas tellement différemment. Quand on fait une maison, il faut savoir en construire le toit, mais aussi les murs. Quand on fait une chanson il faut savoir créer les paroles et la musique. Quand j’écris une chanson je ne sépare pas les deux : j’essaie de faire avancer les deux aspects simultanément et de la façon la plus cohérente possible, en suivant des pistes, des plaisirs, des instincts, des logiques, du sens. Ce n’est pas la seule façon de faire mais pour mes disques, je n’écris jamais sur une musique déjà faite, j’avance petit à petit.

    Vous chantiez « La chanson de Prévert » avec Stephan Eicher, aussi à l’affiche du festival vendredi : quel rapport entretenez-vous avec la poésie ?

    B.B. : J’aime toutes sortes de formes poétiques, y compris celles qui ne sont pas verbales. La poésie est pour moi tout ce qui peut échapper au discours ordinaire informatif, c’est là qu’elle se trouve, aussi, dans des choses techniques. La poésie, je la cherche et je la trouve où je veux. La poésie et le chant entretiennent un lien historique, permanent, concret, radical. Chanson et poème sont historiquement semblables : La Chanson de Roland, c’est un poème, La Divine Comédie, c’est un chant. Avec l’industrie de la chanson, de façon plus récente, on a vu les deux formes se séparer, mais elles entretiennent un rapport évident.

    Qu’est-ce que le public marseillais découvrira sur votre scène lors de la Fiesta des Suds ?

    B.B. : Que le public vienne avec curiosité, on réserve la surprise pour le moment venu. Un concert, c’est ce qu’il y a sur scène, mais c’est aussi le public et la manière dont il se manifeste. On réagit avec lui sur le moment et c’est ce qui fait la beauté du spectacle vivant. Ce n’est pas quelque chose qui est prévisible, immuable. J’ai joué à l’espace Julien au printemps, au cours de cette tournée : ferveur, chaleur humaine, excitation, plaisir… Je me réjouis de venir jouer à Marseille, à l’affiche avec mon camarade Stephan Eicher. Qu’on se fasse plaisir en se rassemblant pour essayer de s’évader, pour faire une pause dans les humeurs et la rudesse du monde.

    Entretien réalisé par Oriane Castan

  • [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    [Entretien croisé] La Fiesta des jours heureux, « une fête qui se veut populaire, culturelle, mais aussi politique »

    La Marseillaise : Quel est le principe de la « Fiesta des jours heureux », organisée le dimanche 11 octobre par la Solimut, en partenariat avec l’association Parcours ?

    Pierre Méry : Le dimanche de la Fiesta des Suds est toujours une journée gratuite, ouverte à tous les Marseillais et plus généralement à toute personne qui le souhaite. C’est un moment très familial : il y a des stands pour les minots, des concerts de musique. C’est la deuxième année où nous Solimut, donnons une tonalité citoyenne et politique à l’événement. L’année dernière, sur les 80 ans de la Sécurité sociale, cette année sur les 90 ans du Front populaire.

    La journée s’appelle la Fiesta des jours heureux, en référence aux jours heureux de 1936.

    Notre idée est de conserver l’esprit familial et festif, tout en célébrant ces acquis. Il y aura un spectacle sous forme de comédie musicale. En parallèle, les gens peuvent se retrouver autour d’un banquet avec les Mariannes de Saint-Joseph, association du 14e arrondissement, qui s’occupe des 800 couscous offerts. Les 800 personnes qui arriveront à la Fiesta à partir de midi, pourront assister au spectacle tout en mangeant.

    Pour nous, ça correspond aussi à ce que peut être une fête populaire à Marseille. On a fait une sardinade l’année dernière, cette année c’est le couscous. L’idée est de faire en sorte que les gens puissent partager.

    Frédéric Rosmini : Cet événement s’inscrit dans une campagne, dont je suis le coordinateur, et qui rassemble une vingtaine d’organisations, dont Solimut. Nous nous déplaçons dans des centres sociaux, dans des villages-vacances et dans des communes de gauche. Nous allons au-devant des publics pour les convaincre que l’aspiration à des régimes autoritaires s’est toujours traduite par le chaos. Nous n’agissons pas au nom de partis politiques, mais au nom de l’ensemble du mouvement social, en rappelant qu’il a été déterminant en 36.

    Des interventions doivent aussi avoir lieu, en plus du spectacle musical…

    P.M. : Il y aura bien sûr des interventions autour de ce que 1936 représente pour nous [la Solimut], mais aussi sur ce que ça représente, plus globalement, de fêter ces 90 ans du Front populaire aujourd’hui. C’est une fête qui se veut populaire, culturelle, et politique aussi, pour les citoyens.

    F.R. : Peut-être ferons nous intervenir également l’association Promemo, qui cultive la mémoire du monde ouvrier. Gérard Leidet, qui en est le président, fait partie de notre campagne. C’est avec lui notamment que nous avons prévu d’intervenir dans les établissements scolaires. Il a une connaissance très marquée de ce qui s’est passé à Marseille et dans la région en 1936. Il peut proposer un éclairage sur la spécificité du Front populaire ici, ce qui a de l’importance.
    Ça reste un contexte festif, pas forcément adapté pour organiser de longs débats. Mais nous mettrons en place la veille, dans un centre social rue de l’Évêché, juste à côté, le reste de notre programmation. Nous présenterons l’exposition itinérante « L’héritage de 1936, culture, loisirs et éducation populaire », initiée par La Ligue de l’enseignement. Nous projetterons également le documentaire « Été 36, les premières vacances des Français ».

    Pourquoi est-ce important d’intervenir dans des événements comme la Fiesta des Suds sur des thèmes tels que le Front populaire ?

    P.M. : La Fédération des mutuelles de France est particulièrement engagée dans le cadre de ces 90 ans des congés payés. Pourquoi ? Parce que c’est aussi une époque où l’on a observé, au-delà des congés payés du Front populaire, énormément de réalisations ouvrières, notamment dans le domaine de la santé. Notre objectif est aussi de réfléchir à la façon dont a évolué le mouvement social et politique de société et quel impact il a eu sur la construction des solidarités dans le pays. Les mutuelles en font partie. Aujourd’hui, alors que la solidarité est mise à mal, c’est important pour nous de se poser la question de ce qui a pu fonctionner, il y a 90 ans, pour gagner des droits et permettre aux gens de vivre mieux.

    F.R. : Le principe de cette campagne n’est pas d’être dans une nostalgie historique en se contentant d’expliquer ce qu’a été le Front populaire. Notre objectif est d’aller à la rencontre de publics plus larges, comprenant des gens susceptibles d’avoir voté Rassemblement national. C’est ce qu’on a fait lorsqu’on est allé intervenir dans nos villages [parcours] vacances. L’idée est donc de montrer que 1936 a été une réussite grâce aux partis politiques qui ont bougé, ainsi que l’ensemble du corps social et notamment du mouvement syndical et de la CGT.

    Lorsqu’on ira à la Fiesta des Suds, l’idée est similaire. Même si le public est jeune, on sait que certains peuvent être touchés par les discours du Rassemblement national, car ils touchent tous les milieux. On propose donc une démarche concrète en allant sur le terrain pour les convaincre qu’ils se trompent de choix. On veut montrer que les grandes périodes qui ont donné du bonheur aux salariés et aux gens modestes sont celles du Front populaire et de tous les mouvements qui s’inscrivent dans ce creuset-là.

    La journée est gratuite sur inscription sur le site de la Fiesta des Suds.

  • [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    La Marseillaise : Quels sont vos souvenirs de la Fiesta des Suds, où vous vous êtes produit pour la première fois en 2011 ?

    Imany : C’était au Dock des Suds. Je me rappelle de la sensation que j’avais eue de jouer pour la première fois à Marseille, où je garde de fortes attaches. On avait galéré avec le son, mais quelle ambiance… Le public marseillais n’est en général pas facile. Quand on arrive à le faire lever, on sait qu’on a fait quelque chose de bien. J’étais touchée aux larmes. Je me suis remémoré l’enfant que j’étais quand j’allais acheter le pain de l’autre côté du quartier, que je chantais à tue-tête car c’était le seul endroit où je me sentais libre de le faire.

    Votre père officiait dans l’armée de l’air. Vous avez vécu et grandi sur la base aérienne d’Istres. Un lieu où Emmanuel Macron était venu présenter ses vœux début 2026. Que vous inspire le climat actuel de guerre généralisée ?

    Imany : De la tristesse et de la colère. On oublie à chaque fois qu’il y a des individus derrière ces guerres, que c’est l’enfant de quelqu’un qui va se sacrifier. Moi, je suis fille de militaire, je suis allée en école militaire, je connais La Marseillaise par cœur que je chantais au son du clairon, de la levée du drapeau. Pour autant, je suis profondément antimilitariste et pour la diplomatie. Mais hélas, c’est toujours celui qui a le plus gros armement qui dicte sa loi.

    Une autre guerre, plus intime, vous a habité au moment de la création de votre dernier album « Women deserve rage ». Il parle de votre lent processus de souffrances, puis de libération, suite à une relation toxique avec votre ancien compagnon. Comment en êtes-vous ressortie ?

    Imany : Aujourd’hui, je vais très bien. J’ai construit l’album sur les pas du chemin que j’ai parcouru pour revoir enfin le jour. C’est un processus très compliqué que celui de se libérer d’une relation toxique. Déjà, c’est très difficile de l’identifier. Ensuite, c’est aussi dur de s’en échapper. Et enfin, il faut réussir à se désintoxiquer.

    Vous vous êtes libérée de cette prison mentale, mais à quel prix…

    Imany : La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher. On est obligés de traverser des épreuves difficiles pour accéder à sa propre profondeur. Sur le plan physique et émotionnel, on n’y échappe pas. Ceux qui y échappent, ce sont par exemple les gens qui se droguent ou se noient dans le travail pour ne pas avoir à y faire face. Mais pour les surmonter, il faut accepter la douleur qui vient. C’est le prix à payer.

    « Toutes les victimes sont dignes », chantez-vous sur le morceau « Ruling over ».
    Qu’est-ce que ça vous fait de voir que leurs paroles sont pourtant encore et toujours remises en cause
     ?

    Imany : Cela m’exaspère. Pour la manière dont les choses sont établies pour la justice, par exemple, c’est à la charge de la victime de prouver qu’elle a été victime. Dès lors, sa parole est forcément remise en doute car elle doit toujours prouver qu’elle est en fait victime. On voit que les statistiques sont plutôt du côté des victimes dans le sens où un infime pourcentage de déclarations sont s’avèrent fausses. Et au lieu de se ranger à l’écrasante majorité, on se dit que pour cet infime pourcentage, on va sacrifier le reste. Il y a tout un travail à faire autour de la protection et de l’écoute des victimes, déjà auprès des policiers car ils prennent la plainte en premier. Pour des violences familiales, par exemple, on peut mettre en doute la parole d’un enfant de 5 ans, alors qu’il n’a pas de raisons de raconter des histoires sur ses parents. Il faut d’abord être bienveillant envers les gens avant d’être méfiant.

    Parmi les genres que vous explorez, la musique soul, historiquement liée à la défense des opprimés. Ça vous fait quoi de voir l’extrême droite aux portes du pouvoir ?

    Imany : La polarisation des opinions s’affirme, mais elle est toujours rentable pour les pouvoirs en place. Tant qu’on se divise, qu’on pense que le problème vient de l’extérieur : c’est beaucoup plus dur de déplacer une foule quand elle se tient la main que quand elle se pointe du doigt. C’est un système vieux comme le monde depuis les Romains. Les réseaux sociaux et algorithmes donnent l’impression d’être attaqué par les autres en permanence : les noirs, les étrangers, les musulmans, les jeunes… Mais pour faire un pont avec mon album, quand on ne dresse pas sa colère, et bien cette dernière se retourne contre nous et on est plus facilement manipulable. C’est ensemble qu’on est plus fort. Je sais que ça semble être une phrase sortie d’un poster à la con. Moi, je chante dans le monde entier, dans des endroits où les chanteurs français ne vont pas : au Kazakhstan, en Lituanie… Là, je reviens d’Arménie, un peuple qui n’a jamais été tranquille tout au long de l’histoire car il est attaqué constamment. Quand je chante dans ces pays, je me rends compte que les gens vibrent au même endroit. Non pas que je sois une chanteuse exceptionnelle, mais ça veut dire qu’on veut tous fondamentalement la même chose : la sécurité, la paix, la douceur.

  • « La vraie bataille est culturelle »

    « La vraie bataille est culturelle »

    La Marseillaise : Quels souvenirs gardez-vous de la sortie de « Gibraltar » en 2006 ? Cet album avait dépassé la seule audience des amateurs de rap…

    Abd al Malik : J’avais alors l’intention d’être véritablement moi pour la première fois dans un disque. Cela m’a permis de montrer mon amour pour la littérature, la poésie, le jazz et la chanson française. Je voulais montrer que ça pouvait être harmonieux dans un esprit hip-hop. Mon amour pour la littérature s’est illustré à travers la manière dont je racontais les histoires, ce style qu’on appelle le slam ou le spoken word. J’avais aussi beaucoup de questionnements sur mon identité, sur ce que ça voulait dire d’être Français lorsqu’on est noir aux racines africaines. Déjà, à l’époque, on parlait des exilés, des migrants, des problématiques liées aux habitants des quartiers populaires. Pour la première fois, je suis allé au bout de ma pensée avec un côté spirituel qui m’importe. Ma démarche était de dire que, peu importe notre couleur de peau, qu’on croit en Dieu ou non, on a quelque chose en partage de fondamental qui est l’humanité.

    Sur le titre éponyme de l’album, vous déclamiez : « Sur le détroit de Gibraltar, il y a un jeune noir qui pleure un rêve qui prendra vie, une fois passé Gibraltar. » À quelques kilomètres de là, l’actualité récente a rappelé ces propos avec la crise migratoire à Ceuta…

    Abd al Malik : à l’époque, on assistait déjà à toutes ces morts en Méditerranée. 20 ans après, les choses n’ont pas changé. Cela rend ce morceau encore plus pertinent qu’à l’époque. C’est aussi cela qui m’a poussé à me dire qu’on allait faire cette tournée anniversaire.

    Sur le titre « 12 septembre 2001 », vous parliez aussi des jours d’après l’effondrement des tours jumelles. « Après ça, fallait qu’on montre aux yeux du monde que nous aussi n’étions que des hommes, que s’il y avait des fous, la majorité d’entre nous ne mélangeait pas la politique avec la foi. » L’injonction faite aux musulmans de se désolidariser de quelque chose avec lequel ils n’avaient rien à voir n’était-elle pas un écueil ?

    Abd al Malik : Bien sûr, c’est un écueil, qui dure encore et encore. Mais ma manière de voir est différente. En tant que musulman, je ne regarde pas ce que les gens pensent ou disent. Ce qui m’importe, c’est ce que je vois quand je me regarde dans une glace. Ai-je le comportement et les mots qu’il faut ? Si individuellement, on pense comme ça, on va finir par réussir à le faire collectivement. Ce qui est important in fine, ce n’est pas de se dire « ils veulent qu’on se justifie », mais de faire attention à la façon dont on se comporte dans notre quotidien : de se dire peut-être que mon voisin est juif ou chrétien, qu’il est croyant ou non, mais que l’important est mon rapport avec lui. Si j’ai une bonne entente avec mon voisin, eh bien dans ma ville, puis dans ma vie aussi. Le danger, c’est de vouloir essayer de régler la grosse image et de négliger ce qui est le plus important : notre quotidien. Si on ne s’occupe pas de nos voisins, c’est BFM, CNews, le RN et tous les politiciens extrémistes, racistes, voire racialistes qui s’en occuperont. C’est à ce moment-là que la haine et la suspicion s’installent. La meilleure chose qu’on puisse faire pour améliorer le monde, c’est s’améliorer soi-même.

    Votre album dépeint aussi la misère sociale en France, thématique négligée au profit des questions identitaires. Comment analysez-vous les graines de ces maux, semées par le macronisme, et dont l’extrême droite récolte les fruits ?

    Abd al Malik : Il faut travailler ensemble pour lutter contre cette misère sociale, l’illettrisme, la destruction de notre système social… Les médias nous font regarder d’autres problèmes et on oublie finalement de voir ceux qui sont prioritaires. C’est un piège qu’ils nous tendent. Malheureusement, c’est ce que font la plupart des politiques en allumant des espèces de contre-feux. C’est comme ça que des lois assassines passent ensuite pour se retourner contre nous et l’avenir de nos enfants. C’est donc important qu’on réfléchisse avec nos différences et singularités, pour faire peuple, faire France. Pour faire front contre les esprits chagrins qui pointent telle histoire de voile ou d’identités. On oublie trop souvent que les dirigeants doivent s’occuper de leur peuple et surtout des plus fragiles.

    Sur « Saigne », vous clamiez de façon faussement naïve : « Derrière le statut, le vêtement, la couleur de peau, n’est-ce pas qu’on est tous semblables ? » Qu’on soit ouvrier ou bourgeois, blanc ou noir, on l’est toujours pas…

    Abd al Malik : C’est sans doute la conclusion qu’il faut en tirer. Mais il y en a une autre : avec les musiques, les livres, les films qu’on crée, et c’est notre seul pouvoir, il faut faire en sorte que nous soyons tous semblables. C’est avec ce travail des imaginaires que les choses peuvent changer. En 2026, j’ai par exemple réalisé un film, Furcy, né libre, où je parle de l’esclavage et de son abolition. Quelques mois après, le Code noir a été abrogé [voté par l’Assemblée nationale en mai dernier, Ndlr]. Bien sûr qu’il existe toujours des doubles standards selon qu’on soit nanti ou non, mais on doit travailler avec notre outil, qui est culturel, pour dire que nous sommes les mêmes. La vraie bataille est culturelle. Qu’est-ce qu’être français ? Ce n’est ni une couleur de peau, ni un sexe, ni une religion. Mais c’est d’adhérer à des principes et valeurs. Il faut sans cesse le rappeler. Nous ne nous laisserons pas faire par ces gens qui trafiquent la culture et l’histoire. Face au narratif d’extrême droite, écrivons un narratif humaniste, du respect et du dialogue.

    Votre album est aussi traversé par des figures tutélaires comme Nina Simone, que vous samplez sur « Gibraltar », ou encore « Ces gens-là » de Jacques Brel, qui vous a inspiré la chanson « Les autres ». Vous animent-elles toujours aujourd’hui ?

    Abd al Malik : Profondément. D’abord, Jacques Brel dans son refus de correspondre à la vision des gens. Quand il décide d’arrêter sa carrière en 1966 du jour au lendemain car il a l’impression de répéter la même chose chaque fois qu’il monte sur scène, sa sincérité m’inspire énormément, tout comme son courage. On parle là d’artistes fabuleux, mais aussi de gens engagés. Et que dire du combat de Nina Simone contre le racisme, pour les droits civiques, son combat contre la maladie mentale qui l’a ensuite touchée. Ces artistes nous ont montré qu’il ne faut jamais baisser les bras. Ce sont des gens qui n’ont pas peur de montrer leurs faiblesses. Finalement, en les montrant, ils expriment leur force. L’art est un miroir d’humanité, une main tendue, une autre façon de dire je t’aime. C’est pour cela que j’invite tout le monde à venir voir mon spectacle : il y a quelque chose d’organique. On est là avec de vrais musiciens, des machines, de la lecture, du rap, du slam : c’est du spectacle vivant. Quelque chose qu’aucune intelligence artificielle, ni réseau social ne pourra nous procurer. Malgré notre époque qui peut être parfois triste, il est important d’affirmer qu’on peut quand même penser et festoyer en même temps.

  • [Entretien] Angelin Preljocaj : « Il faut débattre pour ne pas se battre »

    [Entretien] Angelin Preljocaj : « Il faut débattre pour ne pas se battre »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui a guidé votre travail vers la question
    du soulèvement
     ?

    Angelin Preljocaj : Ce sont les évènements mondiaux auxquels on assiste. De nombreux problèmes sociétaux se jouent partout, avec de plus en plus de régimes tyranniques ou dictatoriaux. On voit bien que le monde est en train de changer. Des indignations s’élèvent dans beaucoup de pays. La question du soulèvement prend donc une envergure particulière, d’autant plus avec les élections qui arrivent. Il y a un état de fragilité générale de la démocratie et le soulèvement est une réponse à ces choses qui nous indignent, qui contredisent notre vision de l’État de droit ou de la justice sociale. Beaucoup de problématiques émergent : l’intelligence artificielle, le climat, les oligarques, ces gens sans vergogne vis-à-vis des masses laborieuses. Après, moi, je suis chorégraphe. Ce qui m’intéresse est cette énergie qui nous pousse ensemble face à ces injustices qu’on ne veut plus accepter, ce que le collectif apporte en plus à ce mouvement. Pas forcément de façon violente, mais presque dans la joie. Évidemment, on repense à ces moments où, étudiant, on allait s’exprimer dans des manifestations. Dans ces regroupements, il se passe des choses singulières que j’ai envie de retranscrire. Soulèvement n’est pas un manifeste, mais un questionnement sur cette énergie qui traverse les corps.

    Une approche chorégraphique du soulèvement implique une danse forcément exaltée ?

    A.P. : Oui, mais néanmoins une danse partagée. Une danse où il y a un travail d’appropriation du langage corporel très précis. C’est un travail coordonné avec un plaisir de danser, un peu comme quand dans une chorale, on chante les mêmes mots et phrases à l’unisson et quelque chose se dégage de cette sensation. C’est un peu la même chose avec la danse. Quand on est plusieurs à danser avec la même sensation intérieure du mouvement, quelque chose se passe dans le partage du vocabulaire.

    Et quid de la musique de votre création, signée Irène Drésel ?

    A.P. : C’est une compositrice passionnante car elle a cette puissance du rythme qui peut justement soulever des salles entières. Dans ses concerts, j’ai vu à quel point elle déclenche quelque chose dans les corps des spectateurs. C’est une force souvent liée à l’électro, à la techno. Irène Drésel provoque aussi une sorte de lyrisme, en surplomb de la rythmique pulsionnelle. On a à la fois la pulsion et l’émotion lyrique qui plane.

    Pour évoquer « Soulèvement », vous parlez d’une « force mystérieuse qui nous unit au-delà de nos différences ». Il n’y a pourtant pas de mystère dans un soulèvement, c’est la chose que l’on combat qui lie le groupe, non ?

    A.P. : Oui, mais on peut très bien se réunir et puis juste avancer des revendications. Mais il y a autre chose qui se passe dans ces moments-là. C’est très émotionnel et ça va au-delà. Tout à coup, on est ensemble, on est parfois dans des questionnements sur une utopie, le désir d’un monde meilleur, et puis d’un coup, quelque chose nous traverse. Une force mystérieuse qui nous exalte, selon moi. D’ailleurs, dans ce genre de manifestations, si on zoome dans la foule, on peut voir des histoires individuelles, des histoires de camaraderie et même des histoires d’amour qui naissent. Face à l’adversité, des choses se produisent et relient les uns aux autres.

    Avez-vous eu des événements précis de soulèvements en tête au moment de votre création ?

    A.P. : Je me suis documenté évidemment. Si on parle du monde antique, par exemple la révolte de Spartacus, un esclave qui s’élève contre un pouvoir tyrannique. Après, il y a aussi toutes les luttes de classes qu’on a connues lors de la Révolution française, mais aussi plus tard avec par exemple les grèves de 1936 et le Front populaire.

    Le climat social bouillonnant qui couve en France ces dernières années vous a-t-il aussi inspiré ?

    A.P. : Oui. Depuis qu’on est sorti des Trente Glorieuses, des choses s’inversent un peu. À une époque, on pensait que nos enfants vivraient mieux que nous-mêmes et ainsi de suite. Et en fait, il y a quelque chose qui s’est inversé, qui fait que la vie est de plus en plus dure. Ce qu’on peut espérer de mieux pour nos enfants, à la limite, c’est qu’ils vivent comme nous. Aussi bas dans l’échelle que l’on soit, à la même place de l’échelle sociale aujourd’hui, c’est pire. C’est grave et c’est une vraie question. Moi, je ne suis pas là pour la résoudre, mais pour la poser d’une façon artistique. C’est presque une métaphore que je vais proposer.

    Vous écrivez vouloir faire « jaillir les liens les plus profonds de fraternité »…

    A.P. : Oui. J’aimerais qu’on ressorte de là avec le sentiment qu’on est tous reliés d’une façon ou d’une autre. On voit les oppositions à l’œuvre dans les sociétés, les clivages qui font que les gens ne sont plus ensemble comme c’est par exemple le cas aux États-Unis, ils ne partagent plus l’idée d’un même pays. Chacun pense à son mode de civilisation sans écouter l’autre. Il n’y a plus de débat, mais juste des invectives. Or, il faut débattre pour ne pas se battre.

    Votre pièce est donc un « Soulèvement » dans sa forme la plus pacifique ?

    A.P. : Pour ma part, oui, et ce, même si les corps peuvent avoir l’air déchaînés par moments. C’est un déchaînement presque bienveillant. On essaye de transformer cela en une sorte de fête.

  • Quatre jours pour célébrer la culture gitane et faire tomber les préjugés, à Montpellier

    Quatre jours pour célébrer la culture gitane et faire tomber les préjugés, à Montpellier

    À Montpellier, l’histoire gitane est ancienne. « On fait partie du patrimoine de la ville », rappelle Stéphane Hernandez, représentant de l’association Cap Gély Figuerolles, co-organisatrice, avec la Halle Tropisme, du festival international Mosaïque Gipsy Bohême. Une histoire portée par des artistes comme Manitas de Plata, les Gipsy Kings ou la famille Baliardo.

    Basée dans le quartier historique gitan Cap Gély-Figuerolles, l’association du même nom mène des actions socioculturelles et travaille à faire connaître l’histoire et le patrimoine gitans. Depuis l’obtention de l’agrément de l’Éducation nationale l’année dernière, elle intervient notamment dans les écoles et collèges.

    La musique constitue naturellement un fil rouge de cette transmission. L’association est d’ailleurs chargée, par le ministère de la Culture, de porter la reconnaissance de la rumba catalane au patrimoine culturel immatériel de la France. « Une première étape vers une reconnaissance au patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’Unesco », espère Stéphane Hernandez. Née dans les quartiers gitans de Barcelone à la fin des années 1950, la rumba catalane mêle notamment flamenco, rythmes afro-cubains, rock et musique populaire catalane. Elle sera au cœur du festival international Mosaïque Gipsy Bohème, qui propose notamment, samedi 26 septembre à 17h, un atelier découverte suivi, à 20h30, d’un concert des Barcelonais Sabor de Gracia, véritables ambassadeurs de cette musique. Le vendredi 25 (20h30), c‘est à travers la danse que le festival célébrera la rumba catalane.

    « Un festival du partage »

    La programmation fera également entendre d’autres expressions musicales. Jeudi 24, pour l’ouverture, dès 19h, Paul Guta Band, formation portée par un violoniste virtuose, fera voyager le public vers les musiques tziganes des Balkans et le jazz manouche. À 20h30, Los Reyes Héritage, venus d’Arles et issus de la famille des Gipsy Kings, prendront le relais pour un hommage musical au célèbre groupe. Vendredi 25 à 19h, Adelante duo Mixte explorera les sonorités gipsy à travers un duo porté par les guitares, les rythmes flamenco et les influences méditerranéennes. Enfin, dimanche 27, les Montpelliérains de Los Kemados assureront la clôture du festival.

    Cette édition introduit par ailleurs le théâtre dans la manifestation, avec « L’Itinéraire nomade », proposé samedi 26 à 18h30. En cinq tableaux mêlant récit, musique, chant et danse, ce spectacle suivra la vie d’une famille gitane, de la naissance à la mort.

    Trois expositions permettront de découvrir cette culture sous un autre angle. La première, réalisée en partenariat avec la Cimade, sera consacrée à l’antitsiganisme et donnera lieu à une table ronde vendredi 25 à 18h. Une autre présentera des maquettes de campements tsiganes réalisées à partir de photographies par France Warangot, aujourd’hui disparu. Enfin, « Mondes tsiganes », exposition itinérante du Musée national de l’histoire de l’immigration, retracera l’histoire, les modes de vie et les cultures tsiganes, mais aussi les persécutions et le génocide.

    Fête foraine, jeux gonflables, atelier de rumba et paella géante (tous les soirs) compléteront le programme. Pour Stéphane Hernandez, l’essentiel est dans la rencontre.
    «
     C’est un festival qui fait du bien, un festival du partage, de la convivialité et du vivre ensemble, pour lutter contre les préjugés et les a priori sur la population gitane et tsigane. »

  • Le gratin de la rentrée littéraire fait étape à Manosque

    Le gratin de la rentrée littéraire fait étape à Manosque

    Fondé en 1999, le festival littéraire des Correspondances de Manosque revient investir la ville, à partir de ce mercredi. Le comité de programmation a sélectionné « les meilleurs » parmi les 461 romans qui sortent cette année. Les auteurs sont invités à monter sur scène « pour des rencontres classiques, des lectures, des lectures musicales ou encore des concerts », explique Frédéric Vladyslav, coordinateur du festival.

    « Les Correspondances, au départ, ça a été un des premiers festivals de littérature, là où avant, il n’y avait que des salons, où les éditeurs payent un emplacement pour faire venir dédicacer leurs auteurs. Ici, le principe est différent, c’est vraiment une sélection, ce n’est pas sur inscription. Et on les invite, on les défraie, les rémunère. Depuis, ça s’est fait un peu partout. Maintenant, il y a plein de festivals de littérature », relate le coordinateur. « Précurseur » des festivals littéraires, les Correspondances ont ainsi « accompagné le développement de ce type d’événements ».

    « à chaque fois, les trois quarts des sélectionnés pour le Goncourt, le Médicis, le Femina, sont présents au festival », se réjouit Frédéric Vladyslav. Sur les 50 auteurs invités, neuf publient leur premier roman cette année.

    écritoires à disposition

    Pendant tout le festival, des rencontres avec des auteurs se dérouleront en plein air, sur trois places du centre historique de Manosque. Des apéros littéraires, des lectures à voix haute par des amateurs, sont également proposés tout au long du festival. « Une grande partie participe à un club de lecture qu’on anime tous les mois avec la médiathèque. On propose à toutes les personnes qui le souhaitent de monter sur scène pour lire des extraits de romans du festival, en présence des auteurs. C’est souvent la première fois qu’ils entendent leur texte lu à voix haute en public. Ça donne des choses assez émouvantes », constate Frédéric Vladyslav.

    Le festival essaie de travailler avec des scolaires, notamment au travers du Labo de l’édition, organisé depuis plusieurs années avec des lycéens. « Une maison d’édition indépendante nous confie, en juin, des manuscrits reçus pendant l’année. Une équipe va en débattre publiquement, se mettre à la place d’un éditeur pour une discussion sur scène pendant le festival », explique le coordinateur.

    Le soir, des spectacles musicaux, associant auteurs et musiciens, et des lectures sont proposés au théâtre Jean Le Bleu. Cette année, Arthur H sera par exemple sur scène pour un « concert dessiné » avec Alfred, avec qui il a publié une bande dessinée.

    Pendant le festival, des écritoires conçues par des artistes, perchés dans des arbres ou dans des boîtes aux lettres géantes, sont installées partout dans la ville avec du papier, des enveloppes, des cartes postales et des stylos à disposition pour écrire son courrier.

  • Baptême marseillais pour les Iconic Fugues de Savage

    Baptême marseillais pour les Iconic Fugues de Savage

    En 2025, Black Lips avait transformé la Citadelle en un bouillonnant chaudron garage rock. Après une première édition à guichets fermés, le festival Endless reprend ses quartiers au fort Saint-Nicolas, avec une soirée plus pointue mais appuyant les ambitions de son fondateur, Geoffrey Delhaye : faire dialoguer Marseille avec les grandes figures du rock indé.

    Cette fois, la tête d’affiche se nomme Andrew Savage. Heureux hasard, le leader de Parquet Courts, formation garage punk new-yorkaise devenue une des grandes figures du rock indé américain au tournant 2010, vit désormais à Marseille où il est venu chercher un peu de calme et de volupté. « On est plus sur une programmation de niche mais ça reste exceptionnel », assume l’organisateur. « Parquet Courts fait partie des groupes que j’écoutais en boucle dans ma chambre d’ado en Belgique. Dès que j’ai su qu’il était ici, j’ai cherché à le rencontrer pour le faire jouer à Endless ».

    A. Savage se produira samedi à la tête d’un nouveau projet baptisé Iconic Fugues qui attire la curiosité. Sur scène, il sera accompagné de Dylan Headley, la batteuse de White Fence et Cate Le Bon, du producteur londonien Steven Dove (clavier), et de Santiago, leader du groupe Hantayo, à la basse.

    « Avant-première »

    Un plaisir n’arrivant jamais seul, la sortie du premier album d’Iconic Fugues serait imminente. « C’est un gros pari et c’est très excitant, le concert aura un vrai goût d’avant-première, je suis vraiment heureux qu’il ait accepté », s’enthousiasme Geoffrey Delhaye.

    L’Américain n’a pas seulement prêté son nom à l’affiche. Peintre de formation et auteur des pochettes de Parquet Courts, c’est aussi lui qui a conçu l’identité visuelle en mettant sa griffe sur l’affiche de cette deuxième édition que l’Américain partage avec les Texans de Holy Wave et les Marseillais de Hantayo.

    Formés à El Paso, les premiers ont construit un univers singulier, entre psychédélisme, dream pop, shoegaze et rock cosmique. Le projet marseillais Hantayo dépasse lui aussi les frontières classiques du rock : musique électro, influences psyché, rythmes répétitifs et voix incantatoires s’y croisent dans un voyage quasi sensoriel.

    * Endless, samedi 26 septembre, 18h30, la Citadelle, 13007 Marseille : Iconic Fugues, Holy Wave et Hantayo. 28,50 euros + fdl