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  • [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    [Entretien] Bertrand Belin : « Chanson et poésie entretiennent un rapport évident »

    La Marseillaise : Vous avez dévoilé l’an dernier votre 8e projet musical. Comment tout a commencé ?

    Bertrand Belin : J’avais 12 ans et demi quand j’ai commencé la musique. La guitare m’est apparue comme objet de magie, je m’en suis emparé et c’est devenu pour moi un petit feu vers lequel je suis toujours revenu.

    Depuis, vous évoluez musicalement parlant :
    vous explorez de nouvelles sonorités au fil des disques…

    B.B. : Il y a quelque chose qu’on ne peut pas réduire, c’est notre rapport au monde : il demeure d’un disque à l’autre. D’un album à l’autre, on a quand même envie de porter ce qui fait un peu notre essence. Mais on peut apporter des variétés à la forme, aux couleurs instrumentales, aux mélodies, aux rythmes, que ce soit le plus qualitatif possible. C’est ce que j’ai essayé de faire avec chacun de mes disques, tout en poursuivant une certaine intuition. Rien n’est réellement programmé. C’est un noyau qui me guide, qui se construit à partir de ce que je suis et de ce que ne sont pas mes voisins. On a beaucoup en commun, mais on a aussi quelque chose de propre et c’est ce qui fait les individualités. Quand on fabrique des formes artistiques, ça transparaît dans le processus. On ne peut pas s’inventer et devenir un autre de ce point de vue.

    Vous êtes à la fois auteur et compositeur. Comment articulez-vous ces deux travaux d’écriture ?

    B.B. : En vérité, je ne travaille pas tellement différemment. Quand on fait une maison, il faut savoir en construire le toit, mais aussi les murs. Quand on fait une chanson il faut savoir créer les paroles et la musique. Quand j’écris une chanson je ne sépare pas les deux : j’essaie de faire avancer les deux aspects simultanément et de la façon la plus cohérente possible, en suivant des pistes, des plaisirs, des instincts, des logiques, du sens. Ce n’est pas la seule façon de faire mais pour mes disques, je n’écris jamais sur une musique déjà faite, j’avance petit à petit.

    Vous chantiez « La chanson de Prévert » avec Stephan Eicher, aussi à l’affiche du festival vendredi : quel rapport entretenez-vous avec la poésie ?

    B.B. : J’aime toutes sortes de formes poétiques, y compris celles qui ne sont pas verbales. La poésie est pour moi tout ce qui peut échapper au discours ordinaire informatif, c’est là qu’elle se trouve, aussi, dans des choses techniques. La poésie, je la cherche et je la trouve où je veux. La poésie et le chant entretiennent un lien historique, permanent, concret, radical. Chanson et poème sont historiquement semblables : La Chanson de Roland, c’est un poème, La Divine Comédie, c’est un chant. Avec l’industrie de la chanson, de façon plus récente, on a vu les deux formes se séparer, mais elles entretiennent un rapport évident.

    Qu’est-ce que le public marseillais découvrira sur votre scène lors de la Fiesta des Suds ?

    B.B. : Que le public vienne avec curiosité, on réserve la surprise pour le moment venu. Un concert, c’est ce qu’il y a sur scène, mais c’est aussi le public et la manière dont il se manifeste. On réagit avec lui sur le moment et c’est ce qui fait la beauté du spectacle vivant. Ce n’est pas quelque chose qui est prévisible, immuable. J’ai joué à l’espace Julien au printemps, au cours de cette tournée : ferveur, chaleur humaine, excitation, plaisir… Je me réjouis de venir jouer à Marseille, à l’affiche avec mon camarade Stephan Eicher. Qu’on se fasse plaisir en se rassemblant pour essayer de s’évader, pour faire une pause dans les humeurs et la rudesse du monde.

    Entretien réalisé par Oriane Castan

  • Fiesta des Suds : annulation de la soirée d’ouverture de jeudi soir

    Fiesta des Suds : annulation de la soirée d’ouverture de jeudi soir

    Les conditions météo défavorables annonçant des rafales de vent jusqu’à 90 km/heure, seraient à l’origine de l’annulation de la soirée d’ouverture de la Fiesta des Suds du jeudi 8 octobre qui prévoyait notamment un concert de Véronique Sanson et Imany.

  • Véronique Sanson pour donner le la de la Fiesta des Suds

    Véronique Sanson pour donner le la de la Fiesta des Suds

    Véronique Sanson est née en 1949, fruit de l’union entre René Sanson et Colette Lucas. Deux résistants sous l’Occupation qui donnèrent à leur progéniture des prénoms commençant par la lettre V, comme victoire, pour célébrer la fin du nazisme. En cette époque où le fascisme rampe à nos portes, de quoi redonner un peu d’espoir et de gaieté aux spectateurs de la Fiesta des Suds qui viendront fredonner en compagnie de cette icône de la chanson française, ce jeudi 8 octobre, certains de ses tubes intemporels, tels que Besoin de personne, Chanson sur ma drôle de vie et autres Vancouver ou Bahia. À l’heure du « repli sur soi et des conflits mondiaux, nous voulons maintenir la lumière sur notre étoile », image la directrice du festival, Nathalie Solia.

    Saudade et fiesta

    C’est donc sur l’esplanade du J4, « à l’entrée du port et de notre ville, là où tout arrive et tout part », situe-t-elle, que la Fiesta des Suds, 35e du nom, plante ses jalons pour une soirée inaugurale pleine de promesses. Si Véronique Sanson et la chanteuse Imany trustent le haut de l’affiche (heures de passages respectivement prévues à 19h30 et 21h15), les découvertes ne manqueront pas par ailleurs. Sur la scène « Club Major », Sharouh lancera les festivités à 18h30 et fera d’autres apparitions tout au long de la soirée. Une DJ qui remixe notamment des « chanteuses iconiques d’Afrique du Nord » pour les mêler à des « samples de discours féministes », indique le programme.

    Vers 19h15, au tour de la chanteuse marseillaise de musique soul Kena Womo d’entrer en piste, avant la prestation du groupe Ao à 20h45. Menée par « une chanteuse belge d’origine mozambicaine et portugaise », précise le programmateur de la Fiesta des Suds, Frédéric André, une formation qui « mélange saudade, fado, folk et electro ». À noter également, la prestation d’Habibisly à 22h45, quintette dont le leader « franco-syrien » offre un mélange de musiques « disco et orientales ».

    Programme complet sur www.fiestadessuds.com

  • [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    [Entretien] Imany : « La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher »

    La Marseillaise : Quels sont vos souvenirs de la Fiesta des Suds, où vous vous êtes produit pour la première fois en 2011 ?

    Imany : C’était au Dock des Suds. Je me rappelle de la sensation que j’avais eue de jouer pour la première fois à Marseille, où je garde de fortes attaches. On avait galéré avec le son, mais quelle ambiance… Le public marseillais n’est en général pas facile. Quand on arrive à le faire lever, on sait qu’on a fait quelque chose de bien. J’étais touchée aux larmes. Je me suis remémoré l’enfant que j’étais quand j’allais acheter le pain de l’autre côté du quartier, que je chantais à tue-tête car c’était le seul endroit où je me sentais libre de le faire.

    Votre père officiait dans l’armée de l’air. Vous avez vécu et grandi sur la base aérienne d’Istres. Un lieu où Emmanuel Macron était venu présenter ses vœux début 2026. Que vous inspire le climat actuel de guerre généralisée ?

    Imany : De la tristesse et de la colère. On oublie à chaque fois qu’il y a des individus derrière ces guerres, que c’est l’enfant de quelqu’un qui va se sacrifier. Moi, je suis fille de militaire, je suis allée en école militaire, je connais La Marseillaise par cœur que je chantais au son du clairon, de la levée du drapeau. Pour autant, je suis profondément antimilitariste et pour la diplomatie. Mais hélas, c’est toujours celui qui a le plus gros armement qui dicte sa loi.

    Une autre guerre, plus intime, vous a habité au moment de la création de votre dernier album « Women deserve rage ». Il parle de votre lent processus de souffrances, puis de libération, suite à une relation toxique avec votre ancien compagnon. Comment en êtes-vous ressortie ?

    Imany : Aujourd’hui, je vais très bien. J’ai construit l’album sur les pas du chemin que j’ai parcouru pour revoir enfin le jour. C’est un processus très compliqué que celui de se libérer d’une relation toxique. Déjà, c’est très difficile de l’identifier. Ensuite, c’est aussi dur de s’en échapper. Et enfin, il faut réussir à se désintoxiquer.

    Vous vous êtes libérée de cette prison mentale, mais à quel prix…

    Imany : La liberté a toujours un prix. Et elle coûte souvent très cher. On est obligés de traverser des épreuves difficiles pour accéder à sa propre profondeur. Sur le plan physique et émotionnel, on n’y échappe pas. Ceux qui y échappent, ce sont par exemple les gens qui se droguent ou se noient dans le travail pour ne pas avoir à y faire face. Mais pour les surmonter, il faut accepter la douleur qui vient. C’est le prix à payer.

    « Toutes les victimes sont dignes », chantez-vous sur le morceau « Ruling over ».
    Qu’est-ce que ça vous fait de voir que leurs paroles sont pourtant encore et toujours remises en cause
     ?

    Imany : Cela m’exaspère. Pour la manière dont les choses sont établies pour la justice, par exemple, c’est à la charge de la victime de prouver qu’elle a été victime. Dès lors, sa parole est forcément remise en doute car elle doit toujours prouver qu’elle est en fait victime. On voit que les statistiques sont plutôt du côté des victimes dans le sens où un infime pourcentage de déclarations sont s’avèrent fausses. Et au lieu de se ranger à l’écrasante majorité, on se dit que pour cet infime pourcentage, on va sacrifier le reste. Il y a tout un travail à faire autour de la protection et de l’écoute des victimes, déjà auprès des policiers car ils prennent la plainte en premier. Pour des violences familiales, par exemple, on peut mettre en doute la parole d’un enfant de 5 ans, alors qu’il n’a pas de raisons de raconter des histoires sur ses parents. Il faut d’abord être bienveillant envers les gens avant d’être méfiant.

    Parmi les genres que vous explorez, la musique soul, historiquement liée à la défense des opprimés. Ça vous fait quoi de voir l’extrême droite aux portes du pouvoir ?

    Imany : La polarisation des opinions s’affirme, mais elle est toujours rentable pour les pouvoirs en place. Tant qu’on se divise, qu’on pense que le problème vient de l’extérieur : c’est beaucoup plus dur de déplacer une foule quand elle se tient la main que quand elle se pointe du doigt. C’est un système vieux comme le monde depuis les Romains. Les réseaux sociaux et algorithmes donnent l’impression d’être attaqué par les autres en permanence : les noirs, les étrangers, les musulmans, les jeunes… Mais pour faire un pont avec mon album, quand on ne dresse pas sa colère, et bien cette dernière se retourne contre nous et on est plus facilement manipulable. C’est ensemble qu’on est plus fort. Je sais que ça semble être une phrase sortie d’un poster à la con. Moi, je chante dans le monde entier, dans des endroits où les chanteurs français ne vont pas : au Kazakhstan, en Lituanie… Là, je reviens d’Arménie, un peuple qui n’a jamais été tranquille tout au long de l’histoire car il est attaqué constamment. Quand je chante dans ces pays, je me rends compte que les gens vibrent au même endroit. Non pas que je sois une chanteuse exceptionnelle, mais ça veut dire qu’on veut tous fondamentalement la même chose : la sécurité, la paix, la douceur.

  • « La vraie bataille est culturelle »

    « La vraie bataille est culturelle »

    La Marseillaise : Quels souvenirs gardez-vous de la sortie de « Gibraltar » en 2006 ? Cet album avait dépassé la seule audience des amateurs de rap…

    Abd al Malik : J’avais alors l’intention d’être véritablement moi pour la première fois dans un disque. Cela m’a permis de montrer mon amour pour la littérature, la poésie, le jazz et la chanson française. Je voulais montrer que ça pouvait être harmonieux dans un esprit hip-hop. Mon amour pour la littérature s’est illustré à travers la manière dont je racontais les histoires, ce style qu’on appelle le slam ou le spoken word. J’avais aussi beaucoup de questionnements sur mon identité, sur ce que ça voulait dire d’être Français lorsqu’on est noir aux racines africaines. Déjà, à l’époque, on parlait des exilés, des migrants, des problématiques liées aux habitants des quartiers populaires. Pour la première fois, je suis allé au bout de ma pensée avec un côté spirituel qui m’importe. Ma démarche était de dire que, peu importe notre couleur de peau, qu’on croit en Dieu ou non, on a quelque chose en partage de fondamental qui est l’humanité.

    Sur le titre éponyme de l’album, vous déclamiez : « Sur le détroit de Gibraltar, il y a un jeune noir qui pleure un rêve qui prendra vie, une fois passé Gibraltar. » À quelques kilomètres de là, l’actualité récente a rappelé ces propos avec la crise migratoire à Ceuta…

    Abd al Malik : à l’époque, on assistait déjà à toutes ces morts en Méditerranée. 20 ans après, les choses n’ont pas changé. Cela rend ce morceau encore plus pertinent qu’à l’époque. C’est aussi cela qui m’a poussé à me dire qu’on allait faire cette tournée anniversaire.

    Sur le titre « 12 septembre 2001 », vous parliez aussi des jours d’après l’effondrement des tours jumelles. « Après ça, fallait qu’on montre aux yeux du monde que nous aussi n’étions que des hommes, que s’il y avait des fous, la majorité d’entre nous ne mélangeait pas la politique avec la foi. » L’injonction faite aux musulmans de se désolidariser de quelque chose avec lequel ils n’avaient rien à voir n’était-elle pas un écueil ?

    Abd al Malik : Bien sûr, c’est un écueil, qui dure encore et encore. Mais ma manière de voir est différente. En tant que musulman, je ne regarde pas ce que les gens pensent ou disent. Ce qui m’importe, c’est ce que je vois quand je me regarde dans une glace. Ai-je le comportement et les mots qu’il faut ? Si individuellement, on pense comme ça, on va finir par réussir à le faire collectivement. Ce qui est important in fine, ce n’est pas de se dire « ils veulent qu’on se justifie », mais de faire attention à la façon dont on se comporte dans notre quotidien : de se dire peut-être que mon voisin est juif ou chrétien, qu’il est croyant ou non, mais que l’important est mon rapport avec lui. Si j’ai une bonne entente avec mon voisin, eh bien dans ma ville, puis dans ma vie aussi. Le danger, c’est de vouloir essayer de régler la grosse image et de négliger ce qui est le plus important : notre quotidien. Si on ne s’occupe pas de nos voisins, c’est BFM, CNews, le RN et tous les politiciens extrémistes, racistes, voire racialistes qui s’en occuperont. C’est à ce moment-là que la haine et la suspicion s’installent. La meilleure chose qu’on puisse faire pour améliorer le monde, c’est s’améliorer soi-même.

    Votre album dépeint aussi la misère sociale en France, thématique négligée au profit des questions identitaires. Comment analysez-vous les graines de ces maux, semées par le macronisme, et dont l’extrême droite récolte les fruits ?

    Abd al Malik : Il faut travailler ensemble pour lutter contre cette misère sociale, l’illettrisme, la destruction de notre système social… Les médias nous font regarder d’autres problèmes et on oublie finalement de voir ceux qui sont prioritaires. C’est un piège qu’ils nous tendent. Malheureusement, c’est ce que font la plupart des politiques en allumant des espèces de contre-feux. C’est comme ça que des lois assassines passent ensuite pour se retourner contre nous et l’avenir de nos enfants. C’est donc important qu’on réfléchisse avec nos différences et singularités, pour faire peuple, faire France. Pour faire front contre les esprits chagrins qui pointent telle histoire de voile ou d’identités. On oublie trop souvent que les dirigeants doivent s’occuper de leur peuple et surtout des plus fragiles.

    Sur « Saigne », vous clamiez de façon faussement naïve : « Derrière le statut, le vêtement, la couleur de peau, n’est-ce pas qu’on est tous semblables ? » Qu’on soit ouvrier ou bourgeois, blanc ou noir, on l’est toujours pas…

    Abd al Malik : C’est sans doute la conclusion qu’il faut en tirer. Mais il y en a une autre : avec les musiques, les livres, les films qu’on crée, et c’est notre seul pouvoir, il faut faire en sorte que nous soyons tous semblables. C’est avec ce travail des imaginaires que les choses peuvent changer. En 2026, j’ai par exemple réalisé un film, Furcy, né libre, où je parle de l’esclavage et de son abolition. Quelques mois après, le Code noir a été abrogé [voté par l’Assemblée nationale en mai dernier, Ndlr]. Bien sûr qu’il existe toujours des doubles standards selon qu’on soit nanti ou non, mais on doit travailler avec notre outil, qui est culturel, pour dire que nous sommes les mêmes. La vraie bataille est culturelle. Qu’est-ce qu’être français ? Ce n’est ni une couleur de peau, ni un sexe, ni une religion. Mais c’est d’adhérer à des principes et valeurs. Il faut sans cesse le rappeler. Nous ne nous laisserons pas faire par ces gens qui trafiquent la culture et l’histoire. Face au narratif d’extrême droite, écrivons un narratif humaniste, du respect et du dialogue.

    Votre album est aussi traversé par des figures tutélaires comme Nina Simone, que vous samplez sur « Gibraltar », ou encore « Ces gens-là » de Jacques Brel, qui vous a inspiré la chanson « Les autres ». Vous animent-elles toujours aujourd’hui ?

    Abd al Malik : Profondément. D’abord, Jacques Brel dans son refus de correspondre à la vision des gens. Quand il décide d’arrêter sa carrière en 1966 du jour au lendemain car il a l’impression de répéter la même chose chaque fois qu’il monte sur scène, sa sincérité m’inspire énormément, tout comme son courage. On parle là d’artistes fabuleux, mais aussi de gens engagés. Et que dire du combat de Nina Simone contre le racisme, pour les droits civiques, son combat contre la maladie mentale qui l’a ensuite touchée. Ces artistes nous ont montré qu’il ne faut jamais baisser les bras. Ce sont des gens qui n’ont pas peur de montrer leurs faiblesses. Finalement, en les montrant, ils expriment leur force. L’art est un miroir d’humanité, une main tendue, une autre façon de dire je t’aime. C’est pour cela que j’invite tout le monde à venir voir mon spectacle : il y a quelque chose d’organique. On est là avec de vrais musiciens, des machines, de la lecture, du rap, du slam : c’est du spectacle vivant. Quelque chose qu’aucune intelligence artificielle, ni réseau social ne pourra nous procurer. Malgré notre époque qui peut être parfois triste, il est important d’affirmer qu’on peut quand même penser et festoyer en même temps.

  • Marseille : « Musiques interdites » à Saint-Victor

    Marseille : « Musiques interdites » à Saint-Victor

    Musiques interdites ouvre sa 21e édition le 25 septembre dans les cryptes de Saint-Victor. Au programme deux quatuors, le 2e du Morave Leos Janacek et le 6e du Hongrois Béla Bartók. Les solistes sont issus de l’Orchestre Philharmonique de Marseille. Souvent ignorée, la musique de Janacek est une des plus passionnantes du XXe siècle. On connaît mieux ses opéras : Jenufa, L’Affaire Makropoulos… Sa musique de chambre reste à découvrir. Intitulé Lettres intimes, le second quatuor à cordes a été composé en 1928 par Janacek en hommage à son égérie, Kamila Stösslova, femme mariée de quarante ans sa cadette. Le sixième Quatuor à cordes est le dernier composé par Bartók avant son exil aux États-Unis. Dès 1933, farouchement opposé au nazisme et au fascisme, il refusa de se produire en Allemagne nazie.

    Devoir de mémoire

    Hommage sera rendu à Dmitri Chostakovitch le 27 septembre dans la nef de Saint-Victor. Au programme deux œuvres : le Concerto pour violoncelle avec l’Ensemble des Solistes de l’Orchestre Opéra de Marseille, et Xavier Chatillon au violoncelle. La soprano Irina Stopina, accompagnée au piano par Olivier Lechardeur et au violon par Laura Jaillet donneront les Sept Romances sur des poèmes du poète russe Alexander Block. On sait les démêlés du compositeur avec le régime soviétique et Staline en particulier. Force lui a été de passer pour un chantre d’un régime qu’il abominait tout en composant une des musiques les plus secrètes et chargées d’angoisse du XXe siècle. Une édition placée sous le signe de l’intimité et du devoir de mémoire.

  • Hautes-Alpes : Noémie, Gaëlle et Leïla ont repris la ferme des Garçins

    Hautes-Alpes : Noémie, Gaëlle et Leïla ont repris la ferme des Garçins

    « Trois jeunes filles, non-issues du milieu agricole, qui ne sont pas du territoire et qui reprennent une ferme qui est là depuis des années… Il y avait de quoi avoir des a priori ! ». Mais l’installation de Gaëlle Ruchier, Noémie Lhôte et Leïla Carcanade dans la ferme des Garçins s’est faite sans encombre. « On a été hyper bien accueillies, lance Gaëlle, reconnaissante. Il y a eu automatiquement une vraie solidarité, c’est chouette pour un début ! »

    À 29 et 30 ans, les trois jeunes femmes ont repris en avril 2026 une ferme familiale située au col du Festre dans le Dévoluy, à presque 1 500 mètres d’altitude. Pendant des années, le couple de cédants, Eric et Leslie, cultivait des céréales et les transformait en pains, brioches et biscuits, cuits au feu de bois et vendus sur place ou livrés localement. Ils possédaient aussi un cheptel de vaches et une trentaine de ruches dont ils tiraient du miel. Suite à des soucis de santé, ils ont été contraints de transmettre la ferme, qui habituellement se maintenait de génération en génération. Cette fois-ci, ce n’était pas dans les projets de leurs enfants.

    Une transmission réussie

    À présent, ce sont les trois amies qui s’affairent dans la boulangerie et s’occupent quotidiennement des vaches. Elles ont abandonné les ruches, mais ont développé la vente directe de viande. Avant cette nouvelle vie, Gaëlle était cuisinière, Noémie travaillait dans le tourisme avant de se pencher vers l’agriculture, et Leïla était salariée agricole dans le maraîchage. Elles se sont rencontrées au cours de leur BPREA, le (Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole). « On avait toutes envie de s’installer en collectif, se souvient Leïla. Ça donne de la force, ça nous permet d’allier nos compétences, et c’est joyeux ! »

    Le collectif a pu acquérir cette ferme grâce à Terre de Liens, qui a acheté le foncier, le bâtiment agricole et la maison avec de l’épargne citoyenne. « Autrement, la ferme aurait été inaccessible », admet Leila. Les porteuses de projet sont tombées amoureuses du lieu. Elles ont même pu récupérer le troupeau de vaches et Stella, la chienne qui les garde. Elles ont seulement acheté le matériel agricole. Pendant plusieurs mois, elles ont travaillé avec le couple pour qu’il les forme, notamment pour transformer les variétés de blé ancien en pain. « La transmission était chargée émotionnellement pour Eric et Leslie, dit Leïla. Nous, on arrivait avec nos idées nouvelles. Il fallait articuler tout cela. Mais au final, tout s’est bien déroulé. » Même si, elle le sait, « c’est loin d’être la réalité des autres installations ».

    Terre de Liens inaugure la ferme ce samedi à partir de 14h. Avec au programme : visite de la ferme, table ronde sur l’agriculture dans le Dévoluy, repas et concert.

  • Pays de Martigues : une journée pour revendiquer et fêter la paix

    Pays de Martigues : une journée pour revendiquer et fêter la paix

    La paix à Martigues et Port-de-Bouc est autant un sujet politique que de festivités, particulièrement en ce mercredi 23 septembre.

    Tout l’après-midi de 13h30 à 17h au jardin de Ferrières de Martigues, la Ville organise la Fête de la paix avec ateliers créatifs, sportifs et ludiques pour tous publics avant le temps protocolaire et le concert de fin de journée. En même temps, l’exposition « des ailes pour la paix » réalisée par les enfants des écoles et des centres de loisirs de Martigues est proposée. Parmi les organisations à l’initiative, la Mouvement de la paix, l’Association pour l’animation des centres sociaux (AACS), Martigues Sport Athlétisme, l’Appart, les Vélos des étangs, le Martigues rugby club, Wimoov, l’Ajes, le cinéma la Cascade et le collège Gérard-Philipe. À noter que la Ville est adhérente depuis 2010 de l’Association française des communes pour la paix et inscrit dans son projet « l’émergence d’une culture de paix » en son sein.

    Pas de solution militaire

    À Port-de-Bouc, un meeting pour la paix est organisé à 18h à la pyramide de la paix, au port Renaissance sur le site des sardinades. Le PCF, l’Union locale CGT, le Secours populaire et la Ligue des droits de l’Homme appellent en commun à « exiger un cessez-le-feu général et à cultiver la paix ». « Il n’existe aucune solution militaire pour répondre aux défis que nos modes de production et de vie ont provoqués », insistent les organisateurs. Les quatre centres sociaux de la Ville ont aussi réalisé une exposition de dessins sur le thème de la paix visible dès 14h.

  • Baptême marseillais pour les Iconic Fugues de Savage

    Baptême marseillais pour les Iconic Fugues de Savage

    En 2025, Black Lips avait transformé la Citadelle en un bouillonnant chaudron garage rock. Après une première édition à guichets fermés, le festival Endless reprend ses quartiers au fort Saint-Nicolas, avec une soirée plus pointue mais appuyant les ambitions de son fondateur, Geoffrey Delhaye : faire dialoguer Marseille avec les grandes figures du rock indé.

    Cette fois, la tête d’affiche se nomme Andrew Savage. Heureux hasard, le leader de Parquet Courts, formation garage punk new-yorkaise devenue une des grandes figures du rock indé américain au tournant 2010, vit désormais à Marseille où il est venu chercher un peu de calme et de volupté. « On est plus sur une programmation de niche mais ça reste exceptionnel », assume l’organisateur. « Parquet Courts fait partie des groupes que j’écoutais en boucle dans ma chambre d’ado en Belgique. Dès que j’ai su qu’il était ici, j’ai cherché à le rencontrer pour le faire jouer à Endless ».

    A. Savage se produira samedi à la tête d’un nouveau projet baptisé Iconic Fugues qui attire la curiosité. Sur scène, il sera accompagné de Dylan Headley, la batteuse de White Fence et Cate Le Bon, du producteur londonien Steven Dove (clavier), et de Santiago, leader du groupe Hantayo, à la basse.

    « Avant-première »

    Un plaisir n’arrivant jamais seul, la sortie du premier album d’Iconic Fugues serait imminente. « C’est un gros pari et c’est très excitant, le concert aura un vrai goût d’avant-première, je suis vraiment heureux qu’il ait accepté », s’enthousiasme Geoffrey Delhaye.

    L’Américain n’a pas seulement prêté son nom à l’affiche. Peintre de formation et auteur des pochettes de Parquet Courts, c’est aussi lui qui a conçu l’identité visuelle en mettant sa griffe sur l’affiche de cette deuxième édition que l’Américain partage avec les Texans de Holy Wave et les Marseillais de Hantayo.

    Formés à El Paso, les premiers ont construit un univers singulier, entre psychédélisme, dream pop, shoegaze et rock cosmique. Le projet marseillais Hantayo dépasse lui aussi les frontières classiques du rock : musique électro, influences psyché, rythmes répétitifs et voix incantatoires s’y croisent dans un voyage quasi sensoriel.

    * Endless, samedi 26 septembre, 18h30, la Citadelle, 13007 Marseille : Iconic Fugues, Holy Wave et Hantayo. 28,50 euros + fdl

  • Les cheminots font vivre la fraternité au Village de la paix de Toulon

    Les cheminots font vivre la fraternité au Village de la paix de Toulon

    Un stand, une soirée culturelle avec concert et une expertise unique sur la culture de paix… Voilà ce que propose le Casi (Comité des activités sociales interentreprises) des Cheminots de la région Paca, à l’occasion de l’organisation de ce Village de la paix à Toulon. « On a répondu naturellement à la sollicitation des organisations progressistes pour ce Village de la paix, cela fait 40 ans qu’on fait vivre la culture de paix », explique Michel Mafioly, président de la commission des activités sociales et culturelles du Casi. Présent avec un stand, c’est toute « une équipe de bénévoles » qui se déploie sur l’événement, afin de « développer et expliquer l’implication et la démarche du Casi pour la paix ».

    Au programme : l’organisation d’une soirée festive et culturelle avec un concert de rap français, mais aussi « des ateliers graphiques » autour de la paix et l’animation de débats. De quoi rappeler le travail de l’organisation pour promouvoir l’amitié entre les peuples plutôt que l’armement à tout va.

    « Nous avons organisé des séjours mémoriels au Japon, à Hiroshima et Nagasaki. Nous sommes également allés à l’ONU, à New York, pour porter la voix du désarmement », se remémore Michel Mafioly.