Dans le Gard, un centre pour soigner les blessures invisibles

Les blessures ne se voient pas toujours. Elles peuvent pourtant peser sur une vie entière. À Remoulins, sous les voûtes de l’ancien établissement thermal de Lafoux-les-Bains, la clinique du Pont du Gard vient d’ouvrir Hélios, un hôpital de jour consacré aux psychotraumatismes complexes. Son ambition : permettre aux patients de poursuivre leurs soins sans nouvelle hospitalisation complète.

Violences sexuelles, maltraitances pendant l’enfance, violences conjugales, mais aussi négligences répétées : derrière ce terme médical se cachent des parcours marqués par des années d’insécurité. À la différence d’un traumatisme lié à un événement isolé, le psychotraumatisme complexe résulte d’expositions prolongées ou répétées. « Ces personnes vont essayer de s’adapter en se coupant de leur corps, de leurs émotions », explique le Dr Mehdi Ghozzi, médecin coordinateur de l’établissement. Plus tard peuvent surgir une estime de soi effondrée, des difficultés relationnelles, des douleurs chroniques ou des addictions. Des réactions que le psychiatre invite à comprendre comme des « mécanismes de survie, plutôt que comme des défaillances individuelles ».

Depuis 2017, l’établissement, appartenant au groupe privé Emeis, développe une unité spécialisée d’hospitalisation complète. Quinze de ses 70 lits sont consacrés à ces troubles. Une prise en charge dont les besoins se sont accentués avec la libération de la parole des victimes. « Les demandes ont été particulièrement fortes lors du mouvement #MeToo », souligne le médecin. Mais le rétablissement ne suit pas le calendrier d’un séjour hospitalier. La stabilisation peut nécessiter plusieurs années, d’où ce nouveau dispositif pensé pour accompagner les patients dans la durée.

Réapprendre à habiter son corps

Lancé mi-septembre, Hélios a d’abord accueilli six patients, déjà connus des soignants. Le dispositif pourra en recevoir sept par cycle de cinq à six semaines, à raison de trois ou quatre demi-journées hebdomadaires. Dans les salles ouvertes sur un jardin, les ateliers collectifs mêlent psychoéducation, gestion des émotions, kinésithérapie, sophrologie, activité physique adaptée et expression artistique. L’objectif n’est pas de forcer le récit du passé, mais de trouver des points d’appui dans le présent.

Au cœur de cette démarche, les exercices d’« ancrage » : reconnaître ce qui se passe en soi, reprendre contact avec ses sensations, retrouver un sentiment de sécurité lorsque des souvenirs traumatiques refont surface. « Ils apprennent ainsi à réguler leurs émotions et à faire face aux situations du quotidien », résume le Dr Ghozzi. Les notions sont reprises au fil des semaines, sans transformer une absence en échec. Les patients repartent avec des outils à réutiliser chez eux, dans leur quotidien.

Ce soin à temps partiel ne remplace pas une psychothérapie individuelle. Il s’adresse à des personnes déjà suivies et suffisamment stabilisées pour participer à un groupe, surtout à proximité de Remoulins. Les professionnels espèrent ensuite associer les familles, développer des actions pour les jeunes adultes et former d’autres soignants. Autant de pistes pour faire reconnaître ces souffrances trop souvent invisibilisées. A.J.

* Infos pratiques : Hôpital de jour Hélios, clinique du Pont du Gard, 2 avenue du Pont du Gard, à Remoulins. Renseignements au 04.66.37.66.37.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *