Tag: psychiatrie

  • Nîmes lance son conseil local de la santé mentale

    Nîmes lance son conseil local de la santé mentale

    Ce n’est pas un nouveau guichet de psychiatrie. Et c’est justement tout l’enjeu. Mercredi 7 octobre, au Centre des congrès, Nîmes installe son Conseil local de santé mentale (CLSM), un espace où doivent enfin se parler celles et ceux qui travaillent trop souvent chacun dans leur couloir : soignants, travailleurs sociaux, associations, éducateurs, acteurs du logement, de la culture ou du sport, proches et personnes directement concernées. Le dispositif n’a pas vocation à suivre des situations individuelles, mais à construire des réponses collectives à l’échelle de la ville.

    Le chantier est loin de partir de zéro : une enquête menée en 2025 par les sociologues Christian Laval et Pauline Rhenter, complétée par plusieurs temps collectifs, a mobilisé près de 200 participants. Et à Nîmes, le constat est rude : en 2023, 51,6 habitants sur 1 000 étaient pris en charge pour une maladie psychiatrique, contre 40,2 au niveau national.

    « Il est hors de question d’organiser la prise en charge de la santé mentale comme si elle était isolée », insiste Olivier Bénézet, conseiller municipal délégué à la santé mentale et à la lutte contre les addictions. Et le rapport de préfiguration lui donne du grain à moudre : 31% des Nîmois vivent sous le seuil de pauvreté, et jusqu’à 70% dans certains quartiers prioritaires. Logement, revenus, droits sociaux, travail, scolarité, isolement : la santé mentale est aussi une affaire de conditions de vie.

    Recoudre les parcours

    C’est là que le CLSM doit tenter de recoudre les parcours. « L’objectif est de mieux connaître les ressources existantes à Nîmes, de repérer les besoins du territoire et de faire travailler ensemble des acteurs qui interviennent parfois séparément », résume Bénézet. Car l’enquête de préfiguration pointe moins une absence de dispositifs qu’un système où ceux-ci peinent encore à se coordonner : sorties d’hospitalisation sans relais, délais d’attente, accès aux droits complexe, ruptures de logement ou manque de continuité entre psychiatrie, médico-social et secteur social.

    Une première feuille de route est attendue au premier trimestre 2027. Parmi les pistes déjà avancées : former davantage de professionnels aux premiers secours en santé mentale, rendre les dispositifs plus lisibles, prévenir les ruptures d’accompagnement ou mieux prendre en compte l’expérience des personnes concernées. « Il faut prendre conscience qu’on peut s’occuper de notre santé mentale comme on s’occupe de notre santé en général », souligne Sandrine Haas, coordinatrice du projet territorial de santé mentale du Gard.

    Le lancement pendant les semaines d’information sur la santé mentale doit aussi permettre d’ouvrir le sujet au-delà des cabinets médicaux, à travers une trentaine de rendez-vous mêlant ateliers, expositions et débats jusqu’au 18 octobre. « Je vois ce collectif comme un engrais, un faiseur d’idées, un faiseur de liens », conclut Haas, pour faire de la santé mentale une affaire de cité, et plus seulement de spécialistes.

  • Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Ce 29 septembre, les cortèges ont fait le plein dans l’Hérault et le Gard
    à l’appel d’une large intersyndicale de la fonction publique (la CGT, FO,
    la CFDT, l’Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP). Un coup de pression à la veille des arbitrages du gouvernement pour le prochain budget – dont la présentation avait lieu le 1er octobre – afin de protester contre le recul du pouvoir d’achat et demander davantage de moyens.
    À Montpellier, 7 000 personnes ont défilé selon les syndicats, 4 500 selon la police. La manifestation nîmoise, elle, a rassemblé 2 500 manifestants selon les syndicats. Des cortèges denses qui ont réuni des agents des trois fonctions publiques (État, collectivités, hôpital), auxquels se sont joints
    de nombreux jeunes, étudiants mais aussi lycéens, mobilisés dès le début de la journée avec le blocage de leurs établissements.

    Philippe Enjelmann, Infirmier aux urgences psychiatriques du CHU de Montpellier :
    « J’ai des collègues à l’hôpital qui dorment dans leur voiture »

    L’hôpital est attaqué et déconstruit méthodiquement depuis des années par le gouvernement main dans la main avec la direction de l’hôpital, si bien qu’on a de moins en moins de budget pour prendre en charge les patients. En psychiatrie, où je travaille, deux unités entières ont fermé ces 7 dernières années. Ce qui conduit à des situations comme samedi dernier [26 septembre, NDLR] : aux urgences, on avait un patient qui devait être hospitalisé rapidement, mais sa prise en charge a tardé faute de place et un collègue infirmier a été victime d’une agression qui lui a valu 10 jours d’ITT.

    C’est catastrophique en premier lieu pour les patients, qui voient leur prise en charge dégradée et sont accueillis dans des locaux qui ne sont pas adaptés, avec des personnels pas formés comme il faudrait. Et nous, en tant que travailleurs, non seulement on perd le sens de notre travail mais on se demande comment on va rentrer le soir… Quelle est la prochaine étape ? Se faire tuer au travail ? Tout ça pour un salaire qui fait que le 10 du mois, j’en suis déjà à attendre ma paie ? Et encore, je ne suis pas le plus mal loti : j’ai des collègues à l’hôpital qui n’ont pas un salaire assez important pour payer un loyer, si bien qu’ils dorment dans leur voiture et se douchent discrètement dans les vestiaires… On en est là. La réalité de l’hôpital aujourd’hui, c’est que les gens qui vous soignent galèrent à vivre. C’est cet avenir de précarité et de déconstruction du service public qu’on combat. »

    Audrey Amiel, Sapeur-pompier à Lunel
    « On n’a pas les moyens de faire bien le travail qu’on devrait faire »

    On n’a pas les moyens de bien faire le travail qu’on devrait faire. Ça m’attriste car c’est la population qui est touchée en premier. Manque de moyens financiers, humains, matériels : tout est imbriqué. Il y a une espèce d’étouffement général de la fonction publique, qui se ressent au quotidien.

    Je suis sapeur-pompier professionnel depuis 2010. Les conditions de travail ont beaucoup évolué, notamment avec ces départs de carence d’ambulances privées, qui se sont multipliés. Ce sont des interventions qui, normalement, ne font pas partie de notre travail. Mais quand vous avez un problème en France et que personne ne peut y répondre, on envoie les pompiers. Donc quand il n’y a plus d’ambulanciers privés pour emmener quelqu’un à l’hôpital, c’est nous qu’on sollicite. Or quand on fait ça, on ne peut pas faire une vraie urgence derrière. On nous sollicite tellement qu’on se retrouve en manque d’effectifs, parce qu’on ne peut pas faire le travail des autres et le nôtre. On a juste envie de revenir aux fondements de notre métier : faire du secours, de l’urgence. Pas du transport.

    Outre des recrutements, on voudrait également avoir des outils de travail qui permettent de protéger notre santé. Depuis des années, on intervient sur des feux de forêt sans se protéger… Enfin, s’agissant des salaires, le dégel du point d’indice des fonctionnaires est un des mots d’ordre de la mobilisation auquel nous nous associons en tant que fonctionnaires territoriaux. »

    Corinne Place, Enseignante dans le 1er degré à Nîmes

    « On encaisse, on encaisse, mais là ce n’est plus possible »

    Je suis enseignante dans le premier degré, avec une classe de CP, CE1 et CE2 dans le nord du Gard. Si je suis là aujourd’hui, c’est pour défendre le service public, mais aussi nos conditions de travail et notre pouvoir d’achat. Cela fait des années que nos rémunérations stagnent et que notre niveau de vie se dégrade. On encaisse, on encaisse, mais à un moment, ce n’est plus possible.

    Dans les écoles, ce manque de moyens se voit partout. Le symbole qui parle pour tous les autres, c’est les AESH, indispensables pour accompagner les élèves en situation de handicap mais qui restent dans une très grande précarité. Nous demandons qu’elles aient enfin un véritable statut, qu’elles soient formées, reconnues et suffisamment nombreuses.

    Et puis il y a l’état des bâtiments. Cette année encore, avec les fortes chaleurs dès le mois de mai, certaines classes sont devenues très difficiles à supporter. On sait depuis des années qu’il faut adapter les écoles au réchauffement climatique. Parfois, il suffirait déjà de choses simples : des stores, des volets, des brasseurs d’air, la possibilité d’aérer les bâtiments tôt le matin. Les collectivités font avec leurs moyens, mais ils sont limités. Au bout du compte, ce sont les personnels et surtout les élèves qui subissent. Défendre une école publique forte, cela suppose de lui donner réellement les moyens de fonctionner. »

    Francis Foussard, Ingénieur hydraulique au CD30 à Nîmes.
    « Par ces chaleurs, c’est surtout le point d’indice qu’il faut dégeler »

    Nous sommes là pour défendre le service public, les conditions de travail de ses agents et leurs rémunérations. Ce qui nous inquiète aujourd’hui, c’est la perspective d’un nouveau budget d’austérité qui viendrait encore réduire les moyens de la fonction publique. Mais cet été a aussi montré très concrètement ce que signifie le manque de moyens face au dérèglement climatique. Au Conseil départemental, on le voit notamment pour les collègues qui travaillent sur les routes. Lors des épisodes de canicule, certains se retrouvent exposés à des températures très importantes et nous demandons encore qu’un véritable plan de travail adapté soit mis en place. On ne peut pas demander aux agents d’assurer leurs missions en mettant leur santé en danger.

    Même constat pour les services d’incendie et de secours. Cet été a montré jusqu’où peut aller cette impréparation : en Gironde, les incendies ont entraîné le plus grand déplacement de population depuis la seconde guerre mondiale, tandis que plusieurs agents ont perdu la vie et que des dizaines d’autres ont été blessés lors des interventions. On demande des moyens humains, des conditions de travail dignes et, évidemment, une revalorisation salariale. Le dégel du point d’indice est indispensable. Et par ces fortes chaleurs, c’est peut-être bien le dégel que les fonctionnaires attendent le plus ! »

  • L’hôpital de Montperrin inscrit aux Monuments historiques

    L’hôpital de Montperrin inscrit aux Monuments historiques

    Cette journée est importante pour notre ville, qui compte désormais un bâtiment classé Monument historique de plus. Il s’ajoute aux 160 monuments historiques de votre ville qui sont déjà protégés », lance Marie-Pierre Sicard-Desnuelles à l’attention de Sophie Joissains, maire (UDI) d’Aix. Présidente du conseil de surveillance de l’hôpital de Montperrin, elle fait partie du florilège d’autorités locales et figures de santé réunies pour marquer, enfin, l’inscription de ce lieu patrimonial aux Monuments historiques.

    La démarche avait été engagée sous la direction de Pascal Rio, ancien directeur d’établissement. Installé en plein centre-ville, derrière son entrée principale historique, l’établissement raconte l’histoire et l’évolution du regard porté sur les différentes pathologies mentales et la prise en charge des patients au fil des décennies. « Les murs, les façades, la conception des pièces ne sont pas que des éléments matériels. Ce sont les témoins d’une histoire de la psychiatrie, de l’asile d’aliénés – sa dénomination d’origine – à l’établissement public de santé mentale d’aujourd’hui, déroule Gaëlle Dufour, directrice de l’établissement. Jusqu’au XIXe siècle, les personnes atteintes de troubles mentaux étaient généralement enfermées dans des conditions indignes, dans des lieux conçus avant tout pour les éloigner de leurs contemporains. »

    Un lieu qui « diffère »

    Ces considérations résident d’ailleurs encore dans les murs de l’hôpital. Le 3 bis F, par exemple, devenu, à la fin des années 1970, centre d’art contemporain installé au cœur même du site, garde encore les traces du pavillon d’enfermement pour femmes dites « agitées ». En 1838, une loi inspirée notamment par les travaux du médecin Philippe Pinel favorise une approche davantage tournée vers le soin des malades psychiatriques que vers leur mise à l’écart. Chaque département est alors tenu de se doter d’un « asile d’aliénés », selon la terminologie de l’époque. « Nommé médecin directeur en 1859, Eugène Pontier partage cette vision plus humaine et s’indigne des conditions d’accueil jusque-là réservées aux malades mentaux. En 1864, la propriété du Montperrin est acquise et, en 1867, débute la construction du nouvel asile », poursuit Gaëlle Dufour.

    Avant cette réorganisation, les prémices de la prise en charge de la maladie mentale se trouvent dans l’ancien « hospice général des insensés », fondé en 1698, dans le quartier de Saint-Eutrope. Aujourd’hui, « c’est tout un urbanisme, l’hôpital de Montperrin. Ce sont des allées, des jardins, une conception qui diffère totalement des hôpitaux d’aujourd’hui, où l’on peut voir des dizaines d’étages s’empiler. Ici, il y a des chemins, des lieux de rencontre, mais aussi les 3 bis F (…), décrit Sophie Joissains. On espère que malgré les vicissitudes métropolitaines, l’aspect spectacle vivant pourra se poursuivre l’année prochaine, dans deux ans, dans trois ans… ».

    La maire se félicite aussi d’une inscription qui barre la route aux possibles « appétits immobiliers ».

  • Dominique Simonnot loue le rôle des juges

    Dominique Simonnot loue le rôle des juges

    Le président Thierry Trottier a dressé, vendredi, un bilan d’activité spectaculaire du tribunal administratif de Marseille. En trois ans, le nombre de recours a doublé, passant de 12 000 à 21 500 requêtes pour 45 magistrats, 53 agents et 11 aides à la décision.

    « C’est un tribunal harassé que vous avez devant vous », a-t-il lancé. Plus de 20% des référés de toute l’année ont été enregistrés et traités en juillet et août. « Le dévouement, le travail de week-end ou la réduction des vacances ne sont pas extensibles à l’infini. Nous avons atteint nos limites », alerte le chef de juridiction, qui réclame des « effectifs conséquents » et salue « la mobilisation extraordinaire du personnel ».

    Ainsi, à Marseille, les référés ont « littéralement explosé » en contentieux des étrangers, avec 368% d’augmentation ! « Rien que cette semaine, nous avons enregistré 200 requêtes en référés étrangers. » En cause, le dysfonctionnement de la plateforme ANEF, la simplicité à saisir le juge avec des recours sans avocat et rédigés avec l’IA, mais surtout, lance le président en s’adressant au préfet, « le fonctionnement du service des étrangers de votre préfecture » car « ces recours émanent d’étrangers auxquels il n’est pas répondu dans les délais et surtout à qui on ne délivre pas de récépissé ou d’attestation de prolongation d’instruction de leur demande. Des personnes qui parfois perdent leur travail, leur stage ou leurs droits sociaux ».

    Thierry Trottier a aussi déploré une baisse de 35% des médiations, pointant là encore l’état avec « des refus croissants des administrations d’entrer en médiation ». « Je le regrette d’autant plus que nous avons parfois signé des conventions nous engageant mutuellement à favoriser ce mode de règlement des litiges. »

    « Des constats,

    pas des allégations »

    La rapporteure publique, Audrey Houvet, a ensuite évoqué des décisions touchant le centre de rétention du Canet, des commissariats de police et des établissements pénitentiaires, afin « d’assurer le respect en toutes circonstances des personnes privées de liberté, de leur dignité et en premier lieu de leurs besoins primaires, la soif, la faim, l’hygiène et la sécurité ».

    Invitée d’honneur de cette audience solennelle, Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté depuis 2020 : « Vous avez rendu des décisions d’une énorme importance, pas seulement pour les détenus. Je me souviens d’un jeune autiste qui était retenu en soins sans consentement alors qu’il avait été normalement admis dans une maison spécialisée, mais faute de place, il végétait totalement dans un service de psychiatrie ».

    Alors que son mandat s’achève en octobre, Dominique Simonnot a dit le « bonheur » ressenti à des décisions des juridictions administratives après ses recommandations en urgence, sur l’infirmerie psychiatrique, de la préfecture de police de Paris et le quartier de lutte contre la criminalité organisée de Condé-sur-Sarthe. « En tant qu’autorité administrative indépendante, nos recommandations se fondent sur des constats, pas des allégations. Dans les dernières semaines qui me restent, j’essaierai de peser, de dire qu’il faut plus de magistrats administratifs, plus de moyens », a-t-elle conclu.

  • Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    En grève, mais au travail quand même. Le collège médical de l’hôpital psychiatrique de Montfavet n’est pas à un paradoxe près, ce jeudi. Répondant à l’appel d’un mouvement national de la psychiatrie publique, les professionnels alertent sur la crise profonde qui secoue leur discipline et s’aggrave d’années en années. Pour autant, pas question de cesser réellement le travail afin de ne pas pénaliser encore plus les malades. « Pour la première fois, j’ai fait le choix extrêmement difficile de déprogrammer des patients », relève toutefois Audrey Vanel, psychiatre cheffe de pôle.

    C’est dire le degré de malaise atteint. « La société est en crise et on sait que cette crise a des conséquences très importantes sur la santé mentale des gens, pose le docteur Didier Bourgeois. On nous dit en 2025 et en 2026 que la santé mentale est une grande cause nationale et on s’aperçoit qu’il y a de moins en moins de postes. » « Ce qui met beaucoup en colère la communauté médicale », embraye Samia Lahya, psychiatre et membre du collège médical, « c’est ce décalage entre les discours politiques, ces effets d’annonce, mais qui ne sont pas du tout corrélées à une amélioration des moyens ». Voire pire, une nouvelle dégradation puisqu’environ 50 postes de soignants sont amenés à être supprimés d’ici à deux ans, selon les médecins.

    La moitié des postes

    sont vacants

    Alors que déjà « 50% de postes sont vacants à Montfavet », chiffre Marie-Noëlle Petit, présidente de la commission médicale d’établissement. La professionnelle se souvient de l’époque où « il y avait dix candidats pour un poste et aujourd’hui, on a beaucoup de postes d’internes qui ne sont pas pourvus ». Tout cela car « la psychiatrie est une discipline qui est depuis très longtemps malmenée sur le plan financier, a de fortes contraintes médico-légales et manque donc d’attractivité », poursuit-elle. La psychiatrie publique subit aussi la concurrence du libéral et du privé, dont les salaires et le rythme de travail attirent davantage, sans parler des ponts d’or venus de Suisse ou du Canada.

    « Nous sommes très en colère face à ce cynisme qui fait que non seulement on travaille trop, et on ne fait plus assez bien son travail car nous ne sommes pas assez nombreux », peste le Dr Bourgeois. Dans le centre médico-psychologique où il exerce à Avignon, le nombre de patients suivis a presque doublé en 10 ans, passant de 900 à 1 600 par an. « À un moment donné, le masochisme, ce n’est plus d’actualité », image Samia Lahya, décrivant la triste norme de devoir déployer des lits de camp, faute de places suffisantes. Les médecins s’indignent de la dégradation des services rendus, avec par exemple une durée d’hospitalisation de 15 jours après une tentative de suicide contre un mois auparavant.

    Les revendications ? « Cela fait 20 ans que l’on porte les mêmes, renforcer les centres de consultation de proximité, augmenter à nouveau le nombre de lits d’hospitalisation et geler immédiatement les suppressions de postes », énumère Audrey Vanel, particulièrement inquiète de la hausse des troubles chez les plus jeunes, qui « seront les adultes de demain ». « Et qui en parle dans le débat de la présidentielle ? », conclut-elle.

  • Contre l’alcoolisme, le CHU de Nîmes teste les psychédéliques

    Contre l’alcoolisme, le CHU de Nîmes teste les psychédéliques

    Longtemps associée aux seuls champignons hallucinogènes, la psilocybine franchit désormais les portes de l’hôpital. Au CHU de Nîmes, elle est devenue l’objet d’une recherche de pointe pour tenter de répondre à l’une des difficultés majeures de l’addictologie : empêcher la rechute après un sevrage alcoolique.

    À la manœuvre, la psychiatre et addictologue Amandine Luquiens, professeure à l’université de Montpellier et praticienne au service d’addictologie du Grau-du-Roi, rattaché au CHU nîmois. Dès 2024, son équipe avait lancé PAD, la première étude française depuis plusieurs décennies à administrer un psychédélique dans un cadre médical. « Nous avons inclus 30 patients dans cette étude-pilote », retrace la médecin, qui dit avoir été « dépassée par la demande » avec plus de 300 volontaires intéressés.

    Deux administrations de psilocybine, espacées de trois semaines, venaient compléter le parcours classique de soins et de psychothérapie. À douze semaines, 55% des patients ayant reçu 25 mg étaient toujours totalement abstinents, contre 11% dans le groupe ayant reçu une très faible dose. Des résultats suffisamment encourageants pour passer aujourd’hui à l’étape supérieure.

    De trente patients

    à un essai national

    Depuis le 1er juillet, Nîmes coordonne ainsi ERPPAD, un essai clinique national de phase III mené dans huit CHU : Nîmes, Bayonne, Bordeaux, Lyon, Besançon, Saint-Étienne, Brest et Nantes. 172 patients doivent être inclus pendant trois ans et chacun sera suivi durant douze mois. « Notre hypothèse est que deux administrations orales de 25 mg de psilocybine, à trois semaines d’intervalle, seront plus efficaces que deux administrations de 3 mg », détaille Amandine Luquiens.

    Car il ne s’agit pas de distribuer des « champignons » aux patients. Les séances sont préparées puis réalisées pendant plusieurs heures dans un environnement hospitalier sécurisé, avec psychiatres et psychologues. Hallucinations, modification des perceptions ou sensation de sortie du corps peuvent accompagner l’expérience. « La gélule va rester plusieurs heures dans le sang et peut entraîner des réactions pour le patient », explique la psychiatre. Méditation, présence constante des soignants et accompagnement psychothérapeutique doivent permettre d’intégrer cette expérience sans la dissocier du soin.

    L’espoir repose notamment sur la capacité supposée des psychédéliques à assouplir temporairement certains automatismes cérébraux profondément installés dans l’addiction. Amandine Luquiens compare volontiers ce mécanisme à « une voiture sur l’autoroute qui pourrait normalement prendre toutes les sorties, mais qui reste bloquée sur sa voie, sans freins, l’accélérateur enfoncé à fond. » La psilocybine pourrait ouvrir, temporairement, d’autres chemins là où les conduites addictives se sont rigidifiées.

    La prudence reste toutefois de mise : il appartient désormais à l’essai national de confirmer l’efficacité et la sécurité observées à petite échelle. « Si l’efficacité de la psilocybine est confirmée, cela pourrait représenter une avancée significative pour une population de patients aujourd’hui insuffisamment prise en charge », souligne Amandine Luquiens. Depuis le Grau-du-Roi, le CHU de Nîmes s’est déjà imposé comme l’un des pionniers français du retour des psychédéliques dans la recherche médicale. Une innovation de plus pour un établissement qui multiplie les projets de recherche et les nouvelles approches thérapeutiques.

    Les personnes qui voudraient participer à l’essai clinique, ayant un trouble de l’usage de l’alcool avec symptômes dépressifs persistants après sevrage, peuvent se rapprocher de l’équipe investigatrice via le lien suivant : https://redcap.link/ERPPAD

  • Inceste : une commission dénonce des « défaillances »

    Inceste : une commission dénonce des « défaillances »

    « L’inceste est un crime de masse, qu’on ne peut traiter comme un fait divers ou une série de crimes isolés. C’est un phénomène de société qui appelle une politique publique à part entière, à 360 degrés », a expliqué à l’AFP son rapporteur, le député PS Christian Baptiste.

    Dans son rapport, officiellement publié jeudi matin, la commission rappelle que 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles, soit un enfant victime de viol ou d’agression sexuelle « toutes les trois minutes ». Dans 81% des cas, l’agresseur appartient à la famille. Plus de 20 000 victimes mineures de violences sexuelles intrafamiliales ont été enregistrées en 2025 par les forces de l’ordre (+170% par rapport à 2016).

    Experts judiciaires critiqués

    Cet état des lieux s’inscrit dans le contexte d’une importante mobilisation associative, depuis un an et demi, pour une « loi intégrale » contre les violences sexuelles. Une proposition de loi a été déposée, fin 2025, par la députée socialiste Céline Thiebault-Martinez, texte dont le gouvernement s’est engagé à reprendre certaines mesures à l’automne, en réponse à l’émotion suscitée par le viol et la mort de la collégienne Lyhanna et par les multiples affaires dans le périscolaire.

    Le rapport pointe « des défaillances à chaque maillon de la chaîne pénale », « de l’enquête au jugement ». Face à « l’explosion des plaintes », les moyens humains sont « largement insuffisants », avec seulement 2 000 enquêteurs spécialisés, et les professionnels – forces de l’ordre, experts, magistrats – insuffisamment formés, décrit-il. Conséquence : des procédures longues, des enquêtes « au point mort » et un faible nombre de condamnations (380 pour viols incestueux en 2024).

    Les auditions des enfants sont parfois mal conduites et ont lieu plusieurs mois après la plainte, leur parole est « trop souvent mise en doute », critique la commission. Les enquêtes sont « limitées voire indigentes dans de trop nombreux dossiers ».

    Le rapport se montre particulièrement sévère envers les expertises judiciaires : les experts psychologues et psychiatres sont trop peu nombreux, pas toujours spécialisés. Certains ont encore recours à des « concepts pourtant bannis par la communauté scientifique, comme le syndrome d’aliénation parentale », et prennent « parti pour le parent mis en cause, parfois sans avoir même rencontré l’enfant ou le parent mis en cause », note la présidente de la commission Maud Petit (Modem).

    Concernant les « parents protecteurs », souvent des mères, la commission décrit un « mécanisme récurrent » : lorsqu’un enfant révèle un inceste, la mère qui cherche à le protéger en ne le confiant pas au père est souvent accusée de manipuler son enfant. Poursuivies pour « non-représentation d’enfant », « traitées comme des délinquantes », les mères en perdent la garde, l’enfant est parfois confié au père ou à l’Aide sociale à l’enfance, où il est exposé à des violences sexuelles, explique Christian Baptiste.

    Parmi ses préconisations, la commission recommande de « dépénaliser la non-représentation d’enfant » en cas de suspicion de violences sexuelles et de « prendre obligatoirement en considération le refus de l’enfant de voir son parent ». Elle souhaite une « ordonnance de protection de l’enfant » permettant sa mise en sécurité dès les révélations et « l’obligation de mener les principaux actes d’enquête dans un délai de trois mois » après la plainte. « Il faut mettre l’enfant en sécurité sans attendre l’issue du procès », insiste le rapporteur.

    Alors que beaucoup de procédures n’aboutissent pas faute de preuve matérielle, le rapport suggère de considérer les « troubles psychotraumatiques comme une preuve médico-légale ». Il préconise le recours à l’imagerie cérébrale pour « mettre au jour les traces physiques des traumatismes subis ». La commission se prononce pour « l’imprescriptibilité des crimes, notamment incestueux, sur mineur ».

  • Surchauffe à la clinique psychiatrique Saint Roch

    Surchauffe à la clinique psychiatrique Saint Roch

    « Ils ont fait une erreur comptable et nous demandent de rembourser la part Urssaf », s’indignent les représentants des personnels de la clinique du 11e arrondissement. Cet oubli de la part des cotisations sociale dans le calcul d’une participation au bénéfice, accord d’entreprise obtenu de longue date, a déclenché un mouvement la colère des salariés.

    « C’est un accord d’entreprise obtenu depuis plusieurs années. On a du mal à comprendre cette erreur et la direction ne nous fournissait pas les documents comptables tout en nous demandant de prévenir les agents », précise Amandine Brachet, déléguée syndicale. Ce point d’orgue fait suite à une série de mécontentements : « Les salaires n’ont pas été augmentés depuis trois ans », dénonce le secrétaire départemental FO santé privée, André Descamps, qui soutient le mouvement. « Les téléphones portables ne passent pas. On doit se servir de nos appareils personnels car il nous est impossible de communiquer entre services en cas de problème », ajoute la représentante des personnels.

    Par ailleurs, patients et soignants souffriraient d’une « chaleur atteignant 37°C », en dépit de climatiseurs. La semaine passée, c’est à l’hôpital Edouard-Toulouse que le syndicat Sud alertait sur une climatisation inadaptée. Contactée, la direction de l’établissement Montfleuri Saint Roch n’a pas donné suite. Lundi, après une nouvelle réunion, la grève était reconduite.

  • Les syndicats s’opposent à la fermeture de structures psychiatriques

    Les syndicats s’opposent à la fermeture de structures psychiatriques

    « Nous sommes là face aux menaces de fermeture de structures psychiatriques dans les 15e et 16e arrondissements, aux Pennes-Mirabeau et à Septèmes-les-Vallons », explique Yann Gaillard, secrétaire adjoint du syndicat Force ouvrière. Devant l’ARS Paca, les syndicats CGT et FO se sont réunis, ce jeudi 25 juin, pour dénoncer ces fermetures qui concernent à la fois des structures hospitalières et extra-hospitalières. « Nous demandons aussi un renfort d’aides-soignants afin que les pavillons d’accueil ne soient pas saturés pendant l’été », complète Pierre-Édouard Thiebaud, secrétaire général de la CGT à l’hôpital Édouard-Toulouse, lui-même aide-soignant. Pour lui, cette situation alimente un cercle vicieux : « Il n’y a pas les moyens humains nécessaires pour prendre correctement en charge les patients. Cela peut entraîner des épisodes violents qui auraient pu être évités. »

    Les deux syndicats devaient initialement être reçus ce jeudi par l’ARS Paca, mais le rendez-vous a finalement été reporté au 1er juillet. Contactée par La Marseillaise, l’ARS Paca a confirmé la tenue d’une rencontre à cette date, sans plus de commentaire.

    Un manque de moyens

    Sabine, cadre de santé à l’hôpital Édouard-Toulouse, déplore une dégradation continue des conditions de travail : « Ça fait 38 ans que je travaille et qu’on nous dit que nous sommes en déficit, qu’il faut fermer des lits. Nous n’avons plus les moyens d’offrir aux patients des soins de qualité. »

    Présent sur place pour soutenir la mobilisation, Jean-Marc Coppola, maire (PCF) des 15e et 16e arrondissements, a insisté sur les enjeux de la situation. « Il faut défendre le service public hospitalier de manière générale, mais il existe aussi de véritables enjeux autour de la psychiatrie à l’échelle nationale. Dans les 15e et 16e arrondissements de Marseille, des populations fragilisées par la précarité ont besoin d’un accès à des soins de qualité. » L’élu rappelle qu’il y a une urgence à la fois pour les patients mais aussi pour les soignants, confrontés à des conditions de travail de plus en plus difficiles. Le constat est le même pour le député (L’Après) Henrik Davi : « Il faut absolument prendre en charge les personnes en souffrance. Nous avons besoin de moyens supplémentaires pour la psychiatrie, y compris hospitalière. »

    Alors que la santé mentale avait été déclarée Grande cause nationale en 2025 par le gouvernement Barnier, Yann Gaillard peine à voir des avancées. « Nous n’avons vu aucun effet de cette annonce du Premier ministre, si ce n’est des fermetures », conclut-il amèrement.

  • La CGT de l’hôpital de Montfavet au devant du recul de la psychiatrie

    La CGT de l’hôpital de Montfavet au devant du recul de la psychiatrie

    Trois ans de lutte en plus pour Claire Moreno à la tête de la CGT de l’hôpital de Montfavet, réélue ce mercredi suite au congrès de la section syndicale d’un des plus grands établissements de santé mentale en France, qui rassemble environ 420 des 2 200 agents de l’hôpital.

    D’autant que la CGT de l’hôpital psychiatrique fête son 120e anniversaire en 2026 et que « sans nous, il n’aurait pas le même visage », glisse Gaby Adrian, tout juste élu secrétaire général adjoint.

    Et pour les trois prochaines années, un regard attentif va être porté sur les grandes transformations prévues sur le site. Comme celle présentée en grande pompe en avril dernier. Un chantier de 13,9 millions d’euros visant à « humaniser » les soins (notre édition du jeudi 23 avril). Une réhabilitation regardée avec attention car cela implique d’autres problématiques, la direction du site souhaitant adapter les conditions d’isolation des patients qui peuvent parfois être difficiles à gérer. « Humanisation oui. Mais si on réduit nos effectifs à deux pour quinze. Et que les deux doivent être avec un patient, on fait quoi des treize autres ? On veut surtout des effectifs pour éviter la frustration des patients », ajoute-t-elle. Et de pointer également la présence de mineurs dans des services pour adultes. Ou encore la demande d’escorte de police pour l’accueil de patients en détention. Tout en répétant qu’elle « dédouane la direction de cela car ce qu’il manque, c’est des budgets. Elle fait ce qu’elle peut. S’il y avait les budgets pour de la masse salariale, ils embaucheraient et on reverrait les effectifs à la hausse et on pourrait faire de la vraie psychiatrie, du vrai médico-social ». Chaque année, 22 000 personnes sont prises en charge par les services du centre hospitalier.

    Budget réduit

    Et face à la crise que traverse le secteur, elle se remonte les manches. Avec, pour les trois années à venir, « des engagements forts au niveau de la lutte contre l’extrême droite, des engagements forts sur le maintien des valeurs de la CGT et pour défendre une psychiatrie et le médico-social publics, la santé publique au service des usagers », pose-t-elle en introduction. La section syndicale se pose contre les idéologies qui vont à l’encontre du modèle social et le secteur privé qui souhaite grignoter des parts du public. « Toutes les années, ils viennent tirer sur nos budgets en disant qu’il faut réduire nos dépenses. Sauf que nous, on n’est pas une entreprise qui fournit du capital », réitère Claire Moreno. Pointant entre autres que la psychiatrie a été érigée en cause nationale « mais que l’on ferme des lits tous les ans ».

    L’élection présidentielle sera donc scrutée de près par les syndicalistes de la psychiatrie.