« Le grand public n’a pas une connaissance précise de cette pratique et a tendance à confondre sérigraphie avec reproduction », constate Sophie Ursella, commissaire de l’exposition « L’Original à l’épreuve », présentée jusqu’au 14 novembre à l’Espace Louis Feuillade, à Lunel.
Avec cette exposition, la maison d’édition d’art indépendante Anagraphis, qui fêtera ses 50 ans en 2027, entend faire découvrir les coulisses d’une technique où l’artisan ne se contente pas de reproduire une image : il participe à sa création. « La sérigraphie d’art est un moyen de production d’œuvres d’art originales mais en édition limitée, qui rejoint certains autres types d’artisanat d’art comme la lithographie ou la gravure. » Pour en expliquer les spécificités, Anagraphis a choisi d’exposer, côte à côte, 18 œuvres originales et 18 sérigraphies réalisées à partir d’une création de chacun de ces auteurs. « On s’est dit que le mieux, c’était de représenter ce qu’est une œuvre originale et ce qu’est une œuvre d’art multiple, en mettant les deux en regard. » Et ce dialogue fonctionne : « Bien que les artistes aient fait évoluer leurs pratiques et parfois même leur courant, les œuvres se répondent très bien. Il n’y a pas de trouble entre ce qu’un artiste fait aujourd’hui et ce qu’il pouvait faire il y a trois, quatre ou cinq ans et qu’on avait produit en sérigraphie. »
Mist, Nasty, L’Atlas, Bella Bah, Da Cruz, Shaka ou encore Salamech figurent parmi les artistes exposés. Tous explorent, à leur manière, l’art urbain, entre graffiti, peinture et création contemporaine. Des sculptures complètent également le parcours pour témoigner de la diversité des supports artistiques.
Le sérigraphe, partenaire de création
Le passage de l’œuvre originale à la sérigraphie implique une adaptation de la création initiale. « Évidemment, on ne peut pas faire la même chose avec ses pinceaux qu’avec une table de sérigraphie », souligne Sophie Ursella. C’est là que le savoir-faire artisanal prend toute son importance. « L’idée de cette exposition est de valoriser le geste du sérigraphe d’art, qui a cette particularité de s’approprier l’œuvre de l’artiste quand ce dernier vient lui présenter un projet de sérigraphie. » La réalisation suppose des échanges et des ajustements entre les deux professionnels. L’artiste guide le travail, confie une partie de sa création à l’artisan. « À un moment donné, il faut que l’artiste lâche un peu son œuvre, la confie à l’artisan. Il se la réapproprie au moment où il la signe et la numérote », détaille la commissaire d‘exposition. Un geste de confiance qui fait de la sérigraphie une création à part entière, fruit d’un dialogue entre deux savoir-faire.
Pour prolonger la visite par la pratique, deux ateliers gratuits de sérigraphie sont proposés. Le premier s’est déroulé le 17 octobre, le second aura lieu le 31 octobre à 15h. « Le public peut regarder le geste, poser des questions et ensuite appliquer lui-même le geste et repartir avec sa sérigraphie. » Des visites guidées sont également programmées les samedis 24 octobre et 7 novembre à 15h.

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