Tag: santé mentale

  • Nîmes lance son conseil local de la santé mentale

    Nîmes lance son conseil local de la santé mentale

    Ce n’est pas un nouveau guichet de psychiatrie. Et c’est justement tout l’enjeu. Mercredi 7 octobre, au Centre des congrès, Nîmes installe son Conseil local de santé mentale (CLSM), un espace où doivent enfin se parler celles et ceux qui travaillent trop souvent chacun dans leur couloir : soignants, travailleurs sociaux, associations, éducateurs, acteurs du logement, de la culture ou du sport, proches et personnes directement concernées. Le dispositif n’a pas vocation à suivre des situations individuelles, mais à construire des réponses collectives à l’échelle de la ville.

    Le chantier est loin de partir de zéro : une enquête menée en 2025 par les sociologues Christian Laval et Pauline Rhenter, complétée par plusieurs temps collectifs, a mobilisé près de 200 participants. Et à Nîmes, le constat est rude : en 2023, 51,6 habitants sur 1 000 étaient pris en charge pour une maladie psychiatrique, contre 40,2 au niveau national.

    « Il est hors de question d’organiser la prise en charge de la santé mentale comme si elle était isolée », insiste Olivier Bénézet, conseiller municipal délégué à la santé mentale et à la lutte contre les addictions. Et le rapport de préfiguration lui donne du grain à moudre : 31% des Nîmois vivent sous le seuil de pauvreté, et jusqu’à 70% dans certains quartiers prioritaires. Logement, revenus, droits sociaux, travail, scolarité, isolement : la santé mentale est aussi une affaire de conditions de vie.

    Recoudre les parcours

    C’est là que le CLSM doit tenter de recoudre les parcours. « L’objectif est de mieux connaître les ressources existantes à Nîmes, de repérer les besoins du territoire et de faire travailler ensemble des acteurs qui interviennent parfois séparément », résume Bénézet. Car l’enquête de préfiguration pointe moins une absence de dispositifs qu’un système où ceux-ci peinent encore à se coordonner : sorties d’hospitalisation sans relais, délais d’attente, accès aux droits complexe, ruptures de logement ou manque de continuité entre psychiatrie, médico-social et secteur social.

    Une première feuille de route est attendue au premier trimestre 2027. Parmi les pistes déjà avancées : former davantage de professionnels aux premiers secours en santé mentale, rendre les dispositifs plus lisibles, prévenir les ruptures d’accompagnement ou mieux prendre en compte l’expérience des personnes concernées. « Il faut prendre conscience qu’on peut s’occuper de notre santé mentale comme on s’occupe de notre santé en général », souligne Sandrine Haas, coordinatrice du projet territorial de santé mentale du Gard.

    Le lancement pendant les semaines d’information sur la santé mentale doit aussi permettre d’ouvrir le sujet au-delà des cabinets médicaux, à travers une trentaine de rendez-vous mêlant ateliers, expositions et débats jusqu’au 18 octobre. « Je vois ce collectif comme un engrais, un faiseur d’idées, un faiseur de liens », conclut Haas, pour faire de la santé mentale une affaire de cité, et plus seulement de spécialistes.

  • Martigues : reportée au 14 octobre, la journée des aidants garde le cap

    Martigues : reportée au 14 octobre, la journée des aidants garde le cap

    « La santé est un enjeu transversal que nous avons l’ambition de porter pour ce mandat », pose Gwladys Saucerotte, conseillère municipale déléguée à la santé et aux droits des personnes handicapées et de leurs familles. Jusqu’en décembre, la Ville et le Centre intercommunal d’action sociale (Cias) déroulent tout un programme à destination des aidants, des personnes handicapées et en faveur de la santé mentale.

    Les deux prochaines semaines concentrent les initiatives sur ce dernier axe dans le cadre de la semaine d’information pour la santé mentale. Jeudi, à Port-de-Bouc, « la psychiatrie fait du bruit », littéralement, avec une déambulation de batucada au départ de l’hôpital de jour. Un ciné-débat aura également lieu à La Cascade le mardi 13 octobre à 18h30 autour du film Sous le ciel d’Augérias, en présence de la réalisatrice Nathalie Vannereau et du psychologue Marc Krawczyk.

    Bien que la santé soit une compétence de l’État, il s’agit d’« un enjeu de territoire et d’une préoccupation de chaque instant », selon Gwladys Saucerotte.

    « Tout est relié par la lutte »

    Comme le répètent les professionnels de santé, l’élue reprend l’idée que « la santé mentale est le parent pauvre » du système de santé français. Au-delà du territoire, « les enjeux sont énormes, notamment chez les jeunes. Il y a une prise de conscience progressive de cette question et la collectivité a un rôle à jouer », estime-t-elle. Selon Santé publique France et l’enquête EnCLASS 2026, 20% des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois et 15% auraient déjà fait une tentative de suicide.

    C’est aussi pour cela que la prise en compte de la santé dans l’action municipale est, selon Gwladys Saucerotte, « systématique », qu’il s’agisse « de santé mentale, cardiovasculaire, de santé-environnement, d’urbanisme, de culture ou de sport ». Au fond, « tout est relié par la lutte, pour des services publics et un hôpital dignes, pour les droits, la dignité et le bien-être », que ce soit pour les aidants, les familles ou les personnes psychiatrisées ou handicapées elles-mêmes.

    La participation de la Ville à la journée nationale des aidants, initialement prévue ce mercredi 7 octobre, est reportée au 14 octobre, en raison de mauvaises conditions climatiques, toujours de 13h30 à 17h, au parc Julien-Olive. À noter également qu’un nouveau festival dédié à la culture sourde est organisé par la Ville et la MJC, début novembre 2026. Toutes les initiatives sont détaillées sur le site internet de la Ville.

  • À Marseille, la Ville sollicite ses étudiants

    À Marseille, la Ville sollicite ses étudiants

    Une trentaine de partenaires institutionnels et associatifs étaient réunis, mercredi, à l’Espace Bargemon pour parler accompagnement aux étudiants marseillais. Repas à 1 euro, aides au logement, prise en charge de consultations pour faciliter l’accès aux soins… Les initiatives dédiées à la vie étudiante sont multiples et soutenues cette année à hauteur de 460 000 euros par la municipalité. Mais l’information peine encore à se frayer un chemin jusqu’aux concernés.

    « Il y a des choses qui sont faites mais les jeunes ne sont pas au courant de toutes les initiatives auxquelles ils ont accès, surtout en matière de santé mentale » soutiennent Léa et Delphine. Fondatrices de l’association Archicare, elles ont collaboré avec la Ville pour fonder le Baromètre de la santé mentale étudiante, lors du conseil marseillais de la vie étudiante (CMVE). Même constat au stand du service politique jeunesse de la Ville, qui finance des sessions de préparation au Code de la route et au Bafa : « Les jeunes ne connaissent pas encore assez les aides qui leur sont dédiées mais sont très motivés une fois engagés », observe Marie-Ange. Candice le Tourneur, conseillère municipale déléguée à l’enseignement supérieur, à la recherche et à la vie étudiante a appelé les participants de la rencontre à candidater pour rejoindre le CMVE. « Pour ne pas construire une politique étudiante qui parle à votre place, mais qui parle de vos réalités, de vos besoins et de vos idées », a-t-elle insisté. « On veut donner aux étudiants les moyens de réussir leurs études, mais aussi de trouver leur place dans la cité », assure l’élue. Les inscriptions sont donc ouvertes jusqu’au 23 octobre.

  • Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    Les psychiatres de Montfavet sont au bord de l’implosion

    En grève, mais au travail quand même. Le collège médical de l’hôpital psychiatrique de Montfavet n’est pas à un paradoxe près, ce jeudi. Répondant à l’appel d’un mouvement national de la psychiatrie publique, les professionnels alertent sur la crise profonde qui secoue leur discipline et s’aggrave d’années en années. Pour autant, pas question de cesser réellement le travail afin de ne pas pénaliser encore plus les malades. « Pour la première fois, j’ai fait le choix extrêmement difficile de déprogrammer des patients », relève toutefois Audrey Vanel, psychiatre cheffe de pôle.

    C’est dire le degré de malaise atteint. « La société est en crise et on sait que cette crise a des conséquences très importantes sur la santé mentale des gens, pose le docteur Didier Bourgeois. On nous dit en 2025 et en 2026 que la santé mentale est une grande cause nationale et on s’aperçoit qu’il y a de moins en moins de postes. » « Ce qui met beaucoup en colère la communauté médicale », embraye Samia Lahya, psychiatre et membre du collège médical, « c’est ce décalage entre les discours politiques, ces effets d’annonce, mais qui ne sont pas du tout corrélées à une amélioration des moyens ». Voire pire, une nouvelle dégradation puisqu’environ 50 postes de soignants sont amenés à être supprimés d’ici à deux ans, selon les médecins.

    La moitié des postes

    sont vacants

    Alors que déjà « 50% de postes sont vacants à Montfavet », chiffre Marie-Noëlle Petit, présidente de la commission médicale d’établissement. La professionnelle se souvient de l’époque où « il y avait dix candidats pour un poste et aujourd’hui, on a beaucoup de postes d’internes qui ne sont pas pourvus ». Tout cela car « la psychiatrie est une discipline qui est depuis très longtemps malmenée sur le plan financier, a de fortes contraintes médico-légales et manque donc d’attractivité », poursuit-elle. La psychiatrie publique subit aussi la concurrence du libéral et du privé, dont les salaires et le rythme de travail attirent davantage, sans parler des ponts d’or venus de Suisse ou du Canada.

    « Nous sommes très en colère face à ce cynisme qui fait que non seulement on travaille trop, et on ne fait plus assez bien son travail car nous ne sommes pas assez nombreux », peste le Dr Bourgeois. Dans le centre médico-psychologique où il exerce à Avignon, le nombre de patients suivis a presque doublé en 10 ans, passant de 900 à 1 600 par an. « À un moment donné, le masochisme, ce n’est plus d’actualité », image Samia Lahya, décrivant la triste norme de devoir déployer des lits de camp, faute de places suffisantes. Les médecins s’indignent de la dégradation des services rendus, avec par exemple une durée d’hospitalisation de 15 jours après une tentative de suicide contre un mois auparavant.

    Les revendications ? « Cela fait 20 ans que l’on porte les mêmes, renforcer les centres de consultation de proximité, augmenter à nouveau le nombre de lits d’hospitalisation et geler immédiatement les suppressions de postes », énumère Audrey Vanel, particulièrement inquiète de la hausse des troubles chez les plus jeunes, qui « seront les adultes de demain ». « Et qui en parle dans le débat de la présidentielle ? », conclut-elle.

  • À Gap, les syndicats dénoncent un hôpital qui « meurt en silence »

    À Gap, les syndicats dénoncent un hôpital qui « meurt en silence »

    Devant l’hôpital de Gap, les passants ne peuvent pas louper la pancarte « Hôpital en grève » agrémentée des drapeaux de la CGT, de la CFDT et de FO. Dans le hall gît un cercueil en carton. Autour, une quinzaine de membres du personnel portent un brassard noir pour signifier le deuil. En cette journée de mobilisation de la fonction publique hospitalière, les soignants du Chicas se sont mobilisés pour porter des revendications nationales et locales.

    « Un sentiment d’abandon »

    À commencer par une amélioration des conditions de travail, des effectifs et de la protection contre les fortes chaleurs. Manque de ventilateurs, agents contraints de scotcher des couvertures de survie sur les fenêtres, tenues non adaptées… « La canicule était une catastrophe pour les agents et les patients », regrette Florence Cheilan, déléguée CGT. Les syndicats dénoncent aussi le sous-effectif et l’obligation d’alternance jour/nuit qui « détériore gravement la santé physique et mentale ».

    Ils demandent par ailleurs une revalorisation salariale et un dégel du point d’indice, ainsi que la mise en place d’une Protection sociale complémentaire pour garantir une couverture santé pour tous les agents.

    « À Gap, on a l’hôpital central du bassin, donc on absorbe tout, lance Charlotte Blandin, aide-soignante. C’est un vrai sentiment d’abandon, et la population ne se sent pas concernée ».

    Les agents en grève sont tout de même assignés au travail. « Donc nous ne sommes pas entendus. Tant que ça continue de tourner, même si on en peut plus, personne ne fait rien », ajoute Ingrid Gallerini, diététicienne et secrétaire de la CFDT Chicas.

    Selon la direction, 41 agents se sont déclarés grévistes mais ont été assignés pour assurer le service minimum et un agent gréviste était absent sur les 892 prévus au planning.

    Agathe Di Lenardo

  • La pauvreté s’installe chez les étudiants

    La pauvreté s’installe chez les étudiants

    Suzanne Nijdam, présidente de la première organisation étudiante, la Fage, dresse un sombre tableau : « En 2020, en plein Covid, tout le monde criait à l’horreur sur la précarité et qu’il fallait agir étudiant en urgence. Depuis, les aides sociales ont été détricotées ». La rentrée 2026 coûtera en moyenne 3 240 euros pour un étudiant non-boursier en licence, soit une hausse de 655 euros par rapport à 2020, selon l’enquête annuelle de la Fage, rendue publique début septembre.

    Dans le détail, les frais de vie courante atteignent 1 145 euros par mois. Le logement en représente à lui seul plus de la moitié, avec un coût moyen de 637 euros, devant l’alimentation à 181 euros, hors restauration universitaire, estimé à 20 euros. Les dépenses de transport représentent en moyenne 152 euros par mois. À cela s’ajoutent 52 euros consacrés aux loisirs, un poste de dépense souvent considéré comme secondaire mais que l’organisation juge pourtant essentiel. « Cela a un impact énorme sur la santé mentale », estime Suzanne Nijdam.

    Les frais spécifiques de rentrée s’élèvent quant à eux à 2 095 euros. Ils comprennent notamment les frais d’agence immobilière (326 euros), le dépôt de garantie (637 euros) pour la localisation d’un logement et l’achat de matériel pédagogique, comme des manuels par exemple (502 euros). Ce dernier poste est particulièrement prononcé par la Fage, qui le qualifie de « frais illégaux ». Et la Fage de préciser : « Derrière cette augmentation, ce sont des étudiants qui travaillent davantage pour financer leurs études, renoncent à des dépenses essentielles, limitent toujours plus leur alimentation ou repoussent des soins. Cette précarité n’est pas une fatalité, elle est le résultat de choix politiques. »

    Car face à cette hausse continue du coût de la vie, « les réponses apportées restent largement insuffisantes. Nous refusons que les étudiants soient contraints de s’adapter indéfiniment à l’augmentation des prix pendant que les droits étudiants sont fragilisés d’année en année » déclare la Fage. L’organisation réclame ainsi une prise en charge par l’État des frais complémentaires.

    Elle s’alarme également de la situation des étudiants extra-communautaires, jugés « en première ligne face à cette précarité » avec la suppression des APL et la généralisation des frais d’inscription différenciés. Leur coût de rentrée atteint désormais 7 023 euros. Depuis cette rentrée, la majorité des étudiants non ressortissants de l’Union européenne doivent désormais s’acquitter de 2 895 euros de droits d’inscription en licence et de 3 941 euros en master. Deux « coups de masse », selon la Fage, qui réclament la suppression de ces mesures, ainsi que l’indexation et la revalorisation des bourses étudiantes prévues dans une proposition de loi adoptée en première lecture en juin et la pérennisation de l’encadrement des loyers. Même constat à l’Unef, second syndicat étudiant. Cette hausse continue s’inscrit dans une trajectoire de long terme qui ne laisse plus aucun doute : « la précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé ». Cette rentrée résume à elle seule 10 années de macronisme.

  • Le nombre d’enfants à la rue augmente en France

    Le nombre d’enfants à la rue augmente en France

    « Des enfants naissent, vivent et meurent dans les rues de nos villes et rien ne se passe. Chaque année, nous alertons les pouvoirs publics sur l’aggravation du sans-abrisme des enfants. Chaque année, nous proposons des solutions concrètes pour y mettre fin. Chaque année pourtant, le constat s’aggrave. À quand le réveil ? », tempête Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité à l’occasion de la publication du baromètre sur l’enfance à la rue.

    131 enfants concernés
    en Paca

    Année après année, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et l’Unicef France constatent que le nombre d’enfants sans solution d’hébergement ou de logement ne cesse d’augmenter. À la veille de la rentrée scolaire, au moins 2 355 enfants, dont 514 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 9% par rapport à 2025 et de 42% depuis 2022. Parmi eux, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, au moins 131 enfants, dont 21 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 42% depuis 2022.

    Autre exemple, en Région Occitanie, au moins 234 enfants, dont 38 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 18% par rapport à 2025 et de 93% depuis 2022, détaille le baromètre.

    Ces chiffres ne sont pas exhaustifs : de nombreuses personnes ne parviennent pas à joindre le 115 ou renoncent à appeler. Les mineurs non accompagnés sans-abri ainsi que les familles en squats ou bidonvilles ne sont pas comptabilisés. « Derrière ce chiffre, conséquence d’un échec collectif, il y a des enfants dont le quotidien est rythmé par l’insécurité et l’instabilité. Des enfants privés de leurs droits et dont on hypothèque l’avenir. Il est urgent que les décideurs publics agissent. Un sursaut politique est vital pour ces enfants. Si garantir un toit à tous les enfants n’est pas notre priorité, qu’est-ce qui l’est ? » interpelle Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France.

    Les conséquences du sans-abrisme sur la vie et le bien-être des enfants sont dramatiques : dégradation de leur santé physique et mentale, isolement social, exposition à la violence, difficultés de scolarisation. Certains le paient même de leur vie : en 2025, 14 enfants de moins de 4 ans et 12 adolescents entre 15 et 18 ans sont morts de la rue.

    La promesse de mettre fin au sans-abrisme n’est pas récente. À chaque échéance électorale, elle est renouvelée sans jamais être atteinte. Faut-il y voir des promesses intenables ? La FAS et l’Unicef France ne s’y résolvent pas : « Chaque année, nos organisations rappellent qu’il n’existe aucune fatalité au sans-abrisme des enfants. Ce dernier résulte d’un manque de volonté politique et de choix court-termistes en contradiction avec les objectifs affichés. » Et de recommander « la mise en œuvre d’une programmation pluriannuelle “de la rue au logement “, avec un plan massif de production de logements sociaux et très sociaux, indispensable pour sortir durablement les enfants de la rue ».

    À l’approche de l’élection présidentielle, « le sans-abrisme des enfants ne peut plus être toléré. Il doit devenir une priorité absolue des politiques du logement et de l’hébergement. Les candidates et candidats portent une responsabilité claire dans la visibilité et la prise en compte essentielles de ces enjeux. Nos organisations y seront attentives » préviennent l’Unicef et la FAS.

  • Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    Places d’accueil sabrées, des vies fragilisées

    « Moi et ma famille on était hébergés à l’hôtel par le 115, ils nous ont appelés pour nous informer qu’ils ont trouvé une chambre [dans] un foyer… On a essayé de refuser, ils ont dit que nous n’avons pas le choix, c’est soit ça, soit ils nous mettent dehors. On a fait confiance et on a accepté. Aujourd’hui, ils nous ont déplacés et c’est la déception totale. » Dans une lettre au Secours catholique, cette maman de deux enfants dont un âgé d’un an, appelle à l’aide. Elle s’est vue mettre la pression pour déménager alors qu’elle a toute sa vie dans une ville où elle essaie de s’en sortir. Son mari ayant même obtenu un travail. Elle poursuit : « Le foyer est au milieu de nulle part. Et la chambre, plus petite que celle de l’hôtel, pleine de cafards. Sans climatisation, mes enfants n’ont pas pu dormir jusqu’à 1h. Mon fils n’a pas du tout accepté ce changement, il était très malheureux. J’aimerais que le 115 me déplace (…) avec des conditions de vies plus adaptées pour mes enfants et moi ».

    Des témoignages comme ça, Alain*, travailleur social du Secours catholique dans un centre d’accueil pour femmes, en a à la pelle. Dire qu’il soutient la lettre de l’association envoyée au préfet, dénonçant comme de nombreuses autres impliquées dans l’hébergement d’urgence, les instructions du représentant de l’État, est un euphémisme.

    Il raconte cette femme venue de Lyon avec ses enfants pour fuir son mari violent qui voulait la tuer et qui a fait de la prison pour cela. On lui demande d’y retourner car les violences n’ont pas eu lieu dans la ville où elle est accueillie. Elle restera dans sa voiture avec ses enfants en attendant une solution. Cette autre, enceinte de neuf mois qui sort de l’hôpital après des contractions, reste sans aucune solution auprès du 115, et est hébergée au centre, le temps d’en trouver une. Ou encore cette femme enceinte, violentée à Montpellier, qui part à Vitrolles, que le 115 refuse d’héberger car elle n’est plus en danger.

    Faveurs sexuelles et viol

    Être femmes à la rue, c’est « 100% de chances de se faire agresser sexuellement ou violer », assène le travailleur social. C’est aussi « être obligée d’échanger des faveurs sexuelles en hébergement chez un tiers, de faire l’esclave moderne en faisant le ménage » assure-t-il, fort des histoires de la vingtaine de personnes que reçoit le centre chaque jour. Un lieu pour prendre sa douche, se poser, respirer en toute intimité. S’il conçoit que les places en hôtel sont coûteuses, il rappelle que « ce n’est pas la panacée ». « On ne peut pas y cuisiner et cela se passe plus ou moins bien suivant l’hôtelier. Le matin, on doit partir, le soir on dort à 20h ou à 19h. Parfois, c’est ouvert le matin, parfois, l’après-midi, parfois, on oblige à faire le ménage pour rester, sous peine d’un signalement où on va dire que la personne s’est mal comportée et elle peut être mise dehors. On a eu des retours où l’on se servait joyeusement en disant que si l’hébergée voulait rester, c’était de la faveur sexuelle » détaille-t-il.

    Il revient aussi sur les conséquences de cette remise à la rue pour des personnes qui vont jusqu’à garder tous leurs tickets RTM pour nourrir leur dossier, montrant à quel point elles sont honnêtes. « Oui, ce sont souvent des personnes en situation irrégulière » admet Alain, « mais qui sont là depuis 3, 4 ou 5 ans, qui ont un emploi, se comportent comme des bons citoyens. Les enfants vont à l’école. Et à qui on dit finalement, désolé, tu repars à la rue, ou alors à Vitrolles, Marignane » indique-t-il. De quoi nourrir « la colère voire la haine, avec des gamins qui trouveront leur intérêt à faire le chouf à la cité du coin, moyennant 150 euros la journée », où « l’argent économisé en hébergement d’urgence, va être dépensé en santé mentale, en frais hospitaliers, en police, en lutte contre le narcotrafic ». Un « terrible retour en arrière » déplore-t-il.

    Le tout alors que les femmes sans-abri étaient une priorité affichée par la préfète à l’égalité des chances, Isabelle Épaillard, aujourd’hui sur le départ. Cette dernière insistant dans nos colonnes sur leur prise en compte lors de la présentation en juillet, par l’Observatoire de la pauvreté de la première enquête sur « le parcours de prise en charge des personnes sans domicile en sortie d’hospitalisation à Marseille ». Un double discours insoutenable pour les associations qui ont entamé un véritable bras de fer avec l’État.

    *Le prénom a été changé

  • Le Delta Festival ouvre sous le regard prudent des participants

    Le Delta Festival ouvre sous le regard prudent des participants

    « J’ai pris connaissance des accusations il y a une semaine, j’ai réfléchi pendant trois jours avant de décider de maintenir mon stand. C’était une décision difficile », confie Manon, présidente de l’association d’éducation sexuelle Les fleurs de clitoria. Comme beaucoup d’autres associations, elle a choisi de maintenir son stand, malgré les accusations de violences sexuelles à l’encontre du président du Delta Festival, Olivier Ledot, qui conteste les faits.

    Ce jeudi, à 15h, sur la plage du Prado, le festival ouvrait ses portes, mais avec des espaces vides. Depuis une semaine, des artistes, des associations et des festivaliers se désengagent de l’événement. D’autres font le choix de rester. C’est le cas de Manon, qui justifie sa décision : « L’asso fait de la prévention et de la sensibilisation au consentement. On s’est dit que si on n’était pas là, peut-être que personne ne passerait ce message. »

    Stéphane Mollet, secrétaire général de la CFDT Paca, explique que le syndicat est présent tous les ans « pour sensibiliser les jeunes à leurs droits ». Cette année, l’approche de la CFDT a évolué en lien avec les récentes révélations. « On a directement décidé d’annuler notre présence sur les animations organisées par le Delta, mais de nous maintenir sur le forum pour parler librement des questions de violences sexuelles aux festivaliers et aux travailleurs », commente Stéphane Mollet.

    Du côté des spectateurs comme des associations, on ne sait sur quel pied danser. Alors que les premiers DJ montent sur la scène, Aaron, Marseillais de 19 ans, se montre partagé : « C’est un sujet compliqué. Le directeur a été écarté, le Delta a fait un communiqué… Je ne veux pas incriminer toutes les équipes du festival à cause d’un mec qui est dans tous les cas mis de côté. »

    « Un avant et un après »

    Clara et Inès, 22 ans, sont déçues car leurs artistes préférés ont annulé leur concert : « On comprend leur décision, mais en même temps, ça pénalise les mauvaises personnes, on comprend mieux les artistes qui reversent leur cachet aux assos ». « J’ai trouvé le communiqué du Delta très bien et je comprends leur volonté de maintenir et de ne pas renoncer », salue une bénévole de l’association PSSM, qui forme et sensibilise à la santé mentale. Face aux accusations, le Delta festival a expliqué, dans un communiqué, que « l’intégralité des bénéfices potentiels du festival sera reversée à la cause des violences sexistes et sexuelles ».

    Si le communiqué laisse Manon et les membres de son association « mitigés », elle salue la réactivité des équipes : « Il y a beaucoup de festivals que l’on sait problématiques, comme le Hellfest, et ou personne ne fait rien. On voit que les choses changent, il y aura un avant et un après Delta festival. »

  • La prévention du sexisme est un sujet pour les Fadas

    La prévention du sexisme est un sujet pour les Fadas

    La base nautique de Tholon s’est mise aux couleurs du village des Fadas du monde depuis mardi. Chaque jour, concerts, spectacles, ripaille les pieds dans l’eau et trinquées à la buvette des Amis de la fête ponctuent les jours comme les nuits. Au cœur de la fête, habillées d’une chasuble sur lequel figure un œil bleu, certaines personnes vont à la rencontre des festivaliers pour parler prévention.

    Il s’agit des bénévoles du dispositif Safer, ou « plus sûr ». Sur leur stand, des informations et des outils pour comprendre, prévenir et traiter les violences sexistes et sexuelles. « On est une organisation spécialisée dans le milieu festif pour répondre au sentiment d’insécurité des femmes » explique Ange, coordinatrice du dispositif sur le village des Fadas. Sur la table, il y a notamment le violentomètre. « C’est un outil qui fonctionne très bien pour sensibiliser les victimes et les auteurs de violences » explique la coordinatrice, prenant l’exemple d’« un garçon venu nous voir sur un autre festival, persuadé que c’était de sa faute de s’être fait violer car il avait trop bu ». « Il a réalisé que ça n’était pas normal », insiste Ange.

    Liberté ou non-droit ?

    Selon la militante, la fête n’est « pas forcément plus propice aux violences que le travail ou la rue », mais reste pour beaucoup « un moment ou un espace synonyme de liberté, voire de zone de non-droit ». Selon l’étude menée avec l’institut Gece sur 7 festivals et leurs 10 000 participants, « 75 % des personnes interrogées estiment que les violences, discriminations et VSS se produisent fréquemment en festival », resitue la coordinatrice.

    Ce sentiment de liberté est notamment renforcé par la consommation d’alcool. « Cela crée une désinhibition et la foule peut aussi indure ce sentiment d’impunité » appuie Ange. Pour répondre à ces situations, plusieurs solutions. Comme des petites cartes en papier, marquées « t’es relou » ou « quand c’est non c’est non ». Ces cartes ont au verso une explication simple de pourquoi elles ont été données et renvoient vers un site internet contenant des fiches pédagogiques. L’idée étant de « ne pas faire reposer la charge éducationnelle sur les victimes » selon le site internet.

    Au besoin, le dispositif peut aussi et surtout accueillir les victimes. « On peut venir discuter au stand, ou bouger ailleurs. On est une bulle de bienveillance et de repos pour redescendre de ses émotions et envisager un après, comme plainte ou pas », décrit Ange.

    Le dispositif est en lien étroit, comme la Ville de Martigues, avec Solidarité femmes 13. « Ce sont des professionnels capables de sécuriser les personnes au plan psychologiques et assurer un suivi », détaille la coordinatrice, également « formée aux premiers secours en santé mentale », utile en cas « de crise d’angoisse » notamment.

    Le dispositif Safer sensibilise aussi les autres acteurs du festival. « Ils nous ont proposé une mini-formation avec la Ville en tant que responsables de la buvette », indique Marianne Bocca, de l’association des Amis de la fête. « Nous sommes attentifs à l’exagération sur l’alcool, mais il n’y en a pas encore eu » remarque-t-elle. Sur le comptoir en bois, des autocollants aux couleurs du dispositif ont été posés. « L’ambiance est bon enfant, je ne me sens pas en insécurité. Mais ça peut quand même arriver et on a été formés pour savoir quoi faire et à qui s’adresser », affirme la responsable. La Ville de Martigues a également distribué des tracts sur lesquels figurent des numéros de services d’urgence et d’accompagnement. « Toutes ces initiatives contribuent à dissuader les mauvais comportements » assure Ange, de Safer. Et que la fête profite à tout le monde.

    « Safer dissuade
    de mal
    se comporter »