« Nous nous préparons à des Nouvelles Rencontres d’Averroès dans une version inédite et augmentée à plus d’un titre », plante Fabienne Pavia, responsable de Des livres comme des idées. Une association produisant cette manifestation qui réunit depuis plus de 30 ans les pensées des deux rives de la Méditerranée à Marseille à travers tables rondes et spectacles. Inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée, cette édition s’articule du 28 octobre au 1er novembre autour du thème « Franchir, s’affranchir ». Une mouture illustrée par la photo, réalisée en 2019 par Matthieu Karam, d’un manifestant « au cours des contestations qui réclamaient le départ de l’ensemble de la classe politique au Liban, jugée corrompue et responsable d’une crise sans précédent », commente Fabienne Pavia selon qui ces événements « résonnent aussi avec ce que nous vivons en France ces derniers temps ». « Quinze ans après les printemps arabes, un an après les révoltes en Iran, de la GenZ 212 au Maroc, les manifestations il y a sept ans en Irak, deux ans après la chute de Bachar al-Assad en Syrie et alors que le drame de Gaza se poursuit et déborde en Cisjordanie, comment imaginer la bonne vie ? », interroge Rémi Baille, l’un des programmateurs des Nouvelles Rencontres d’Averroès, avant d’introduire la première table ronde « Habiter l’entre-deux » prévue le 30 octobre à l’Odéon. Elle regroupe l’enseignant-chercheur et exilé gazaoui, Ahmad Ashour, la chargée de recherches à l’IRD et spécialiste des soulèvements arabes de 2011 Laura Ruiz de Elvira, ainsi qu’Albert Vichy, écrivain natif de Beyrouth ayant « fui la guerre pour Paris en 1975 ».
Imaginé avec le journal libanais L’Orient-Le Jour, le programme donne lieu à deux autres tables rondes, dont l’une qui montre « la manière dont la puissance s’affranchit aujourd’hui du droit », résume Brigitte Curmi, elle aussi programmatrice de ces rencontres. « Le monde est entraîné dans un cycle où la puissance remplace le droit et va jusqu’à l’écraser en toute conscience, sans provoquer de vagues d’indignation ni de réponses politiques qu’on avait pourtant connues à d’autres époques », contextualise cette ancienne ambassadrice de France en Libye, à Malte et en Syrie. Le débat rassemblera l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis, dont le dernier ouvrage décrit « l’imposture » de « la civilisation judéo-chrétienne », le chercheur Jérôme Heurtaux pour qui « le droit international est mort à Gaza », ainsi que le juriste Nadim Houry.
« Exceptionnelle » sera aussi cette édition car 2026 marque les 900 ans de la naissance du philosophe, juriste et théologien Averroès, commémorée le 31 octobre à l’Odéon par un « entretien posthume ». Le but de ce format irrigué par historiens et philosophes : « Questionner notre époque » à la lumière de l’œuvre de cet « homme du soupçon pour ses théories sur la vérité qui ont ébranlé l’hégémonie religieuse », souligne Rémi Baille.
Au menu des Nouvelles Rencontres d’Averroès, également deux « masterclasses » : l’une de Raphaël Pitti, médecin humanitaire qui « a agi en Ukraine, à Gaza, en Syrie ». L’autre rencontre se fera autour des Printemps arabes et de leurs échos avec la journaliste égyptienne Lina Attalah et Haythem El Mekki, journaliste tunisien « en exil et condamné à de la prison pour ses prises de position ». Des discussions sérieuses qui n’empêchent pas aussi la tenue de spectacles comme le 28 octobre à l’Espace Julien. Fred Nevché y « remonte le fil de l’exil arménien, de Beyrouth à Marseille » en musique et images dans Loghofète ou le prénom perdu. Le lendemain, le Mucem accueillera la performance de Wajdi Mouawad, L’ombre en soi qui écrit. Le Silo proposera, lui, le 30 octobre un concert du pianiste franco-libanais Bachar Mar-Khalifé, où il « s’aventure dans le répertoire » du chanteur Christophe. Autant d’appels au dialogue et aux arts que n’aurait pas reniés Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne disparue en février, à qui un hommage sera rendu par certains de « ses proches et compagnons de lutte » le 31 octobre à l’Odéon.

Leave a Reply