Tag: Théâtre

  • Une soirée pour soutenir la lutte contre le racisme

    Une soirée pour soutenir la lutte contre le racisme

    Le mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) organise une soirée solidaire ce vendredi 6 novembre au théâtre des Carmes à Avignon. Dont la recette « aidera à financer nos activités, aide juridique et administrative, actions de solidarité, interventions dans les établissements scolaires », précise l’organisation.

    Car si le programme se veut convivial, avec des lectures de Paul Fructus, des contes de Jihad Darwiche et des « chansons engagées » d’Isabelle Desmero, le tout agrémenté de quelques boissons et grignotages, les finances de la structure sont en difficulté. « Le Mrap vit des aides de l’État s’il considère que la lutte contre le racisme et l’intégration de travailleurs en France est une priorité. Mais c’est de moins en moins le cas », constate Françoise Darwiche, coprésidente.

    Appel aux bénévoles

    L’occasion de mettre en avant également les activités de l’association. Une dizaine de bénévoles actifs se relaient au sein du local avignonnais pour les deux permanences hebdomadaires. « Il y a une quinzaine de personnes en moyenne chaque jour. Mais mercredi dernier, il y a eu 29 passages, ce qui est assez exceptionnel », glisse Isabelle Fructus, également coprésidente. Des victimes d’agressions racistes viennent y demander des conseils, mais aussi des personnes en voie de naturalisation. « Des personnes qui viennent avec des sacs entiers de papiers qu’il faut trier, cela prend un temps fou », poursuit la présidente qui appelle également de nouveaux bénévoles à rejoindre l’équipe.

    Un lieu que loue le Mrap depuis trois ans après avoir perdu son local prêté par la mairie. « Il faut aussi chauffer l’espace et cela coûte très cher. Il faut stocker plusieurs milliers de dossiers, ce qui prend de la place », poursuit Françoise Darwiche.

    Théâtre des Carmes à 19h.
    Prix libre.

  • [Spectacle] « Médée/s » ou le « vacillement » d’une mère à Marseille

    [Spectacle] « Médée/s » ou le « vacillement » d’une mère à Marseille

    Médée/s est « né du désir de la comédienne Rachida Brakni et du mien de questionner la place de l’infanticide dans notre société, et à travers lui, les mères qui le commettent », écrit dans sa note d’intention Louise Vignaud, autrice et metteuse en scène de cette pièce qui prend ses quartiers du mardi 3 au samedi 14 novembre aux Bernardines. Cette femme de théâtre marseillaise s’empare pour l’occasion de la tragédie imaginée par Euripide en 431 avant J.C., dramaturge grec ayant su déceler dès cette époque les assignations putrides accolées aux femmes, pour la faire se télescoper avec notre époque.

    Dans cette pièce, Rachida Brakni incarne « l’histoire d’une femme au bord du gouffre qui, à un moment de sa vie, se met à se poser des questions qu’elle ne s’était jamais posées. Face à ce miroir, une autre femme lui apparaît : c’est Médée. Un espace de dialogue inconscient se déroule entre sa vie et une vie déjà passée d’une autre femme, entre elle et toutes les femmes. Il n’est pas question ici de tuer ou pas ses enfants, mais de savoir ce qui fait qu’une femme en arrive au bord du gouffre et va vouloir en finir », explique Louise Vignaud, tout en soulignant l’étymologie du mot suicide, qui signifie « se supprimer soi-même, mais aussi supprimer ses enfants ».

    « En fait, il n’y a rien d’innommable »

    Dans la réécriture de cette tragédie par Louise Vignaud, « l’idée est de s’interroger sur ce qu’est une Médée contemporaine », note de son côté Rachida Brakni. Une trajectoire portée par cette dernière, au son d’une composition signée par la violoncelliste Orane Duclos, et appuyée par les dessins et la scénographie d’Irène Vignaud.

    « Médée est une figure féminine qui a été écrite maintes et maintes fois, mais toujours sous le regard d’un homme. Comme Médée a tué ses enfants, on en parle toujours comme d’une sorcière pour mieux la maintenir à distance. Or des Médées, il en existe malheureusement et pour de multiples raisons. La principale, c’est que les femmes qui tuent leurs enfants ont été victimes elles-mêmes d’inceste ou de violences conjugales », contextualise la comédienne à propos de cette pièce qui s’appuie également sur Mères à perpétuité, documentaire de Sofia Fischer dans lequel des femmes qui ont commis ce type de crime témoignent du tabou ultime. « Ce sont des madame tout le monde. On peut tous être confronté à ce vertige, à ce vacillement. Qu’est-ce qui fait qu’on bascule ou pas ? C’est tout l’enjeu de cette pièce qui permet de s’interroger à hauteur humaine sur ce qu’on pourrait qualifier d’innommable. Mais en fait, il n’y a rien d’innommable », éclaire Rachida Brakni.

    Places encore disponibles pour jeudi 12 et samedi 14 novembre. Entre 10 et 30 euros. www.lestheatres.net

  • À Forcalquier, le mouvement mise sur l’intersyndicale

    À Forcalquier, le mouvement mise sur l’intersyndicale

    Mobilisés sur le rond-point d’Intermarché samedi, de nombreux manifestants se réjouissaient de l’appel à la mobilisation intersyndicale du 5 novembre, espérant qu’il donne davantage de puissance à leur mouvement, plutôt affaibli dans les Alpes-de-Haute-Provence, où environ 80 personnes ont manifesté à Forcalquier et une petite centaine à Digne.

    Lucie, 16 ans, présente à toutes les manifestations lycéennes, était à Forcalquier. « C’est super important d’être là pour le 5 novembre. Cela va être une énorme grève. Avec mes potes, on est toujours prêts, on se met au courant de toutes les manifestations. On voudrait que le mouvement continue et ne s’essouffle pas », explique celle qui est scolarisée au lycée Esclangon, à Manosque.

    Une centaine à Digne

    L’adolescente se réjouit de la présence des syndicats : « Ils ont de l’expérience, ils savent les risques, ce qu’il faut faire si on se retrouve en garde à vue. On se sent protégés quand ils sont là ». « L’intersyndicale, c’est hyper important. Cela nous donnera plus de puissance, c’est évident », abonde Cécile Ahmed Abdi, enseignante à Sainte-Tulle et militante féministe engagée dans diverses associations. Elle sera mobilisée jeudi. « Jeudi, le monde du travail vient s’intégrer dans le mouvement », se réjouit Dylan, militant LFI.

    Lou Terrasson, 27 ans, intermittente du spectacle habitant Forcalquier, manifestait « pour la culture et contre les coupes budgétaires ». « Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres et je suis dans la catégorie des moins riches », regrette celle qui est particulièrement impactée par la hausse des prix du carburant, travaillant pour une compagnie de théâtre marseillaise, Peanuts. « Tout le monde est d’accord pour faire grève à la compagnie. » « Dès le 5, on ne consomme pas ! », lance Nelly, Gilet jaune de Forcalquier.

  • Frédéric Remy succède à Charles Berling à la tête de Châteauvallon-Liberté

    Frédéric Remy succède à Charles Berling à la tête de Châteauvallon-Liberté

    Depuis décembre dernier et l’annonce du départ de Charles Berling – devenu effectif au 31 août –, après 15 années de bons et loyaux services, le nom de son remplaçant à la direction de la scène nationale Châteauvallon-Liberté était attendu avec impatience. Alors que les spéculations allaient bon train ces dernières semaines, il est désormais connu. C’est Frédéric Rémy qui a été choisi pour remplir cette lourde tâche par la ministre de la Culture Catherine Pégard, en concertation avec un jury composé d’élus locaux (parmi lesquels les maires de Toulon et d’Ollioules, Josée Massi et Robert Beneventi, ou encore le président du département Jean-Louis Masson), et du comité directeur de l’institution.

    Directeur général et artistique d’Éclat, Centre national des arts de la rue et de l’espace public et festival d’Aurillac depuis 2019, l’heureux élu n’arrive pas en terre inconnue puisqu’il a déjà travaillé dans le département, en tant que directeur de production au Théâtre Europe et du festival Janvier dans les étoiles à La Seyne-sur-Mer, de 2002 à 2014. Il a également dirigé le festival Scènes de rue à Mulhouse de 2007 à 2019, et travaillé pour plusieurs institutions comme le Panorama des chantiers de la Fai-ar (2007 à 2009) et le Centre national de création des arts de la rue à Marseille (1994 à 1999), ainsi que l’Avant-scène, Scène conventionnée à Cognac (2002 à 2008).

    Créer du lien entre le Liberté et Châteauvallon

    C’est son projet « Ce qui nous lie » qui a donc convaincu le jury : celui de faire de la scène nationale « une maison ouverte et un bien commun », capable de relier plus étroitement les deux lieux que sont Châteauvallon et le théâtre Liberté, d’Ollioules à Toulon, à travers les artistes, les publics et les œuvres, mais également de les rapprocher de leur territoire, à l’échelle des communes comme des quartiers. À ce titre, chacun des quatre cycles pluridisciplinaires qui rythmeront la saison culturelle sera inauguré par un temps fort fondateur dans l’espace public ou dans un lieu singulier. Ils seront articulés autour d’une programmation en salle et dans le mythique amphithéâtre de Châteauvallon pour l’accueil des grandes formes chorégraphiques, des rendez-vous conviviaux et inédits, afin de découvrir autrement le territoire et des résidences ouvertes.

    En termes de soutien à la création est prévu le lancement d’une plateforme pour la jeune création, en lien avec les écoles supérieures de la région, un pôle de production et de diffusion au service des compagnies du territoire et un laboratoire des écritures du paysage basé à Châteauvallon, qui intégrera les enjeux d’adaptation au changement climatique. Le projet sera soutenu par les metteuses en scène Julie Deliquet et Jeanne Desoubeaux, le chorégraphe Alessandro Sciarroni et la compagnie Munstrum Théâtre.

    Enfin, Frédéric Rémy souhaite aussi renforcer les liens avec la jeunesse, à travers la mise en place de « Classes ouvertes » conçues avec l’Éducation nationale, tout comme la présence régulière dans les quartiers prioritaires de Toulon et d’Ollioules.

  • [Week-end] Alzheimer, de « Doutes » en amour au Rove

    [Week-end] Alzheimer, de « Doutes » en amour au Rove

    Elle efface la mémoire des malades, mais irrigue à vie le cerveau de leurs proches. Alzheimer, cette maladie incurable qui touche près d’un million et demi de personnes en France, est pourtant bel et bien la mémoire vive de Doutes. Un récit écrit par Malika Fecih qui met « à rude épreuve la complicité entre une mère et sa fille », lorsque les premières conséquences affectives de cette pathologie rodent au quotidien. Mise en scène par Dominique Sicilia, un spectacle qui prend ses quartiers samedi 24 octobre à 19h30 à la Salle Eugène-Lanteri, au Rove.

    À travers l’histoire de Myriam, une mère dont la raison glisse peu à peu vers un monde imaginaire, et de sa fille, la pièce explore le doute, les souvenirs qui s’effacent et la relation qui se transforme. Face à la maladie, mère et fille vont progressivement apprendre à se détacher l’une de l’autre, tout en restant profondément liées par l’amour.

    « Spectacle vivant »

    Interprétée par Catherine Lecoq, Fanny Roger et Marc Menahem, cette création aborde avec sensibilité les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer et les bouleversements qu’elle entraîne pour les personnes malades comme pour leurs proches. « Cette pièce est un épisode de ma vie, adaptée pour que le public puisse se reconnaître. Quand j’ai rencontré Catherine Lecoq, comédienne et artiste féministe engagée, monter la pièce de théâtre avec son équipe était une évidence », rappelle Malika Fecih, à propos de cette œuvre qui sera suivie, au Rove, par un échange du public avec « un professionnel de santé ».

    Avec Doutes, l’auteur a voulu retranscrire « pour la scène, cette phase dite des premiers signes. Tous les symptômes sont là et l’entourage doute, redoute », écrit-elle. « C’est pourtant l’instant de tous les espoirs car traitée précocement, il est possible de ralentir cette irréversible dégénérescence », ajoute celle, qui a donc « volontairement choisi le spectacle vivant. Une façon de contrer le sort de cette maladie qui condamne les personnes et leurs proches à une vie éteinte ». Avec comme « seule vie possible », souligne la menteuse en scène Dominique Sicilia, « l’importance de la relation humaine et du lien aimant car la chimie n’y fera rien ».

    Samedi 24 octobre à 19h30.

    Salle des fêtes Eugène-Lanteri.

    Gratuit.

  • Des jeunes de la PJJ se donnent la réplique à Avignon

    Des jeunes de la PJJ se donnent la réplique à Avignon

    La scène de la FabricA d’Avignon est presque prête, les décors sont prêts et les derniers tests techniques sont en train d’être faits à une heure du lever de rideau de la pièce « Traverser la nuit ». Sauf que celle-ci ne sera pas jouée par des acteurs professionnels du théâtre, mais par des jeunes sous main de justice de toute la région et leurs éducateurs, devant leurs familles, mais aussi devant des juges et des représentants de l’État.

    Le projet est porté par la Protection judiciaire de la jeunesse avec le Festival d’Avignon et la compagnie Primesautier Théâtre. Il est monté de toutes pièces en cinq jours par les adolescents, leurs éducateurs, avec les metteurs en scène et les équipes techniques professionnelles du site. Tous sont logés au sein même de la FabricA, qui sert aussi de résidence aux troupes de théâtre pendant toute l’année. « C’est vraiment extraordinaire », s’exclame avec des étoiles dans les yeux Julia*, mineure, quelques minutes avant de monter sur scène. « C’est trop bien d’être aussi entourés d’adultes ! Ça m’a fait changer la vision que j’avais sur les éducateurs », ajoute-t-elle, précisant que « la pression monte un peu ». À quelques mètres, John* et Maya* sont, eux, éducateurs et montent également sur scène d’ici quelques minutes. « J’ai vu le projet en tant que spectateur il y a deux ans et ça me semblait hyper intéressant. On a tout partagé pendant quelques jours, c’était un vrai microcosme. C’est vraiment hyper impressionnant. Et on voit que la Gen Z, si à l’aise sur les réseaux, est quand même plus dans l’appréhension en face-à-face », ricane le premier. « Je n’ai jamais fait de théâtre et c’est une super expérience de vivre ça », ajoute la deuxième.

    Un nouveau dispositif a aussi été testé pour faciliter l’apprentissage des textes, avec des casques audio pour « libérer les jeunes de la lecture », confie une metteuse en scène.

    Sixième édition

    Le thème de cette sixième édition, le rapport à l’intelligence artificielle, n’est évidemment pas choisi au hasard. « Ce sont des sujets de société qui appellent à réflexion », rappelle Adam Costerg Dia, référente laïcité et citoyenneté de la Direction territoriale de la PJJ Alpes-Vaucluse. « C’est un gros dossier qui nous touche tous les jours. Et on voit les accords, les réflexions. On s’immerge vraiment dans une création », confie de son côté Julie Minck, comédienne et metteuse en scène qui a accompagné les néo-acteurs toute la semaine.

    Un projet qui est voué à se pérenniser au vu de son succès auprès des jeunes. « On veut continuer et toucher de nouveaux jeunes. Ça permet de faire découvrir ou redécouvrir le théâtre autrement », confie Juliette Marmisse, chargée des relations avec le public au Festival d’Avignon. D’autant que cela crée des relations et « on en revoit toujours l’été au Festival et certains sont même agents d’accueil ou de billetterie », ajoute Juliette Marmisse. Et peut-être bientôt sur les planches.

    *Prénoms modifiés

  • Les minots ont le choix dans les Bouches-du-Rhône

    Les minots ont le choix dans les Bouches-du-Rhône

    Alors que les minots tournent parfois en rond pendant les vacances de la Toussaint, de nombreuses structures proposent des spectacles destinés à la jeunesse. Autant de parenthèses artistiques émanant par exemple d’En Ribambelle !. Au menu de ce festival de théâtre d’objets et de marionnettes, Les petites variations imaginées par le Théâtre l’Articule qui racontent de tendres souvenirs d’enfance et des histoires de transmission au Mucem, sur la scène de l’Astronef ainsi qu’au Théâtre municipal de Fontblanche, à Vitrolles.

    Le Musée de société marseillais accueillera aussi Le grand Kami, « marionnette géante qui investit nos jardins pour rappeler l’urgence climatique et environnementale », situe Cécile Dumoulin responsable des publics du Mucem dont le Centre de conservation et de ressources, situé à la Belle de Mai, dévoilera également aux familles ses trésors dans les pas de la marionnette Raoul Lala, un petit rat aventureux. À voir aussi, au Forum de Berre, Neige, « réunion des destins d’un poète, d’un funambule et d’un samouraï » au Japon.

    Sorcière et chamallows

    Du côté du Badaboum Théâtre, à Marseille, les minots auront l’occasion d’assister à des représentations de Lilith, la guerre des récits, Adam et Eve revisitée façon féministe, puis du Roi Grenouille, d’après les frères Grimm et Alphonse Daudet. À la Ciotat, le Conservatoire Zino Francescatti accueillera, samedi, Lili. Accessible dès 4 ans, un spectacle gratuit autour d’une petite fille qui part « à la rencontre du vivant » à dos de girafe. Niveau tout-petits, la ville d’Aix ne sera pas en reste avec La sorcière caca prout, qui mêle chansons et marionnettes au Théâtre Le Flibustier, ou le spectacle culinaire et tendrement terrifiant Chocottes et chamallows, programmé à la Fontaine d’Argent.

  • Intellectuels et artistes secouent les idées du bassin méditerranéen

    Intellectuels et artistes secouent les idées du bassin méditerranéen

    « Nous nous préparons à des Nouvelles Rencontres d’Averroès dans une version inédite et augmentée à plus d’un titre », plante Fabienne Pavia, responsable de Des livres comme des idées. Une association produisant cette manifestation qui réunit depuis plus de 30 ans les pensées des deux rives de la Méditerranée à Marseille à travers tables rondes et spectacles. Inscrite dans le cadre de la Saison Méditerranée, cette édition s’articule du 28 octobre au 1er novembre autour du thème « Franchir, s’affranchir ». Une mouture illustrée par la photo, réalisée en 2019 par Matthieu Karam, d’un manifestant « au cours des contestations qui réclamaient le départ de l’ensemble de la classe politique au Liban, jugée corrompue et responsable d’une crise sans précédent », commente Fabienne Pavia selon qui ces événements « résonnent aussi avec ce que nous vivons en France ces derniers temps ». « Quinze ans après les printemps arabes, un an après les révoltes en Iran, de la GenZ 212 au Maroc, les manifestations il y a sept ans en Irak, deux ans après la chute de Bachar al-Assad en Syrie et alors que le drame de Gaza se poursuit et déborde en Cisjordanie, comment imaginer la bonne vie ? », interroge Rémi Baille, l’un des programmateurs des Nouvelles Rencontres d’Averroès, avant d’introduire la première table ronde « Habiter l’entre-deux » prévue le 30 octobre à l’Odéon. Elle regroupe l’enseignant-chercheur et exilé gazaoui, Ahmad Ashour, la chargée de recherches à l’IRD et spécialiste des soulèvements arabes de 2011 Laura Ruiz de Elvira, ainsi qu’Albert Vichy, écrivain natif de Beyrouth ayant « fui la guerre pour Paris en 1975 ».

    900 ans et toute sa tête

    Imaginé avec le journal libanais L’Orient-Le Jour, le programme donne lieu à deux autres tables rondes, dont l’une qui montre « la manière dont la puissance s’affranchit aujourd’hui du droit », résume Brigitte Curmi, elle aussi programmatrice de ces rencontres. « Le monde est entraîné dans un cycle où la puissance remplace le droit et va jusqu’à l’écraser en toute conscience, sans provoquer de vagues d’indignation ni de réponses politiques qu’on avait pourtant connues à d’autres époques », contextualise cette ancienne ambassadrice de France en Libye, à Malte et en Syrie. Le débat rassemblera l’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis, dont le dernier ouvrage décrit « l’imposture » de « la civilisation judéo-chrétienne », le chercheur Jérôme Heurtaux pour qui « le droit international est mort à Gaza », ainsi que le juriste Nadim Houry.

    « Exceptionnelle » sera aussi cette édition car 2026 marque les 900 ans de la naissance du philosophe, juriste et théologien Averroès, commémorée le 31 octobre à l’Odéon par un « entretien posthume ». Le but de ce format irrigué par historiens et philosophes : « Questionner notre époque » à la lumière de l’œuvre de cet « homme du soupçon pour ses théories sur la vérité qui ont ébranlé l’hégémonie religieuse », souligne Rémi Baille.

    Des luttes et des exils

    Au menu des Nouvelles Rencontres d’Averroès, également deux « masterclasses » : l’une de Raphaël Pitti, médecin humanitaire qui « a agi en Ukraine, à Gaza, en Syrie ». L’autre rencontre se fera autour des Printemps arabes et de leurs échos avec la journaliste égyptienne Lina Attalah et Haythem El Mekki, journaliste tunisien « en exil et condamné à de la prison pour ses prises de position ». Des discussions sérieuses qui n’empêchent pas aussi la tenue de spectacles comme le 28 octobre à l’Espace Julien. Fred Nevché y « remonte le fil de l’exil arménien, de Beyrouth à Marseille » en musique et images dans Loghofète ou le prénom perdu. Le lendemain, le Mucem accueillera la performance de Wajdi Mouawad, L’ombre en soi qui écrit. Le Silo proposera, lui, le 30 octobre un concert du pianiste franco-libanais Bachar Mar-Khalifé, où il « s’aventure dans le répertoire » du chanteur Christophe. Autant d’appels au dialogue et aux arts que n’aurait pas reniés Leïla Shahid, grande voix de la diplomatie palestinienne disparue en février, à qui un hommage sera rendu par certains de « ses proches et compagnons de lutte » le 31 octobre à l’Odéon.

  • « La chute des anges » tombe sur Martigues

    « La chute des anges » tombe sur Martigues

    Au son d’une bande originale à la fois martiale et rédemptrice composée par Arthur Bison, six interprètes et danseurs s’envolent, tournoient, se débattent sur scène dans une obscure clarté pendant plus d’une heure. À l’image du « langage chorégraphique », mêlant danse, théâtre, cirque et cinéma, développé par Raphaëlle Boitel, à l’origine de La chute des anges qui se prend ses quartiers vendredi 16 et samedi 17 octobre aux Salins. Comme des morts vivants, ils « s’accrochent à la vie » dans un « univers sans contrôle », indique le programme de la scène nationale de Martigues.

    « Grain de sable »

    « Que deviendrait notre monde si même les anges ne pouvaient plus voler ? », interroge Raphaëlle Boitel dans ce spectacle où elle met en scène « un groupe d’hommes et de femmes, manœuvrés, survivants d’un monde sans silence et sans soleil », qui « se regardent sans se voir ». Une dystopie aux relents hélas actuels déployés au milieu d’un décor fait de structures métalliques et mât chinois qui impriment le rythme d’un Big Brother dont six âmes en peine doivent se défaire. Parmi le groupe, « un grain de sable, un personnage qui cherche sans le savoir, la lumière enfouie en chacun de nous », est-il mentionné dans les intentions de ce spectacle clin d’œil à « l’allégorie de la caverne. Et si rien n’était irrévocable ? ».

    Vendredi 16 octobre à 20h30 et samedi 17 octobre à 19h. Entre 10 et 20 euros. www.les-salins.net