Elles s’alignent au pied des poubelles, roulent dans les caniveaux ou s’échouent sur les parkings : les bonbonnes de protoxyde d’azote sont devenues un déchet ordinaire par leur présence, mais hors-norme par leur traitement. À Nîmes, 9 600 avaient déjà été ramassées depuis janvier à la mi-mai. « On en ramasse tous les jours », résume Jamel Meuchmache, du pôle propreté urbaine. Au centre de valorisation, quelque 20 000 bouteilles restaient stockées.
Le problème tient d’abord à ce qu’elles contiennent encore. Sous pression, le gaz interdit leur traitement avec les déchets classiques. Jetées dans une poubelle, les bonbonnes peuvent finir dans un incinérateur et exploser sous l’effet de la chaleur. Au centre de valorisation énergétique de Nîmes, environ 500 explosions par an ont été recensées. En 2025, les réparations liées à ces incidents ont coûté près de 350 000 euros. Pour limiter les risques, un scanner à rayons X, facturé 300 000 euros, a été installé cet été.
Une fois récupérées, reste à les stocker, les transporter, les dégazer puis séparer leurs matériaux. À Nîmes, le traitement représente 215 000 euros par an, soit près d’un tiers du budget consacré aux déchets ramassés sur la voie publique. « Il faudrait que l’État nous aide », réclame François Séguy, adjoint à la propreté. À Béziers, l’Agglo dit payer environ 25 euros par bonbonne : une centaine ont été récupérées en deux mois au printemps.
La facture est d’autant plus lourde que le protoxyde résiduel ne peut pas simplement être relâché : ce puissant gaz à effet de serre réchauffe l’atmosphère près de 300 fois plus que le CO2. Dans le Vaucluse, Suez teste depuis juillet un procédé qui l’extrait puis le décompose en diazote et oxygène, avant d’envoyer les matériaux vers les filières de recyclage. Une piste encore pilote, là où les collectivités réclament une réponse nationale.
La loi du 18 août 2026 interdira la vente aux particuliers dès février 2027. Reste à savoir qui paiera le traitement des bonbonnes déjà en circulation. Plusieurs élus réclament leur intégration à une filière de responsabilité élargie du producteur. Autrement dit, faire remonter la facture vers ceux qui mettent ces contenants sur le marché, plutôt que de la laisser aux contribuables et aux agents qui les ramassent.

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