Canicule, l’exemple espagnol à la loupe

En Espagne, Eloy Martinez Monegal

En Espagne, pendant les épisodes de canicule, les entreprises ont l’obligation de protéger la santé des travailleurs. Adapter les horaires de travail, reporter les travaux les plus durs, réduire ou interrompre l’activité si nécessaire notamment dans l’agriculture ou la construction… Des mesures encadrées par la loi que le ministre français du Travail, Jean-Pierre Farandou, est allé observer lors d’un voyage, mercredi et jeudi, accompagné de leaders syndicaux et du patronat.

Les mesures gouvernementales concernant la protection des travailleurs sont globalement prises en compte, ce qui constitue une avancée majeure dans le domaine de la santé au travail. Cependant, certaines entreprises tardent à les mettre en œuvre ou font preuve de mauvaise volonté. Dans la région de Castilla-La Mancha, par exemple, dans le centre du pays, quatre personnes sur dix sont exposées aux fortes chaleurs. Cela concerne 317 000 travailleurs et 264 décès liés à la canicule ont été recensés en 2025. Les syndicats sont donc particulièrement attentifs et exigent davantage de contrôles afin de faire respecter les mesures prescrites par le gouvernement.

Certes, les journées, dans certaines professions, commencent à 6 ou 7 heures, les pauses sont plus nombreuses, les travaux les plus durs sont réalisés aux heures les plus fraîches et davantage de distributeurs d’eau potable sont installés. Mais les syndicats constatent souvent que, si les mesures existent bien sur le papier, de nombreux travailleurs continuent à exercer leur activité pendant les heures les plus chaudes.

Carlos, 55 ans, conduit une bétonnière pour une entreprise de travaux publics à Cuenca. Pour lui, certaines journées sont insupportables : « Je me mouille la tête, je bois souvent de l’eau. L’entreprise applique bien la journée intensive, on est censé finir plus tôt, mais souvent, on travaille plus longtemps. Dans mon métier, je ne peux pas prendre trop de pauses : le béton n’attend pas ».

Demande d’inspections

Toujours à Cuenca, Elena est serveuse dans un bar. Elle dit ne « résister qu’en buvant énormément d’eau. Le patron a pourtant fait installer des asperseurs et laisse la climatisation en continu ». Si, globalement, les entreprises font le nécessaire pour améliorer les conditions de travail, les syndicats constatent souvent, soit une mauvaise application des mesures, soit une absence totale de celles-ci.

Le syndicat Commissions ouvrières (CCOO) de la région Castilla-La Mancha réclame, pour sa part, un renforcement de la prévention face au stress thermique et davantage d’inspections sur les chantiers et dans les exploitations agricoles.

Raquel Payo, secrétaire des CCOO, chargée de la santé au travail, explique : « Nous engageons les entreprises à évaluer les risques dérivés de la chaleur et qu’elles incorporent le stress thermique, souvent cause de mortalité, dans leurs plans de prévention. Il ne suffit pas de garder dans un tiroir les consignes imposées par la loi, il faut agir concrètement. La chaleur extrême est un risque grave qui peut provoquer déshydratation, fatigue, perte de connaissance et conduire au décès ».

Le syndicat entend également attirer l’attention sur l’arrivée de nouveaux salariés dans l’entreprise. « Plus de 70% des accidents graves et mortels liés aux coups de chaleur surviennent au cours de la première semaine de travail, précisément en raison de l’absence d’une période d’adaptation progressive aux conditions environnementales. Faire entrer de nouveaux salariés dans l’effectif de l’entreprise au plus fort de la chaleur, sans protocole d’acclimatation progressive, ni suivi médical spécifique, revient à les exposer à un risque d’effondrement physique ou de coup de chaleur », a expliqué de son côté Valle Cervantes, secrétaire à la formation de CCOO Castilla-La Mancha.

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