Category: international

  • En Espagne, la ville de Ceuta en situation d’urgence absolue

    En Espagne, la ville de Ceuta en situation d’urgence absolue

    Entre le 30 et le 31 juillet, il y a juste un mois, 72 000 personnes passaient la frontière qui sépare le Maroc et la ville autonome espagnole de Ceuta. Ils l’ont fait à pied ou en nageant, s’aidant de bouées et embarcations de fortune. Cette incursion massive, qui semble avoir été largement favorisée par les autorités marocaines, sur ce territoire espagnol situé en Afrique du Nord s’est soldée par 145 morts, selon les informations données par le collectif Caminando Fronteras qui défend les droits des migrants. La majorité était de jeunes mineurs et des familles entières complètement démunies. Dans les jours qui ont suivi, environ soixante mille sont retournés au Maroc. Un mois plus tard, des milliers sont toujours présents et sans-abri, ne subsistant que grâce à l’aide humanitaire et la solidarité d’une partie des habitants.

    5 000 migrants encore présents

    C’est sur la plage de El Trampolin que se situe la plus grosse concentration de migrants. Les Ceutiens exaspérés par cette situation qui s’éternise, critiquent la lenteur du gouvernement. La situation dépasse Ceuta et a pris une dimension politique nationale avec des charges indécentes et des discours xénophobes et racistes à l’encontre des migrants de la part de la droite et l’extrême droite.

    Il y a quelques jours, c’est l’ancien chef du gouvernement José María Aznar, du Parti populaire, qui est venu à Ceuta jeter de l’huile sur le feu au moment où la tension entre habitants était de plus en plus forte. 9 000 policiers et militaires sont déployés pour le maintien de l’ordre. Environ 5 000 migrants sont encore présents. Jeudi, des heurts ont eu lieu près de la plage de El Trampolin, la police a fait usage de gaz lacrymogènes. Des heurts, mais aussi des actes à caractère fasciste, des membres de l’extrême droite prenant une part active et allant jusqu’à brûler les abris de fortune et les effets des migrants rappelant les pogroms nazis de sinistre mémoire. Une haine attisée par les dirigeants du Parti Populaire comme Alberti Feijoo. Des violences commises en marge d’une manifestation anti gouvernementale. Quelques minutes plus tôt, ce même groupe avait essayé d’empêcher les volontaires de la Croix Rouge de distribuer des vivres.

    Le ministre de l’Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska a d’ailleurs appelé « au calme et à la cessation de toute forme de violence, car (…) la violence n’est pas la solution pour résoudre un problème aussi complexe », a-t-il lancé vendredi.

    Jeudi, s’est réunie en présence de Sira Rego, ministre communiste chargée de la jeunesse et de l’enfance, une conférence sectorielle de l’enfance au cours de laquelle a été validée une enveloppe de 25 millions d’euros financée en commun par le gouvernement et les communautés autonomes à l’exception de celles dont l’exécutif est composé de membres du parti d’extrême droite VOX et qui ont refusé de participer (Estrémadure, Castilla Leon, Aragon, Murcia). Une enveloppe sollicitée par le ministère de la Jeunesse dès le 31 juillet, mais non validée à l’époque, le gouvernement ne disposant pas d’un décompte du nombre de mineurs présents à Ceuta. On estime aujourd’hui à 700 le nombre de jeunes filles mineures sur le territoire de Ceuta, 16 agressions sexuelles ont été dénombrées.

    Par ailleurs, ce mardi, le conseil des ministres se réunira pour approuver notamment un plan d’urgence en débloquant 165 millions d’euros, pour revitaliser l’économie locale et renforcer et améliorer les services publics, qui viendront s’ajouter aux 180 millions qui seront débloqués à moyen terme et promis par le vice-président du gouvernement Carlos Puerto lors de sa visite à Ceuta.

    Le gouvernement met les bouchées doubles, afin de régler en urgence les questions humanitaires, sociales, économiques et politiques. Ce conseil des ministres de demain sera largement consacré à la situation de Ceuta, ville et communauté autonome de 80 000 habitants.

    « La violence n’est pas une solution pour résoudre un problème aussi complexe »

  • [Passerelle interculturelle] Jeux mondiaux des robots humanoïdes en Chine

    [Passerelle interculturelle] Jeux mondiaux des robots humanoïdes en Chine

    La deuxième édition des Jeux mondiaux des robots humanoïdes s’est achevée mercredi 26 août à Beijing. Pendant cinq jours, plus d’une centaine de modèles, représentant au total plus de 2 000 robots, ont participé à des épreuves allant du sprint et du saut en longueur à des tâches inspirées de situations réelles.

    Les performances sportives ont particulièrement retenu l’attention. Lors de la finale du 100 mètres dans la catégorie des robots de grande taille, l’équipe Tianjiao s’est imposée en 8,64 secondes, établissant un nouveau record de la compétition. Dans l’épreuve de saut en longueur sans élan, qui réunissait 35 équipes, la meilleure performance a atteint 4,83 mètres.

    Une nouvelle discipline inspirée du touhu, un jeu traditionnel chinois consistant à lancer des flèches ou des tiges dans un récipient placé à distance, a également fait son apparition. Déclinée en deux catégories, robots à jambes et robots à roues, elle permet notamment d’évaluer la capacité des machines à identifier une cible, à contrôler leurs mouvements et à doser précisément leur force.

    Transformer la compétition en données

    Durant les cinq jours de Jeux, plusieurs milliers d’heures de fonctionnement et des dizaines de milliers de mouvements ont été enregistrés. À la clôture de l’événement, l’ensemble des données collectées a été mis gratuitement à la disposition des entreprises, des laboratoires de recherche et des universités. L’objectif est notamment de réduire le coût de la collecte de données sur des robots physiques, où les algorithmes doivent apprendre à interagir avec le monde réel. Les équipes de recherche pourront ainsi exploiter les réussites, mais aussi les erreurs, les pertes d’équilibre ou les échecs observés pendant les compétitions pour entraîner et améliorer leurs propres systèmes.

    La compétition fonctionne alors comme un accélérateur de recherche : les exigences imposées aux participants obligent les équipes à identifier rapidement les faiblesses de leurs machines et à améliorer leurs technologies. Cette évolution correspond à une question désormais centrale pour l’industrie chinoise des robots humanoïdes : comment passer du prototype spectaculaire à une machine suffisamment fiable et abordable pour travailler réellement dans une usine, un commerce ou, à terme, au domicile des particuliers ?

    La troisième édition des Jeux mondiaux des robots humanoïdes est déjà annoncée pour le 25 août 2027 à Beijing. Les organisateurs prévoient alors davantage d’épreuves consacrées aux situations réelles que de compétitions purement sportives. Un changement de priorité révélateur : à mesure que les robots apprennent à courir et à sauter, la véritable course se déplace désormais hors du stade, vers leur utilisation dans le monde réel.

  • [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    Par Eloy Martinez Monegal

    Ce 11 septembre, la Catalogne va se parer des couleurs sang et or de son drapeau « la senyera », les rues et les places des villes et villages vont s’emplir de monde, de sardanes, de castellers. La fête nationale de Catalogne, célébrée toujours à cette date, est appelée en catalan « la Diada ».

    La Generalitat de Catalogne, depuis 2024, dont le président est Salvador Illa, un proche du chef de gouvernement Pedro Sanchez, est dirigée par le Parti Socialiste Catalan, succédant au précédent exécutif indépendantiste, aura pour la deuxième année de sa gouvernance, la tâche d’organiser les activités institutionnelles de cette « Diada » 2026.

    Cette journée, à laquelle est fortement attaché le peuple catalan dans son ensemble, est depuis quelques années récupérée par les indépendantistes de droite et extrême droite, tels Carles Puigdemont de Junts, et Silvia Orriols la maire de Ripoll et leader du mouvement Alliança Catalana (AC) connu comme parti raciste et xénophobe, l’équivalent de Vox au niveau de la Catalogne.

    Il convient de rappeler l’origine historique de cette journée : c’est en 1886 qu’il est décidé de faire du 11 septembre, le jour de la commémoration de la chute de Barcelone en 1714, au terme de la guerre de succession d’Espagne. À l’époque Philippe V fut intronisé roi d’Espagne. Les Catalans s’étaient soulevés contre lui. Philippe V décide alors d’assiéger Barcelone. Les Catalans finiront par se rendre le 11 septembre 1714. Aussitôt Philippe V fera abolir les institutions et interdire la langue catalane.

    Cette journée de fête n’est pas la célébration d’une victoire, mais plutôt de la résistance du peuple catalan qui s’est battu pour défendre sa culture et ses valeurs. C’est aussi le jour, où s’expriment les revendications de plus d’autonomie et d’indépendance. Cette journée avait été interdite sous la dictature de Primo de Rivera, puis rétablie avec la République en 1931, en 1932 le Statut de Núria fut approuvé, accordant pour la première fois une autonomie à la Catalogne. En 1934, Lluís Companys proclama « l’État catalan de la République fédérale espagnole », ce qui entraîna son arrestation et la suspension de l’autonomie.

    Sous Franco, la journée fut de nouveau interdite. Rétablie après la mort du dictateur, en 1980 elle devient officiellement la « Diada » : la journée nationale de la Catalogne. Au vu de cette histoire on comprend, le fort attachement des Catalans à la « Diada ». Salvador Illa, le président socialiste de la Generalitat revendique à cette occasion « une nation catalane » et affirme que « cette fête appartient à tous les Catalans ».

    Les communistes du PSUC considèrent qu’il faut continuer « à poser à l’occasion de cette journée un discours de classe, clair et sans complexe, défendre les politiques sociales et les services publics, avec comme colonne vertébrale une Catalogne dans une Espagne fédérale, républicaine et solidaire ».

    Pour sa part, l’Assemblée nationale catalane (ANC) entité rassemblant les indépendantistes qui souhaitent créer un État catalan, ont prévu cette année de manifester avec des tee-shirts où il est inscrit « Hi soc », « Hi som Independencia ! » c’est-à-dire « j’y suis », « nous y sommes indépendance ! »

    Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) participera aux différentes manifestations comme le feront tous les Catalans disent-ils « nous irons à la manifestation pour défendre le meilleur de la Catalogne qui est une nation qui défend la liberté, la démocratie et la convivialité… ».

    Le 11 septembre, le peuple catalan sera donc rassemblé pour célébrer sa culture, son identité et ses valeurs, malgré des visions souvent radicalement opposées sur l’avenir de la Catalogne.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • Olivier Galzi s’inquiète du contexte belliqueux

    Olivier Galzi s’inquiète du contexte belliqueux

    Jour de fête et de souvenir, ce mardi à Avignon. Une journée consacrée au 82e anniversaire de la Libération de la Ville. Pour l’occasion, un grand défilé et exposition de véhicules d’époque et reconstitution de costumes d’Alliés ont animé les rues pour faire revivre l’ambiance de 1944 qui mettait fin à deux ans d’occupation. « En voyant cette reconstitution depuis mon bureau de maire, qui avait déjà ce rôle en 1944, cela reste une immense joie que d’imaginer cette Libération », confie Olivier Galzi, à l’issue d’un hommage rendu dans le péristyle de l’Hôtel de ville.

    Le maire (DVD) participait en tant que tel pour la première fois à cette cérémonie. Avant de grimper dans une Jeep et défiler, il apprécie « cette réunion de générations qui permet de perpétuer le souvenir, avec des jeunes ou une Avignonnaise, là aujourd’hui et qui était présente place de l’Horloge le jour de la Libération ».

    La « vieille histoire » proche de se répéter ?

    Mais Olivier Galzi n’y voit pas un passé lointain à jamais oublié. « Cette journée n’est pas seulement un souvenir mais aussi une projection sur l’avenir en particulier dans l’époque actuelle, met-il en garde. Ce qu’il se passe avec la Russie en Ukraine démontre que la vieille histoire n’est pas forcément une histoire qui ne se répéterait jamais, sans parler des totalitarismes et des différents fascismes. »

    Dans ce contexte belliqueux, alimenté aussi par le chef de l’État et le gouvernement à coups de renfort budgétaire pour le ministère des Armées ou tentative de résurrection du service militaire, le maire y voit « une forme d’inquiétude, quand on voit les mots, les menaces, et que l’on aime l’histoire, il y a un certain nombre d’ingrédients réunis pour une grande division qui débouche sur la violence ». Olivier Galzi, à son « niveau de maire », plaide « pour un devoir de cohésion et d’unité quelle que soit notre vision politique ». Du moins sur ce genre de cérémonie, « moment où quoi qu’il arrive on peut se réunir entre Avignonnais ». Chose souvent moins favorable lorsqu’il s’agit de politique municipale.

  • [Entretien] Lucille Guenier : « Nos protocoles de sécurité ont été renforcés »

    [Entretien] Lucille Guenier : « Nos protocoles de sécurité ont été renforcés »

    La Marseillaise : Vous étiez à bord de l’Ocean Viking lorsque le navire a été attaqué par des gardes-côtes libyens. Pouvez-vous revenir sur les évènements ?

    Lucille Guenier : J’étais à bord, comme la plupart des équipes actuellement en mer, le jour de l’attaque. Les gardes-côtes libyens ont tiré sur notre bateau depuis le leur, de classe Corrubia, donc beaucoup plus petit, rapide et agile que le nôtre. Il n’y a pas eu d’abordage [assaut mené par un équipage pour monter à bord d’un autre navire, ndlr], mais c’était le risque. Depuis un an que l’attaque a eu lieu, aucune condamnation n’a été prononcée [malgré la plainte déposée par SOS Méditerranée, ndlr]. Les gardes-côtes libyens sont dans une totale impunité. Ils sont encore actifs. Il y a quelques semaines, nous avons même croisé le patrouilleur [navire des gardes-côtes], qui nous avait tiré dessus l’an dernier. Le constat aujourd’hui, après un an, c’est que rien n’a changé. Au contraire, les choses ont empiré. Ça a été un tournant pour nous en tant que personnel (…) mais pas au niveau politique. Ça n’a engendré aucune conséquence. Au contraire, le soutien aux gardes-côtes libyens par l’Union Européenne s’est amplifié.

    Vous parlez d’un tournant pour le personnel. Pouvez-vous en dire plus ?

    L.G. : D’abord, s’il n’y a eu aucune blessure physique, il y a eu des conséquences psychologiques. L’organisation a donc dû accompagner les équipes pour qu’elles puissent ensuite repartir en mer. Les opérations se sont arrêtées pendant quatre mois. Après, bien sûr, les protocoles de sécurité ont été renforcés et sont désormais beaucoup plus stricts. Il a fallu s’adapter au contexte et au fait que potentiellement, en faisant des sauvetages en mer, il était possible de se retrouver face à des gens qui tiennent des kalachnikovs alors que tout ce dont on dispose, nous, ce sont des gilets sauvetage. On a donc dû adapter nos protocoles de sécurité, accompagner le personnel navigant qui a été victime de cette attaque mais aussi celui qui ne l’a pas été et qui sait dorénavant que quand il opère en Méditerranée centrale, sur un terrain qui, a priori, n’est pas un terrain de guerre, il peut se retrouver sous la menace des balles.

    Avez-vous recueilli des témoignages de réfugiés d’interpellations violentes ?

    L.G. : Oui, très souvent. Les personnes qu’on secourt ont souvent essayé plusieurs fois de traverser la Méditerranée centrale. Elles se font intercepter par des gardes-côtes libyens puis sont, en général, ramenées dans des prisons informelles où elles sont torturées ou rançonnées pour pouvoir sortir. Il y a tout un système de collusion entre les gardes-côtes libyens, les passeurs et les trafiquants de traite humaine. C’est documenté par des journalistes, mais aussi par de récents rapports des Nations Unies. Et ces gardes-côtes sont en partie financés par l’Union européenne, dans le cadre d’une politique d’externalisation des frontières. Des bateaux leur ont notamment été fournis par l’Italie.

    Si cette situation ne cesse pas, si le soutien aux gardes-côtes libyens continue, d’abord les gens vont continuer de périr en Méditerranée, et ensuite, un jour, des personnels d’ONG, qui essaient de porter assistance à ces personnes, seront blessés ou perdront leur vie.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud

  • Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    L’ONG SOS Méditerranée a déploré ce lundi 24 août dans un communiqué une « intensification des menaces » en Méditerranée centrale, pointant des interceptions « de plus en plus violentes » d’embarcations de « personnes en détresse » et des poursuites des navires de sauvetage, qu’elle attribue à des « acteurs libyens » et des « groupes armés ».

    Voilà un an, son bateau l’Ocean Viking avait essuyé « des tirs des garde-côtes libyens » assure-t-elle alors qu’il transportait 87 personnes rescapées même si « les responsables de l’attaque n’ont pas été identifiés », convient l’ONG.

    SOS Méditerranée estime que « cet environnement opérationnel, de plus en plus hostile en Méditerranée centrale, n’aurait pas pu perdurer sans l’élargissement de la coopération européenne avec les acteurs libyens en matière de dissuasion migratoire ». « Un phénomène nouveau et préoccupant » a également été recensé par l’ONG entre juin et juillet. Cette dernière affirmant qu’à sept reprises au moins, des navires « liés à des acteurs libyens », certains « non identifiés », se sont approchés « à grande vitesse » de bateaux de sauvetage, ou les ont suivis des heures durant – des « poursuites » jusque dans les eaux internationales.

    Un premier trimestre meurtrier

    Elle souligne également une « augmentation significative de la présence de vedettes rapides non identifiées, liées à différents groupes armés en Libye ». Des embarcations qui « ont été observées (…) percutant délibérément des embarcations transportant des personnes en détresse et en effectuant des manœuvres mettant leur vie en danger », poursuit SOS Méditerranée.

    Pour Soazic Dupuy, directrice des opérations au sein de l’ONG, « cette attaque aurait dû marquer un tournant ». Mais avec ce harcèlement, « le message envoyé est dangereux : la violence en mer peut se poursuivre en toute impunité », alerte-t-elle.

    SOS Méditerranée réitère également un appel pour « une enquête complète et indépendante afin d’établir les responsabilités autour de cette attaque ». Et Soazic Dupuy réaffirme son intention de continuer à « sauver des vies, documenter les violations et veiller à ce que la Méditerranée demeure un espace où s’applique le droit international, la transparence et les principes les plus élémentaires d’humanité ».

    Dans le bilan de ses dix ans d’activité publié en juin, l’ONG s’inquiétait déjà d’un premier trimestre 2026, « le plus meurtrier jamais enregistré », la Méditerranée centrale étant « devenue un cimetière à ciel ouvert non par fatalité, mais du fait de choix politiques de non-assistance à personne en danger ».

    REPÈRES

    821

    C’est le nombre de personnes disparues ou décédées en Méditerranée centrale au cours des quatre premiers mois de 2026, selon l’Organisation internationale pour les migrations, soit une augmentation de 111 % par rapport à 2025.

    43 485

    C’est le nombre de personnes auxquelles SOS Méditerranée a porté secours depuis le 7 mars 2016. Un quart d’entre elles étaient mineures, dont 80 % non accompagnées. Dans le même temps, entre janvier et juin 2026, 35 000 personnes ont disparu en mer.

    27 116

    C’est le nombre de personnes qui ont été interceptées par les gardes-côtes libyens en 2025, d’après l’organisation internationale pour les migrations. Ramenés en Libye, les migrants font face à un système d’exploitation décrit par l’ONU comme brutal et profondément enraciné.

    75,7 %

    C’est la part des décès en Méditerranée qui ont eu lieu en Méditerranée centrale, sur cette route migratoire entre la Libye et l’Italie, une des plus mortelles au monde, du fait, notamment, de la très grande distance qui sépare les côtes des deux pays.

  • [Passerelle interculturelle] Lijiang et Évian: deux villes façonnées par l’eau

    [Passerelle interculturelle] Lijiang et Évian: deux villes façonnées par l’eau

    En juin 2026, Évian-les-Bains a accueilli le sommet du G7. Pendant quelques jours, cette petite ville située entre le lac Léman et les Alpes s’est retrouvée au centre de l’attention internationale. Mais en arrivant à Évian, ce qui m’a le plus frappée n’était pas seulement l’importance de l’événement. C’était l’eau, présente partout dans le paysage et dans l’histoire de la ville.

    Le lac s’étend devant Évian, les montagnes apparaissent sur l’autre rive et les sources naturelles ont donné à la ville sa réputation mondiale. Cette présence de l’eau m’a fait penser à Lijiang, dans la province chinoise du Yunnan.

    Le Yunnan est l’une des provinces chinoises les plus appréciées pour la diversité de ses paysages et la douceur de son climat. On y passe des régions subtropicales du sud aux hauts plateaux et aux montagnes enneigées du nord-ouest. Grâce à cette diversité, il est possible d’y voyager presque toute l’année. Lijiang, située à environ 2 400 mètres d’altitude, bénéficie de nombreuses journées ensoleillées et de températures généralement agréables, même si les écarts entre le jour et la nuit peuvent être importants. Au nord de la ville s’élève la montagne enneigée du Dragon de Jade. Ses neiges, ses rivières et ses sources alimentent la plaine de Lijiang et le réseau d’eau de la vieille ville. La vieille ville n’a pas été construite selon un plan géométrique. Ses ruelles suivent la pente, le relief et le mouvement naturel de l’eau. Celle-ci ne sert pas seulement de décor. Pendant des siècles, elle a été utilisée pour boire, cuisiner, laver les aliments, nettoyer les rues et irriguer les jardins.

    Terre de culture ancestrale

    La culture naxi constitue une autre richesse de Lijiang. Elle se retrouve dans l’architecture en bois, la musique traditionnelle, les fêtes locales et la culture dongba, notamment connue pour son ancienne écriture pictographique. Dans les villages comme dans les quartiers anciens, cette culture donne à Lijiang une identité très différente de celle des grandes métropoles chinoises. Cette combinaison de paysages, de patrimoine et de douceur de vivre attire non seulement des touristes, mais aussi des personnes qui choisissent d’y rester plus longtemps. Lijiang est ainsi devenue un lieu de séjour prolongé pour ceux qui recherchent la montagne, la nature et une vie moins rapide.

    Et j’aimerais terminer cette petite série par une chanson de Barbara, Les Voyages : « Qui mûrissent nos cœurs, qui nous ouvrent au bonheur. »

    Lorsque l’on retourne chez soi, rien n’est tout à fait comme autrefois. Nos yeux ont changé, et nous découvrons avec étonnement que certains soucis qui nous semblaient autrefois si importants étaient finalement simples et petits. Bon voyage.

    Dong Qiao, correspondante de China Media Group à Paris

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • À Marseille, des manifestants réclament le déjumelage avec la ville d’Haïfa

    À Marseille, des manifestants réclament le déjumelage avec la ville d’Haïfa

    « On ne s’arrêtera pas, on n’a pas le droit de baisser les bras », souffle Catherine, de l’Union juive Française pour la paix (UJFP). Au-dessus d’elle flotte une banderole sur laquelle est écrit en lettres rouges « arrêtez le génocide et les coupables ». L’organisation qui se définit comme « juive laïque, universaliste et antisioniste » est présente à chacune des manifestations organisées par le collectif l’Union pour la Palestine Marseille (UPM), dont elle est membre.

    Ainsi, chaque week-end depuis l’attaque du 7 octobre 2023 et le début de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, ces militants défilent dans le centre-ville de Marseille, sensibilisant la population sur le massacre du peuple palestinien. Ce samedi en fin d’après-midi, ils sont une cinquantaine à déambuler au départ de porte d’Aix.

    Micro en main Younès de l’UPM cible, dans son discours, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot : « Pourquoi ces 5 500 français engagés au sein de l’armée génocidaire ne sont-ils pas jugés ? », interroge-t-il. Le nombre de ressortissants français qui combattent au sein de Tsahal est estimé entre 4 185 et 6 464 soldats. Des organisations telles que la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont demandé l’ouverture d’informations judiciaires contre certains d’entre eux, restées lettres mortes à ce jour.

    « Ne nous regardez pas, rejoignez-nous », ont ensuite scandé les manifestants sur le cours Belsunce. Un appel qui a trouvé son écho à quelques mètres de là, aux pieds de la Canebière, où quelques passants se joignent à la protestation. Ils crient « de Marseille à Gaza, résistance, résistance ». Arrivés sur le Vieux-Port des affiches « Stop au jumelage Marseille Haïfa » sont distribuées.

    « À Haïfa ville jumelle de Marseille depuis 1958, les citoyens palestiniens d’Israël vivent sous un régime d’appartheid », clame Sabrina. Puis, le maire DVG de Marseille, Benoît Payan, est pointé du doigt pour avoir annoncé le jour de la reconnaissance par la France de l’Etat de Palestine, le jumelage avec la ville de Bethléem, en Cisjordanie, « mais depuis, rien. Aucune délibération actée, aucune mise en œuvre. Ce jumelage n’existe que dans un communiqué de presse », pousse-t-elle.

  • [Entretien] Neirlay Andrad, Au Venezuela, le rejet de « toute forme de domination »

    [Entretien] Neirlay Andrad, Au Venezuela, le rejet de « toute forme de domination »

    Depuis l’enlèvement illégal par les États-Unis du président du Venezuela Nicolás Maduro, le pays est dirigé par la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Celle-ci semble s’être accommodée de la tutelle imposée par Washington à Caracas, accédant à chacune des exigences de l’administration de Donald Trump ; entre exploitation de la reprise de l’activité pétrolière au profit des multinationales américaines – mais pas des habitants – et rétablissement des relations consulaires avec Israël. Pendant ce temps, la population vénézuélienne peine à se relever des conséquences des séismes, plongeant davantage dans la pauvreté.

    La Marseillaise : Quelle est la situation politique dans le pays depuis le début de la « tutelle » américaine ?

    Neirlay Andrade : Le triumvirat dirigé par Delcy Rodríguez, son frère et président du Parlement, Jorge Rodríguez, et le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, exerce illégalement le contrôle interne. Le gouvernement aurait dû organiser des élections après l’enlèvement de Nicolás Maduro, comme le prévoit la Constitution. Or, ce groupe s’est emparé du pouvoir et agit sous la direction de la Maison Blanche. Pour Washington, la priorité immédiate n’est pas le rétablissement de la souveraineté populaire ou des libertés démocratiques, comme on le faisait croire à l’opinion publique. Son véritable objectif est de garantir des conditions favorables au pillage du pays, et le PSUV [le Parti socialiste unifié du Venezuela, au pouvoir, Ndlr.] en est devenu le garant. Pendant des années, le gouvernement de Maduro a construit un faux discours de confrontation avec les États-Unis. Aujourd’hui, cette relation est présentée comme une nécessité. Le peuple vénézuélien doit résoudre sa crise politique et sociale sans que Washington ne décide de la date des élections, des personnes autorisées à y participer ou de la manière dont le pétrole sera géré. Cela ne signifie pas pour autant défendre l’ancien gouvernement de Maduro ni ignorer la profonde crise politique qui l’a précédé. C’est précisément parce que nous dénonçons l’autoritarisme, la corruption et la destruction des droits démocratiques sous le PSUV que nous refusons la solution consistant à remplacer une forme de subordination par une autre. L’alternative pour le Venezuela ne peut pas être de choisir entre l’autoritarisme du PSUV et la tutelle impérialiste.

    Les manifestations contre l’impérialisme américain sont-elles fréquentes ?

    N.A. : Il n’y a pas eu de mobilisations anti-impérialistes massives depuis le 3 janvier. La direction du parti au pouvoir a neutralisé toute initiative susceptible de compromettre ses relations avec la Maison Blanche. La campagne exigeant la libération de Maduro et son retour au Venezuela a été brusquement abandonnée et remplacée par une campagne visant à promouvoir la « renaissance » du pays dans le cadre d’un nouveau dispositif de « coopération » avec Washington. Cependant, des manifestations antisionistes importantes ont récemment eu lieu dans plusieurs villes du pays, en signe de rejet de la présence des forces militaires israéliennes, intégrées à l’équipe chargée de diriger le processus de reconstruction des zones sinistrées à la suite des tremblements de terre. Ces rassemblements, bien que de faible ampleur, ont été menés par des militants de base du PSUV qui rejettent le revirement opéré par la direction du parti [qui a rétabli les liens consulaires avec Israël, Ndlr.]. Le PCV œuvre aux côtés d’organisations politiques et sociales à la construction d’une alternative démocratique, populaire et souveraine, visant à rétablir la Constitution et à lutter contre le pillage, l’autoritarisme et toute forme de domination étrangère.

    Marco Rubio a été qualifié par le New York Times comme le « vice-roi du Venezuela ». Qu’est-ce que cela signifie ?

    N.A. : Marco Rubio joue un rôle clé dans la domination des États-Unis sur le Venezuela. Il a été l’artisan du « plan » mis en œuvre après les bombardements du 3 janvier et proposé une feuille de route en trois phases : « Stabilisation, relance et transition. » La première vise soi-disant à éviter le chaos ; la deuxième phase est directement liée à la garantie de l’accès des entreprises américaines au pétrole vénézuélien ; et la troisième serait une éventuelle transition politique. En d’autres termes, la soi-disant transition démocratique semble subordonnée à une phase préalable de stabilisation et de relance économique selon des conditions définies par les États-Unis.

    La production pétrolière semble avoir repris mais qui profite des bénéfices économiques ?

    N.A. : Il est fondamental de savoir qui contrôle cette production, gère les recettes et empoche les revenus pétroliers. Et c’est là qu’un changement très important est en train de s’opérer. La nouvelle réforme de la loi organique sur les hydrocarbures renforce l’ouverture du secteur aux multinationales et réduit la capacité de l’État à s’approprier les revenus. Donc, même si l’État peut conserver formellement une participation au capital, il perd la capacité effective de décider de la gestion de l’activité et de la part de ces revenus qui reste au Venezuela. Les fonds provenant de la commercialisation du pétrole sont gérés par le biais de mécanismes placés sous contrôle américain. Selon Donald Trump, les États-Unis ont déjà tiré plus de 13 milliards de dollars de la vente du pétrole vénézuélien. À cela s’ajoute la renégociation de la dette extérieure. Le Venezuela est accablé par des obligations dont le montant réel n’est même pas établi de manière transparente. La reprise du secteur pétrolier sert essentiellement à satisfaire les créanciers et à garantir les bénéfices des multinationales, alors que les salaires et les retraites restent pratiquement gelés, le peuple vénézuélien n’en profite pas. Cela se répercute directement sur les conditions de vie ; environ 68% des ménages vivent dans la pauvreté et 32% dans l’extrême pauvreté.

    Comment jugez-vous la gestion du séisme par le gouvernement actuel ?

    N.A. : Les séismes du 24 juin dernier constituent sans aucun doute la catastrophe naturelle la plus dévastatrice qu’ait connue le Venezuela dans son histoire moderne. Cette tragédie a frappé un pays plongé dans une profonde crise politique, économique et sociale qui a privé l’État de moyens suffisants pour faire face à une urgence de cette ampleur. Pour se rendre compte de l’ampleur de la détérioration des institutions, il suffit d’observer la situation de la Fondation vénézuélienne de recherches sismologiques (Funvisis). Son réseau de surveillance est passé de 250 à 300 stations opérationnelles au cours des années 1990 à seulement quatre actives en 2026. Des enquêtes indépendantes ont révélé qu’au cours des premières 24h, l’État avait déployé 4 000 fonctionnaires civils et militaires, soit 12,6% de l’effectif total mobilisé pendant toute la durée de la situation d’urgence. Au cours des premières heures, la majeure partie des opérations de sauvetage a été menée par des voisins et des bénévoles. Aujourd’hui encore, près de deux mois après les séismes, il y a toujours des milliers de disparus et aucune donnée officielle à ce sujet.

  • [Passerelle interculturelle] Chongqing et Toulouse : entre fleuves, industrie et innovation

    [Passerelle interculturelle] Chongqing et Toulouse : entre fleuves, industrie et innovation

    Lorsque j’ai découvert Toulouse, j’ai d’abord été impressionnée par Airbus et la Cité de l’espace. La ville incarne, à mes yeux, la puissance de l’industrie aéronautique et spatiale française. Mais Toulouse, ce sont aussi ses façades en briques roses et la Garonne qui traverse paisiblement la ville. Si je devais lui chercher une ville correspondante en Chine, je penserais à Chongqing. Le rapprochement peut sembler inattendu : Toulouse est une ville du sud-ouest de la France, tandis que Chongqing est une immense métropole montagneuse traversée par le Yangtsé et la rivière Jialing. Pourtant, toutes deux possèdent une forte tradition industrielle et entretiennent une relation étroite avec leur fleuve. Ce rapprochement est d’autant plus naturel que Toulouse et Chongqing sont officiellement jumelées depuis 1982. À Chongqing, le Yangtsé et la rivière Jialing se rejoignent au pied d’une ville construite sur les montagnes. Souvent appelée la « ville montagne », Chongqing monte, descend et se superpose sur plusieurs niveaux. Les routes longent les collines, les ponts franchissent les fleuves et certaines lignes de métro traversent même les immeubles. Le Yangtsé ne constitue pas seulement un élément du paysage. Il a longtemps joué un rôle essentiel dans le transport des marchandises et des voyageurs. Aujourd’hui encore, le port fluvial, les lignes ferroviaires et les plateformes logistiques font de Chongqing un important carrefour commercial.

    Fleuve bleu et briques roses

    La ville possède aussi une culture populaire très forte. La cuisine occupe une place essentielle dans son identité. Le plat le plus connu est bien sûr la fondue de Chongqing, le hot pot, préparée avec des piments, du poivre du Sichuan et de nombreuses épices. Le repas, souvent long et animé, se partage entre amis ou en famille. Derrière cette image touristique, Chongqing reste l’un des grands centres industriels de Chine. L’automobile, la moto, l’électronique et la fabrication d’équipements ont longtemps soutenu son développement. Aujourd’hui, la ville investit dans les véhicules électriques et intelligents ainsi que dans les technologies numériques.

    C’est ici que le parallèle avec Toulouse prend tout son sens. Toulouse s’est imposée comme l’un des principaux centres européens de l’aéronautique et de l’espace, tandis que Chongqing s’appuie sur sa puissance manufacturière pour accélérer sa transformation technologique. Toutes deux montrent comment un fleuve et une forte tradition industrielle peuvent façonner l’identité d’une ville.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.