Un souvenir qui ne s’oublie pas, raconté par Gérard Traquandi. Années 1990, cours Julien, le soir venu. Élégance et discrétion, trois silhouettes grandes et longilignes, un couple qui s’éloigne. En bout de laisse devant eux, un lévrier. Laurent Godin vient d’achever ses études aux Beaux-Arts de Lyon, il a 25 ans. La jeune femme qui l’accompagne est mannequin à Paris chez Yves Saint-Laurent. Elle s’appelle Violeta Sanchez. Les meilleurs photographes -entre autres, Helmut Newton, lors d’une image-culte du Moma- l’ont portraiturée. La seconde image-souvenir est moins intimidante. Château de Servières, boulevard Boisson, plusieurs participations au Salon Pareidolie, le stand de Laurent Godin : le savoir-vivre, les qualités d’un galeriste, principalement tenace, courtois et réservé, sont évidentes. L’an dernier, c’était la surprise d’un peintre-dessinateur issu de l’École de Photo d’Arles, Matt Frenot. Auparavant en 2019 ou 2024, on découvrait des binômes ou des accrochages collectifs, des noms à la fois branchés et confirmés de l’art d’aujourd’hui, Alain Séchas, Marc Couturier et Claude Clossky.
Depuis ses apprentissages chez Roger Pailhas dont il fut l’assistant-régisseur à Marseille et Paris, Laurent Godin a gravi des échelons de première importance. Entre 2000 et 2005, place Bellecour à Lyon, pendant les mandats de Raymond Barre et Gérard Collomb, il dirige un centre d’art contemporain, « le Rectangle ». Parmi les moments fastes de cette institution,
Marseille se souvient fortement d’une exposition majeure de Gérard Traquandi en janvier 2002. Les textes du catalogue étaient signés par Didier Semin et Frédéric Valabrègue, Laurent avait rédigé la préface.
Deux alliés, Traquandi et Frédéric Pajak
Après cette expérience menée dans le service public dont il aurait pu devenir un protagoniste confirmé, Laurent Godin fonde sa propre galerie. Une aventure longue à raconter, beaucoup plus risquée, à la fois heureuse et anxiogène, d’abord menée dans le Marais dans un espace autrefois occupé par Yvon Lambert, débute en 2005. Ensuite de 2015 à 2024, avec le handicap d’un grand éloignement par rapport au centre de Paris, ce natif de Bourg-en-Bresse dont le père issu de la CFDT fut député et maire, ouvre dans le XIIIe arrondissement un espace de 400 mètres carrés qui accueille des grands noms internationaux comme Wang Du, Ham Steinbach, Peter Buggenhout et Eugène Leroy. Cette entrée dans le marché de l’art de haut niveau aura conduit la galerie à la Fiac et chez Art- Basel, dans de grandes foires implantées à New York, Bruxelles, Genève, Monte-Carlo, Pékin et Miami.
Voici deux étés, puisque ses résultats financiers ou bien symboliques se trouvaient confrontés avec toutes sortes de crises, Laurent Godin a transformé radicalement ses formats et ses modes d’intervention. La décroissance a de fortes vertus, son cube blanc du XIIIe arrondissement est définitivement fermé, la base de repliement qu’il partage avec son épouse Violeta se situe dans une bastide de la campagne d’Arles, ses participations à de grandes foires internationales se sont interrompues. Proche du pont de Trinquetaille, sa galerie permanente occupe à présent une superficie beaucoup plus modeste. Pour autant ses activités et son impact sont conséquents.
En 2025 et 2026, le Festival du Dessin d’Arles accueillait des artistes souvent exposés dans sa galerie, Alain Vega et Gérard Traquandi. Mentionné plus haut chez Pareidolie, un artiste émergent, Matt Frérot vient de bénéficier d’une Résidence et du Prix de la Fondation des Oseraies, animée par Sylvie et Didier Grumbach. Laurent Godin le constate tous les jours, grâce au travail mené par des institutions anciennes ou bien récentes (le musée Réattu, les Rencontres de Photographies, l’Espace Méjan d’Actes-Sud, la Fondation Van Gogh, la Tour Luma de Maja Hoffman) Arles offre une densité de propositions rigoureusement unique : c’est à présent le meilleur endroit de nos provinces pour approfondir l’art d’aujourd’hui, les collectionneurs du monde entier qui surviennent prennent le temps de regarder et ne sont pas pressés de repartir.
Pendant les prochaines semaines avant l’exposition d’été qui permettra de découvrir des récentes sculptures de Peter Buggenhout, une double présentation des aquarelles et dessins de Gérard Traquandi est programmée. Place de l’Hôtel de Ville, palais de l’Archevêché, Frédéric Pajak a sélectionné des moments d’affleurement, des arbres et des paysages. Près du pont de Trinquetaille, le choix s’élargit du côté de travaux et de sensations qui peuvent évoquer Cimabue et Giotto.
Arles, Festival du Dessin jusqu’au 17 mai. Chez Laurent Godin, exposition Traquandi jusqu’au 26 juin.

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