Tag: art

  • Frédéric Remy succède à Charles Berling à la tête de Châteauvallon-Liberté

    Frédéric Remy succède à Charles Berling à la tête de Châteauvallon-Liberté

    Depuis décembre dernier et l’annonce du départ de Charles Berling – devenu effectif au 31 août –, après 15 années de bons et loyaux services, le nom de son remplaçant à la direction de la scène nationale Châteauvallon-Liberté était attendu avec impatience. Alors que les spéculations allaient bon train ces dernières semaines, il est désormais connu. C’est Frédéric Rémy qui a été choisi pour remplir cette lourde tâche par la ministre de la Culture Catherine Pégard, en concertation avec un jury composé d’élus locaux (parmi lesquels les maires de Toulon et d’Ollioules, Josée Massi et Robert Beneventi, ou encore le président du département Jean-Louis Masson), et du comité directeur de l’institution.

    Directeur général et artistique d’Éclat, Centre national des arts de la rue et de l’espace public et festival d’Aurillac depuis 2019, l’heureux élu n’arrive pas en terre inconnue puisqu’il a déjà travaillé dans le département, en tant que directeur de production au Théâtre Europe et du festival Janvier dans les étoiles à La Seyne-sur-Mer, de 2002 à 2014. Il a également dirigé le festival Scènes de rue à Mulhouse de 2007 à 2019, et travaillé pour plusieurs institutions comme le Panorama des chantiers de la Fai-ar (2007 à 2009) et le Centre national de création des arts de la rue à Marseille (1994 à 1999), ainsi que l’Avant-scène, Scène conventionnée à Cognac (2002 à 2008).

    Créer du lien entre le Liberté et Châteauvallon

    C’est son projet « Ce qui nous lie » qui a donc convaincu le jury : celui de faire de la scène nationale « une maison ouverte et un bien commun », capable de relier plus étroitement les deux lieux que sont Châteauvallon et le théâtre Liberté, d’Ollioules à Toulon, à travers les artistes, les publics et les œuvres, mais également de les rapprocher de leur territoire, à l’échelle des communes comme des quartiers. À ce titre, chacun des quatre cycles pluridisciplinaires qui rythmeront la saison culturelle sera inauguré par un temps fort fondateur dans l’espace public ou dans un lieu singulier. Ils seront articulés autour d’une programmation en salle et dans le mythique amphithéâtre de Châteauvallon pour l’accueil des grandes formes chorégraphiques, des rendez-vous conviviaux et inédits, afin de découvrir autrement le territoire et des résidences ouvertes.

    En termes de soutien à la création est prévu le lancement d’une plateforme pour la jeune création, en lien avec les écoles supérieures de la région, un pôle de production et de diffusion au service des compagnies du territoire et un laboratoire des écritures du paysage basé à Châteauvallon, qui intégrera les enjeux d’adaptation au changement climatique. Le projet sera soutenu par les metteuses en scène Julie Deliquet et Jeanne Desoubeaux, le chorégraphe Alessandro Sciarroni et la compagnie Munstrum Théâtre.

    Enfin, Frédéric Rémy souhaite aussi renforcer les liens avec la jeunesse, à travers la mise en place de « Classes ouvertes » conçues avec l’Éducation nationale, tout comme la présence régulière dans les quartiers prioritaires de Toulon et d’Ollioules.

  • L’art contemporain, l’hôte du week-end à Avignon

    L’art contemporain, l’hôte du week-end à Avignon

    Deuxième festival culturel après Le Festival d’Avignon, celui qu’on surnomme « l’énorme petit festival » arrive au terme de sa programmation ce week-end. Présent dans différents lieux emblématiques de la ville, le Parcours de l’Art, imagine de nouvelles façons d’habiter le monde et composer des sociétés basées sur des valeurs de partage, d’ouverture et de sensibilité. À travers leurs œuvres, leurs performances ou leur parole, les artistes veulent créer un espace de partage et de réflexion sur des enjeux contemporains. Entièrement gratuit, cet événement automnal se veut inclusif et engagé, où chacun pourra venir y confronter sa pensée.

    Samedi de 11h30 à 17h

    Dimanche de 10h30 à 17h30

    Détails du programme : www.parcoursdelart.com

  • [Passerelle interculturelle] Quand les rizières chinoises se transforment en œuvres d’art à ciel ouvert

    [Passerelle interculturelle] Quand les rizières chinoises se transforment en œuvres d’art à ciel ouvert

    De la province du Shandong à celle du Guizhou, en passant par le Guangxi et Shanghai, ces créations végétales attirent les visiteurs et donnent un nouvel élan au tourisme rural. Dans la ville de Dongying, dans la province du Shandong, à l’embouchure du fleuve Jaune, une immense fresque multicolore s’étend au milieu des champs. Réalisée à partir de sept variétés de riz aux couleurs naturelles, elle évolue au fil de la maturation des plantes. Les visiteurs peuvent admirer ce paysage depuis une tour d’observation ou parcourir les rizières à bord de véhicules touristiques. Mais derrière cette œuvre se cache une transformation écologique remarquable. Autrefois abandonnées en raison de leur forte salinité, ces terres ont été progressivement réhabilitées grâce à l’amélioration des sols, à de nouveaux systèmes d’irrigation et à la culture de variétés de riz résistantes au sel. Une manière de conjuguer restauration écologique, production agricole et développement touristique.

    À Anshun, dans la province du Guizhou, les rizières deviennent également des toiles géantes. Sur une superficie de plus de 80 hectares, chevaux au galop, pivoines et Grande Muraille composent un vaste tableau visible depuis les hauteurs. Un petit train touristique permet de découvrir ce paysage au plus près. Les familles peuvent aussi participer à des activités pédagogiques, notamment la pêche dans les rizières ou la découverte des techniques agricoles traditionnelles.

    Rien ne se perd

    Plus au sud, dans la région autonome Zhuang du Guangxi, les célèbres rizières en terrasses de Longji offrent un autre spectacle. À l’automne, les montagnes se couvrent de vagues dorées, entrecoupées de maisons traditionnelles en bois. Cette beauté naturelle attire de nombreux touristes et stimule l’économie locale, notamment l’hébergement, la restauration et la vente de produits agricoles. À Shanghai, sur l’île de Hengsha, dans le district de Chongming, l’art des rizières prend une dimension plus contemporaine. Depuis 2018, les agriculteurs y réalisent chaque année de nouvelles compositions. Cette année, sur huit hectares, les visiteurs découvrent deux univers : l’un consacré à la réunion familiale, l’autre à l’innovation technologique, avec des astronautes, des fusées et des robots. Malgré une météo pluvieuse, près de 10 000 visiteurs s’y sont rendus pendant les vacances de la Fête nationale.

    Et une fois le spectacle terminé ? Le riz ordinaire est récolté puis commercialisé, tandis que les variétés colorées, moins appréciées pour leur goût, servent notamment à nourrir les animaux d’élevage. Rien ne se perd. Ces paysages racontent ainsi une nouvelle histoire des campagnes chinoises : celle d’une agriculture qui ne se limite plus à produire des céréales, mais qui associe créativité, écologie, transmission culturelle et nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • « Clair obscur » en peintures

    « Clair obscur » en peintures

    La production du studio montpelliérain Sandfall Interactive a reçu en 2025 neuf prix aux Game Awards de Los Angeles, dont celui de « Jeu de l’année ».

    Dans l’exposition « Clair obscur : expedition 33 – La toile aux rêves », les visiteurs peuvent admirer plus de 80 peintures et dessins préparatoires. C’est une occasion de découvrir le métier des « concepts artists », ces illustrateurs qui traduisent en images les idées des développeurs. « Le jeu vidéo, c’est l’œuvre finale. Avant, il y a cinq années de production qui cumulent des archives et des designs absolument magnifiques », explique Marine Macq, la commissaire de l’exposition. Un documentaire retrace le processus créatif du directeur artistique qui a imaginé l’univers visuel du jeu. Nicholas Maxson-Francombe a puisé son inspiration à la fois dans le fantastique et la France de la Belle Époque.

    « Clair Obscur » est un jeu de rôle dans lequel les gamers incarnent les membres d’une équipe chargée de conjurer une malédiction. Des éléments de décors de cette quête sont recréés en taille réelle. Les fans devraient apprécier de pouvoir s’installer à la terrasse du Grand Café de lumière. D’autant plus que l’exposition est gratuite !

    Julien Bramy

  • Ni Tanjung, « pauvre reine de Bali » aux mille visages

    Ni Tanjung, « pauvre reine de Bali » aux mille visages

    Dans la petite salle du musée d’art brut de Montpellier, les regards sont partout. Des visages tracés à la craie grasse, des silhouettes découpées, des poupées hérissées de papiers colorés : l’univers de Ni Tanjung déborde du cadre. Jusqu’au 31 décembre, le musée consacre une exposition à cette artiste balinaise autodidacte, morte en 2020, dont l’œuvre s’est construit loin des écoles et des circuits traditionnels de l’art.

    Son histoire commence presque au bord de la route. En 2004, l’anthropologue suisse Georges Breguet la découvre à Bali, chantant et dansant devant un mur de pierres volcaniques décorées de visages. « C’était un temple dédié aux ancêtres », racontait-il lors de la présentation de l’exposition. Deux ans plus tard, l’installation compte plusieurs centaines de pierres avant d’être démantelée par une collectionneuse.

    Une nécessité de créer

    La disparition de ce premier ensemble ne freine pourtant rien. Après la mort de son mari, Ni Tanjung se met à dessiner, découper et assembler avec frénésie. Depuis sa chambre, puis son lit lorsque sa santé décline, elle fait surgir des ancêtres, des femmes, des créatures fantastiques et tout un théâtre intime. Plus de 1 200 assemblages auraient ainsi été réalisés en moins de dix ans.

    Quand le papier vient à manquer, elle cherche ailleurs : mousse de son matelas, matériaux de récupération, jusqu’à ses propres cheveux. « Elle avait un véritable besoin de créer », insiste G. Breguet. Et pourtant, « elle-même ne se prenait pas pour une artiste et s’exprimait simplement ».

    Derrière l’explosion de couleurs et les grands yeux qui fixent le visiteur, l’exposition raconte aussi une femme longtemps marginalisée dans son village, mais reconnue bien au-delà de Bali. Ses œuvres ont rejoint la Collection de l’Art Brut à Lausanne, le LaM de Villeneuve-d’Ascq ou encore la Biennale de Jakarta. À Montpellier, dessins sur carton, assemblages et sculptures ouvrent une fenêtre sur ce monde foisonnant, fragile et profondément libre. Une exposition où l’on vient d’abord pour les couleurs, avant de rester pour l’histoire d’une femme qui, jusque depuis son lit, n’a jamais cessé de peupler le monde.

  • Mille Formes lance sa saison 2 à Montpellier

    Mille Formes lance sa saison 2 à Montpellier

    Mille Formes change de saison, mais pas de cap. Ouvert en février dernier à Montpellier, le centre d’initiation à l’art pour les 0-6 ans, installé en plein cœur de Montpellier, quartier Antigone, a lancé le 16 septembre sa saison 2 après avoir accueilli près de 55 000 visiteurs.

    Gratuit et ouvert à tous, ce lieu culturel porté par la Ville et développé en partenariat avec le Centre Pompidou propose aux tout-petits de découvrir l’art en expérimentant, manipulant, construisant ou écoutant. La programmation de cette nouvelle saison s’inspire d’un album intemporel de Leo Lionni publié en 1970 : Petit Bleu et Petit Jaune. « À travers l’histoire de ces deux personnages qui, malgré leurs différences, deviennent des amis inséparables, l’album fait écho à l’esprit de Mille formes : la rencontre, le partage, le vivre ensemble », présente Lydie Marchi, directrice de l’établissement.

    Trois nouvelles propositions sont notamment à découvrir. Dans la Bulle aux Bébés, « Habiter les formes », du duo sétois Les Crafties, plonge les 0-2 ans dans un paysage sensoriel fait de feutre, de couleurs et de volumes. Il s’agit du premier dispositif artistique entièrement produit par Mille Formes Montpellier. Dans la Galerie, l’artiste Paul Cox transforme l’espace en immense terrain de construction : des milliers de blocs de bois et de mousses colorées permettent de construire routes, ponts, édifices et villes. Enfin, dans la Fourmilière, « Tisser en liberté », d’Émilie Queney, propose de revisiter le tissage à partir d’une machine itinérante et de matériaux insolites.

    Alternative aux écrans

    « À Mille Formes, on a l’ambition de travailler aussi avec les enfants, pas seulement pour eux », souligne Lydie Marchi. Cette philosophie se retrouve dans le MiMu, le mini-musée du centre, dont la nouvelle édition a été imaginée avec des enfants de deux centres de loisirs municipaux. « Ce sont les enfants qui ont choisi les œuvres et objets présentés, imaginé la scénographie et réalisé textes et cartels sonores. »

    Pour le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, Mille Formes constitue une alternative aux écrans pour les tout-petits. « Là, on les stimule, on les éveille, on les sensibilise », explique-t-il. La Ville assume un choix de service public, avec 16 agents publics mobilisés et des moyens consacrés au lieu. « Depuis que je suis maire, nous affirmons qu’il faut construire, penser la Ville à hauteur d’enfant, dans l’espace public mais aussi à travers une politique culturelle dont Mille Formes est le fer de lance », déclare le maire qui cite également l’implantation d’un « futur cinéma à hauteur d’enfants dans le quartier de Celleneuve ».

    Spectacles, ateliers, musique, danse, cirque et littérature compléteront cette saison 2, avec une même ambition : frotter sa sensibilité à l‘art dès le plus jeune âge.

    A.G.

    * Entrée gratuite et sans réservation

  • 25e édition pour le festival de cinéma « Femmes ! » à La Seyne-sur-Mer

    25e édition pour le festival de cinéma « Femmes ! » à La Seyne-sur-Mer

    Cette édition, qui se déroulera du 4 au 20 novembre, se concentre autour du thème de la passion, avec 35 films (dont 8 avant-premières) diffusés dans 8 salles et 5 villes. La moitié des œuvres sont françaises, les autres étrangères. Réalisatrices, artistes et invitées participeront à des rencontres et débats de manière à prolonger les films. Quatre soirées spéciales et une clôture festive, autour du cinéma d’art et d’essai exigeant, sont également proposés, ainsi qu’une exposition artistique, intitulée « Indociles ! », présentée par 8 créatrices, et visible au Casino Joa de la Seyne du 6 au 30 novembre.

  • Solid’Art : l’art au service de la solidarité

    Solid’Art : l’art au service de la solidarité

    Trois jours pour flâner, découvrir, échanger… et pourquoi pas repartir avec une œuvre. Peintres, sculpteurs, photographes, graveurs, artistes de street art : du 25 au 27 septembre, Solid’art, le salon d’art contemporain du Secours populaire, réunira au Zénith Sud 90 créateurs, artistes confirmés comme talents émergents, sur plus de 2 000m². Parmi eux, Nasty, figure du street art français et l’artiste peintre et sculptrice Leloluce, marraine de cette 9e édition de Solid’Art Montpellier.

    Le principe est simple : les artistes proposent leurs créations à la vente et les acheteurs sont invités à effectuer un don du même montant au Secours populaire.

    Pour Lucie Heintz, directrice du Secours populaire de l’Hérault, Solid’Art défend « l’accès à l’art et à la culture pour tous ». La gratuité du salon permet en effet au public de « venir découvrir des œuvres, échanger avec des artistes sur place ». L’association souhaite aussi faire de l’événement un lieu de découverte pour les publics qu’elle accompagne tout au long de l’année. Deux classes de CM2 de l’école Diderot, dans le quartier Saint-Martin, participeront ainsi à une visite ponctuée d’un jeu de « cherche et trouve » et d’un atelier de sérigraphie.

    100 000 euros récoltés l’an dernier

    Mais surtout, derrière chaque œuvre achetée, il y a des aides concrètes. Dans le cadre de l’opération « Un sourire pour un enfant », les dons réalisés par les acheteurs permettent de financer des départs en vacances, des activités sportives, culturelles et de loisirs. « L’an dernier, on a récolté 100 000 euros », rappelle Lucie Heintz. Cette somme a notamment permis d’organiser « 30 journées bonheur » dans l’Hérault, auxquelles plus de 1 250 enfants ont participé, et d’aider plus de 600 enfants à accéder à une pratique sportive ou culturelle.

    Au fil des éditions, Solid’Art est ainsi devenu « un événement important dans le cadre de notre campagne pauvreté-précarité ». Un rendez-vous qui sensibilise aussi le public « à la précarité, à l’engagement citoyen », et crée des liens durables avec certains artistes, comme Bella Bah, qui a ensuite animé des ateliers pour l’association.

    Et alors que « la précarité gagne du terrain », le Secours populaire rappelle également que cette mobilisation repose sur l’engagement citoyen. « On a besoin de bénévoles pour faire face, pour tisser du lien, monter des actions », souligne Lucie Heintz.

    * Du 25 au 27 septembre au Zénith Sud. Entrée gratuite.

  • [Entretien] Kamar-Eddine Ben Abdallah : « C’était très difficile de devenir un sans-papiers »

    [Entretien] Kamar-Eddine Ben Abdallah : « C’était très difficile de devenir un sans-papiers »

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

    Kamar-Eddine Ben Abdallah : Je viens des Comores. Après des études en Guinée, je suis retourné au pays avec cette ambition d’être un grand politicien, avec des objectifs, des principes concrets, moi qui ai lu Mandela, qui ai suivi les histoires de Patrice Lumumba, Thomas Sankara, des révolutionnaires progressistes. Je me suis nourri de ces principes. Je me suis engagé dans le syndicalisme et la politique. Je suis allé jusqu’au bout, on s’est disputés jusqu’à aller aux élections, mais il y avait un climat insupportable au village. J’ai été recruté pour enseigner dans un collège, où j’ai eu une formation syndicale et j’ai été élu délégué des professeurs. Le syndicat CTTC (Confédération des Travailleuses et Travailleurs des Comores) m’a proposé un poste de président du comité des jeunes syndicalistes, qui venait d’être créé. Je voulais réaliser des projets concrets pour le développement du pays.

    Comment avez-vous vécu
    votre arrivée en France en 2017
     ?

    K.-E.B. : Quand j’ai entendu ce que vivaient les Comoriens, les étrangers, les Arabes, les Africains en France, dans la rue, partout, je me suis dit qu’il fallait défendre cette cause. Moi qui étais président au syndicat, professeur de français, c’était très difficile d’arriver en France et de devenir un sans-papiers, d’être comme un enfant parce que je ne sors pas, je suis clandestin. En 2019, je me suis installé dans le 3e arrondissement de Marseille, où j’ai eu ma petite case, un studio de 18 m2. C’est là où j’ai commencé à m’intégrer petit à petit. Pendant le Covid, un collectif d’entraide a été monté. Ils ont frappé à ma porte, deux jeunes femmes m’ont donné un colis alimentaire. J’étais ému, ce geste m’a beaucoup plu. On m’a tendu la main, j’ai voulu réciproquer. Moi aussi, j’avais envie de manifester ma gentillesse, d’être reconnaissant. Je leur ai demandé de les rejoindre et de faire comme elles. Elles ont dit « avec plaisir », et depuis, j’ai intégré ce collectif d’entraide entre habitants du 3e arrondissement. Je les aide à faire de la traduction quand il y a besoin. J’ai bénéficié d’ateliers d’une compagnie de théâtre, et j’ai eu l’idée d’écrire une pièce pour parler de ma vie et des injustices, des problèmes existant ici. Mon metteur en scène m’a demandé de trouver un titre, et on a choisi ensemble Moi, sans papiers, dans le canapé.

  • Les Correspondances de Manosque inaugurées sur fond de débat sur l’IA

    Les Correspondances de Manosque inaugurées sur fond de débat sur l’IA

    Mercredi, au moment de l’inauguration du festival littéraire des Correspondances de Manosque, l’opinion et le public étaient divisés entre choc et doutes concernant les accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle visant Thélyson Orélien, auteur invité qui présentera son roman au public lors d’une rencontre ce jeudi. L’écrivain est accusé par un compte X d’avoir écrit cet ouvrage à l’aide de l’intelligence artificielle. Alors que le maire de Manosque Camille Galtier (DVD) évoquait cette polémique dans son discours inaugural mercredi soir, des voix s’exclamaient : « C’est faux ! » dans le public. Après s’être prêté à un exercice littéraire d’imagination du futur de la ville de Manosque et avoir évoqué la libération de l’écrivain Boualem Sansal, l’édile a lancé : « Cette histoire, je ne l’ai pas inventée, je n’ai pas eu besoin de l’intelligence artificielle. A priori, cela pose quelques soucis dans l’attribution des Prix Goncourt de cette année. » « Ce n’est pas totalement étonnant, puisque tout le monde utilise l’intelligence artificielle. Chacun sera à même de préférer l’imagination et la créativité humaine plutôt que l’intelligence d’un ordinateur », a-t-il estimé, interrogé après son discours.

    Le co-directeur du festival, Olivier Chaudenson, s’est lui gardé d’évoquer cette polémique liée à l’usage de l’intelligence artificielle pendant sa prise de parole sur scène. « C’est très difficile, parce que j’ai envie de croire que c’est Thélyson Orélien qui a écrit son livre, et je n’ai aucun moyen d’avoir un avis personnel et technique qui dirait le contraire. Je me mets à sa place : cela doit être quand même terriblement difficile de répondre à des accusations pareilles. Je suis triste qu’il ait à subir cela », a-t-il déclaré à La Marseillaise. « Soit on lui a fait un mauvais procès, et c’est triste et injuste ; soit il y a quelque chose et là ce serait vertigineux, parce que pour la première fois, l’IA aurait réussi à créer un bon texte de littérature lu comme tel par les lecteurs et les professionnels », a-t-il ajouté.

    « La campagne en ligne lancée contre Thélyson Orélien commence à prendre l’allure d’une chasse aux sorcières », s’apparentant à du « harcèlement », a défendu sur Facebook Dorcy Rugamba, metteur en scène qui sera sur scène aux côtés de l’auteur, ce jeudi lors de la rencontre organisée dans le cadre des Correspondances de Manosque.

    Un public « partagé »

    Dans le public, mercredi soir, Jeanne, retraitée venue d’Avignon pour le festival littéraire, se dit « choquée » par ces accusations, alors qu’elle a vu Thélyson Orélien à la Grande Librairie quelques jours auparavant. Selon elle, ces imputations pourraient s’apparenter à du « racisme ». « J’en ai marre d’entendre parler que de ça ! », lance de son côté Brigitte Dauberte, venue assister au festival, interrogée sur ces débats sur l’utilisation de l’intelligence artificielle. « Il ne faut pas que l’on se fasse complètement assister par l’IA, on n’a plus aucun esprit d’analyse », regrette-t-elle.

    Françoise, une animatrice d’ateliers d’écriture, se dit tiraillée par ces questions d’actualité. « J’ai été confrontée à cela : je suis dans des commissions où on me demande si je veux être formée pour apprendre à faire des comptes rendus générés par l’IA. Cela m’indispose beaucoup, cela crée des biais », a confié celle qui organise le Labo de l’édition, qui invite les lycéens à débattre autour de manuscrits dans le cadre des Correspondances. « Je suis très partagée, parce que j’avais entendu beaucoup de bien de cet auteur. »

    L’éditeur avec lequel elle travaille pour organiser ce Labo de l’édition, Benoît Verhille, se pose lui aussi des questions concernant ces accusations, dénonçant « une sale polémique ». « Il y a un vrai questionnement concernant l’utilisation de l’IA dans la création », constate-t-il, évoquant « une campagne de destruction massive » par l’intelligence artificielle dans la musique et le cinéma.

    « L’accès à la culture ne doit jamais dépendre de l’endroit où l’on habite. Les Correspondances répondent parfaitement à cette ambition », a par ailleurs lancé pendant son discours inaugural Alain Delsaux, conseiller départemental délégué à la culture.