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  • À Barjac, cinq jours pour chiner le temps

    À Barjac, cinq jours pour chiner le temps

    Du 12 au 16 août, Barjac remettra les pendules à l’heure ancienne. Pendant cinq jours, le village gardois accueillera la 105e édition de sa Foire aux antiquités et à la brocante, l’un des grands rendez-vous estivaux des chineurs. Sous les platanes centenaires, près de 300 exposants professionnels venus de toute la France et parfois d’ailleurs déplieront meubles patinés, vaisselle, tableaux, bijoux, livres, jouets et objets insolites.

    Dès l’ouverture, mercredi à 9 heures, les plus aguerris avanceront d’un pas vif entre les camions et les tréteaux, l’œil déjà accroché à une commode, une affiche ancienne, une poignée de cartes postales, et parfois même des bustes antiques ! À Barjac, le premier déballage conserve des allures de coup d’envoi : on fouille, on jauge, on marchande. Quelques euros pour une curiosité, plusieurs milliers pour une pièce rare : la foire mêle les fortunes et les époques dans un même joyeux désordre.

    « Ce côté bric-à-brac »

    Du champ de foire au château, les places et ruelles du village Renaissance se transformeront en vaste brocante à ciel ouvert. On y vient pour acheter, bien sûr, mais aussi pour flâner, écouter les récits des marchands et retrouver cette atmosphère où le temps semble s’être déposé sur le bois, le métal ou la porcelaine. Un « côté un peu bric-à-brac qui convient bien à l’esprit de la foire », résume Michel Raoux, membre de l’association organisatrice.

    Créée au début des années 1970 pour donner un nouvel élan au village, la manifestation est devenue une institution, organisée deux fois par an, à Pâques et autour du 15 août. Plus d’un demi-siècle après ses premiers étals, elle demeure un moteur pour les cafés, restaurants, hébergements et commerces de Cèze-Cévennes. Mais elle doit aussi composer avec des coûts en hausse, un marché de l’ancien bousculé par les plateformes en ligne et le vieillissement d’une partie des professionnels. L’enjeu est désormais d’attirer une nouvelle génération sans perdre le goût du face-à-face et de la négociation.

    * La foire sera ouverte chaque jour de 9h à 17h, en accès libre. Le marché du vendredi sera exceptionnellement déplacé à Vagnas.

  • [Portrait] Marina Lafon-Borelli : comment naviguer entre XVIIIe et XXIe siècles ?

    [Portrait] Marina Lafon-Borelli : comment naviguer entre XVIIIe et XXIe siècles ?

    Dans sa vie quotidienne, depuis les baies vitrées d’un appartement situé dans un immeuble de Fernand Pouillon qui prend vue sur le Vieux-Port et le flanc droit de l’hôtel de ville, Marina Lafon se sait chanceuse et privilégiée. Une mère infirmière qui l’orienta vers la médecine, un père italien avec un ancêtre qui vécut longtemps en Égypte, les deux branches de son arbre généalogique ont fait d’elle une héritière : la collection de faïences qu’elle rassemble depuis quatre décennies est surdéterminée par son entourage. Dans le discours de son introduction en 2020 à l’Académie de Marseille, Daniele Giraudy a raconté comment sa famille l’avait félicitée pour l’une de ses incartades. En 1977, après la soutenance de sa thèse de Médecine qui explore les Conditions de travail des égoutiers de Marseille, sa grand-mère lui offrait trois somptueuses assiettes, des jetées de fleurs et des insectes de la Veuve Perrin.

    Du côté de sa mère, ses ascendants, des Grecs de Constantinople établis à Marseille au début du XIXe siècle, étaient des banquiers polyglottes ou bien des entrepreneurs. Son arrière-grand-père, Polype Zafiropoulo fut le commissaire de la section peinture de l’Exposition coloniale de 1906. Il habitait jusqu’en 1943, près du cours Puget, au 13 rue Edouard-Delanglade, un hôtel particulier lourdement aménagé. On l’aperçoit derrière les grilles d’une cour pavée, Marina Lafon a décrit son intérieur dans le numéro 255 de la revue Marseille. Des photos de 1908 en sont témoins, on trouvait dans cet espace un curieux concentré de signes d’opulence et de distinction : des tapisseries de Flandres et d’Aubusson, des meubles de haute époque, des toiles de Monticelli et Gustave Ricard, des assiettes de Saint-Jean du Désert, un cache-pôt de Théodore Deck.

    Zafiropoulo avait pour ami l’Abbé Arnaud Daniel qui écrivit un livre de première importance à propos de Moustiers. De même, les meilleurs chercheurs de notre époque, Daniele Maternati-Baldouy et Régis Bertrand se sont associés à l’exposition de cet été, Faïence et Dévotion dont elle est la commissaire. En dépit de son confort, des flots de la lumière du Vieux-Port et de la simplicité de sa cuisine, son appartement n’est pas résolument moderne, « les choses changent pour que rien ne change ».

    En amont du Tricentenaire de l’Académie

    Sa profuse et remarquable collection ressemble à ce qu’on peut savoir, via des donations et le marché de l’art, à propos des prestigieuses collections provençales de la famille des banquiers Jourdan-Barry ou bien d’une spécialiste de la faïence comme Marguerite Desquelles. On y trouve plus de 200 pièces, des polychromies, des camaïeux verts et des liserés de manganèse, quatre vases bleus et blancs qui appartenaient à Jules Charles-Roux, des objets un brin insolites, des surtouts de table, des plats à barbe ou des chaufferettes. Souci de discrétion implique de ne pas détailler un article paru à propos de ces objets dans Connaissance des Arts en janvier 2024, par exemple le surgissement d’une cheminée d’usine sur une toile qui ponctue finement le bonheur qui se vivait à l’Estaque en 1918.

    Chacun sera libre de trouver luxueuse et désuète, ou bien savoureusement orientée cette collection. Par-delà ces clivages faiblement productifs, les propositions de Marina Lafon sont autrement intéressantes. L’un de ses plus vifs souhaits est de mieux faire percevoir du côté des faïences, un centre artistique majeur, l’écosystème d’un âge d’or qui forgea avant la Révolution un segment conséquent de la réputation multiculturelle du Vieux-Port : d’un côté, des artisans créatifs et des dirigeants de manufactures inventifs comme les Clerissy, Pierrette Candeloup et Joseph Fauchier, de l’autre des bourgeois et des aristocrates convaincus dans toute l’Europe de l’excellence des productions de Marseille et de Moustiers.

    Depuis qu’elle a quitté la Médecine du Travail, Marina Lafon mène une seconde vie pleine d’énergie, d’érudition, d’enthousiasme et de fantaisie. Au musée Borély elle dirige un Fonds de dotation qui coordonne les précieux achats d’une centaine de mécènes privés. En tant que présidente pendant deux ans de l’Académie de Marseille, ses capacités de dialogue et de diplomatie auront permis de déployer pour le Tricentenaire de cette institution les prémices d’une partition dont l’un des points forts est précisément la problématique de son exposition du musée Notre-Dame de la Garde.

    « Faïence et Dévotion », musée de la Basilique Notre-Dame de la Garde, jusqu’au 22 novembre, tous les jours de 9h à 17h.

  • Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Laurent Godin, galeriste dans Arles depuis l’été 2025

    Un souvenir qui ne s’oublie pas, raconté par Gérard Traquandi. Années 1990, cours Julien, le soir venu. Élégance et discrétion, trois silhouettes grandes et longilignes, un couple qui s’éloigne. En bout de laisse devant eux, un lévrier. Laurent Godin vient d’achever ses études aux Beaux-Arts de Lyon, il a 25 ans. La jeune femme qui l’accompagne est mannequin à Paris chez Yves Saint-Laurent. Elle s’appelle Violeta Sanchez. Les meilleurs photographes -entre autres, Helmut Newton, lors d’une image-culte du Moma- l’ont portraiturée. La seconde image-souvenir est moins intimidante. Château de Servières, boulevard Boisson, plusieurs participations au Salon Pareidolie, le stand de Laurent Godin : le savoir-vivre, les qualités d’un galeriste, principalement tenace, courtois et réservé, sont évidentes. L’an dernier, c’était la surprise d’un peintre-dessinateur issu de l’École de Photo d’Arles, Matt Frenot. Auparavant en 2019 ou 2024, on découvrait des binômes ou des accrochages collectifs, des noms à la fois branchés et confirmés de l’art d’aujourd’hui, Alain Séchas, Marc Couturier et Claude Clossky.

    Depuis ses apprentissages chez Roger Pailhas dont il fut l’assistant-régisseur à Marseille et Paris, Laurent Godin a gravi des échelons de première importance. Entre 2000 et 2005, place Bellecour à Lyon, pendant les mandats de Raymond Barre et Gérard Collomb, il dirige un centre d’art contemporain, « le Rectangle ». Parmi les moments fastes de cette institution,

    Marseille se souvient fortement d’une exposition majeure de Gérard Traquandi en janvier 2002. Les textes du catalogue étaient signés par Didier Semin et Frédéric Valabrègue, Laurent avait rédigé la préface.

    Deux alliés, Traquandi et Frédéric Pajak

    Après cette expérience menée dans le service public dont il aurait pu devenir un protagoniste confirmé, Laurent Godin fonde sa propre galerie. Une aventure longue à raconter, beaucoup plus risquée, à la fois heureuse et anxiogène, d’abord menée dans le Marais dans un espace autrefois occupé par Yvon Lambert, débute en 2005. Ensuite de 2015 à 2024, avec le handicap d’un grand éloignement par rapport au centre de Paris, ce natif de Bourg-en-Bresse dont le père issu de la CFDT fut député et maire, ouvre dans le XIIIe arrondissement un espace de 400 mètres carrés qui accueille des grands noms internationaux comme Wang Du, Ham Steinbach, Peter Buggenhout et Eugène Leroy. Cette entrée dans le marché de l’art de haut niveau aura conduit la galerie à la Fiac et chez Art- Basel, dans de grandes foires implantées à New York, Bruxelles, Genève, Monte-Carlo, Pékin et Miami.

    Voici deux étés, puisque ses résultats financiers ou bien symboliques se trouvaient confrontés avec toutes sortes de crises, Laurent Godin a transformé radicalement ses formats et ses modes d’intervention. La décroissance a de fortes vertus, son cube blanc du XIIIe arrondissement est définitivement fermé, la base de repliement qu’il partage avec son épouse Violeta se situe dans une bastide de la campagne d’Arles, ses participations à de grandes foires internationales se sont interrompues. Proche du pont de Trinquetaille, sa galerie permanente occupe à présent une superficie beaucoup plus modeste. Pour autant ses activités et son impact sont conséquents.

    En 2025 et 2026, le Festival du Dessin d’Arles accueillait des artistes souvent exposés dans sa galerie, Alain Vega et Gérard Traquandi. Mentionné plus haut chez Pareidolie, un artiste émergent, Matt Frérot vient de bénéficier d’une Résidence et du Prix de la Fondation des Oseraies, animée par Sylvie et Didier Grumbach. Laurent Godin le constate tous les jours, grâce au travail mené par des institutions anciennes ou bien récentes (le musée Réattu, les Rencontres de Photographies, l’Espace Méjan d’Actes-Sud, la Fondation Van Gogh, la Tour Luma de Maja Hoffman) Arles offre une densité de propositions rigoureusement unique : c’est à présent le meilleur endroit de nos provinces pour approfondir l’art d’aujourd’hui, les collectionneurs du monde entier qui surviennent prennent le temps de regarder et ne sont pas pressés de repartir.

    Pendant les prochaines semaines avant l’exposition d’été qui permettra de découvrir des récentes sculptures de Peter Buggenhout, une double présentation des aquarelles et dessins de Gérard Traquandi est programmée. Place de l’Hôtel de Ville, palais de l’Archevêché, Frédéric Pajak a sélectionné des moments d’affleurement, des arbres et des paysages. Près du pont de Trinquetaille, le choix s’élargit du côté de travaux et de sensations qui peuvent évoquer Cimabue et Giotto.

    Arles, Festival du Dessin jusqu’au 17 mai. Chez Laurent Godin, exposition Traquandi jusqu’au 26 juin.

  • Carnavals en série à Draguignan

    Carnavals en série à Draguignan

    Le carnaval n’est pas proprement une fête qu’on donne au peuple mais que le peuple se donne à lui-même. » Signés par Goethe dans ses Voyages en Italie en 1788, des mots résonnant dans le parcours « Carnavals d’ici et d’ailleurs », qui prend ses quartiers depuis ce week-end à l’Hôtel départemental des expositions du Var. Qu’il soit de Venise ou de Rio, de la Méditerranée comme des tropiques, le carnaval comporte un « caractère universel : ils se déroulent entre le mercredi des Cendres, ils sont organisés par la société civile, et non pas par un pouvoir, de manière libre, pour créer un moment festif avec des costumes, déguisements et moments joyeux permettant d’envisager un défilé dans la ville », campent Mireille Jacotin et François Dallemagne, commissaires d’un parcours jalonné de plus de 150 œuvres, objets et documents : d’un marbre Pan et Daphnis, provenant du Musée archéologique de Naples, à des œuvres style « Beaux-Arts et même plus contemporaines. On a voulu montrer comment certains artistes se sont emparés du sujet du carnaval comme Mircea Cantor, Pierre Alechinsky pour le carnaval de Binche, Ben pour celui de Nice, ou Jean Tinguely dont on fête le centenaire ».

    Du Languedoc à Rio

    L’exposition est séquencée en épisodes évoquant par exemple les carnavals du Languedoc et ses mascarades avec un clin d’œil au Sans toit, ni loi d’Agnès Varda (1985), celui de Bâle nourri ses « cliques et lanternes », ou du plus mythique d’entre tous, celui de Rio de Janeiro. « La nature des objets présentés est très variée. Il y a aussi des costumes, tous portés. On pense notamment à ceux prêtés par Alain Taillard, collectionneur belge qui participe à ce carnaval depuis longtemps », illustrent entre autre Mireille Jacotin et Françoise Dallemagne. Autant d’évocations faisant cheminer le visiteur dans la galaxie carnavalesque, mais qui le conduisent aussi à s’interroger finalement autour de la question suivante : « le carnaval d’aujourd’hui n’est-il plus simplement qu’un événement pour servir les politiques d’attractivité des territoires, en lien avec des traditions locales renouvelées et adaptées pour devenir des spectacles où le public est convié à regarder plus qu’à participer ? »