Le RN peine à renforcer son ancrage

La victoire du candidat RN à Rognac, le 24 novembre 2024, à l’issue d’une improbable quadrangulaire, avait constitué un choc. Pour la première fois depuis 1997 à Vitrolles, le parti lepéniste remportait une commune dans les Bouches-du-Rhône. L’extrême droite a beau réaliser des scores élevés dans la région, elle peine en effet à trouver cet ancrage local, avec dix municipalités sous sa gestion dans la région.

Et pourtant, le nombre de ses électeurs a bondi. Entre les européennes de 2019 et de 2024, le RN a gagné quelque 230 000 voix dans la région, atteignant 38,6% des votes exprimés. Trente députés de la région siègent désormais à l’extrême droite, soit neuf de plus qu’en 2022. Malgré cela, le président du RN, Jordan Bardella, ne se hasardait pas, lors de ses vœux à la presse le 12 janvier dernier, à donner le moindre « objectif chiffré » de conquête aux municipales. Le regard plutôt rivé vers les sénatoriales et la présidentielle. « Le fait de remporter des municipalités à quelques mois de la présidentielle va évidemment donner du poids à la dynamique et à l’enracinement du RN », expliquait l’héritier désigné.

Encore faut-il présenter des candidats, un obstacle auquel s’est longtemps heurté le RN. Leur nombre, cependant, augmente de scrutin en scrutin. Dans les communes de plus de 3 500 habitants, pour lesquelles elles doivent attribuer des nuances politiques, les préfectures de la région ont classé, cette année, 115 listes à l’extrême droite, dont 63 ont reçu directement l’investiture du RN. Soit au total 4 523 candidats.

L’extrême droite assure ainsi sa présence dans 100 municipalités de plus de 3 500 habitants pour ce 1er tour, contre 85 lors du précédent scrutin. Soit quatre communes sur dix dans la région, pour les villes concernées par l’attribution de ces nuances politiques. Un nombre qui reste en deçà de la réalité. Le RN a en effet réussi à présenter des candidats dans certaines municipalités pour lesquelles les préfectures n’attribuent pas de nuance politique. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, il a investi Aurélie Abeille à Peyruis (2 794 habitants), Pascal Gaugue à Gréoux-les-Bains (3 088 habitants). Dans d’autres, malgré les « faisceaux d’indices » évoqués par la circulaire du ministère de l’Intérieur, certains candidats restent classés divers droite. C’est le cas à Bollène (Vaucluse) pour Sophie Lorenzo, pourtant candidate investie en 2020 par Marine Le Pen pour les municipales au Teil (Ardèche). C’est aussi le cas pour éric le Dissès à Marignane, pourtant suppléant du délégué départemental du RN Franck Allisio aux législatives et fondateur avec lui d’un « RPR », créé pour faciliter le passage de la droite à l’extrême droite. Peut-être que le nom de la liste, « Marignane aux Marignanais », allusion transparente au slogan nationaliste « la France aux Français », ne suffisait pas.

Députés en tête

Mais cette progression dissimule aussi des reculs. Le RN n’a pas pu présenter cette fois de liste à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) ni à Valréas (Vaucluse). Surtout, il n’a pas réussi à débaucher de maires sortants. En janvier 2025, Franck Allisio avait pourtant lancé son label, « la Provence qu’on aime », comme une investiture sans logo pour les candidats des municipales. Moyennant un soutien aux sénatoriales et une compatibilité sur le programme, ils n’auraient pas de liste RN face à eux. Un procédé qui avait suscité l’ire de la présidente (DVD) du Département. « ça suffit de menacer les personnes, s’indignait Martine Vassal à l’occasion du salon des maires des Bouches-du-Rhône. ça correspond à quoi ? Si tu prends le label, tu n’as pas de candidat face à toi ? » Auprès de France 2, le délégué départemental du RN revendiquait, fin février, 15 adhérents. à Fos-sur-Mer, l’opposant Philippe Maurizot (DVD) a ainsi franchi le pas et fait sauter les digues entre la droite et l’extrême droite. Mais aucun maire sortant n’a franchi le Rubicon.

Alors, pour assurer son ancrage, l’extrême droite a misé sur ses parlementaires. Ils sont 24 députés sur les listes, dont 13 figurent en tête, à commencer par Franck Allisio à Marseille et Laure Lavalette à Toulon. Des figures locales ont été débauchées aussi, comme le président de la Chambre des métiers et de l’artisanat Daniel Salenc, candidat à La Ciotat. Au risque de créer des dissensions. Ainsi dans douze communes de la région y a-t-il plusieurs listes concurrentes d’extrême droite en lice, jusqu’à quatre différentes à Cogolin (Var). Fait significatif : toutes ont réussi à rassembler assez de colistiers pour se présenter. Preuve que les aspirants candidats se bousculent de plus en plus au portillon de l’extrême droite.

En chiffres

115

listes ont été classées à l’extrême droite par les services de l’état pour ces élections municipales en Provence-Alpes-Côte d’Azur, contre 90 lors du dernier scrutin en 2020.

100

communes auront des listes d’extrême droite en lice pour les municipales, contre 85 lors des élections de 2020. Cela représente 4 communes sur 10 pour celles qui ont plus de 3 500 habitants.

4 523

candidats figurent sur les listes de l’extrême droite dans la région, pour les municipales, soit 1 200 candidats de plus qu’en 2020, dont 24 députés (13 têtes de liste) et un eurodéputé.

27%

Seulement des candidats de l’extrême droite dans la région sont des femmes, soit 31 candidates sur les 115 têtes de liste. à peine mieux que la moyenne régionale, qui s’élève à 23,7%.

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