Category: social

  • À Avignon, une manifestation encadrée

    À Avignon, une manifestation encadrée

    Au milieu de la manifestation de lycéens à Avignon ce vendredi 2 octobre, quelques personnes détonnaient par leurs gilets jaunes sur les épaules. Ce sont des parents d’élèves venus pour « soutenir et encadrer les jeunes », explique Sabine, dont la fille est scolarisée à Avignon et qui a pris un jour de congé pour l’occasion.

    Lors de la longue déambulation d’un peu moins de 200 élèves, qui sont partis du lycée Mistral avant d’aller successivement devant l’Hôtel de Ville et les lycées Aubanel, Saint-Joseph et Louis-Pasteur, ils ont notamment calmé les ardeurs de certains, aidés par les médiateurs sociaux de la ville. « On est là pour dire qu’on est derrière eux et qu’on partage leurs revendications » indique Sabine. Le lycée Philipe-de-Girard était lui fermé, théâtre de heurts ces derniers jours. Le préfet avait interdit les rassemblements aux abords de l’établissement ce vendredi 2 octobre. La préfecture de Vaucluse fait état ce vendredi de 32 interpellations. La veille, le parquet annonçait 60 interpellations, dont 51 mineurs ce jeudi. 22 personnes ont été déférées au parquet jeudi.

    Huile sur le feu

    Nino, en terminale au lycée Mistral, se réjouit de cette présence. Et assure qu’il restera mobilisé « tant qu’il n’y a pas d’annonces concrètes » car « on est tous épuisés par la situation ». Une assemblée générale est prévue ce lundi et une mobilisation ce mardi 6 octobre. « Cette explosion n’arrive pas comme ça. Les dernières annonces du gouvernement, c’est de la provocation, donc on est aux côtés de la jeunesse » confie Marie-Antoinette Mosca pour FO collèges lycées. Dans un communiqué, la CGT Éduc’action 84 demande comme réponse politique de « l’écoute, du dialogue et de la prise en compte des revendications exprimées ».

  • Les diplômés du secondaire de l’ASE à l’honneur dans le Var

    Les diplômés du secondaire de l’ASE à l’honneur dans le Var

    Leur vie est rarement un long fleuve tranquille, mais ils n’ont pas moins de capacités à la réussir. Vendredi, le département du Var a, pour la première fois, mis à l’honneur 178 adolescents placés sous la protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) qui ont récemment obtenu un diplôme de l’enseignement secondaire (brevet, certificat de formation générale [CFG], BEP, CAP, bac), à travers une cérémonie à l’Hôtel du département. 128 d’entre eux étaient présents. Ils se sont vus remettre un chèque cadeau et des goodies du conseil départemental, et ont été salués par plusieurs institutionnels, parmi lesquels le préfet du Var Simon Babre, et le président du département Jean-Louis Masson. « C’est important de les valoriser, de leur témoigner notre reconnaissance et notre confiance », explique Caroline Depallens, présidente de la commission enfance du département. « Il faut changer les regards sur les enfants confiés à l’ASE, le regard de l’autre et leur propre regard, qu’ils prennent confiance en eux. »

    Parmi ces jeunes, Cheyenne, 18 ans, « revient de loin », selon ses propres mots. Orpheline de son père depuis l’âge de neuf ans, placée à deux reprises, en proie à la dépression pendant un an, la jeune femme vient d’obtenir son CAP cuisine au lycée Anne-Sophie Pic au prix d’un parcours semé d’embûches. Avec la mention bien, qui plus est, « et à quelques centièmes de la mention très bien ! », peste-t-elle. Aujourd’hui en mention complémentaire traiteur dans le même établissement, elle ambitionne de poursuivre sur un CAP boucherie, et pourquoi pas travailler un jour dans les cuisines de l’armée. Avec un bagage bien rempli, mais qui plutôt que la freiner, lui confère une arme supplémentaire : « Je retiens la force que m’a donnée mon parcours à l’ASE. Je suis fière de moi. »

    99 MNA récompensés

    Certains ont traversé des océans pour être là aujourd’hui : ceux que l’on appelle les mineurs non accompagnés (MNA), qui sont 99 à avoir été récompensés. Accueillis en France sans leurs parents, leurs histoires de vie les mènent très tôt à acquérir une maturité hors du commun : « Ce ne sont pas les mêmes enjeux, il faut qu’ils progressent très vite, apprennent la langue, comprennent nos rites et coutumes », détaille Paola Abellonio, responsable du service départemental des MNA. « Ça leur demande beaucoup d’adaptation, ce qu’ils arrivent à faire. Certains vont dans le supérieur, même si leur nombre est insuffisant. Un jeune a réussi l’école d’architecte, on a un ingénieur, une future avocate… Ce sont des jeunes qui ont la rage, l’envie de réussir. » Ahmed est de ceux-là. Ce jeune Algérien de 16 ans, en France depuis deux ans, vient d’obtenir son CFG (équivalent du brevet pour les parcours adapté) au collège Django Reinhardt. « Je suis très fier », se félicite-t-il. « Ça va me permettre d’avancer, d’avoir un bel avenir, des enfants, une maison, une voiture, une belle vie », rêve celui qui vient d’entamer un CAP plomberie, pour, plus tard, travailler en mécanique navale. N’en déplaise aux obsédés des frontières.

  • La Bourse du travail d’Arles privée d’agent d’accueil dès lundi

    La Bourse du travail d’Arles privée d’agent d’accueil dès lundi

    « Si on est là, c’est qu’on a l’intention de ne pas partir », affirme d’emblée Patrice Kantarjian, secrétaire du comité régional CGT Paca, en conférence de presse à la Bourse du travail d’Arles, vendredi midi. Les six unions départementales ont investi la Bourse du travail d’Arles pour leurs travaux en soutien à la lutte de l’Union locale CGT face à la procédure d’expulsion demandée par le maire (Horizons), Patrick de Carolis.

    Car depuis le mardi 29 septembre dernier, la Ville a élargi le conflit. « Le maire nous a signifié mettre fin à la mise à disposition de l’agent d’accueil et d’entretien des locaux », explique Nicolas Bourcy, secrétaire de l’UL CGT. « Ce poste a été créé en 1900 par la même délibération du conseil municipal qui installait la Bourse du travail et qui n’a jamais été remise en cause », précise-t-il.

    « Elle a été convoquée le mardi 29, à 17h30, pour lui dire oralement qu’elle doit aller à l’espace Van-Gogh le lendemain, sans ordre de mission écrit », reprend Nicolas Bourcy. « Elle a demandé à être accompagnée par le syndicat, ce qui lui a été refusé. C’est une façon brutale de s’en prendre à une fonctionnaire et dépositaire de mandats syndicaux », estime le responsable.

    Une « attaque » financière

    Le profil de l’agent muté n’est pas anodin. « C’est une militante de la CGT, mandatée à la Formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail, équivalent des anciens CHSCT dans la fonction publique », précise Nicolas Bourcy, qui voit dans cette mesure « une attaque contre l’ouverture du bâtiment ».

    Sur un autre terrain et toujours mardi 29 septembre, l’UL CGT d’Arles a également été informée que « le maire d’Arles a demandé au tribunal administratif de rehausser le montant de l’astreinte financière », d’après Nicolas Bourcy, ainsi que le paiement de l’astreinte jusqu’alors fixée à 50 euros par jour depuis la mi-septembre.

    Pour Patrice Kantarjian, il s’agit de « la remise en cause du rôle de la CGT dans la société ». « Ce matin, des lycéens ont toqué à notre porte car ils savent qu’on peut les aider à se débarrasser de ceux qui nuisent à leur combat, à visibiliser leurs revendications », assure le secrétaire régional. « La CGT contrevient à certains intérêts. Mais notre rôle dans le dossier Fibre Excellence nous honore, nous avons pris nos responsabilités, contrairement à ce que dit le maire de Tarascon, allié de Patrick de Carolis, quand nous avons protégé l’usine, remis les installations de sécurité en marche et mis en lumière l’incapacité du mandataire », assène Patrice Kantarjian.

    « S’acharner à museler la CGT depuis trois ans est une pratique de mairies d’extrême droite », tranche Nathalie Bazire, secrétaire confédérale CGT. « Il faut se raisonner et retrouver la voie de la négociation », appuie-t-elle.

    Contactée, la Ville d’Arles a refusé de répondre à nos questions.

  • Les maisons des syndicats, un combat actuel

    Les maisons des syndicats, un combat actuel

    Bagnols-sur-Cèze, Arles, Tarascon, Carcassonne, Béziers… Dans le sud de la France les menaces pèsent sur les Bourses du travail. Sans surprise, la maire RN de la cité gardoise veut chasser les syndicats de leurs locaux. La maison des syndicats de Tarascon est aussi menacée. Là aussi, le maire RN a mis fin à la convention d’occupation des locaux par la CGT et FO notamment.

    Mais comme l’explique à La Marseillaise Myriam Lebkiri, secrétaire confédérale de la CGT, « de plus en plus, dans des mairies qui ne sont pas RN, on retrouve le même genre de décision. On voit que l’intérêt général du syndicalisme est complètement nié un peu partout » . C’est le cas à Arles où la Bourse du travail est ouverte depuis 1900. Le maire Horizons veut expulser la CGT. La secrétaire générale de la Confédération, Sophie Binet, est venue apporter son soutien en septembre. Déjà en 2024, à l’occasion des 27e Rendez-vous de l’histoire, à Blois (Loir-et-Cher), une carte blanche avait été donnée à l’Institut CGT d’histoire sociale (IHS). L’institut avait choisi pour thème « les Bourses du travail d’hier à aujourd’hui » Lors de son intervention, Sophie Binet avait déclaré que les Bourses du travail « sont un enjeu de lutte aujourd’hui car il y a une rupture entre le monde politique et celui du travail. L’histoire ouvrière a largement été invisibilisée en France. Conserver et faire vivre les Bourses du travail c’est se réapproprier son histoire ». C’est ce qu’explique également Sylvie Brunol, présidente de l’IHS de l’Hérault.

    Un message entendu par le maire de Montpellier Michaël Delafosse (PS) qui entend construire une maison des syndicats. « Le maire veut faire un contre-exemple aux villes d’extrême droite où les Bourses du travail sont attaquées », résume Mathieu Guy de l’Union départementale CGT de l’Hérault. Faire de Montpellier l’antithèse de Carcassonne, Béziers, Bagnols-sur-Cèze ou Arles, voilà un engagement qui plaît aux organisations. « C’est tout à son honneur d’être dans cette démarche », salue Mathieu Guy.

    En février 2026, la CGT avait lancé une campagne pour les libertés syndicales sous le mot d’ordre « Pas de conquêtes sans libertés syndicales ». Parmi les revendications celle de « sanctuariser » les Bourses du travail. « Les Bourses du travail sont inscrites dans une tradition de service à la population ouvrière avec une mission d’utilité publique pour le syndicalisme. Le droit actuel repose sur une simple faculté pour les collectivités (« peuvent mettre »), ce qui a conduit à une multiplication des expulsions ou des suppressions de subventions pour des raisons purement politiques. » Un rapport met en évidence « que l’isolement des militantes est la première étape de la répression ». Les Bourses du travail sont autant de « base arrière » notamment pour les salariés des TPE-PME et les travailleurs isolés, souligne encore la CGT. Sur le plan législatif, LFI avait déposé une proposition de loi, en 2025, pour garantir aux syndicats l’usage de locaux dédiés.

    Les travaux de l’historienne Danielle Tartakowsky éclairement l’importance des Bourses du travail. Dans son ouvrage Les syndicats en leurs murs, Bourses du travail, maisons du peuple et maisons des syndicats (Ed. Champ Vallon), la professeure émérite d’histoire contemporaine évoque ces lieux « qui magnifient la dignité du travail ». Un patrimoine vivant.

    REPÈRES

    1887

    est l’année de création des Bourses du travail avec l’inauguration de celle de Paris le 3 février 1887. Après Paris, la Bourse du travail de Nîmes est rapidement créée.

    1884

    est l’année où sont légalisés les syndicats professionnels qui vont donner naissance aux Bourses du travail, des lieux, dans un premier temps, qui permettent l’embauche.

    1900

    marque l’ouverture de la Bourse du travail à Arles. Un combat est mené par la CGT pour y rester.

  • [Entretien] Myriam Lebkiri, CGT : « Les Bourses du travail sont d’intérêt général »

    [Entretien] Myriam Lebkiri, CGT : « Les Bourses du travail sont d’intérêt général »

    La Marseillaise : Êtes-vous en lien avec l’UL de Bagnols-sur-Cèze depuis l’annonce de la maire RN qui leur demande de quitter les locaux fin novembre ?

    Myriam Lebkiri : Nous avons des échanges bien sûr, nous les rencontrons prochainement. Malheureusement, ce n’est pas un événement isolé. Depuis quelques années, nous avons un département égalité des droits et des affaires juridiques à la CGT qui permet de centraliser et de recenser ces attaques. Nous ne gérons pas les dossiers en direct, mais nous sommes en soutien aux Unions locales. Au niveau confédéral, nous apportons une analyse pour savoir si c’est une attaque politique, comme le font les mairies du RN ou si c’est un problème de discussion ponctuelle avec une mairie, qu’on pourrait solutionner rapidement. À Arles et Tarascon, il s’agit clairement de menaces sur les libertés syndicales ; le maire d’Arles refuse par exemple la médiation du tribunal. On regarde aussi si c’est une expulsion pure ou si c’est une attaque sur la non prise en charge des fluides, la dégradation des locaux, la non prise en charge de la réfection de locaux complètement vétustes ou l’affectation dans des locaux trop petits en pleine périphérie. On est actuellement en train de faire un baromètre. On estime entre 65 et 80 le nombre d’attaques sur les différentes modalités en France, particulièrement depuis cet été par des mairies du RN.

    Est-ce un point commun des mairies RN de s’en prendre au droit syndical ?

    M.L. : Oui, avec le RN, c’est presque systématique. C’est souvent la première chose qu’ils regardent. Cela accompagne leur discours contre les organisations syndicales. Ils s’en prennent au syndicat mais aussi à l’associatif, notamment l’associatif d’entraide, à la LDH et aux associations de protection des femmes et des LGBT. Mais, de plus en plus, dans des mairies qui ne sont pas RN, on retrouve le même genre de décision. On voit que l’intérêt général du syndicalisme est complètement nié un peu partout.

    Pourquoi ces Bourses du travail sont-elles essentielles ?

    M.L. : D’abord parce qu’on reçoit les salariés qui n’ont pas d’organisation syndicale. Plus de 5 millions de salariés de TPE n’ont pas d’organisation syndicale. On n’est présent que dans 40% des entreprises. Donc on reçoit énormément de salariés qui ne connaissent pas leurs droits et qui n’y ont pas accès. On remplace souvent les services publics, que ce soit sur l’accompagnement des travailleurs sans papier ou sur l’information du droit du travail par exemple. On fait aussi des entretiens dans des dossiers extrêmement compliqués de soutien aux victimes de violences sexistes et sexuelles. On y réalise aussi des formations. Les Bourses du travail sont des locaux du monde du travail qui s’ouvre aussi à l’associatif, avec des expositions, des spectacles ou des conférences. Elles sont également des zones de repli lorsque les travailleurs doivent s’organiser et qu’ils ne peuvent pas le faire dans leur entreprise. C’est pour cela qu’elles sont attaquées. Il y en a certains qui sont contre leur subvention mais beaucoup voient aussi que ce sont des lieux où démarrent les luttes, où démarre la conscience collective. Alors que l’extrême droite se fortifie aux portes du pouvoir, qu’on assiste à un affrontement de classes d’une rare violence, les Bourses du travail sont plus que jamais des lieux de résistance et d’intérêt général.

    Ces attaques contre les Bourses du travail sont-elles révélatrices d’une volonté plus large de réduire le droit syndical ?

    M.L. : Oui. De manière globale, les libertés syndicales et le syndicalisme sont attaqués. Nous avons remarqué une montée crescendo de ces attaques depuis les conflits sur la loi travail de 2016. L’apothéose des répressions, c’est quand même le mouvement de 2023 contre la réforme des retraites, où il y a eu de la répression de masse, notamment contre les salariés de l’énergie. Mais ça se propage au plus haut niveau de la CGT, puisque Sophie Binet a subi deux plaintes, moi j’en ai subi une, Gérard Ré aussi. Ce n’est pas rien comme signal envoyé. Pour le coup, la répression, elle, ruisselle. Ce sont des procédures bâillons pour faire peur aux militants, faire peur aux autres salariés et les dissuader de se syndiquer. Ces procédures nous prennent aussi du temps et de l’argent. Mais ça ne dissuade finalement pas parce que nous augmentons chaque année notre nombre d’adhérents.

    Où en est la proposition de la CGT qui réclame une loi pour sanctuariser ces Bourses du travail ?

    M.L. : Il y a une mission ministérielle qui doit rendre son rapport en décembre. Nous demandons que les Bourses du travail soient sanctuarisées pour que ce ne soit pas le fait du prince. Aujourd’hui, tout dépend de qui est à la tête de la collectivité. Et dépendre de la volonté d’une collectivité quelconque, ça ne fonctionne pas parce que c’est extrêmement précaire. Un accueil syndical, ça ne se fait pas au troquet du coin ou chez l’élu syndical. Il nous faut donc des locaux.

  • La quasi-totalité des lycées de Nîmes et de Montpellier bloqués par les jeunes

    La quasi-totalité des lycées de Nîmes et de Montpellier bloqués par les jeunes

    À Nîmes, le mouvement touche quasiment tous les lycées ce jeudi 1er octobre. Il y a eu des blocages ou tentatives de blocage à Camus, Daudet, Mistral, Voltaire, Saint-Vincent, Lamour, Hemingway, Raimu ou encore Gaston-Darboux. La situation a été assez tendue par endroits, avec feux de poubelles et de palettes.

    Face à quelques dégradations la police est intervenue, notamment à Camus et Saint-Vincent où il y a eu usage de gaz lacrymogène. À Mistral, le portail a été dégondé et les cours ont été annulés. Mercredi 30 septembre, le maire de Nîmes Vincent Bouget (PCF) est allé à la rencontre des jeunes. « Les lycéens nîmois, comme dans de nombreuses autres villes du pays ont manifesté un profond mal-être sur leurs conditions d’apprentissage et sur les perspectives d’avenir », a déclaré le maire dans un message sur les réseaux sociaux. « Quelques violences, qui relèvent d’une minorité, ont émaillé la mobilisation et je le regrette. Dans le même temps, il faut garantir la liberté de manifestation et l’expression pacifique des revendications », insiste-t-il.

    Soutien de la CGT

    de l’Hérault

    Dans l’Hérault, selon la préfecture une quinzaine de lycées du département étaient concernés ce jeudi matin par le mouvement. La préfète Chantal Mauchet a fait un point de situation jeudi matin. « Le phénomène est inquiétant et prend de l’ampleur. Il y a plusieurs points de blocages, notamment à Montpellier. Des interventions de la police ont eu lieu. C’est une situation très délicate que je suis attentivement. » Dans un communiqué, l’Observatoire des libertés publiques de Montpellier rapporte que dès le mardi 29 septembre, des actes de violences policières ont été constatés.

    Dans un communiqué, l’Union départementale CGT de l’Hérault, dénonce la répression « Ce 1er octobre, alors qu’ils poursuivent leur mobilisation, la répression monte d’un cran. Des nuages de gaz lacrymogènes toxiques flottent sur Montpellier. Cette situation est inacceptable. La colère d’une jeunesse qui revendique. Cette situation est inacceptable. La colère d’une jeunesse qui revendique des moyens pour étudier, se former et construire son avenir doit être entendue, pas réprimée. » Pour la CGT, « un lycéen qui revendique n’est pas une menace. La réponse doit être claire : des moyens pour l’École, des services publics renforcés et un avenir digne pour toutes et tous, pas l’austérité et la répression. » Le gouvernement a mis en place une cellule de crise.

  • À Istres, blocage et tensions devant le lycée Arthur-Rimbaud

    À Istres, blocage et tensions devant le lycée Arthur-Rimbaud

    Vers 7h, selon plusieurs personnes présentes sur place, la police municipale aurait fait usage de gaz lacrymogène contre le barrage. La tension est montée d’un cran lorsque des élèves du lycée Latécoère ont rejoint le mouvement. Face aux CRS, mobilisés sur les lieux, les lycéens ont maintenu leur action jusqu’à sa dispersion, sans usage de la force, vers midi. Une poignée d’élèves ont fait part de leurs revendications au maire (LR) Robin Prétot, en marge. « On veut juste qu’on nous écoute quand on parle des salles à 35° et des profs manquants », explique l’un d’eux. « La manifestation partait bien ce matin, j’ai demandé un maximum d’interpellations pour ceux qui viennent casser du flic », assure le maire.

  • [Entretien] Amélie Barbet : « La méritocratie n’existe plus »

    [Entretien] Amélie Barbet : « La méritocratie n’existe plus »

    La Marseillaise : Partagez-vous la colère de vos élèves ?

    Amélie Barbet : Oui. Il y a plein de problématiques, à commencer par l’école inclusive. On accueille toutes sortes de pathologies, ce qui est formidable, mais il n’y a pas de moyens. Donc c’est une inclusion qui ne se fait pas, ou à moindres frais, ça nous mobilise beaucoup au détriment des autres élèves. Ils sont nombreux, il fait chaud, les emplois du temps sont intenables à cause de la réforme Blanquer, on leur vend un Parcoursup qui ne fonctionne pas, ou on ne sait pas bien comment… On ne peut pas dire que le lycée aille bien en France.

    Est-ce une « génération sacrifiée » ?

    A.B. : C’est le service public et la vision du bien public qui est sacrifié. Tout le modèle se tourne vers le privé, c’est pareil à l’hôpital, c’est pareil partout… C’est un projet de société. Nous, à Martigues, petite ville de province, tout le monde s’en fout. On n’a plus d’option latin, on n’a plus de théâtre, on n’a plus rien et ce n’est pas grave. Par contre, dans les bahuts privés d’exception, ça va.

    La méritocratie existe-t-elle encore ?

    A.B. : Moi, je suis un pur produit de l’école publique. J’ai eu des profs formidables, j’ai fait une classe prépa alors que mes parents n’avaient pas fait d’études. Elle a existé, mais elle n’existe plus.

    Quel regard portez-vous sur les violences en marge des blocus ?

    A.B. : On condamne à 100%, c’est pour ça qu’on est là, pour calmer le jeu. Après, il ne faut pas oublier qu’on est sur un public adolescent. Et on se demande dans quelle mesure la violence n’est pas attisée parfois. Ce serait bien de dire que ce ne sont que des casseurs, mais c’est pas le cas. Ça fait 10 ans qu’on est gouverné par le 49.3. On a mené des luttes pour les retraites, on a laissé des semaines de salaire pour ne rien obtenir. Il y a un message de surdité totale de la part du gouvernement. Ça finit par avoir des conséquences.

  • À Aix, la tension s’est déplacée dans les rues du centre-ville

    À Aix, la tension s’est déplacée dans les rues du centre-ville

    Les premiers mouvements se sont manifestés dès 7h du matin. Au lycée Duby, les élèves se sont rassemblés aux aurores devant les grilles de l’établissement. Parmi leurs revendications figurent des journées longues ponctuées de plages horaires vides, le manque d’enseignants dès la rentrée ou encore la dégradation des locaux. Plusieurs feux d’artifice ont été tirés et un début de feu de poubelle a nécessité une intervention rapide des pompiers.

    Dans la foule, plusieurs lycéens rappelaient le mot d’ordre « d’un mouvement pacifique ». Dans le centre-ville d’Aix en revanche, les tensions se sont cristallisées jusqu’à la mi-journée. Les premières mobilisations, selon les lycéens sur place, ont commencé à émerger des lycées Cézanne et Vauvenargues. Dans ce dernier établissement, la manifestation s’est conclue par une intervention des forces de l’ordre. Un camion de pompiers a aussi été bloqué par la foule de lycéens, dont certains venus d’établissements voisins…

    Selon des manifestants, les policiers ont dispersé la foule vers 9h30. Plus tard dans la matinée, des centaines d’élèves issus des établissements du centre-ville se sont rejointes place Bellegarde, formant un cortège qui a ensuite emprunté la rue Mignet, la rue Gaston-de-Saporta puis le boulevard Jean-Jaurès. « On ne nous écoute pas quand on est 100, peut-être qu’on nous écoutera si l’on est 2 000 », estime un lycéen qui déplore, comme beaucoup, la « répression policière ». Dans la foule, les revendications mêlent manque de moyens, conditions d’enseignement dégradées, « soutien aux profs » et solidarité avec les « peuples opprimés par la guerre ». C’est sur le cours Saint-Louis et aux abords du lycée Cézanne que les tensions se sont concentrées, tandis que les forces de l’ordre repoussaient la mobilisation. Plusieurs dégradations, notamment des abribus détruits, ont été constatées. Des faits régulièrement dénoncés par les manifestants pacifiques rencontrés sur place…

    RÉACTIONS

    Sophie Joissains, Maire (UDI) d’Aix-en-Provence

    « Aucune cause ne peut justifier les dégradations, les violences ou la destruction du bien public, qui appartient à tous les Aixois. »

    Martine Vassal, présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône

    « Je condamne fermement les dégradations et les agressions qui touchent actuellement Marseille et le pays tout entier. Le mouvement lycéen se transforme en chaos urbain et appelle à la plus grande fermeté. »

  • À Toulon, une mobilisation itinérante devant les établissements

    À Toulon, une mobilisation itinérante devant les établissements

    Dès 7h jeudi à Toulon, plusieurs centaines de lycéens se sont mobilisés devant leurs établissements. Les lycées du Parc Saint-Jean, Bonaparte, Dumont-Durville et de la Rouvière ont été bloqués pendant environ une heure, mais l’intervention des forces de l’ordre a rapidement dispersé les manifestants, après l’allumage de feux de poubelles. Ces derniers se sont rejoints, bloquant divers axes de circulation, tout en se rendant devant plusieurs lycées de la ville, dont les directions ont confiné leurs élèves dans l’enceinte des bâtiments.

    « On veut une vie normale, pas faire du 8h-18h, métro-boulot-dodo », revendique Enzo, élève de première à Bonaparte. Alexis (nom d’emprunt), parle de « ras-le-bol général de la jeunesse. Ça faisait longtemps qu’elle ne s’était pas mobilisée de la sorte à Toulon, ça peut créer un renouveau. Mais il faut que ça continue ». S’il considère « qu’il n’y a pas de revendication politique extrêmement forte », il parle de « prise de conscience générale » et d’une « violence légitime, qui vient d’en bas. Ce n’est pas un mouvement bourgeois ».

    Lycées ouverts vendredi

    D’autres mobilisations ont eu lieu dans plusieurs communes varoises (Fréjus, La Seyne, Brignoles, Hyères…). On recensait 2 250 manifestants dans l’ensemble du département. 45 d’entre eux (68 depuis mardi) ont été interpellés, tandis que 10 blessés (6 policiers, 3 lycéens et une personne âgée) ont été signalés. Les lycées varois resteront ouverts ce vendredi. Le préfet a toutefois décidé d’interdire toute manifestation non déclarée, ainsi que le transport de carburant, d’engins pyrotechniques et de produits corrosifs aux abords des établissements scolaires, où le dispositif policier sera renforcé.