Category: social

  • La nationalisation au cœur des Assises de l’industrie

    La nationalisation au cœur des Assises de l’industrie

    « Quand on parle de l’industrie, il faut rappeler qu’elle se construit avec les travailleurs », lance Serge Allègre, secrétaire général de la Fédération nationale des industries chimiques Fnic-CGT. L’union locale CGT de Martigues a renouvelé ses Assises de l’industrie avec la formule de l’an dernier, à savoir une réunion publique, jeudi soir, en la salle Raoul-Dufy, avec le maire (PCF), Gaby Charroux, et le bureau d’études Proneos pour invités, aux côtés de Serge Allègre et de nombreux responsables syndicaux du territoire.

    Car ce « territoire façonné par la pétrochimie, la métallurgie et des générations de travailleurs », comme le rappelle Virginie Piazolla de l’UL, n’échappe pas aux dynamiques qui agitent le monde du travail. Serge Allègre dresse un constat amer dans sa filière. « Nous assistons depuis 2024 à une accélération de la mainmise du capital sur nos outils. Les 890 000 salariés de la chimie ont subi 180 plans antisociaux, supprimant 12 000 emplois indirects et 75 000 induits », liste le responsable. « 95% de ces plans se font dans des entreprises sans difficultés financières qui perçoivent des millions d’euros d’aides publiques », affirme-t-il.

    Nationaliser pour quoi ?

    Le secrétaire général de la Fnic-CGT estime à près de « 2 880 milliards d’euros d’aides publiques jetés aux actionnaires parasites en vingt ans ». Référence aux travaux du sénateur (PCF) Fabien Gay, rapporteur d’une commission d’enquête ayant évalué à 211 milliards d’euros les aides publiques accordées aux entreprises en 2023. « Ça aurait pu servir à investir dans nos outils de production et à nationaliser les grands secteurs comme l’énergie », avance Serge Allègre, en nuançant : « Pas une nationalisation étatique, mais une réappropriation par les travailleurs pour répondre aux besoins et investir dans l’outil de production ».

    Ces Assises soulèvent une contradiction dans le mouvement social actuel. « Est-ce que l’état est un bon patron ? », résume le secrétaire général de l’UL, Daniel Bretonnès. « EDF est possédé par un État-actionnaire et reverse des dividendes alors qu’on est en plan social », explique Stéphanie Villeton, de la centrale de Martigues. « La SNCF est une entreprise nationalisée, mais à gestion capitaliste, avec les mêmes considérations pour la santé et la sécurité des travailleurs, tance Jérémy Zucchelli, de l’UL de Miramas. Avec ceux au pouvoir, ça signifie nationaliser les pertes et privatiser les profits », argue-t-il.

    C’est ce que souligne Alan Pirrottina, du bureau d’études Pronéos et compagnon de route de la CGT : « La socialisation des moyens de production est une chose, mais elle nécessite la démocratie populaire dans les entreprises et de reposer le droit des travailleurs au centre. » « Il faut que les salariés aient le pouvoir décisionnaire », conclut Daniel Bretonnès.

  • La Semaine Bleue, sept jours pour le bien vieillir

    La Semaine Bleue, sept jours pour le bien vieillir

    Lancée en 1951, la Semaine bleue, qui fête ses 75 ans cette année, est une opération nationale dédiée aux seniors et aux retraités. Elle a pour objectif d’impulser la dynamique du bien vieillir, et de proposer aux aînés des activités diverses et variées, bénéfiques psychologiquement, physiquement et sur le plan de la cohésion sociale. Mais aussi, et surtout, à mettre en lumière leur contribution à la vie économique, sociale et culturelle du pays, quels que soient leur âge ou leur niveau d’autonomie. L’événement entend également porter un autre regard sur le vieillissement, renforcer les liens intergénérationnels et nourrir la solidarité envers les plus fragiles.

    Au sortir d’un été caniculaire qui n’a guère favorisé les sorties, dans un département où plus d’une personne sur quatre est retraitée et où un habitant sur trois aura plus de 60 ans d’ici à 2030, cet événement semble particulièrement idoine. Un aspect démographique qu’il faut « anticiper dès aujourd’hui pour éviter un “mur de la dépendance” », appuie Jean-Louis Masson, le président (LR) du conseil départemental du Var.

    Sport, art, conférences…

    Du 5 au 11 octobre, le Département propose ainsi un très large panel d’activités sur l’ensemble du territoire, qui s’inscrivent dans sa politique en matière d’inclusion sociale des seniors : « Avec un budget de 370 millions d’euros consacré au grand âge et au handicap en 2025, notre ambition est claire : faciliter l’accès aux droits, aux dispositifs d’autonomie et permettre le maintien à domicile, accompagner les proches aidants et favoriser une véritable inclusion sur l’ensemble de notre territoire », appuie Jean-Louis Masson.

    Et il y en aura pour tous les goûts : activités sportives, méditation, art-thérapie, initiation à diverses disciplines créatives et artistiques (guitare, tricot, chant…), ateliers autour de l’alimentation, sensibilisation à certaines pathologies comme la maladie d’Alzheimer, conférences, loto gourmand ou encore escape game. Ces animations sont organisées en partenariat avec de nombreuses associations, le Comité départemental d’éducation pour la santé (Codes) du Var et la Maison départementale des aidants, elles aussi impliquées dans le programme. Plusieurs stands d’information seront également installés sur les marchés communaux afin de renseigner le public sur l’accès aux droits et les dispositifs d’autonomie liés au grand âge et au handicap.

    Enfin, plusieurs moments forts marqueront cette semaine : un forum « Bien vivre sa retraite à Draguignan » (5 octobre), une « Dictée pour tous » à Toulon (8 octobre), et enfin, la Grande randonnée départementale, au Muy, le 11 octobre dès 9h, pour clôturer ce riche programme.

    Informations et programme sur var.fr/la-semaine-bleue

  • Les Hautes-Alpes au soutien de BFM Dici

    Les Hautes-Alpes au soutien de BFM Dici

    « On vivait un ascenseur émotionnel depuis des mois, souffle un salarié de BFM Dici, qui souhaite garder l’anonymat. La décision a été une vraie surprise. » Mercredi 30 septembre, le groupe CMA Media a annoncé aux salariés de BFMTV qu’il renonçait à la vente des neuf chaînes locales, faute de repreneur. Mais deux d’entre elles, dont BFM Dici qui est en charge des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, vont devoir fermer d’ici la fin de l’année. Pourtant, « les signaux étaient encourageants », assure le salarié de la chaîne, sidéré.

    Dans les Hautes-Alpes, les réactions de soutien sont nombreuses. Jean-Marie Bernard (LR), président du Département, s’est dit « attristé » pour les treize salariés, mais aussi pour les Haut-Alpins, qui « méritent largement cette fenêtre lumineuse sur leur quotidien, qui méritent de la pluralité et de la diversité pour leur information ». « Dans un territoire rural et montagnard comme le nôtre, l’information locale n’est pas accessoire, a réagi la députée Marie-José Allemand (PS). Elle participe directement à la vitalité démocratique, à la connaissance de ce qui se passe dans nos vallées et à la mise en lumière de celles et ceux qui font vivre les Alpes du Sud. »

    Le préfet Philippe Bailbé s’est dit prêt à « appuyer les initiatives permettant de concourir, dans le respect des responsabilités et des prérogatives de chacun, à la recherche d’une issue et de préserver un média local important pour les Hautes-Alpes et les emplois qui y sont associés ».

    Le Parti communiste français du département s’inquiète également de cette fermeture : « La démocratie ne peut s’exprimer qu’avec une pluralité de voix libres », a relevé la secrétaire départementale Sophie Delfino. Pour Jean-Marc Passeron, le créateur de DICI TV, chaîne locale devenue propriété de BFM, « une fermeture serait à ce stade un gâchis ». Il espère qu’une initiative émergera rapidement pour contredire la direction prise.

    Agathe Di Lenardo

  • À Avignon, la colère face au mutisme

    À Avignon, la colère face au mutisme

    C’est en fin de journée que le préfet du Vaucluse a pris plusieurs arrêtés dont un interdisant les rassemblements aux abords du lycée Philippe de Girard à Avignon où des affrontements ont eu lieu entre jeunes et forces de l’ordre. Dans une vidéo, largement partagée, du vidéaste indépendant Adrien Arbl, on aperçoit des policiers charger violemment un jeune et lui asséner un coup de pied au visage alors qu’il est au sol avant de le laisser repartir.

    Un collectif de personnels de l’établissement a tenu à s’exprimer après les événements matinaux. Ils regrettent des « messages et actes de violences » qui « nuisent profondément à la cause du mouvement, que nous soutenons ». En dénonçant également « tout débordement et violence à l’encontre des lycéens ». Ils rappellent qu’eux aussi ont alerté sur « les conditions délétères dans lesquelles nous devons faire travailler et progresser les élèves ».

    La mobilisation avait démarré devant lycée Théodore-Aubanel où les choses ont commencé à dégénérer après un feu et une explosion à quelques mètres du portail. Des face-à-face qui ont continué dans les rues adjacentes, où insultes et tirs de mortiers ont fusé en direction des forces de l’ordre, qui ont chargé les jeunes à diverses reprises. « Ils devraient nous protéger et nous laisser nous exprimer car c’est vraiment de mauvaises conditions pour travailler », regrette Clélia*, élève de première. Dans la journée, les rues situées autour de l’établissement, dans le centre-ville d’Avignon, étaient plongées dans un nuage de fumée. Face à quelques dizaines de jeunes, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène et procédé à plusieurs charges. 49 personnes ont été interpellées en Vaucluse, selon la préfecture. Qui ajoute que trois policiers et un gendarme ont été blessés et annonce 2 160 manifestants en Vaucluse.

    Ce mouvement lycéen est également soutenu par les syndicats FO et CGT. En Vaucluse, des lycées à Orange, Carpentras, L’Isle-sur-la-Sorgue ou Bollène ont aussi été bloqués.

    RÉACTIONS

    Olivier Galzi, président (DVD) du Grand Avignon

    « Manifester est un droit. Casser n’en est pas un. Car ces dégradations ont un coût pour la collectivité : plus de 9 000 euros à l’heure actuelle et dans l’attente du bilan définitif… Nous ne laisserons rien passer et nous avons déposé plainte. »

    Raphaël Arnault, député (LFI) du Vaucluse

    « Et dans le même temps [le Premier ministre] annonce qu’ils vont faire payer aux étudiants leur inscription en BTS et en classe prépa, geler les APL, geler la prime d’activité… La crise c’est eux ! ».

  • À Martigues, les élèves veulent l’égalité des chances

    À Martigues, les élèves veulent l’égalité des chances

    Deux salles, deux ambiances aux lycées Paul-Langevin et Jean-Lurçat. Dans le secteur de l’hôpital, les élèves ont animé un blocus dans le calme en condamnant le portail de l’établissement à l’aide de grillages et de pancartes revendicatives. Dans le quartier Tourret-de-Vallier, la situation était un peu plus tendue.

    Des élèves ont mis le feu à des poubelles à proximité de l’enceinte de leur lycée. Les forces de l’ordre, qui encadraient l’action des sapeurs-pompiers venus éteindre le sinistre, ont usé de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants après avoir reçu des tirs de mortiers. Une élève a été blessée pendant les heurts. La veille, deux jeunes ont été placés en garde à vue en marge du blocus, ce qui a mis le feu aux poudres auprès de leurs camarades. L’UL CGT dénonce une « pratique de terrorisation » malgré des « mouvements pacifistes » et appelle à se mobiliser aux côtés d’une jeunesse qui n’est « pas dissociable du monde du travail ». « Notre solidarité doit être complète et notre réponse collective. »

    Thomas, 18 ans, témoigne : « Il y a de la violence de notre côté parce qu’on ne se fait pas entendre et qu’on ne se fait pas respecter. Les forces de l’ordre répondent de manière disproportionnée. » Son amie Océane ajoute : « On fait du 8h-18h, parfois avec des trous de 4h. Il y en a qui habitent loin, ils se lèvent à 6h et rentrent à 19h, sans compter les devoirs… On n’a plus de temps pour nous. Ça fait des années qu’on essaye d’alerter l’Éducation nationale. On nous écoute pas, on nous dit qu’on n’a qu’à écouter et aller en cours, donc oui, on en a marre. »

    Le groupe de lycéens veut pouvoir retourner en cours dans de bonnes conditions, ce qui n’est pas le cas actuellement, entre les « classes surchargées », le manque « d’accompagnement pour les élèves en situation de handicap » ou la mauvaise isolation thermique des bâtiments. « En STMG, on était 35 l’an dernier alors que c’est censé être des classes à effectif réduit pour permettre à des élèves en difficultés scolaires de mieux apprendre », dénonce Thomas. À côté de lui, Mathis s’agace des inégalités qui persistent alors que l’école « devrait tous nous remettre au même niveau ».

    Organiser la mobilisation

    Parcoursup leur apparaît également comme une injustice. « C’est un algorithme qui va décider de notre avenir, souffle Mathis. Ça met en concurrence des élèves de tout le pays, qui n’ont pas du tout les mêmes conditions sociales. Les élèves de Paris ou de lycées privés ont de bien meilleures chances que nous, qui sommes dans un lycée où il fait 40 degrés en été. »

    L’Union locale CGT et la section PCF étaient présentes devant les deux lycées martégaux. Laetitia Sabatier, secrétaire communiste, affirme : « Les lycéens subissent la casse des services publics par effet ricochet. Ils sont en colère et veulent revendiquer, ce qui est légitime. On soutient cette mobilisation, mais pas la forme. On a décidé d’accompagner les jeunes pour leur expliquer comment se faire entendre hors de toute violence. »

    Parti à la rencontre de la jeunesse dans la matinée pour lui dire son soutien, Gaby Charroux précise toutefois : « Des revendications légitimes doivent pouvoir s’exprimer dans le calme et ne sauraient justifier (…) les dégradations ou la mise en danger de quiconque. » À Jean-Lurçat, ce discours a trouvé écho. Aïda, Esther, Léa et Mathéo veulent « essayer de monter un comité et d’organiser une réunion avec les professeurs pour faire remonter ce qui ne va pas au proviseur puis au rectorat et avoir un bon cadre lors de nos manifestations ». « On a des appuis sérieux, entre les enseignants et la mairie, ça fait plaisir de voir qu’on est entendus. »

    RÉACTIONS

    Pierre Dharréville, adjoint (PCF) au maire de Martigues

    « Les débordements ne servent pas la cause des lycéennes et des lycéens. Et ce mouvement sera gagnant s’il continue de rassembler largement et incarne la responsabilité, celle-là même que le pouvoir exécutif n’assume pas. Mais plutôt que de chercher à détourner le débat, à réprimer et à criminaliser le mouvement, le gouvernement a le devoir d’écouter. »

  • La gauche reste mobilisée pour la Poste à la Rouvière

    La gauche reste mobilisée pour la Poste à la Rouvière

    Deux jours après la forte mobilisation des usagers du bureau de la Rouvière (notre édition du 28/09), les responsables de la Poste ont été reçus, ce lundi, en maire de secteur. De quoi permettre à la maire RN des 9-10, Éléonore Bez, de crier victoire à travers un communiqué : « La Poste m’assure vouloir garder une présence à la Rouvière. » Mais elle confirme qu’il y a bien un projet de « transformation » et indique qu’elle organisera une réunion de concertation avec « l’ensemble des acteurs concernés », « afin de trouver une solution satisfaisante pour les habitants », avec des modalités discutées avec le syndic.

    Si le conseiller départemental (DVD) Sylvain di Giovanni crie lui aussi victoire, le syndicat Sud PTT alerte sur un « double discours inquiétant » et une transformation en point relais de ce bureau, avec la disparition des activités bancaires, de conseil et de certaines opérations postales : « La mairie connaissait pertinemment le projet funeste de la Poste et au terme d’une parfaite inertie, prise dans ses contradictions, voilà qu’elle tente de redorer son blason. »

    « La réponse ne peut pas être de remplacer progressivement un service complet par une offre minimale », dénonce la conseillère municipale (DVG) déléguée à l’accès aux services publics, Katia Yakoubi, qui cible un « communiqué de presse mensonger » d’Eléonore Bez. En demandant qu’habitants, représentants syndicaux, associations soient pleinement associés aux discussions.

    La section PCF du 9e pointe de son côté une « trahison » de la maire RN de secteur, qui « ne nous surprend pas », et promet de rester mobilisée pour que le bureau ne se transforme pas en simple point relais. « Ce n’est que pure spéculation », se contente de répondre l’intéressée. La Poste, sollicitée, n’a pas donné suite.

  • [Entretien] Chloé Barbey, MJCF : « Nous sommes à bout et essayons de faire passer un message fort »

    [Entretien] Chloé Barbey, MJCF : « Nous sommes à bout et essayons de faire passer un message fort »

    La Marseillaise : D’où vient le mouvement des lycéens et quelles revendications portez-vous ?

    Chloé Barbey : Dès l’été, avec l’annonce de la grève de la fonction publique et la mobilisation des fonctionnaires, qui a eu lieu mardi, nous avions décidé de suivre ce mouvement au MJCF. Dès la rentrée, nous tractions et appelions à bloquer les lycées pour cette mobilisation du 29 septembre. Aujourd’hui, la colère s’exprime suite à toutes les réformes macronistes et face à l’état de l’Éducation nationale. Être 35 par classe dans toutes les classes, ce n’est pas possible ! La recommandation, c’est autour de 25 élèves. Il y a le problème des professeurs non remplacés, tout comme celui des assistants d’éducation (AED) et des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH). Il y a aussi la question de l’état des bâtiments des établissements. Au lycée Fourcade à Gardanne, par exemple, notre cantine est beaucoup trop petite. On se retrouve à avoir une heure pour manger, mais nous n’avons pas le temps : entre la queue et le temps que les gens sortent et rentrent… Ce jeudi matin, on bloquait le lycée Valabre, toujours à Gardanne. Et les lycéens parlaient de leur internat, qui est tellement insalubre qu’ils n’en pouvaient plus.

    Ces conditions d’apprentissage pèsent-elles dans la vie quotidienne ?

    C.B. : Imaginez un cours de deux heures de philosophie, de 16h à 18h, quand on est 35 ou 40 dans la classe… C’est dur ! Quand un prof n’est pas remplacé, que ça dure des semaines ou des mois, comment on fait pour le bac ? En réalité, on se rend compte que tout est donné aux établissements privés, les subventions notamment. Tous nos ministres viennent du privé. Parcoursup privilégie le privé. Et le privé, quand on n’a pas les moyens, on n’y va pas. Moi, le privé ne m’intéresse pas, je crois en l’éducation publique.

    In fine, ce sont les mesures austéritaires qui ont touché l’Éducation nationale que
    vous dénoncez
     ?

    C.B. : Oui. Par exemple, il y a cette réforme du bac où l’on doit choisir des spécialisations très tôt. Et quand on n’a pas certaines spécialisations, comme les maths, beaucoup de filières deviennent inaccessibles. Et c’est compliqué de se dire qu’en 1re, il faut savoir exactement ce que l’on veut faire et qu’on ne pourra pas changer d’avis. Petits, nous avons vu les Gilets jaunes puis les mobilisations pour la retraite. Déjà au collège, ça m’inquiétait. On voit que ça ne va pas mieux. Notre mouvement découle un peu de tout ça. Aujourd’hui, les lycées ne fonctionnent plus.

    Il y a eu des débordements autour des blocus ce jeudi, notamment
    à Marseille. Quel est votre regard sur ces évènements
     ?

    C.B. : Le mouvement partait d’un bon fond. Dans beaucoup d’endroits, les lycées ont été bloqués « comme il faut » et sans problème. Je pense qu’il y a une part de médiatisation : rapidement, beaucoup de médias ont voulu orienter les débats sur les violences plutôt que sur nos revendications. Et dès le début, le gouvernement a expliqué qu’il ne laisserait rien passer. Ça a attisé la colère. Il ne faut pas tomber dans le piège de ne plus parler des revendications. Il faut aussi parler de la répression, des violences policières contre les lycéens. Utiliser des armes contre des mineurs… Il ne faut pas abuser. Dans beaucoup d’endroits, les blocages sont pacifiques et ça n’a pas empêché des violences de la part des forces de l’ordre. Ce n’est pas un hasard s’il y a une démonstration de force du pouvoir et une diabolisation de la jeunesse le jour où le gouvernement présente son budget. Oui, il y a eu des débordements et des choses qui auraient dû être évités. Mais nous ne sommes pas juste des lycéens qui ont la flemme d’aller en cours. Nous sommes à bout, nous essayons de faire passer un message fort.

  • À Manosque, les lycéens demandent des moyens et regrettent les violences

    À Manosque, les lycéens demandent des moyens et regrettent les violences

    « Financez l’école, pas l’armée », « on voit + nos profs que nos parents », « désolé du dérangement, on essaye de sauver notre avenir », « un lycée en ruine et des profs sous payés, mais pour eux le problème c’est le voile »… Plus de 400 lycéens se sont rassemblés devant les lycées de Manosque, munis de pancartes, jeudi matin.

    « Nos emplois du temps sont trop chargés, il n’y a pas de clim dans les classes, il fait trop chaud, on ne peut pas travailler », déplore Eden, en classe de seconde au lycée Esclangon. « Les classes sont en ruines, les profs sont sous-payés. Déjà, en troisième, il y avait un manque de moyens dans notre établissement au collège de Forcalquier. Dès qu’il pleuvait, un escalier entier était condamné », ajoute Lucie, sa camarade.

    « On est trop nombreux par classe, on a très froid l’hiver et très chaud l’été », regrette Zoé, 17 ans, élève au lycée Esclangon. Si plusieurs lycéens faisaient brûler des poubelles, des meubles, des sommiers et lançaient des projectiles, des bouteilles en verre et des explosifs en direction des policiers et de leurs camarades, la plupart d’entre eux condamnaient ces actes et regrettaient l’image que cela donne de leur mobilisation. « On va pas nous prendre au sérieux si on fait tout brûler et exploser des choses, c’est énervant ! », lance Laura, 17 ans, lycéenne à Esclangon. « C’est violent, ça décrédibilise la cause, c’est dommage », abonde Meryl, elle aussi élève de 17 ans à Esclangon. Un manifestant a été blessé à l’œil par le tesson d’une bouteille de gaz lancée dans un feu et a été évacué par les pompiers. Une journaliste de BFM DICI a été prise à partie, menacée, agressée et exfiltrée par les forces de l’ordre. Un artifice lancé dans la mairie a cassé une vitre et enflammé la moquette.

    « Un mouvement qui fait suite à l’austérité »

    « Comme nous, les enseignants, ils souffrent du manque de moyens chronique. On comprend ce mouvement qui fait suite à des années de politique d’austérité dans l’éducation », regrette éric Gauthier du Snes FSU, présent en début de matinée pour assurer la sécurité des lycéens.

    D’autres lycéens des Iscles, comme Assia, dénonçaient « la pression de Parcoursup ». « Il y a beaucoup de suppressions de postes, c’est ingérable pour les profs. Ceux qui arrivent en retard n’ont même pas de table ou de chaise où s’asseoir. On doit faire cours dans le couloir tellement il fait chaud », a déploré Léon, 15 ans, lycéen à Esclangon.

    Sept lycéens ont été placés en garde à vue et trois ont été interpellés et seront convoqués ultérieurement.

    Jeudi soir, la préfète, Isabelle Tomatis, a dénoncé « des exactions » et une « radicalisation du mouvement ». Elle a regretté « le mouvement d’aller vers les forces de l’ordre, qui étaient en retrait, pour jeter des mortiers, des aérosols dans les flammes pour provoquer des explosions et des boules de feu ».

    Au total, 950 lycéens étaient mobilisés sur le département jeudi : 800 à Manosque et Digne, et 150 à Barcelonnette.

    Lisa Défossez

    Des blocus annoncés à Gap

    Aucun lycée de Gap n’était bloqué ce jeudi, mais des appels au blocus sont relayés sur les réseaux sociaux.

    Un blocus au lycée professionnel Sévigné est annoncé ce vendredi 2 octobre. Un autre est prévu le jeudi 8 octobre au lycée Dominique-Villars. Un appel à étendre la mobilisation aux autres établissements a été lancé, même s’il est peu relayé : « Parcoursup, le 8h-18h, notre santé mentale ou une volonté de rébellion : rejoignez-nous. »

    Agathe Di Lenardo

    400 lycéens mobilisés à Digne

    400 lycéens des établissements Beau de Rochas et Alexandra David-Néel se sont mobilisés à Digne, jeudi. Un incendie a été allumé entre les deux lycées et des tirs de projectiles ont visé des policiers. Quatre interpellations ont eu lieu dans la ville préfecture.

    L.D.

    RÉACTIONS

    Fédération PCF des Hautes-Alpes

    « Face à cette mobilisation, le gouvernement choisit une nouvelle fois la répression plutôt que de répondre aux revendications. La jeunesse doit être entendue, pas réprimée. »

    Bertrand Perrin, secrétaire départemental du PCF 04

    « Ce mouvement appartient aux lycéens. Il ne doit devenir ni le marchepied d’une récupération au service d’un agenda politique, ni l’épouvantail agité par d’autres pour instrumentaliser les peurs et transformer quelques incidents en procès de toute une génération. »

    Camille Galtier, maire (DVD) de Manosque

    « Bloquer les lycées, dégrader le mobilier urbain, enflammer les espaces publics : c’est de la bêtise, voire de l’inconscience. Des interpellations ont eu lieu et les identifications sont en cours : ces actes ne resteront pas impunis. »

  • À Marseille, les lycéens sommés de rester chez eux

    À Marseille, les lycéens sommés de rester chez eux

    Pas de cours en présentiel dans 47 lycées des Bouches-du-Rhône, ce vendredi. À cela s’ajoutent quatre arrêtés préfectoraux interdisant « toute manifestation revendicative non déclarée dans les communes de plus de 10 000 habitants », « la vente de carburant au détail », « le port d’équipements de protection individuelle » ainsi que « la détention et le transport d’objets susceptibles de constituer une arme ». Une série de mesures prises en réaction à l’ampleur qu’a prise, jeudi, le mouvement social des lycéens.

    À Marseille, la mobilisation s’est en effet emparée de toute la ville, avec des blocus organisés notamment, devant les lycées Victor-Hugo (3e), Saint-Exupéry (15e), Thiers (1er), Montgrand (6e), Marseilleveyre (8e), Diderot (13e) ou encore Artaud (13e). Lancé par la mobilisation nationale de mardi centrée sur la défense des services publics, le mouvement a poursuivi sa course toute la journée de jeudi, porté par des élèves qui exigent plus de moyens dans l’éducation.

    Ils étaient, selon la préfecture, plus de 1 000 à camper devant les grilles de leur lycée pour être entendus. « Nos lycées sont en ruines. Les conditions ne sont plus acceptables. Au lycée Marie-Curie, il y a de l’amiante dans les murs, s’est indignée Rose, élève au lycée Montgrand. On a juste envie d’avoir des conditions de travail qui soient stables ».

    Au-delà de l’état des locaux, c’est aussi le manque de personnel qui est pointé du doigt, « avec des classes de 35 élèves » et des spécialités « surchargées depuis que des classes ont été supprimées » déplorent les jeunes. Les lycéens, qui n’ont de cesse de répéter qu’ils « ne veulent pas faire la guerre », dénoncent également l’augmentation du budget alloué à la défense.

    Dégradations et violence

    Les mobilisations ont donné lieu à plusieurs dégradations et débordements, notamment l’incendie d’un bus RTM et d’un véhicule des marins-pompiers devant les lycées La Floride (14e) et Saint-Exupéry (15e). Deux proviseurs, une journaliste violemment agressée, un marin-pompier et dix policiers ont été blessés dans le département, d’après la préfecture. 29 manifestants ont par ailleurs été interpellés à Marseille.

    « Vous savez quelle est la pire violence ? 120 000 lycéens n’ont eu aucune affectation Parcoursup cette année, s’est révolté Eustache, élève au lycée Montgrand et militant au Poing levé. Ça fait 10 ans que ce gouvernement mène une politique contre la jeunesse, contre les enseignants, contre l’ensemble de la population. (…) On se mobilise pour que nos services publics soient en meilleur état, et la seule réponse du gouvernement, c’est d’envoyer la police pour nous taper ».

    Lundi, dans le Val-d’Oise, un lycéen a perdu des dents à la suite d’un tir d’un policier en direction de son visage. Mercredi, à Tours, un élève a été blessé à l’œil, probablement par un tir de LBD. L’IGPN a été saisie.

  • Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Ce 29 septembre, les cortèges ont fait le plein dans l’Hérault et le Gard
    à l’appel d’une large intersyndicale de la fonction publique (la CGT, FO,
    la CFDT, l’Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP). Un coup de pression à la veille des arbitrages du gouvernement pour le prochain budget – dont la présentation avait lieu le 1er octobre – afin de protester contre le recul du pouvoir d’achat et demander davantage de moyens.
    À Montpellier, 7 000 personnes ont défilé selon les syndicats, 4 500 selon la police. La manifestation nîmoise, elle, a rassemblé 2 500 manifestants selon les syndicats. Des cortèges denses qui ont réuni des agents des trois fonctions publiques (État, collectivités, hôpital), auxquels se sont joints
    de nombreux jeunes, étudiants mais aussi lycéens, mobilisés dès le début de la journée avec le blocage de leurs établissements.

    Philippe Enjelmann, Infirmier aux urgences psychiatriques du CHU de Montpellier :
    « J’ai des collègues à l’hôpital qui dorment dans leur voiture »

    L’hôpital est attaqué et déconstruit méthodiquement depuis des années par le gouvernement main dans la main avec la direction de l’hôpital, si bien qu’on a de moins en moins de budget pour prendre en charge les patients. En psychiatrie, où je travaille, deux unités entières ont fermé ces 7 dernières années. Ce qui conduit à des situations comme samedi dernier [26 septembre, NDLR] : aux urgences, on avait un patient qui devait être hospitalisé rapidement, mais sa prise en charge a tardé faute de place et un collègue infirmier a été victime d’une agression qui lui a valu 10 jours d’ITT.

    C’est catastrophique en premier lieu pour les patients, qui voient leur prise en charge dégradée et sont accueillis dans des locaux qui ne sont pas adaptés, avec des personnels pas formés comme il faudrait. Et nous, en tant que travailleurs, non seulement on perd le sens de notre travail mais on se demande comment on va rentrer le soir… Quelle est la prochaine étape ? Se faire tuer au travail ? Tout ça pour un salaire qui fait que le 10 du mois, j’en suis déjà à attendre ma paie ? Et encore, je ne suis pas le plus mal loti : j’ai des collègues à l’hôpital qui n’ont pas un salaire assez important pour payer un loyer, si bien qu’ils dorment dans leur voiture et se douchent discrètement dans les vestiaires… On en est là. La réalité de l’hôpital aujourd’hui, c’est que les gens qui vous soignent galèrent à vivre. C’est cet avenir de précarité et de déconstruction du service public qu’on combat. »

    Audrey Amiel, Sapeur-pompier à Lunel
    « On n’a pas les moyens de faire bien le travail qu’on devrait faire »

    On n’a pas les moyens de bien faire le travail qu’on devrait faire. Ça m’attriste car c’est la population qui est touchée en premier. Manque de moyens financiers, humains, matériels : tout est imbriqué. Il y a une espèce d’étouffement général de la fonction publique, qui se ressent au quotidien.

    Je suis sapeur-pompier professionnel depuis 2010. Les conditions de travail ont beaucoup évolué, notamment avec ces départs de carence d’ambulances privées, qui se sont multipliés. Ce sont des interventions qui, normalement, ne font pas partie de notre travail. Mais quand vous avez un problème en France et que personne ne peut y répondre, on envoie les pompiers. Donc quand il n’y a plus d’ambulanciers privés pour emmener quelqu’un à l’hôpital, c’est nous qu’on sollicite. Or quand on fait ça, on ne peut pas faire une vraie urgence derrière. On nous sollicite tellement qu’on se retrouve en manque d’effectifs, parce qu’on ne peut pas faire le travail des autres et le nôtre. On a juste envie de revenir aux fondements de notre métier : faire du secours, de l’urgence. Pas du transport.

    Outre des recrutements, on voudrait également avoir des outils de travail qui permettent de protéger notre santé. Depuis des années, on intervient sur des feux de forêt sans se protéger… Enfin, s’agissant des salaires, le dégel du point d’indice des fonctionnaires est un des mots d’ordre de la mobilisation auquel nous nous associons en tant que fonctionnaires territoriaux. »

    Corinne Place, Enseignante dans le 1er degré à Nîmes

    « On encaisse, on encaisse, mais là ce n’est plus possible »

    Je suis enseignante dans le premier degré, avec une classe de CP, CE1 et CE2 dans le nord du Gard. Si je suis là aujourd’hui, c’est pour défendre le service public, mais aussi nos conditions de travail et notre pouvoir d’achat. Cela fait des années que nos rémunérations stagnent et que notre niveau de vie se dégrade. On encaisse, on encaisse, mais à un moment, ce n’est plus possible.

    Dans les écoles, ce manque de moyens se voit partout. Le symbole qui parle pour tous les autres, c’est les AESH, indispensables pour accompagner les élèves en situation de handicap mais qui restent dans une très grande précarité. Nous demandons qu’elles aient enfin un véritable statut, qu’elles soient formées, reconnues et suffisamment nombreuses.

    Et puis il y a l’état des bâtiments. Cette année encore, avec les fortes chaleurs dès le mois de mai, certaines classes sont devenues très difficiles à supporter. On sait depuis des années qu’il faut adapter les écoles au réchauffement climatique. Parfois, il suffirait déjà de choses simples : des stores, des volets, des brasseurs d’air, la possibilité d’aérer les bâtiments tôt le matin. Les collectivités font avec leurs moyens, mais ils sont limités. Au bout du compte, ce sont les personnels et surtout les élèves qui subissent. Défendre une école publique forte, cela suppose de lui donner réellement les moyens de fonctionner. »

    Francis Foussard, Ingénieur hydraulique au CD30 à Nîmes.
    « Par ces chaleurs, c’est surtout le point d’indice qu’il faut dégeler »

    Nous sommes là pour défendre le service public, les conditions de travail de ses agents et leurs rémunérations. Ce qui nous inquiète aujourd’hui, c’est la perspective d’un nouveau budget d’austérité qui viendrait encore réduire les moyens de la fonction publique. Mais cet été a aussi montré très concrètement ce que signifie le manque de moyens face au dérèglement climatique. Au Conseil départemental, on le voit notamment pour les collègues qui travaillent sur les routes. Lors des épisodes de canicule, certains se retrouvent exposés à des températures très importantes et nous demandons encore qu’un véritable plan de travail adapté soit mis en place. On ne peut pas demander aux agents d’assurer leurs missions en mettant leur santé en danger.

    Même constat pour les services d’incendie et de secours. Cet été a montré jusqu’où peut aller cette impréparation : en Gironde, les incendies ont entraîné le plus grand déplacement de population depuis la seconde guerre mondiale, tandis que plusieurs agents ont perdu la vie et que des dizaines d’autres ont été blessés lors des interventions. On demande des moyens humains, des conditions de travail dignes et, évidemment, une revalorisation salariale. Le dégel du point d’indice est indispensable. Et par ces fortes chaleurs, c’est peut-être bien le dégel que les fonctionnaires attendent le plus ! »