Lever de rideau lundi du procès en appel des effondrements de la rue d’Aubagne. Près de trois cents personnes ont pris place dans le calme dans cette même salle des procès hors normes à la caserne du Muy. 106 parties civiles se sont constituées au nouveau procès du drame du 5 novembre 2018 qui doit retenir la cour d’appel d’Aix-en-Provence délocalisée à Marseille jusqu’au 18 décembre.
Caméras et objectifs ont braqué les visages de 14 prévenus revenus répondre de huit homicides involontaires, de blessures involontaires aggravées, et pour certains de mise en danger d’autrui et de soumission à des conditions d‘hébergement indignes. Les visages sont crispés, conscients que se joue ses prochaines semaines leur sort pénal définitif, avec peut-être moins indulgence qu’il y a deux ans. Une voiture aux vitres fumées débarque Amine Kessaci au procès. Le président de Marseille Habitat – la SEM de la Ville poursuivie pour l’abandon du 63 rue d’Aubagne – débarque avec ses gardes du corps fébriles. Aux familles qui viennent l’embrasser, le jeune homme dit : « C’est important d’être là et de rappeler à tout le monde que chacun doit être responsable. » L’adjoint au maire de Marseille avise la cour qu’il sera retenu aux assises pour l’assassinat de son demi-frère. « Notre démarche reste inchangée : contribuer à la recherche de la vérité, dans le respect de la justice et de la décision que rendra la cour », a-t-il posté sur X.
« Il y a 8 ans, deux immeubles s’effondraient, entraînant au premier chef la mort de 8 personnes. Cette seule circonstance doit nous inviter à une forme de mesure », a débuté le président de la cour, Fabrice Naudé, qui sait que les débats ne manqueront pas « de susciter à nouveau des réactions ». Il balaye le trouble que peut susciter un procès d’appel dans la même salle qu’en première instance. « Cette unicité de lieu pourra donner un sentiment de déjà-vu, mais ce procès sera nécessairement différent ; différent d’abord parce que les 4 magistrats de cette cour ne sont pas les mêmes. Ils ont des profils, des expériences, des sensibilités différentes ; différent aussi car la cour est comptable de son raisonnement devant la chambre criminelle de la Cour de Cassation. »
Appelé à témoigner avec d’autres collectifs, Un Centre Ville Pour Tous paraît aborder ce procès dans l’offensive, outrée par la mansuétude du jugement de première instance. Déjà, elle dénonce « les responsabilités politiques » dans la genèse de ce drame, « les stratégies de pourrissement du bâti pour évincer des populations précaires du centre-ville », « la connivence entre les milieux politiques et l’immobilier » que Xavier Cachard, l’un des prévenus, incarne à ses yeux.
« Il y aura moins de pleurs et plus de rage car on pensait que les prévenus allaient montrer plus de compassion », assure Linda, la cousine de Cherif Zemar, mort dans le taudis loué par Xavier Cachard.
« Ce procès dépasse Marseille. Il interroge la République tout entière sur sa capacité à protéger chacun de ses citoyens » a déclaré sur X, le maire de Marseille, Benoît Payan (DVG) dont la constitution de partie civile de la Ville a été rejetée en première instance, eu égard à la mise en cause du service de la gestion des risques sous Gaudin. « L’habitat indigne n’est pas une fatalité. Il prospère lorsque la vulnérabilité des habitants devient une opportunité économique, lorsque les alertes restent sans réponse et lorsque le droit à un logement digne demeure une promesse inachevée », a encore rappelé Benoît Payan.
Passées les batailles de procédure, les premières prises de parole des prévenus sont attendues mardi. La cour a déjà salué « la pleine disponibilité » de tous les experts convoqués « pour apporter le maximum d’éclairage sur les faits, pour la confrontation précieuse des analyses et l’échange des points de vue sur ce qui a pu se passer ou pas ».
« Il y aura moins de pleurs et plus de rage »

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