[Entretien]« Trump a déjà commencé à contester les résultats »

La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur la campagne des démocrates ?

Philip Breeden : On est prudents mais optimistes. Il y a clairement un ras-le-bol concentré sur le pouvoir d’achat aux États-Unis et le fait que l’administration n’a pas tenu ses promesses sur le pouvoir d’achat et même empiré la situation avec le cas en Iran. Des électeurs républicains, mécontents de l’action du président sont prêts à s’abstenir ou, pour certains, voter pour les Démocrates dans les élections locales.

C’est un vote d’adhésion aux propositions du Parti démocrate ou d’opposition à Donald Trump ?

P.B. : Un peu les deux. Des sondages montrent que les Démocrates sont considérés plus sérieusement sur les questions économiques. On n’a pas vu ça depuis un moment. Je pense que les gens sont aussi prêts à écouter le parti sur les sujets sociaux. Mais clairement, il y a un ras-le-bol vis-à-vis de l’administration en place qui est très important aussi. Si les Démocrates gagnent le Sénat et la Chambre des représentants, ça va être à nous de montrer qu’on est capable d’apporter des solutions.

Comment faire d’ici l’élection présidentielle ? Le parti semble divisé entre deux lignes allant de Kamala Harris à Zohran Mamdani pour ne citer qu’eux.

P.B. : Le Parti démocrate, c’est ce qu’on appelle un « big tent », un grand chapiteau [ou parti attrape-tout, Ndlr.] dans lequel plusieurs tendances se retrouvent. Parfois, les Démocrate ont besoin d’un peu de temps pour s’organiser, c’est comme ça depuis toujours. Et on arrive à gouverner quand on est au pouvoir. Les élections, c’est une chose. Les campagnes, c’en est une autre. Mais je pense qu’ils ont une vision pour ce qu’ils veulent faire quand ils arriveront à Washington en janvier. L’important c’est d’apporter des solutions pour le pouvoir d’achat et d’arrêter la guerre en Iran. Il faudra aussi mener beaucoup d’investigations sur la corruption dans l’administration actuelle. Ça, c’est les grandes lignes. Les élections de mi-mandat ne changent pas grand-chose dans le domaine des affaires étrangères, où un président a beaucoup plus de pouvoir, de flexibilité. Et un changement dans le Congrès ne change pas grand-chose dans ce domaine, sauf sur les questions de budget. Mais du point de vue des citoyens lambdas aux États-Unis, ça peut changer beaucoup de choses.

Donald Trump a-t-il fait de ce scrutin un référendum pour ou contre lui ?

P.B. : Oui et il a fait ça en 2018 aussi. Les experts disent toujours qu’un président ne doit pas faire ça pour les élections de mi-mandat, parce qu’il y a presque automatiquement une réaction contre l’administration en place. C’est pourquoi il faut laisser les candidats de l’administration en place faire la campagne sans trop montrer le président, parce que ça n’aide pas. Trump croit fermement que c’est lui qui mène le jeu. Il a refusé ces conseils en 2018 et cette année aussi. Il est très présent et dit clairement qu’il faut voter comme s’il était sur le bulletin de vote, parce que c’est comme ça qu’on gagne. Nous pensons qu’il a tort et pas mal de Républicains n’y croient pas non plus. On l’a vu durant la campagne, ils n’ont pas affiché le président sur leurs sites web par exemple.

On reste prudents parce que Trump est quelqu’un qui casse les codes. Les sondages ont pu être trompeurs dans le passé, mais là, ce serait extrêmement étonnant de ne pas voir les Démocrates au pouvoir à la Chambre des députés et on a une chance importante de gagner le Sénat aussi. Ce qui est important parce que c’est dans cette chambre qu’est donné l’accord pour la nomination des juges fédéraux et des ambassadeurs par exemple.

Vous vous préparez à ce qu’il conteste le résultat de ces élections ?

P.B. : Il va les contester, c’est sûr, on n’a pas peur, on est préparé, il a déjà commencé. Les midterms, c’est 50 élections le même jour, dans 50 États, donc c’est quasiment impossible de freiner ça, de ne pas faire respecter les résultats. Il va essayer, il va soulever des questions sans arrêt mais on est confiant sur le fait que le système va savoir résister à tous ces efforts un peu bidons qu’il va entreprendre. Il a fait déposer un recours préventif contre une victoire démocrate en Alaska. Celle-ci vise un procédé parfaitement légal, même si ce n’est pas moralement encouragé, de « nuisance candidate », candidature fantoche, qui vise à siphonner les votes d’un autre [Ici, face à l’élu républicain Dan S. Sullivan, s’est présenté un homonyme, Dan J. Sullivan, encouragé par le Parti démocrate, dont la candidate est Mary Peltola, Ndlr.]. Et le juge a rejeté la plainte de l’administration Trump.

Aux États-Unis, près de 200 millions d’électeurs sont amenés ce mardi à renouveler leur Congrès à l’issue des élections de mi-mandat qui détermineront les deux années à venir de l’administration sortante. Traditionnellement, c’est l’opposition qui rafle la mise.

Les Démocrates font donc figure de favoris autant au Sénat qu’à
la Chambre des représentants. Ces derniers restent tout
de même prudents, les sondages ayant par le passé sous-estimé
la mobilisation de la base trumpiste. Reste à savoir si les Maga valideront ou désavoueront l’action de leur président.

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