Autour de Gabriel Picca, exploitant agricole à Saint-Andiol, des vergers à perte de vue et, au milieu, quelques grands hangars dans lesquels flotte une douce odeur de pommes. Cette senteur aux « allures de bonbons », comme l’évoque l’agriculteur du mas Saint-Joseph, c’est celle de la Juliet, variété originaire du Vaucluse et du nord des Bouches-du-Rhône cultivée ici en bio.
S’il ne cultive pas que des pommes, la seule Juliet, qui déboule dans les rayons des supermarchés depuis quelques jours, représente tout de même 40% du chiffre d’affaires de l’entreprise de Gabriel Picca. En tout et pour tout, 400 à 500 tonnes sont produites chaque année dans son exploitation. Une variété « très résistante, bien plus que d’autres », assure l’exploitant qui cultive une dizaine de pommes différentes, avec chacune une période de récolte spécifique. L’été caniculaire n’a pas tellement affecté le rendement. Le problème ne venant pas de l’eau, la zone étant bien irriguée, mais surtout des fortes chaleurs qui affectent directement le fruit. « Quelques coups de soleil, mais rien de particulier. Les dernières nuits fraîches ont même donné une belle coloration », glisse l’exploitant.
Lundi 19 octobre, la pluie a stoppé la récolte. « Ce n’est agréable pour personne et ça peut être dangereux et on n’est pas efficace » explique le patron. Mais ils ne restent pas inactifs pour autant. Car à quelques mètres des pommiers, dans un hangar, une dizaine de personnes s’affairent à mettre dans des caisses les pommes avant qu’elles ne soient expédiées. Le tri des fruits est fait, lui, par une machine qui trône derrière les saisonniers. Des caméras analysent la taille, la coloration et même la potentielle pourriture à l’intérieur du fruit.
le coût des contrôles
Gabriel Picca a fait le pari du bio il y a plus de vingt ans. « Jamais on ne retournera au conventionnel », assure l’exploitant agricole. « J’ai vu la vie revenir dans nos terres. Des hérissons, des chouettes et toutes sortes d’animaux », poursuit son père, Jean-Claude. L’idée de cultiver la Juliet, lancée par un pépiniériste local, rentrait parfaitement dans cette volonté. Depuis 2001, la variété n’a cessé de prendre plus de place dans les vergers des Picca. Le mas Saint-Joseph fait partie de la quinzaine de premiers producteurs à avoir tenté l’aventure, sans lâcher la variété depuis. « Elle ne craint pas grand-chose, est bonne au goût et tient bien à la cuisson », assure Gabriel Picca, le fruit à la main.
Seul bémol, les tâches administratives. Les différentes certifications demandent un cahier des charges exigeant. « C’est vraiment une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. D’autant que c’est nous qui payons les contrôles, ce qui représente entre 2 000 et 3 000 euros à notre charge », souffle Gabriel Picca.

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