Mon fils, cette période est révolue, nous devons l’oublier. » Ce sont les mots que les parents de Lucien Limousin lui ont longtemps répétés à propos de la guerre. Une période sombre qu’ils ont très peu évoquée, mais qui a profondément marqué celui qui est aujourd’hui vice-président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône et ancien maire de Tarascon pendant douze ans, une ville passée aux mains du Rassemblement national lors des municipales de mars dernier.
« J’ai décidé de ne pas me représenter. Mon premier adjoint a tenté de prendre ma suite, mais il a échoué. ça fait très mal de voir ça, c’est quelque chose que je n’aurais sûrement pas voulu. Surtout au regard des valeurs que j’ai héritées de ma famille, ce n’est pas dans mes gènes », confie cet homme de 78 ans.
Le devoir de mémoire
Lucien Limousin n’a jamais raconté son histoire, ni celle de ses parents. Mais à la veille de la sortie du film Moulin, réalisé par László Nemes, il a décidé de témoigner. Pour la mémoire, mais aussi pour les générations futures. « C’est important de vous recevoir dans cet espace muséal, parce que Jean Moulin avait de la famille à Saint-Andiol. C’est ici que vivaient ses grands-parents », souligne-t-il. « C’est une des communes dont je suis élu. J’ai à cœur de mettre en avant la politique que mène le conseil départemental pour soutenir les anciens combattants et le devoir de mémoire. »
Mais ce ne sont pas uniquement des considérations politiques qui ont conduit Lucien Limousin à prendre la parole. « Je suis le fils d’un déporté. Mon père habitait le Pas-de-Calais. Il était le fils de parents, donc mes grands-parents, communistes. Un jour, la Gestapo est arrivée pour arrêter mon grand-père qui avait été prévenu et n’était pas rentré. Mon père avait alors 18 ans, était présent à la maison et comme il était assez grand, c’est lui qu’ils ont pris. Il a été interné à Valenciennes puis transféré à la forteresse de Huy, en Belgique. Il a eu la reconnaissance du titre d’interné, puis au fil du temps, grâce au travail d’associations, tous ceux qui ont été internés en Belgique ont eu le titre de déportés politiques », raconte-t-il.
La violence et les coups
« Quand il est rentré de là, il est parti au Service du travail obligatoire. Dans ce camp de travail, comme quoi tout malheur peut être bon, il a rencontré ma mère, qui était Polonaise. Mes grands-parents, eux, avaient été fusillés, victimes de la germanisation de la Pologne. Il est ensuite rentré avec celle qui est devenue ma mère. »
C’est à Tarascon-sur-Ariège que naît Lucien Limousin. « Tarascon, pour moi, c’est une véritable destinée, du sud-ouest de la France vers la Provence », sourit-il.
Pour autant, il ne sait que très peu de choses sur cette période de la vie de ses parents. « Je n’ai que très peu de détails sur leurs conditions de détention. J’ai en mémoire que mon père m’avait raconté qu’un jour, l’un de ses compagnons de détention, qui était particulièrement âgé, était tombé parce qu’il n’arrivait pas à transporter ce qu’on leur demandait et mon père s’est précipité pour le ramasser. Il s’est fait rouer de coups pour avoir aidé un vieil homme », se souvient-il. « Ma mère, elle, avait une cicatrice, du coin de la bouche vers le menton, et ce n’est que plus tard qu’elle m’a avoué avoir reçu un coup de cravache d’une kapo dans les camps de travail. »
Un souvenir douloureux qui résonne avec le contexte actuel. « La situation géopolitique est difficile à travers le monde. On voit bien que la guerre est à nos portes et nous avons besoin de faire attention. D’où l’importance du film pour rappeler aux jeunes, mais pas que, ce qu’une idéologie peut entraîner comme haine et discrimination. »
![[Témoignage] Lucien Limousin, le devoir de mémoire d’un enfant de déporté](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/10/c72898dcbdab4ec19e0ea7a025305d53.jpg)