À chaque scrutin, le pays semble redécouvrir son racisme, sa misogynie, son autoritarisme et sa nostalgie de la dictature. Comme si ces vieilles connaissances venaient de débarquer au port de Salvador. Le bolsonarisme n’apporte rien de neuf. Il a remis au goût du jour un héritage soigneusement conservé, avec des outils autrement plus sophistiqués.
À deux jours du second tour, le dernier sondage Datafolha donne Lula et Flávio Bolsonaro à égalité, avec 50% des suffrages valides chacun. Un résultat vertigineux pour un pays qui, quatre ans plus tôt, pensait avoir tourné la page Bolsonaro. Le père a transmis son ADN politique, le fils entend en faire un héritage présidentiel. Au Brésil, les ambitions politiques se transmettent parfois comme les vieilles propriétés : avec les titres, les dettes et les secrets. Une autre affaire trouble la campagne. Meta, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, est au cœur d’une controverse sur le traitement des candidats. Selon la presse brésilienne, des restrictions auraient pénalisé les comptes de Lula, tandis que des contenus de Flávio Bolsonaro auraient bénéficié de recommandations algorithmiques interdites par les règles électorales.
Meta invoque des défaillances techniques et conteste tout favoritisme. Le Tribunal supérieur électoral a exigé des explications. Son conseil de surveillance a aussi dénoncé des failles de modération électorale.
Il ne s’agit pas d’affirmer que la Silicon Valley choisira le prochain président du Brésil. Mais lorsqu’une entreprise privée contrôle une grande part de l’information politique, la frontière entre dysfonctionnement technique et déséquilibre démocratique devient particulièrement inquiétante. L’affaire dépasse les frontières brésiliennes. En France, des responsables de gauche alertent sur les conséquences d’une victoire bolsonariste, avant la présidentielle de 2027. L’inquiétude est légitime. Mais l’Europe aurait tort de regarder le Brésil comme un miroir exotique de ses propres dérives. Elle connaît trop bien les vieux démons de l’autoritarisme, et certains se portent admirablement bien.
Ce qui frappe, c’est la rencontre entre des idéologies anciennes et des technologies capables d’en amplifier la portée. Le mépris, la peur, la haine de l’autre n’ont rien de nouveau. Leur vitesse de propagation, en revanche, aurait de quoi impressionner les propagandistes d’autrefois. Dimanche, les Brésiliens choisiront leur président. Ils ne pourront effacer les stigmates de leur histoire. Mais ils devraient au moins pouvoir voter sans se demander si les algorithmes ont décidé, eux aussi, de participer au scrutin.
Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil,
son pays.

Leave a Reply