Tag: presse

  • [Point de vue] Après Lula, quelles leçons pour la gauche ?

    [Point de vue] Après Lula, quelles leçons pour la gauche ?

    Élu pour la quatrième fois président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva redonne espoir au-delà de ses frontières. Mais entre les félicitations et l’emprunt d’une méthode de campagne, l’intérêt se porte sur la façon dont cette victoire s’est construite.

    Pedro Sánchez y voit un encouragement pour l’Espagne. Selon l’hebdomadaire brésilien Veja, ses soutiens, comme ceux de Jean-Luc Mélenchon et du péronisme argentin, s’inspirent de l’« Exército do Lula » (« l’armée de Lula »). Animé par le député André Janones, ce canal WhatsApp distribue des missions : relayer les messages favorables ainsi qu’inviter des proches. Autre consigne : ignorer les publications adverses, sans les commenter ni les partager. En France, le député insoumis Antoine Léaument reprend cette idée : ne plus amplifier les contenus d’extrême droite, même pour les contredire.

    L’intérêt de cette expérience tient à une idée simple : responsabiliser les citoyens, les impliquer dans la campagne en leur donnant les moyens d’agir. Les électeurs participent à une campagne dont ils peuvent se sentir acteurs.

    La preuve : le 24 octobre, les foules se pressent à Copacabana, à Rio, puis sur l’avenue Paulista, à São Paulo. Familles, enfants et personnes âgées se mêlent aux chants et aux danses. La joie devient une manière de résister à la peur. « Vous êtes affecté de joie. Votre puissance d’agir est augmentée », expliquait Gilles Deleuze.

    Le geste voyage aussi. De la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum à l’acteur américain Mark Ruffalo, le « L » formé avec les doigts devient un signe de ralliement international. Un petit air de Hunger Games, version brésilienne : deux doigts suffisent pour se reconnaître.

    Mais les réseaux qui mobilisent servent aussi à désigner des cibles. Après le scrutin, des appels à licencier les électeurs du Parti des travailleurs (PT), celui de Lula, et des listes de commerces à boycotter circulent. Au Paraná, l’élue bolsonariste Jessicão exhorte à congédier les salariés favorables au PT. À Rio, la justice du travail ordonne à la députée bolsonariste Índia Armelau de cesser d’encourager ces discriminations. Selon la Folha de S.Paulo, 1 143 signalements de harcèlement électoral sont enregistrés dans les trois jours suivant le vote, sans constituer autant de licenciements établis.

    Ces représailles rappellent que la victoire électorale ne suffit pas à protéger la liberté de chacun. Elles invitent à regarder l’expérience brésilienne dans toute sa complexité. Et le nombre d’abonnés à un canal ne dit pas combien d’électeurs il a convaincus.

    Ce qui peut voyager du Brésil est aussi une exigence : permettre aux citoyens d’agir, puis protéger leur droit d’avoir choisi. L’espoir change de camp lorsqu’une victoire devient possible. Il prend racine lorsqu’on peut la célébrer sans craindre de perdre son emploi.

    Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil, son pays.

  • Des pitchouns journalistes au siège de « La Marseillaise »

    Des pitchouns journalistes au siège de « La Marseillaise »

    Il y avait des pitchouns journalistes à la conférence de rédaction de La Marseillaise ce jeudi. Des écoliers encadrés par des mamans et Francesca de l’association Cultures du Cœur 13 ont assisté aux échanges avant de prendre la place des journalistes autour de la grande table de réunion. Studieux, ils avaient noté les mots qui ont retenu leur attention pour en savoir plus et préparé des questions pour Léo Purguette, le président et directeur éditorial de La Marseillaise.

    Une initiation au journalisme qui a aussi été l’occasion de revenir sur l’histoire de notre journal, pour le plus grand bonheur d’un élève de CM2 qui savait déjà tout de l’Occupation et de la Résistance.

  • 30 exemplaires de « La Marseillaise » vendus sur le marché de Digne-les-Bains

    30 exemplaires de « La Marseillaise » vendus sur le marché de Digne-les-Bains

    Ce mercredi les 30 exemplaires prévus pour être diffusés sur le marché de Digne-les-Bains ont tous été vendus. Une réussite pour Frédérique Laîné qui anime le comité départemental de l’association : « Nous avons eu un très bon accueil. »

  • [Point de vue] Lula, la victoire du sursaut

    [Point de vue] Lula, la victoire du sursaut

    Je dois l’avouer : je respire un peu mieux.

    À l’issue du premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva, habitué aux renaissances comme aux revers, doit retrouver le chemin des électeurs. Sa campagne semble trop compter sur son bilan. Flávio Bolsonaro, lui, s’appuie sur l’héritage familial et deux préoccupations majeures : l’insécurité, qui pèse sur le quotidien, et le coût de la vie, qui éprouve les budgets. Lui-même évangélique, il sait parler à cet électorat devenu central.

    Entre les deux tours, la mobilisation populaire gagne la rue. D’abord tétanisés par un possible retour de l’extrême droite, des citoyens agissent sans attendre les consignes du Parti des travailleurs. Étudiants, artistes et supporters de football se retrouvent dans les rassemblements. L’élan se nourrit aussi de rencontres minuscules. Dans un reportage de la revue Piauí, un couple propose aux passants une minute de conversation ; d’autres offrent une fleur pour engager la discussion. « Ce que la vie nous demande, c’est du courage », écrit Guimarães Rosa dans Grande Sertão : Veredas. Ils semblent l’avoir pris au mot.

    Sur WhatsApp, le député André Janones donne à cette mobilisation un puissant relais. Téléphone à la main, Lula appelle à convaincre autour de soi. Chacun contribue avec ses mots, ses proches, le temps dont il dispose.

    La campagne revient au quotidien : préserver le pouvoir d’achat, travailler moins sans perdre de salaire, protéger les droits sociaux. Et défendre la démocratie.

    Selon le politologue André Singer, ce changement s’amorce dès septembre. L’entre-deux-tours l’amplifie et élargit le rassemblement aux déçus du gouvernement : critiquer Lula n’empêche pas de redouter le retour du bolsonarisme.

    Entre les deux tours, Lula gagne dix millions de voix supplémentaires, bien davantage que Flávio Bolsonaro. Dans le Nordeste, son bastion électoral, il renforce son soutien, dans le Sud-Est, il réduit son retard. La participation, elle aussi, progresse.

    Ces voix lui donnent la victoire, mais l’obligent aussi : répondre aux attentes sociales face à un Congrès renforcé à droite. Ses responsabilités dépassent les frontières du pays. En Amazonie, Lula sera attendu sur la lutte contre la déforestation et la défense des peuples qui l’habitent. La forêt stocke d’immenses quantités de carbone et alimente les pluies en Amérique du Sud. Sa destruction aggrave le réchauffement climatique. Son avenir nous concerne jusqu’à Marseille, déjà confrontée aux sécheresses et aux chaleurs extrêmes.

    Reste à gouverner ce Brésil, avec ses fractures et son goût de l’improbable. On pourrait y voir du réalisme magique, mais on connaît quelques-uns des artisans du prodige : des citoyens qui s’arrêtent pour parler à des inconnus, une fleur à la main.

    Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil,
    son pays.

  • [Point de vue] Brésil : les fantômes et les algorithmes

    [Point de vue] Brésil : les fantômes et les algorithmes

    À chaque scrutin, le pays semble redécouvrir son racisme, sa misogynie, son autoritarisme et sa nostalgie de la dictature. Comme si ces vieilles connaissances venaient de débarquer au port de Salvador. Le bolsonarisme n’apporte rien de neuf. Il a remis au goût du jour un héritage soigneusement conservé, avec des outils autrement plus sophistiqués.

    À deux jours du second tour, le dernier sondage Datafolha donne Lula et Flávio Bolsonaro à égalité, avec 50% des suffrages valides chacun. Un résultat vertigineux pour un pays qui, quatre ans plus tôt, pensait avoir tourné la page Bolsonaro. Le père a transmis son ADN politique, le fils entend en faire un héritage présidentiel. Au Brésil, les ambitions politiques se transmettent parfois comme les vieilles propriétés : avec les titres, les dettes et les secrets. Une autre affaire trouble la campagne. Meta, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, est au cœur d’une controverse sur le traitement des candidats. Selon la presse brésilienne, des restrictions auraient pénalisé les comptes de Lula, tandis que des contenus de Flávio Bolsonaro auraient bénéficié de recommandations algorithmiques interdites par les règles électorales.

    Meta invoque des défaillances techniques et conteste tout favoritisme. Le Tribunal supérieur électoral a exigé des explications. Son conseil de surveillance a aussi dénoncé des failles de modération électorale.

    Il ne s’agit pas d’affirmer que la Silicon Valley choisira le prochain président du Brésil. Mais lorsqu’une entreprise privée contrôle une grande part de l’information politique, la frontière entre dysfonctionnement technique et déséquilibre démocratique devient particulièrement inquiétante. L’affaire dépasse les frontières brésiliennes. En France, des responsables de gauche alertent sur les conséquences d’une victoire bolsonariste, avant la présidentielle de 2027. L’inquiétude est légitime. Mais l’Europe aurait tort de regarder le Brésil comme un miroir exotique de ses propres dérives. Elle connaît trop bien les vieux démons de l’autoritarisme, et certains se portent admirablement bien.

    Ce qui frappe, c’est la rencontre entre des idéologies anciennes et des technologies capables d’en amplifier la portée. Le mépris, la peur, la haine de l’autre n’ont rien de nouveau. Leur vitesse de propagation, en revanche, aurait de quoi impressionner les propagandistes d’autrefois. Dimanche, les Brésiliens choisiront leur président. Ils ne pourront effacer les stigmates de leur histoire. Mais ils devraient au moins pouvoir voter sans se demander si les algorithmes ont décidé, eux aussi, de participer au scrutin.

    Journaliste, Dani Legras nous livre son analyse de la présidentielle au Brésil,
    son pays.

  • Un évêque dénonce les violences sexuelles dans l’Église

    Un évêque dénonce les violences sexuelles dans l’Église

    L’Église a mis en place les structures qui ont permis d’agresser, et il en reste des réminiscences » : l’évêque de Digne, Riez et Sisteron, Mgr Emmanuel Gobilliard, a appelé vendredi à cesser de protéger l’Église coûte que coûte face aux témoignages de victimes de violences sexuelles. Il prenait la parole devant les 150 membres du personnel de l’enseignement catholique des Alpes-de-Haute-Provence, réunis pour une formation obligatoire à la prévention des violences sexuelles, une « première en France » selon l’évêque.

    Mgr Emmanuel Gobilliard a regretté le fait que le premier réflexe de beaucoup de religieux soit de défendre l’institution, plutôt que d’écouter la parole des victimes. « La personne victime doit passer avant tout, avant la réputation d’une institution », a-t-il lancé au micro à l’ouverture de la journée de formation, pendant laquelle le procureur de Digne-les-Bains, Antoine Pesme, intervenait notamment. Le prélat a comparé ce « réflexe de protection » à celui « d’un animal qui se sent oppressé et qui attaque les autres ». « Lorsqu’une institution est attaquée, elle attaque la presse, les victimes et l’institution judiciaire, alors que c’est justement les trois qui nous sauvent », a-t-il argumenté, malgré le fait que « cette défense de l’institution est destructrice de l’institution elle-même ».

    « Je suis chrétienne, et, quand je dénonçais les choses, on me disait que je voulais démolir l’Église », a abondé Isabelle Chartier Siben, médecin psychothérapeute, victimologue et cofondatrice d’une association d’aide aux victimes, qui intervenait également pour former le personnel de l’enseignement catholique.

    Face à ce silence destructeur, Mgr Emmanuel Gobilliard a appelé à développer une « culture du signalement, dès qu’on a un doute » puisque « les abus prospèrent dans le secret, l’isolement et les relations d’emprise ».

    « Sans la presse, les choses ne bougent pas »

    « Sans médiatisation, on se protège entre nous », a regretté l’évêque. « Sans la presse, les choses ne bougent pas », a abondé Isabelle Chartier Siben, qui affirme faire partie des « lanceurs d’alerte » sur le sujet des violences sexuelles dans l’Église. Les religieux ont appelé à faire cesser le « terreau mortifère » qui permet aux auteurs de commettre des violences sur des enfants.

    « Les faits prescrits, c’est un drame. Je suis à 1 000% pour l’imprescriptibilité. Je crois qu’on va bientôt l’avoir grâce à la loi intégrale », a par ailleurs avancé Isabelle Chartier Siben. L’Église reconnaît les faits de violences sexuelles « même si l’auteur est décédé », a affirmé Pascale Poch, médecin et responsable pour le diocèse des cellules d’écoute et de veille. Cette dernière « a fait partie de la première cellule d’écoute » et a « vu les ravages dans la vie des personnes victimes d’abus ».

    Emmanuel Gobilliard a créé avec le diocèse de Paris le premier protocole d’accord avec le parquet de Lyon, parce qu’il a vu « à quel point on partait de très loin ». Il a alors demandé « à ce que des formations soient entreprises, et on a mis en place une plateforme de sensibilisation à la prévention des abus. On a entrepris de former les personnels de l’enseignement catholique, avec quelques récalcitrants ».

    Ce dispositif de formation existe depuis 2020 et le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase).

    Dès qu’une personne est mise en examen, elle a « interdiction d’exercer » dans l’Église, a affirmé Mgr Emmanuel Gobilliard, ce qui permet le bon déroulement de l’enquête. « Toute une partie du Code pénal de l’Église concernant les peines a été réécrite à la suite de l’émergence des affaires de pédocriminalité. Il a été complètement refait », a expliqué Pascale Poch. « 100% » des signalements reçus font l’objet d’un signalement à la justice, selon Mgr Emmanuel Gobilliard.

  • Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Ollioules : opération coup de poing de la CGT à Carrefour

    Préparée dans le plus grand secret – le lieu ayant été précisé au dernier moment à la presse – pour que l’électrochoc fonctionne à plein régime et éviter aussi que la direction ne vienne mettre des bâtons dans les roues, la mobilisation s’est déroulée dans une parfaite fluidité. Entrés sans encombre dans le magasin dès 9h, les manifestants ont défilé dans l’allée centrale de l’hypermarché, arborant drapeaux et chasubles de la CGT. Une centaine de salariés de l’enseigne sont venus inviter leurs collègues d’Ollioules à les rejoindre dans le combat pour défendre leurs droits et leurs intérêts.

    Dans sa prise de parole, le délégué syndical Patrick Aitaissa a dénoncé la stagnation des salaires, la réduction des effectifs et les conséquences des conditions de travail sur la santé des salariés, en rappelant les milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Carrefour. Histoire d’insister sur le décalage entre les résultats de l’entreprise et leur pouvoir d’achat.

    « Qui fait tourner les magasins ? Nous, les caissières, les employés libre-service, les boulangers, les bouchers, les manutentionnaires, les agents de sécurité... », martèle le responsable syndical. Et de poursuivre : « Les prix du loyer, de l’énergie et du caddie explosent. Et nos fiches de paie n’avancent pas. »

    La CGT pointe ensuite les responsabilités. À commencer par celle de la direction. Le syndicat l’appelle à respecter la clause de revoyure prévue dans le cadre des négociations annuelles obligatoires (NAO), estimant que celle-ci doit permettre une évolution des salaires lorsque l’inflation augmente. « Quand l’inflation dérape, les salaires doivent suivre. Ce n’est pas une faveur, c’est un engagement », rappelle Patrick Aitaissala en demandant donc son application.

    Autre sujet mis en avant lors de cette mobilisation : les conditions de travail. La CGT dénonce « des effectifs réduits à l’os pour faire tourner le magasin » et des cadences qui épuisent et pèsent directement sur la santé des salariés. Mais aussi des changements de planning de dernière minute et les dimanches imposés.

    La CGT estime d’ailleurs que les alertes, lancées par les salariés concernant la sécurité et la souffrance au travail, ne sont pas suffisamment prises en compte. Et cerise sur le gâteau : des licenciements pour inaptitude, selon le syndicat, venant récompenser les loyaux services une fois les corps abîmés.

    Un autre rapport de force

    La mobilisation a en effet également porté sur le devenir de ces salariés confrontés à des problèmes de santé liés à leurs conditions de travail.

    « Nous exigeons l’arrêt de ces licenciements, plus de 3 200 depuis 2018 au sein de Carrefour, et le respect de l’obligation de reclassement », a déclaré le représentant syndical. Et d’évoquer selon lui le cas d’une ancienne salariée du magasin d’Ollioules, qui en a elle-même fait les frais après avoir été confrontée à des problèmes successivement aux deux épaules ayant entraîné plusieurs mois d’arrêt de travail.

    Dans ses communications institutionnelles, Carrefour met en avant un « dialogue social constructif et régulier » ainsi qu’une politique de « prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail ».

    Les inquiétudes relatives aux évolutions annoncées ou envisagées au sein du groupe, notamment la location-gérance et la franchise, ont également été exprimées. Avec à la clé, encore « moins de droits, moins de garanties, moins de protections » et la remise en cause des conquis sociaux. « On est là aussi pour dénoncer la stratégie de notre PDG, Alexandre Bompard, qui finalement, lui, se prend 19 000 euros par jour et nous augmente de 0,9%, alors que la plupart sont payés juste un peu au-dessus du Smic », poursuit Céline Arnaud, la déléguée syndicale nationale adjointe CGT Carrefour Hypermarché. Et de poursuivre : « C’est un rentier, pour gagner toujours plus d’argent, il loue ses magasins et sépare de la masse salariale. »

    La CGT a aussi mis en cause certaines pratiques syndicales. « Le syndicat maison est ici bien en place et maltraite les travailleurs de ce magasin », condamne la responsable cégétiste, qui affirme par ailleurs : « Ici, si tu n’as pas ta carte à ce syndicat, tu n’as pas de tire-pales électriques et tu t’exploses le dos avec un tire-pales manuel. » Une proximité avec la direction et des prises de position jugées indignes d’une organisation syndicale, blâme la CGT. Elle invite donc les salariés à « se réveiller » et voter aux prochaines élections professionnelles en leur faveur.

    Une démonstration bien accueillie qui pourrait porter ses fruits. D’ici là, CGT promet d’aider les salariés à s’organiser.

  • « La Marseillaise » aux 90 ans du « Cantal ouvrier et paysan »

    « La Marseillaise » aux 90 ans du « Cantal ouvrier et paysan »

    Grand jour ce samedi pour le Cantal ouvrier et paysan. Le COP pour les intimes fêtait ses 90 ans à Aurillac. Le journal fondé l’année du Front populaire a chaque année sa fête « belle, rebelle et fraternelle ».

    Pour l’occasion, notre journal était invité. Léo Purguette, président de La Marseillaise et Marc Poggiale, président du conseil de surveillance, l’ont représenté.

    Au programme : une rencontre-débat sur le thème « Quel avenir pour la presse indépendante ? ». Animé par le président de notre journal elle a permis d’évoquer la bataille pour que vive La Marseillaise et d’échanger avec un public très attentif aux évolutions du secteur de la presse et aux nouveaux enjeux démocratiques.

    Un peu plus tard, Thomas Lemahieu, grand reporter à l’Humanité est revenu sur son enquête à propos de la « nébuleuse Stérin », du nom de ce milliardaire déterminé à faciliter l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

    Un fil rouge depuis 1936 : pain, paix, liberté

    Les participants ont ensuite pu assister au vernissage d’une exposition dédiée aux 90 ans du COP présentée par Antoine Ruis et Amandine Ollier qui y ont contribué bénévolement avec l’appui des archives départementales du Cantal. Elle retrace l’histoire de ce titre depuis sa fondation pendant le Front populaire jusqu’à nos jours avec un même fil rouge : pain, paix, liberté.

    La journée à la fois festive, culturelle et politique s’est conclue par une allocution de Sébastien Prat, directeur de publication et secrétaire départemental du PCF, et de Léo Purguette qui ont laissé place à une soirée bal trad et électro.

  • Bardella choisit de nier, Le Pen menace la presse

    Bardella choisit de nier, Le Pen menace la presse

    Le président d’un parti (RN ex-FN) fondé par des antisémites notoires, au sein duquel plusieurs membres ont été condamnés pour des propos à caractère antisémite, serait donc, lui aussi, antisémite ? L’entreprise de dédiabolisation opérée par Marine Le Pen depuis quinze ans s’est effondrée en un instant. Face à ce constat, celle-ci éructe et donne un inaperçu de ce que signifierait son accession au pouvoir pour la presse libre : « C’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar, parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent ». Depuis l’Assemblée nationale, la patronne de l’extrême droite française menace directement le journal d’information numérique qui a publié, la veille, une enquête accusant le président de son parti d’avoir tenu des propos antisémites.

    Et ils font froid dans le dos. « Les banques sont toutes détenues par des Juifs » ; « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait-il écrit en 2013, alors jeune adhérent au Front national. L’intéressé dément catégoriquement et annonce porter plainte. « Nous sentons les prémices d’une guerre totale, de tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle », fait-il valoir, face à la centaine de parlementaires lepénistes présents : « Il va falloir sortir les casques lourds (…). Nous allons être attaqués pas seulement par nos opposants, mais parce que le mouvement que nous représentons dérange. »

    L’article de Mediapart pointe la fascination du président du Rassemblement national pour Alain Soral, antisémite multicondamné. Ce qu’il nie, évidemment. Il y a deux ans, l’émission Complément d’Enquête (France 2) avait déterré un faux compte twitter qui aurait appartenu à Jordan Bardella, où il publiait de nombreuses « blagues » racistes et rendait hommage à l’idéologue qu’il qualifiait de « grand sociologue ». « Il avait annoncé déposer une plainte. Deux ans plus tard, celle-ci n’a toujours pas été reçue », note sur X le journaliste de l’émission, Tristan Waleckx.

    Les faits sont têtus : François Paradol, le directeur de cabinet du champion du RN, n’est autre qu’un ancien membre du mouvement Égalité et Réconciliation, fondé par l’essayiste antisémite, comme l’a révélé Mediapart en décembre 2025. « L’objectif, c’est de tuer ma carrière politique », pousse Jordan Bardella. Alors, le jeune ambitieux, celui qui était censé incarner une image plus lisse de la formation à la flamme, cheveux plaqués en arrière, costume cravate en toutes circonstances, adorateur des grands patrons et de la noblesse, tente le tout pour le tout : il ne peut pas être antisémite puisqu’il s’est rendu en Israël ! « Moi, j’ai été reçu par le gouvernement israélien en 2025, j’ai été l’intervenant d’une conférence internationale de lutte contre l’antisémitisme », insiste-t-il. Un argument frisant le ridicule : le gouvernement de Benyamin Netanyahou tisse des liens avec l’extrême droite européenne dans son intégralité, pourtant historiquement antisémite, tandis qu’en retour, celle-ci l’assure de son soutien dans la colonisation des terres palestiniennes et du massacre de son peuple.

    Encore une fois, c’est bien lui qui avait refusé de qualifier Jean-Marie Le Pen d’antisémite alors que le patriarche de l’extrême a été condamné à six reprises pour cela. Selon le député RN Jean-Philippe Tanguy, c’est « la racaille antisémite purgée par Marine Le Pen » qui serait à l’origine de ces révélations, tout en niant leur véracité. Soit. Le timing est mauvais pour Jordan Bardella car les adhérents du RN sont appelés à le réélire à sa tête, les 24 et 25 octobre prochains à Orléans. Le lieu choisit pour lancer la campagne présidentielle de la « favorite » des sondages. Reste à savoir si elle se délestera de cet élément encombrant dans sa quête de « normalisation ».

  • La distribution de la presse en quête de ruissellement

    La distribution de la presse en quête de ruissellement

    « Des aides, 22,5 millions d’euros tous les ans, sont prévues pour la distribution de la presse mais elles n’arrivent pas au distributeur de presse que nous sommes ! » Devant la direction régionale des Finances publiques à Marseille, ce mardi, Nicolas Guglielmacci, responsable transport de la CPMM dépeint une situation pour le moins ubuesque.

    Car depuis que les petites mains marseillaises de la distribution de la presse ont repris l’activité de l’entreprise Sad, ancienne filiale de la messagerie de presse Presstalis, via la coopérative CPMM, c’est une lutte quotidienne pour assurer le pluralisme dans la région. « Ça fait 5 ans, suite à la liquidation de Presstalis, que notre coopérative et ses salariés se relèvent les manches et distribuent de la presse dans les Bouches-du-Rhône, du Var et une partie du Vaucluse. Mais aujourd’hui, la situation de la filière ne permet plus à la coopérative de se projeter dans l’avenir », campe Jonathan di Ruocco, adjoint de direction à la CPMM.

    Une question de survie

    de la filière

    Cette fois, c’est par la case Trésor public que passent les travailleurs, avec la volonté de mettre l’État et ses services face à leurs responsabilités. « On ne demande pas de l’argent supplémentaire, on demande le bon fléchage des aides existantes. Les aides publiques à la distribution de la presse étaient de 18 millions en 2025, elles sont passées à 22,5 millions cette année mais on n’a toujours rien ! », dénonce Nicolas Guglielmacci. Avant que Jonathan di Ruocco abonde : « Elles sont censées aider les acteurs de la filière à supporter les surcoûts de la distribution, comme l’augmentation de l’essence et des coûts de l’énergie. »

    Problème : elles restent bloquées à l’étage du dessus dans la pyramide du ruissellement. « Elles sont données directement aux éditeurs de presse, qui contrôlent les messageries pour lesquelles nous sommes prestataires. Elles n’arrivent pas jusqu’à nous et ne servent pas l’outil de distribution », développe l’adjoint de direction.

    D’où le coup de pression à l’adresse des Finances publiques. Alors que le prochain budget de l’État arrive sous peu en débat au Parlement, il y a urgence pour les salariés de la CPMM. « Dans le nouveau budget, les aides à la presse doivent être fléchées clairement, il faut que les aides à la distribution arrivent bien jusqu’aux principaux concernés », martèle Nicolas Guglielmacci.

    Plus qu’une question de juste redistribution, c’est une question de survie économique pour la CPMM, maillon essentiel de la filière. « On ne peut pas répercuter l’augmentation des coûts : nos prix sont fixés par les éditeurs à travers les messageries. On a donc des coûts fixes mais on n’a aucune possibilité d’augmenter la rémunération », pointe Nicolas Gugliemacci.

    De là à mettre en danger toute une filière ? Rappelons que lors de la liquidation de la Sad, c’est toute une partie de la région qui avait été privée de distribution de presse pendant plusieurs mois. « Sans nous, il n’y a pas de système de distribution et les diffuseurs, comme les kiosques, ne seront pas distribués, ce qui est assez dangereux pour l’emploi mais aussi le pluralisme en année d’élection présidentielle », conclut le syndicaliste. À bon entendeur…