À Frontignan, le millésime 2026 aura le goût du paradoxe. Dans les vignes entre Méditerranée et Gardiole, les sécateurs ont travaillé plus tôt que jamais : la cave coopérative a ouvert dès le 29 juillet pour les vins secs, puis le 3 août pour le muscat doux. Au 18 août, tout était déjà rentré. Une vendange avancée de quinze jours sous l’effet des fortes chaleurs, signe d’un calendrier viticole toujours plus bousculé.
Dans les cuves, pourtant, les premiers jus rassurent. Avec un degré moyen de 16,3°, le raisin atteint un niveau jugé optimal pour le vin doux naturel. Les arômes s’annoncent généreux, autour de la pêche, de l’abricot et des fleurs blanches. « Cette année, le muscat de Frontignan va être exceptionnel. Pour les 90 ans de l’appellation, on devrait être gâtés », se réjouit Christophe Sala, vigneron au Domaine de la Plaine, qui évoque des jus « très clairs, très parfumés » et un possible « grand millésime ».
plus de promesses
Le revers se lit sur la balance. La cave coopérative estime sa production à 12 500 hectolitres, contre 15 000 en 2025, soit près de 16% de moins. « Les raisins sont restés très gorgés de jus, mais les pieds étaient moins chargés en grappes », résume William Juan, président de la coopérative. La chaleur a aussi accéléré la fermentation, réduite de trois à cinq jours contre six à sept habituellement. Malgré ce recul, les deux millions de bouteilles devraient être assurées grâce au stock de sécurité.
Cette récolte réduite tombe dans une année symbolique : l’appellation fête ses 90 ans et vient d’obtenir une évolution de son cahier des charges, avec notamment le retour du muscat rouge en AOP. Une manière de se renouveler alors que la filière affronte baisse de la consommation et dérèglement climatique.

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