Tag: Viticulture

  • [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    La Marseillaise : Quand on parle
    de réutilisation des eaux usées,
    de quoi parle-t-on exactement ?

    Nassim Ait Mouheb : Généralement, on entend par réutilisation des eaux usées traitées, ou Reut, le fait de récupérer une eau à la sortie d’une station de traitement. Ce sont des eaux urbaines que l’on traite déjà pour améliorer leur qualité avant rejet dans le milieu, que ce soit dans un cours d’eau ou dans la mer. L’objectif, c’est d’en récupérer une partie, selon la réglementation, et d’améliorer sa qualité, notamment d’un point de vue pathogène, pour maîtriser les risques sanitaires avant un réusage. Initialement, cela a surtout été fait pour l’irrigation agricole, mais les usages commencent à se diversifier : nettoyage de voiries, parcs et jardins, golfs. Dans certains pays, on peut même aller jusqu’à une réutilisation indirecte pour l’eau potable.

    Pourquoi cette question revient-elle avec autant de force aujourd’hui ?

    N.A.M. : La pratique existe depuis longtemps, mais les dernières années de sécheresse ont changé le regard. Avec le Plan eau, l’État encourage cette ressource complémentaire aux eaux conventionnelles, qu’elles viennent des nappes ou des cours d’eau. Avant, on y réfléchissait moins parce qu’en France, on était assez gâtés en ressources en eau. Il y avait surtout des cas insulaires, comme Porquerolles ou Noirmoutier, où l’accès à l’eau conventionnelle n’était pas disponible. Là, avec les dernières années, on commence à réfléchir à des solutions pour rendre l’agriculture et les territoires plus résilients.

    La France a-t-elle pris du retard
    sur des pays comme l’Espagne ou l’Italie
     ?

    N.A.M : Oui, ces pays réutilisent davantage d’eau traitée, autour de 10 à 14%. En Espagne, cela tient à la gouvernance de l’eau et à un secteur agricole très fort, avec des besoins importants, notamment dans des régions comme Murcie. Ils ont aussi été confrontés plus tôt que nous à des sécheresses sévères. En France, la réutilisation existait surtout lorsqu’un facteur local rendait l’investissement nécessaire : l’irrigation de golfs, des situations insulaires, ou le maintien d’un secteur agricole sans accès à une autre ressource.

    Y a-t-il des usages plus pertinents que d’autres ?

    N.A.M : Il faut être vigilant, parce que l’eau, en soi, ne se perd jamais. Une eau qui sort d’une station est rejetée dans un milieu. En Occitanie, on le voit bien, ce rejet peut aussi contribuer à maintenir les cours d’eau. Donc il faut réfléchir à l’échelle du territoire : est-ce qu’on peut réutiliser cette eau ? Est-ce qu’il n’y aura pas un impact environnemental ? Ensuite, la question est de savoir si l’on réduit vraiment la consommation d’eau potable. Il faut que ce soit une substitution. Il ne faut pas que ce soit une manière d’avoir une nouvelle ressource et donc d’utiliser encore plus d’eau. Que ce soit pour l’agriculture ou pour les usages urbains, il faut garder cette réflexion de sobriété.

    Y a-t-il des usages de l’eau potable qui deviennent aberrants ?

    N.A.M. : Oui, il y a des usages comme le nettoyage des voiries ou le curage des conduites où l’eau potable peut être substituée. Bien sûr, il faut être vigilant sur la qualité de l’eau, sur les aérosols, sur les risques sanitaires. Mais techniquement, c’est tout à fait possible d’atteindre des qualités permettant d’éviter ces risques.

    L’agriculture est-elle le principal débouché ?

    N.A.M. : Dans le sud de la France, l’été, l’agriculture reste le secteur où les besoins en eau sont les plus importants. Avec le changement climatique et les restrictions, c’est aussi un secteur très exposé. Mais il ne faut pas présenter la réutilisation comme une solution unique. Pour la vigne, par exemple, il faut aussi réfléchir aux choix de cépages, aux pratiques agricoles, aux besoins réels au moment de la plantation. La réutilisation peut faire partie de l’adaptation, mais elle ne remplace pas une réflexion globale.

    Y a-t-il des risques sanitaires
    ou techniques ?

    N.A.M. : Le premier sujet, c’est de s’assurer que la qualité de l’eau correspond aux normes réglementaires, pour ne pas contaminer les cultures. Ensuite, il y a la question de la durabilité du projet. Les systèmes d’irrigation préconisés sont souvent le goutte-à-goutte, parce qu’ils évitent le contact direct de l’eau avec les cultures. L’inconvénient, c’est que ces eaux peuvent être plus chargées et donc boucher ou obstruer les systèmes. Nous, on réfléchit à des solutions, des capteurs, des goutteurs, des préconisations pour les agriculteurs, pour que l’efficience de l’irrigation reste continue. Sur la partie sanitaire, il y a une réglementation, des contrôles et des suivis réguliers. Sur des cultures comme la vigne, du moment qu’on respecte la réglementation, avec des barrières comme le sol, le goutte-à-goutte, les traitements et les suivis, les résultats ont montré qu’il n’y avait pas de transfert de pathogènes dans la partie consommable. Sur les polluants émergents, il y a encore des travaux pour évaluer les risques. De notre côté, pour rendre cette pratique acceptable pour le public, il faut continuer à travailler sur ces questions pour y répondre clairement, avoir des données fiables et communiquer autour.

    Qu’est-ce qui coûte cher dans ces projets ?

    N.A.M. : Comme dans tout projet de transfert d’eau agricole, le transport, le pompage et les réseaux pèsent beaucoup. À cela s’ajoutent les traitements complémentaires, la désinfection, les contrôles et le suivi sanitaire. Le coût dépend aussi de l’adéquation entre la ressource disponible et les besoins. C’est pourquoi certaines études de faisabilité n’aboutissent pas.

    Quelle idée reçue faudrait-il corriger ?

    N.A.M. : Il faut sortir de l’idée que la réutilisation des eaux usées serait une solution simple. C’est une solution intéressante, mais elle doit être pensée de manière systémique, avec la sobriété, les autres solutions d’adaptation et les besoins du territoire. Ce n’est pas la panacée. L’essentiel est de vérifier qu’elle remplace réellement de l’eau potable ou conventionnelle, et qu’elle ne pousse pas à consommer davantage.

  • En Occitanie, l’agriculture en quête d’un second souffle

    En Occitanie, l’agriculture en quête d’un second souffle

    N’en déplaise à Pascal Praud et sa clique de climatosceptiques, le dérèglement climatique est un fait bien réel, en témoignent les fortes chaleurs de ces derniers jours, inimaginables pour un mois de mai. Ce dérèglement se traduit par des épisodes climatiques plus intenses et plus fréquents, notamment des périodes de sécheresses. Obligeant certaines professions à réinventer ses modes de production, sous peine de disparaître. C’est le cas des agriculteurs, aux premières loges de ce dérèglement. « L’augmentation des températures et l’évapotranspiration plus importante impactent les cultures. Chacun essaye de s’adapter en fonction de son territoire, de son fonctionnement. Dans le pastoralisme, beaucoup vont au Mont Lozère pour mettre leurs bêtes au frais pendant 15 jours, 3 semaines. Pour ceux qui traient à l’année, les bêtes sont dehors toute la nuit. En maraîchage, face aux fortes températures, les produits susceptibles de se faire brûler seront couverts, mis à l’ombre », détaille Dominique Soullier, secrétaire de la Confédération paysanne héraultaise.

    La relégation de l’écologie et de la défense de l’environnement au second plan par nos responsables politiques ne risque pas d’inverser la tendance du dérèglement climatique. « À la vitesse où ça va, que faire ? Nous, paysans, sommes seuls. Quand est-ce que les collectivités territoriales vont s’apercevoir qu’il y a une grosse problématique avec l’agriculture méditerranéenne. Avec toute la matière grise que l’on a à Montpellier, nous avons besoin de nous mettre autour d’une table et d’avoir une réflexion collective afin d’amener des réponses sur le devenir de l’agriculture méditerranéenne dans 5, 10, 15 ans », poursuit Dominique Soullier.

    Des pistachiers et grenadiers

    Et l’agriculteur d’envisager plusieurs pistes de réflexion. Notamment sur la culture. « Nous sommes en train de voir mourir une filière, la viticulture, qui a besoin d’être remplacée. Car ce n’est pas en mettant des bassines de rétention que cela va changer la donne pour le vigneron, qui a besoin de revenu plus que d’eau. Il faut repenser l’agriculture méditerranéenne. On pourrait planter des pistachiers, des grenadiers ou encore des caroubiers, des plantes qui consomment beaucoup moins d’eau et qui pourraient être cultivées ici. Mais il y a besoin d’organiser la filière », insiste Dominique Soullier. Des idées que le syndicaliste aimerait être mises au débat. Mais il semblerait que taper sur l’interdiction de pesticides est plus porteur électoralement.

  • [EQDD] Les Hauts-de France redeviennent une terre viticole

    [EQDD] Les Hauts-de France redeviennent une terre viticole

    Aujourd’hui, environ 150 hectares sont exploités, portés notamment par deux groupements : les Vignerons indépendants et le collectif « Les 130 ». Le réchauffement climatique favorise cette reprise,
    avec des vendanges plus précoces et une meilleure maturité des raisins. Malgré cet essor, les vins régionaux peinent encore
    à se faire connaître au-delà du territoire.

    Courrier Picard

  • Les Compagnons des Côtes-du-Rhône préparent leur cuvée dans le Vaucluse

    Les Compagnons des Côtes-du-Rhône préparent leur cuvée dans le Vaucluse

    Ce vendredi midi, des préparatifs battent leur plein à proximité de la place du palais des Papes. On s’affaire à mettre sur pied la 5e édition du « Live des Côtes-du-Rhône », qui se tient ce samedi, et mêle dégustations de vins * – parmi 200 références – et concerts. Un peu plus haut au Rocher des Doms, les Compagnons des Côtes-du-Rhône reçoivent la presse au sein du clos de la vigne du Palais des papes. Ce n’est pourtant pas cette association qui organise le Live de samedi, mais Inter-Rhône, le syndicat interprofessionnel des vignobles de toute la vallée du Rhône.

    Comme en été devant un rayon d’une vingtaine de vins rosés différents, le profane peut vite se perdre parmi les syndicats et associations faisant la promotion de la filière viticole, poids lourd de l’économie locale (56% de l’agriculture vauclusienne provient de la viticulture). « On travaille ensemble, il n’y a pas de concurrence », assure David Bérard, promu délégué opérationnel et développement des Compagnons des Côtes-du-Rhône. Soit 72 bénévoles issus du milieu viticole ou pas qui organisent plusieurs événements destinés à valoriser les Côtes-du-Rhône, « une appellation qui touche 171 communes, 4 départements et 27 000 hectares », chiffre Pierre Saysset, directeur de la fédération des vignerons indépendants de Vaucluse et conseil du nouveau bureau des Compagnons, élu en avril dernier.

    « On est une association culturelle et de promotion de la vigne pour faire d’Avignon la capitale des Côtes-du-Rhône », souligne Brigitte Bouvier, la nouvelle présidente des Compagnons, par ailleurs directrice du lycée viticole d’Orange. Tout au long de l’année, l’association organise quelque 90 événements fréquentés par 15 000 personnes (dont 40% venus d’en dehors du territoire), parfois autour d’un public restreint de professionnels ou de touristes étrangers, mais avec toujours trois temps forts populaires : les Estivales du Rhône, le Ban des vendanges et le théâtre des sens.

    Raclette dans la vigne

    en janvier

    « Cet hiver, pour toucher un autre public et animer les ailes de saison, on a organisé une raclette dans la vigne autour de la Saint-Vincent, le patron des vignerons, les 200 places sont parties en 24h, on peut déjà donner rendez-vous en janvier prochain », annonce David Bérard. Mais avant cela, se préparent les Estivales, qui se tiendront le 6 juin. « Une balade patrimoniale et gourmande dans un lieu encore tenu secret à Avignon », promet-il. Un nouveau rendez-vous, encore en phase de validation, est prévu en juillet à destination de la jeunesse. Enfin, le point d’orgue pour les Compagnons reste le Ban des vendanges, lancé en 1995 et qui se revendique « comme la plus grande fête populaire gratuite » en Vaucluse. Il aura lieu le 29 août, sur la place du Palais des papes.

    * À consommer
    avec modération

  • Une ressource en eau sécurisée à préserver

    Une ressource en eau sécurisée à préserver

    Une situation favorable mais pas question de se relâcher… À la Région, on se félicite de la situation hydrologique sur le territoire à l’occasion d’un bilan d’étape du plan « Or bleu » ce mardi 26 mai. « Cet hiver, nous avons eu des précipitations très contrastées avec des mois humides et des mois particulièrement secs mais le bilan des cumuls reste conforme à la norme », constate Zoé Mahé, directrice adjointe de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Paca. L’humidité des sols et les températures, deux indicateurs « importants », sont aussi rassurants et côté « hydraulicité des cours d’eau et nappes phréatiques », la situation est aussi « globalement normale », ajoute Zoé Mahé, avant de mettre en avant le savoir-faire local dans la gestion de la ressource.

    Une gestion basée sur un système ancien d’aménagement hydraulique de la Durance et du Verdon mais toujours performant. Même si les réserves stockées « ne sont pas inépuisables » prévient la directrice adjointe. Une étude portée par la Région, l’État et l’Agence de l’eau va être lancée cet automne pour en vérifier la durabilité d’ici 2100.

    « La meilleure ressource, c’est celle que l’on n’utilise pas », résume Benoît Moreau, directeur du développement de la Société du Canal de Provence (SCP), rappelant le travail engagé sur la sobriété. De quoi déjà réduire la consommation en eau de 50% en 40 ans dans le secteur agricole, avec 1 500 m3 par hectare et par an. Dans le secteur industriel, l’économie est de 25% en 10 ans entre 2012 et 2022.

    Des conflits d’usages

    à venir

    Confiant sur l’avenir, estimant que la réserve en eau du Verdon va être « plus sollicitée » sans être dépassée, « il ne faut pas être aveugle non plus » nuance Benoît Moreau, des « conflits d’usage, il y en aura ». Reste à « optimiser le système pour qu’ils ne soient pas trop violents ». Et de revenir sur l’épisode de sécheresse de 2022, où le niveau du lac de Serre Ponçon, vaste réserve de 1,2 milliard de m3, avait drastiquement baissé au grand dam des professionnels du tourisme. « En 2100, on prévoit des baisses de 3 mètres en moyenne, c’est ce qu’on a vécu en 2022 », indique-t-il, ajoutant que des pontons flottants ont été mis en place pour maintenir l’activité touristique.

    Une issue obtenue grâce à cette « culture du dialogue que nous avons sur la question de l’eau » ajoute Bénédicte Martin, vice-présidente (LR) en charge de l’agriculture, de la viticulture, de la ruralité et du terroir et présidente de la SCP. Des projets de modernisation ont aussi été lancés. Un investissement de 751 millions d’euros jusqu’en 2038 porté par le Canal de Provence dont 128 millions ont été engagés. On y retrouve notamment la réouverture du tunnel du Rove, encore à l’état d’étude, pour dériver les rejets d’eau douce issus du turbinage de la centrale EDF de Saint-Chamas dans l’étang de Berre.

    Sur la réutilisation des eaux usées, un potentiel régional estimé à 50 millions de m3 par an, « nous sommes en progression », assure Zoé Mahé quand Benoît Moreau considère qu’il ne s’agit pas d’une priorité. « C’est une solution qu’on utilise quand on n’a plus le choix. Or dans notre région, on a un système de stockage moins cher en énergie et en fonctionnement », estime-t-il.

  • La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    Le domaine de la viticulture était à l’honneur ce lundi 4 mai à l’hippodrome de Pont-de-Vivaux. Les Grappes d’Or étaient de retour pour une 4e édition. Une initiative qu’organisent la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et le Département.

    C’est un événement qui permet de promouvoir la filière viticole avec la présence notamment de Martine Vassal, la présidente (DVD) du conseil départemental qui a remis les six trophées en jeu : Gonnin Sylvia du Comptoir des Vignes pour le Prix Caviste, Adrien Long de l’EARL la Dorgale pour le prix du jeune viticulteur, le Restaurant Maison Sainte Victoire à Saint-Antonin-sur-Bayon pour le prix restaurateur, le Château Calisanne à Lançon-Provence pour le prix de l’innovation marketing, Jean-Claude Pellegrin de l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire pour le prix de la démarche collective et le prix coup de cœur qui revient aux Caves du Roy René à Lambesc.

    Au programme de cette soirée, une conférence de presse a ouvert le bal avec Laurent Israélian, président de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, Hervé Granier, conseiller départemental et représentant de Martine Vassal, mais également Yvon Gary, président de l’Association des sommeliers Alpes-Marseille-Provence.

    Puis s’est tenue la fameuse remise des trophées, avec notamment un discours de tous les lauréats des Grappes d’Or. « C’est un vrai moment de partage et d’échanges autour de la viticulture des départements et je pense que c’est un événement qui va durer quand même encore très longtemps dans le département », annonce Laurent Israélian. Hervé Granier complète : « C’est un événement qui monte en puissance par rapport aux précédentes éditions et notre objectif est de promouvoir nos produits. »

    Un événement avec différents enjeux

    « Le marché s’effondre clairement », observe Fabien Doudon. Alors que cette région semble pour l’instant épargnée par le phénomène de l’arrachage elle fait toutefois face à une dégringolade des prix. Bien que le territoire représente 10 000 hectares avec 6 appellations dont 3 IGP, les ventes se portent mal. Avec de plus faibles volumes, les vignerons doivent baisser leurs prix. L’objectif de cette cérémonie est donc de favoriser la rencontre entre les différentes chaînes du commerce viticole. Vignerons, cavistes, mais aussi restaurateurs se rassemblent pour consolider une communauté qui honore un savoir-faire local et pallie la crise.

    Lors de la cérémonie, les vins produits dans les Bouches-du-Rhône sont exposé avec fierté, mais on réfléchit aussi à l’avenir. Des cépages étrangers plus résistants et donc moins gourmands en eau pourraient bientôt s’enraciner dans ce territoire.

  • Le Modef alerte sur l’arrachage massif en Occitanie

    Le Modef alerte sur l’arrachage massif en Occitanie

    À la Chambre d’agriculture de Nîmes, le ton était grave et sans détour. Le Modef Occitanie, syndicat des exploitations familiales, a lancé un signal d’alarme face au plan d’arrachage des vignes en cours, qu’il qualifie de « plus grand plan social du pays dans un silence assourdissant ». Pour Didier Gadéa, viticulteur près de Pézenas et nouveau co-président régional, la situation est historique : « La viticulture traverse sa crise la plus dure depuis 80 ans. Et ce sont les exploitations familiales qui sont en première ligne. »

    Dans le viseur du syndicat, une politique européenne et nationale jugée destructrice, qui privilégie la réduction des surfaces pour répondre à la surproduction. Les chiffres avancés donnent la mesure du choc : 27 000 hectares arrachés en 2025, près de 30 000 en 2026, et jusqu’à 100 000 hectares à terme. Une trajectoire qui, selon les estimations relayées par le Modef et la CGT, pourrait entraîner la disparition de 58 000 emplois directs et indirects. « Ce n’est pas une simple régulation, c’est une liquidation de l’outil de production », martèle Didier Gadéa, qui compare cette évolution à la désindustrialisation de la Lorraine.

    Une transformation profonde, mais sans débat public ni mobilisation politique à la hauteur, déplore-t-il : « On n’entend ni les parlementaires ni les grands responsables. » Dans une région comme l’Occitanie, première région viticole de France et du monde concentrant plus de 30% de la production française avec environ 263 000 hectares de vignes, l’enjeu dépasse largement la seule filière : il touche à l’équilibre économique de territoires entiers, déjà fragilisés.

    Replanter plutôt

    que détruire

    Au-delà de l’arrachage, le Modef pointe aussi l’effondrement des revenus. La distillation des invendus, financée par l’Union européenne, est rémunérée à 35 centimes le litre, bien loin du coût de production estimé à 1,20 euro. « C’est indécent », tranche le syndicaliste.

    Face à cette impasse, le Modef propose un changement de cap radical. Plutôt qu’arracher, il plaide pour une replantation massive du vignoble avec des cépages résistants au changement climatique et aux maladies, sur le modèle de la reconstruction post-phylloxéra au XIXe siècle. Une stratégie qui nécessiterait de redéployer les financements européens de l’OCM vin et d’augmenter leur enveloppe à hauteur de 900 millions d’euros. « Nos ancêtres ont su reconstruire un vignoble après une crise majeure, pourquoi serions-nous condamnés aujourd’hui à le détruire ? », interroge Didier Gadéa.

    Autre revendication forte : l’instauration d’un prix plancher garanti à 2 euros le litre. « Laisser faire le marché, c’est organiser la chute des prix. Il faut protéger le revenu des producteurs », insiste Didier Gadéa, qui appelle également à une réforme du code rural pour encadrer les négociations. Dans ce contexte, la perspective d’une baisse de 22% des aides de la PAC d’ici 2027 ne fait qu’accentuer les inquiétudes. Pour le Modef, ce sont d’abord les petites exploitations qui paieront le prix fort.

    Refusant les actions coup de poing, le syndicat mise sur l’interpellation politique. Un courrier a été adressé aux parlementaires pour les alerter. Mais le message est aussi interne au monde agricole : « Il faut changer les dirigeants syndicaux qui nous ont menés dans le mur depuis trente ans », lâche Didier Gadéa. Derrière le débat technique, c’est bien une bataille de modèle qui se joue. Entre une viticulture soumise aux logiques de marché et une agriculture familiale que le Modef entend défendre, la ligne de fracture est désormais clairement tracée.

  • Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    Les Terres d’Hérault obtiennent le sésame Géoparc mondial Unesco

    C’est fait ! Au bout d’un marathon administratif de 2 ans coordonné par le Département de l’Hérault, cette belle idée que des chercheurs et associations avaient fait germer il y a 10 ans est désormais une réalité. Les Terres d’Hérault, composées de 111 communes réparties sur 2 046 km² forment officiellement un Géoparc de renommée mondiale, comme 229 autres Géoparcs dans 50 pays. C’est-à-dire une zone géographique protégée qui possède une richesse géologique de valeur internationale, avec une importance scientifique, éducative et culturelle.

    Au titre de ses 540 millions d’années d’histoire et des trésors qu’il abrite, ce territoire a reçu jeudi 23 avril le sésame de l’Unesco : le label de Géoparc mondial, seulement le 10e décerné en France. « C’est la concrétisation d’un travail collectif avec les élus, les habitants et tous les acteurs locaux [178 partenaires, Ndlr]. Ce label est l’accomplissement d’une ambition forte mais aussi le commencement d’une nouvelle étape de ce projet qui fera rayonner notre territoire pour de nombreuses années à venir », se félicite le président héraultais, Kléber Mesquida (divers gauche).

    Les richesses à découvrir

    Tandis que la cérémonie officielle aura lieu lundi 27 avril à Paris, il faut rappeler que ce label est décerné au moins pour 4 ans. Et que le travail des équipes pour se montrer à la hauteur des attentes de l’Unesco ne fait donc que commencer. « Nous allons nous appuyer sur nos 67 géopartenaires pour faire vivres ces sites », promet Gaëlle Levêque, l’élue héraultaise qui a piloté le dossier (lire ci-dessous).

    Au nombre de 58, les géosites sont répartis dans 4 principales Communautés de communes (Lodévois/Larzac, Clermontais, Vallée de l’Hérault, Grand Orb) ainsi que quelques communes avoisinantes. Les diverses roches (ruffe, basalte, calcaire, granite, gneiss, schiste, grès…) qu’on retrouve sur ces géosites sont les témoins des grandes ères géologiques qui ont façonné nos paysages à travers les millénaires. Datant de l’ère paléozoïque (la plus ancienne), les massifs du Caroux et de l’Espinouse (granites et gneiss) racontent l’histoire de la chaîne Hercynienne. La fragmentation des schistes a permis des sols favorables à la viticulture dans les Avants-Monts. La carrière de marbre rouge de Coumiac est le résultat de la transformation de calcaires en marbres. Puis, en s’érodant, cette chaîne de montagnes a donné naissance au bassin charbonnier de Graissessac et au bassin permien de Lodève. Les mines du pays d’Orb témoignent aussi des dépôts de charbon d’il y a 305 millions d’années.

    La submersion due à la formation de l’océan Téthys Ligure entraîne le dépôt de sédiments qui donnent lieu aux calcaires des Causses du Lodévois Larzac dont le Cirque de Navacelles est la pépite la plus connue. Les Gorges de l’Hérault ou les dolomies du Cirque de Mourèze sont d’autres héritages de cette période (160 millions d’années).

    Les volcans apparus il y a 2 millions d’années laissent des terrains fertiles et des roches basaltiques noires dont le Neck de la Roque, près du lac du Salagou est un témoin. En les enrichissant de minéraux, les basaltes donnent aux sols une grande fertilité propice aux cultures. À l’instar du Pont du Diable, la Méditerranée avancera jusqu’au pied des reliefs calcaires.

    Le centre Hérault (Soumont, Lodévois) abrite aussi des vestiges archéologiques. Les eaux thermales d’Avène ou Lamalou-les-Bains tirent leurs propriétés médicales de leurs interactions avec les roches. Enfin, sur les grands Causses du nord, les activités pastorales de l’Homme ont façonné les paysages. C’est ce patrimoine que veut faire fructifier K. Mesquida grâce au Géoparc. « Nous construisons aujourd’hui ensemble l’héritage précieux qui sera confié aux générations futures. »

    Infos : geoparc.herault.fr

  • Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Occitanie : l’épandage par drones, une bonne solution ?

    Le mois de mars a été marqué par de fortes précipitations dans l’Hérault, excédentaire à 50% selon le dernier bulletin de Météo France. Conséquences pour les viticulteurs ? Des vignes inondées et inaccessibles, pouvant favoriser l’apparition de mildiou. Alors, la FDSEA34 avait demandé une dérogation pour traiter les vignes par drone. Demande reçue cinq sur cinq puisque le 26 mars, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, autorisait « l’épandage par drone de cuivre dans les zones géographiques impactées de l’Aude, de l’Hérault, du Gard et des Pyrénées-Orientales où les traitements à pied ne sont pas réalisables » jusqu’au 30 avril.

    Sauf que le vent a commencé à souffler, rendant l’utilisation de drones impossible tout en diminuant les risques d’apparition du mildiou. « Mais on risque d’avoir de plus en plus des hivers et des débuts de printemps très pluvieux puis des périodes sèches. Sauf que les vignes avec des chaleurs et une forte pluviométrie débourrent plus tôt donc si on n’intervient pas pour protéger le végétal des maladies, on risque d’avoir des attaques de mildiou conséquentes », souligne Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA et président de la chambre d’agriculture de l’Hérault. Pour le moment, la loi autorise l’épandage dans des cas spécifiques, notamment pour les cultures situées sur des pentes de plus de 20 %. « Pour éviter de faire chaque année une demande de dérogation, des discussions sont en cours pour mettre en place un décret, il y a une consultation publique jusqu’au 23 avril. Nous souhaitons obtenir un décret d’application du traitement aérien de façon pérenne », poursuit Jérôme Despey.

    La Conf’ vent debout

    De plus, le viticulteur met en avant le fait que le traitement aérien est plus précis que l’épandage classique, « permettant une meilleure sécurité pour les agriculteurs et les riverains ». Un constat qui n’est pas partagé par tous les agriculteurs. Dénonçant « un pansement sur une jambe de bois », Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne, fait valoir des « études sur la qualité de l’air montrant des produits phytosanitaires pulvérisés au sol se retrouvant dans l’air. » L’agricultrice estime « avoir besoin d’une réflexion plus large que l’immédiateté en changeant notre approche agricole : au lieu d’être destructrice, elle devrait être constructrice. » Deux visions qui rappellent à quel point le monde agricole est fracturé.

  • [Entretien] Laurent Bouby : « Le Sud de la France est le berceaude la viticulture dans le pays »

    [Entretien] Laurent Bouby : « Le Sud de la France est le berceaude la viticulture dans le pays »

    La Marseillaise : La vigne domestique arrive en France par Marseille il y a 2 600 ans. En quoi est-ce une étape importante pour la viticulture ?

    Laurent Bouby : C’est véritablement le début d’une viticulture d’importance en France. Avant, les gens ont pu cultiver de la vigne sauvage, mais avec des résultats assez aléatoires. La vigne sauvage et la vigne domestique sont très proches biologiquement. Ce sont deux sous-espèces interfertiles qui se croisent facilement. Mais pour un vigneron, ce sont des plantes très différentes.

    Pourquoi ?

    L.B. : Les formes domestiques ont été sélectionnées pour leurs caractéristiques propices à la viticulture et la production de vin. Les fruits sont plus gros et plus juteux que ceux des vignes sauvages – qui sont eux remplis de pépins. Et les fleurs des vignes domestiques sont hermaphrodites : elles peuvent s’auto-féconder, ce qui rend la fécondation plus sûre et maximise la production de fruits. Pour la vigne sauvage, c’est plus aléatoire.

    Quelle place occupe le Sud de la France dans l’émergence de la viticulture dans le pays ?

    L.B. : C’est le berceau de la viticulture en France. Après son arrivée à Marseille, la culture de la vigne domestique se répand très vite sur le pourtour méditerranéen français. Nous en retrouvons des traces à Saint-Maximin il y a 2 500 ans, puis à Martigues, Lattes, Nîmes, Antibes… À la différence des Marseillais, ils ne vendent pas leur vin au début. Le commerce arrive à l’époque romaine, vers le Ier siècle de notre ère. La région méditerranéenne se couvre alors de vignobles.

    Propos recueillis par X.B.