Tag: dérèglement climatique

  • La tortue Caouanne s’installe sur la côte Bleue

    La tortue Caouanne s’installe sur la côte Bleue

    C’est un carnet rose inattendu pour la côte Bleue, à Martigues. Le 13 octobre dernier, des coquilles d’œufs sont retrouvées sur la plage de Sainte-Croix, deux semaines après un signalement de promeneurs ayant aperçu un bébé tortue marine sur le sable.

    La soixantaine de membranes d’œufs vides retrouvées dans le nid ne laisse aucun doute sur ce qu’il s’est passé. Pour les équipes de l’Office français de la biodiversité, du Parc marin de la Côte Bleue et de l’association Émergence chargée du suivi de l’espèce. Il s’agit du premier nid de tortue Caouanne (Caretta caretta) découvert dans l’emprise du Parc marin de la Côte Bleue et le neuvième recensé sur le littoral méditerranéen français, sur les 11 ayant été découverts jusqu’à fin octobre.

    Cette découverte tend à renforcer l’idée selon laquelle le comportement de l’espèce change. « La Caouanne se reproduit plutôt vers la Turquie, Chypre et la Grèce », indique Sidonie Catteau, déléguée générale de l’association Émergence et cheffe de projets relatifs aux tortues marines. « Nos côtes méditerranéennes n’étaient pas jusqu’alors un site de ponte, mais d’alimentation, principalement fréquenté par des juvéniles et des subadultes, rarement des adultes », précise la déléguée.

    Le climat pourrait changer le comportement

    Plusieurs pontes ont été observées sur les littoraux méditerranéens français, italiens et espagnols depuis 2023, dont une quinzaine en 2025 dans chaque pays. La tortue Caouanne étant une espèce protégée et surveillée, le défi qui se présente pour Émergence est d’avoir « une vision sur l’ensemble du bassin méditerranéen », dans l’idée de Sidonie Catteau, en pleine création des groupes de travail avec la Turquie et la Grèce en ce sens.

    La question de fond reste de savoir ce qui provoque ce changement de comportement. Certains individus balisés ont été suivis dans leur déplacement entre les eaux françaises où les Caouannes s’accouplent et pondent, et repartir jusqu’en Turquie. « On pense qu’il y a un lien avec le dérèglement climatique, mais il faudra du temps pour le confirmer », explique la déléguée d’Émergence, rappelant que « la température d’incubation détermine le sexe » des tortillons. Parmi les hypothèses, « soit les femelles explorent de nouveaux sites pour échapper aux températures à l’est, soit c’est une expansion ou un déplacement de la zone de ponte ». Dans une dynamique comparable à celle des oiseaux migrateurs. « Peut-être y a-t-il un groupe qui fait tout son cycle de vie par chez nous ? », s’interroge Sidonie Catteau.

    En attendant, face à ce nouveau phénomène, la spécialiste insiste sur « le défi de la cohabitation » sur nos plages. En cas de découverte d’œufs ou de tortillons, surtout : « On n’intervient pas ! », prévient la déléguée. Il faut noter la date, localiser au mieux l’endroit de la découverte et contacter le Réseau tortues marines de Méditerranée française (RTMMF) coordonné par l’association Émergence au 06.16.86.26.86. Les photos sont possibles, à distance, et sans flash puisque les tortillons se guident avec la lumière et reflets de l’eau.

  • Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Singulier échange hier entre des lycéens marseillais et des lycéens tunisiens à l’occasion des Rencontres d’Averroès.

    En apparence si différents, ces jeunes sont si semblables dans leurs aspirations, leurs doutes, leur rapport à l’avenir.

    De part et d’autre de la Méditerranée, ces jeunes sont confrontés aux questions posées par notre drôle d’époque
    à la nouvelle génération.

    Cet échange a eu lieu alors que la France
    est secouée par un mouvement social d’une très grande ampleur, initié par des lycéens, mais aussi par le contrecoup de l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi.

    Cauchemar social et identitaire

    Quelles perspectives d’avenir notre monde offre-t-il à sa jeunesse ? Une vie socialement pire que celle vécue par les générations précédentes ? Un cauchemar identitaire ?

    Si l’on ajoute à cela, les guerres qui défigurent la planète et les conséquences du dérèglement climatique… Il y a de quoi plonger dans un infini marasme.

    Personne ne peut s’épanouir avec le poids du fatalisme et de la désespérance sur les épaules.

    C’est aussi la raison pour laquelle le mouvement de la jeunesse en cours dans notre pays et ailleurs dans le monde doit obtenir des réponses concrètes à ses revendications légitimes.

    Tout doit être fait pour lever les obstacles qui bouchent l’horizon et permettre aux jeunes de faire des rêves.

    Cela ne se fera pas sans eux, sans leur détermination individuelle et leur mobilisation collective pour remettre nos sociétés sur le chemin du progrès et de la paix.

  • L’état attendu au tournant face aux intempéries

    L’état attendu au tournant face aux intempéries

    Soixante-quinze millions d’euros sont inscrits « dans le projet de budget de Sébastien Lecornu pour la dotation de solidarité des équipements communaux ». Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre (Renaissance), a tendu la carotte à l’issue de sa rencontre avec les maires et représentants des collectivités, ce vendredi, à Grans.

    Quatre jours après les intempéries « centennales », selon le président de la Métropole et maire de Salon-de-Provence Nicolas Isnard (LR), le ministre a assuré qu’« après la commission de mardi prochain, le décret sera pris mercredi ou jeudi pour reconnaître la catastrophe naturelle ». « Les activités économiques, dont agricoles, feront aussi l’objet de solidarité nationale. Pour les collectivités, le gouvernement mobilisera les enveloppes de solidarité exceptionnelles pour les communes comme le fonds hydraulique copartagé entre la préfecture et le Département », détaille-t-il.

    Mais le message peine à convaincre. « Certains maires boycottent votre venue », lance directement le maire de Port-Saint-Louis-du-Rhône, Martial Alvarez (DVD), fataliste : « Les effets d’annonce seront vite emportés […]. Vous n’aurez pas les moyens budgétaires de modifier le projet de loi de finances », le PLF. Depuis sa cellule de crise, la même colère perce dans la voix de Vincent Goyet, maire (LR) de Saint-Mitre-les-Remparts, où une victime est à déplorer. « Nous vivons au quotidien des violences, mais les plus insupportables sont celles des règles absurdes et des manques de moyens », assène l’édile. « J’entends ce que vous dites, mais l’État s’applique une contrainte plus grande encore », rétorque le ministre.

    « Quand on fait, ça paye »

    Face à lui, les élus sont unanimes. « Nous avons vécu le dérèglement climatique, il est là et on a besoin d’être aidés », plaide le maire (PCF) de Port-de-Bouc, Laurent Belsola. « Nous sommes les remparts de la République, mais nous arrivons à un point de rupture avec ce PLF qui pourrait faire tomber ces remparts », prévient l’édile. Sur ce sujet, Michel Illac (DVG), maire d’Ensuès, complète, à distance : « Nous avons moins été impactés car des travaux ont été faits. Donc quand on fait, ça paye ».

    Les élus sont aussi force de proposition. « Donnez-nous les moyens, comme avec le Fonds vert, on connaît nos communes, on sait où ça inonde et comment on peut aménager », souligne Maxime Marchand (EELV), de Sausset-les-Pins. « Exemptez de taxes comme la FCTVA les villes reconnues en catastrophe naturelle », propose Frédéric Vigouroux (DVG), depuis Miramas. Ce dernier pointe aussi le souci des canaux d’irrigation gérés par des Associations syndicales autorisées (ASA) : « Ils ont débordé, il faut réfléchir à une nouvelle réglementation et investissement car ils sont dans un état complexe. » Nicolas Isnard retient que « mobiliser l’armée dans ces moments est précieux » et appelle à « exonérer de baisse de dotation les villes impactées ».

    Si les finances ne relèvent pas directement de son portefeuille, le ministre propose de suivre les diverses propositions. Du reste, « la méthode » proposée est « que Nicolas Isnard et Martine Vassal recueillent les demandes budgétaires ». « Je sais que c’est dur, mais pour que l’État reste fort, il faut que nos comptes soient en ordre et je sais que je peux compter sur vous », conclut le ministre, avec clause de revoyure « d’ici la fin de l’année ».

  • Christine Portero-Espert s’installe au Vigan

    Christine Portero-Espert s’installe au Vigan

    Après le traditionnel dépôt de gerbe au monument aux morts et un bref échange avec la presse, Christine Portero-Espert a rencontré une bonne partie des maires réunis pour l’occasion dans la cour de la sous-préfecture du Vigan (où aucun sénateur ni le député de la circonscription n’était présent).

    Face aux élus locaux, la représentante de l’État a retracé son parcours et ses souvenirs de jeunesse passés dans la région lors d’un stage de tennis ou de ses « premiers pas de ski de fond sur le Mont Aigoual ». Surtout, la nouvelle sous-préfète a insisté sur sa « disponibilité » et sa « détermination ». « Je veux être une sous-préfète dans la proximité, dans le concret pour faire avancer les choses. Il faut envoyer des signaux positifs à nos concitoyens », a-t-elle insisté.

    Cette mère de deux grands enfants a passé la quasi-totalité de sa carrière au ministère de la Santé après avoir décroché une maîtrise scientifique à l’université de Montpellier. Pendant près de trente ans, elle a occupé différents postes à la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales puis à l’ARS (Agence régionale de santé) où elle s’est spécialisée dans les inégalités d’accès aux soins. Une expérience très utile sur ce territoire où le sujet de la maternité de Ganges devrait ressurgir rapidement.

    Directrice de projet du plan de résilience pour l’eau des Pyrénées-Orientales jusqu’à sa nomination au Vigan, Christine Portero-Espert devra également rapidement s’emparer de ce sujet alors que le dérèglement climatique se fait de plus en plus sentir dans les Cévennes où une partie des agriculteurs manque d’eau l’été. « Tous les territoires sont différents donc je ne peux pas transposer ce qui a été fait dans les Pyrénées-Orientales dans cet arrondissement mais clairement c’est une expérience qui m’a permis d’acquérir des outils, des manières de fonctionner et des projets qui me sont intimes. C’est une boîte à outils qui va m’être très utile pour travailler ces questions de sécurisation », explique-t-elle tout en soulignant qu’il faudra « trouver des solutions dans des délais acceptables et dans la réalité économique du moment ». « C’est l’une de mes priorités », confirme-t-elle.

  • Un collectif lance une pétition pour un train direct entre Rognac et Aix

    Un collectif lance une pétition pour un train direct entre Rognac et Aix

    Nombreux sont les voyageurs à descendre du train en gare de Rognac, jeudi soir. Parmi eux, des travailleurs de retour de Marseille, qui pourraient être bien plus nombreux à emprunter cet équipement public. C’est en tout cas le message porté par les syndicalistes de la CGT et les militants de plusieurs organisations politiques, venus présenter aux usagers du rail une pétition lancée le jour même.

    « Un train direct pour aller à Aix » : le mot d’ordre est simple. La secrétaire de la section de Miramas du PCF, Natacha Malet, rappelle que cette campagne à pour origine la jeunesse de Miramas : « Pour étudier à Aix, notre jeunesse fait face à un mur. Le logement y est inabordable et le Crous ne peut pas répondre à tous les besoins. Il n’y avait pas de bus, sauf à faire un changement à Salon-de-Provence ou Marseille pour 1h15 à 2h de trajet. »

    Lors d’un premier débat public sur la question, fin juin (notre édition du 24/06), l’ouverture d’une ligne de bus directe entre Miramas et Aix-en-Provence avait été présentée comme une « première victoire ». Cette pétition s’inscrit donc dans « le prolongement », selon Natacha Malet. Car « un bus au départ de Miramas ne répond pas aux besoins de tout le terrain », estime la militante communiste, qui dit vouloir faire émerger une « volonté politique de relier les territoires », notamment l’ouest du département sans passer par Marseille ou Salon, « quand on sait que 25 km de ligne ferroviaires sont fermées aux voyageurs entre Rognac et Aix ».

    À la croisée des enjeux

    Le « droit fondamental à la mobilité », cette « question de classe » évoquée par Natacha Malet comme outil de « justice sociale », rejoint d’autres enjeux. Au-delà de la meilleure connexion de l’ouest du département, la réouverture permettrait aussi de favoriser le report modal, qui « suppose une offre ferroviaire financée par le versement mobilité, la taxe poids lourds ou bureaux », avance la militante.

    Pascal Surcouf, cheminot CGT de Rognac, indique que « la ligne a été remise à neuf avec plusieurs dizaines de millions d’euros investis pour faire circuler les trains de marchandises, notamment pour la centrale de Gardanne ». Un projet où « techniquement, tout est là », donc, « rien n’empêche la circulation, sinon le politique », affirme Pascal Surcouf.

    Les défenseurs du projet invoquent également l’argument environnemental. Jean-François Gast, du Mouvement national de lutte pour l’environnement, souligne que « le transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises est un moyen concret de réduire ses émissions, à l’heure du dérèglement climatique et de l’augmentation hors-norme des gaz à effets de serre ». « Il faut inverser les investissements » de la route vers le rail, selon le militant écologiste, rejoint par Karina Chiri (LFI Miramas) et Caroline Ville (Les Écologistes Berre) sur ce point. Cette dernière souligne aussi l’intérêt d’un développement du fret pour desservir les activités logistiques à Saint-Martin-de-Crau, à Clésud (Miramas) et du Port de Fos. « Développer le rail, c’est protéger le climat et la santé des citoyens », résume Natacha Malet, rappelant que le transport représente 31% des rejets de CO2 au niveau national.

    Cette initiative n’en est « qu’à son démarrage », assure l’organisatrice. La reprise annoncée du trafic de fret en janvier constitue désormais un marqueur dans cette mobilisation.

  • Le crabe bleu, une menace sous surveillance

    Le crabe bleu, une menace sous surveillance

    Mes travaux portent sur les espèces marines invasives et leurs interactions avec les écosystèmes et les activités humaines. J’anime deux conférences sur le crabe bleu lors du Village des sciences à Marseille », explique le chercheur, pour qui « la fête de la science est un extraordinaire moyen de rencontrer le grand public, différent des initiés habituels ».

    Le concept de résilience du système alimentaire est longuement abordé. Mais que signifie-t-il réellement ? Pour Guillaume Marchessaux, « l’idée est de trouver des moyens de pouvoir maintenir une alimentation durable dans le temps. L’alimentation doit intégrer le dérèglement climatique. En mer, on sait qu’il y a des populations de poissons qui sont en crise, en taille et en nombre, comme les sardines. L’idée est de faire connaître des espèces aussi bonnes, et moins chères, car moins demandées. Il faut être prêt à s’adapter, être ouvert d’esprit. C’est ça, la résilience ». Le crabe bleu, espèce invasive arrivée notamment par les eaux de ballast des navires, est un cas particulier car son impact s’étend à tout un socioé-cosystème. « C’est une espèce qui va impacter l’activité de pêche, perturber les actions de gestion de la biodiversité et c’un vrai problème environnemental. »

    Il s’agit du plus grand crustacé des milieux lagunaires méditerranéens. Il ne possède pratiquement aucun prédateur naturel, hormis l’homme. « Une femelle peut pondre 4 millions d’œufs, avec un taux de survie de 4%. C’est énorme. Il faut absolument qu’on le pêche pour arriver à protéger le reste. » Le réguler passe par sa consommation, mais pas uniquement. « Il est riche en chitine, on peut imaginer cibler l’industrie pharmaceutique, mais aussi l’alimentation pour animaux. »

    Espace Bargemon à Marseille (2e), les 10 et 11 octobre, conférence : « Et si on mangeait du crabe bleu pour le réguler ? »

  • Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Ce 29 septembre, les cortèges ont fait le plein dans l’Hérault et le Gard
    à l’appel d’une large intersyndicale de la fonction publique (la CGT, FO,
    la CFDT, l’Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP). Un coup de pression à la veille des arbitrages du gouvernement pour le prochain budget – dont la présentation avait lieu le 1er octobre – afin de protester contre le recul du pouvoir d’achat et demander davantage de moyens.
    À Montpellier, 7 000 personnes ont défilé selon les syndicats, 4 500 selon la police. La manifestation nîmoise, elle, a rassemblé 2 500 manifestants selon les syndicats. Des cortèges denses qui ont réuni des agents des trois fonctions publiques (État, collectivités, hôpital), auxquels se sont joints
    de nombreux jeunes, étudiants mais aussi lycéens, mobilisés dès le début de la journée avec le blocage de leurs établissements.

    Philippe Enjelmann, Infirmier aux urgences psychiatriques du CHU de Montpellier :
    « J’ai des collègues à l’hôpital qui dorment dans leur voiture »

    L’hôpital est attaqué et déconstruit méthodiquement depuis des années par le gouvernement main dans la main avec la direction de l’hôpital, si bien qu’on a de moins en moins de budget pour prendre en charge les patients. En psychiatrie, où je travaille, deux unités entières ont fermé ces 7 dernières années. Ce qui conduit à des situations comme samedi dernier [26 septembre, NDLR] : aux urgences, on avait un patient qui devait être hospitalisé rapidement, mais sa prise en charge a tardé faute de place et un collègue infirmier a été victime d’une agression qui lui a valu 10 jours d’ITT.

    C’est catastrophique en premier lieu pour les patients, qui voient leur prise en charge dégradée et sont accueillis dans des locaux qui ne sont pas adaptés, avec des personnels pas formés comme il faudrait. Et nous, en tant que travailleurs, non seulement on perd le sens de notre travail mais on se demande comment on va rentrer le soir… Quelle est la prochaine étape ? Se faire tuer au travail ? Tout ça pour un salaire qui fait que le 10 du mois, j’en suis déjà à attendre ma paie ? Et encore, je ne suis pas le plus mal loti : j’ai des collègues à l’hôpital qui n’ont pas un salaire assez important pour payer un loyer, si bien qu’ils dorment dans leur voiture et se douchent discrètement dans les vestiaires… On en est là. La réalité de l’hôpital aujourd’hui, c’est que les gens qui vous soignent galèrent à vivre. C’est cet avenir de précarité et de déconstruction du service public qu’on combat. »

    Audrey Amiel, Sapeur-pompier à Lunel
    « On n’a pas les moyens de faire bien le travail qu’on devrait faire »

    On n’a pas les moyens de bien faire le travail qu’on devrait faire. Ça m’attriste car c’est la population qui est touchée en premier. Manque de moyens financiers, humains, matériels : tout est imbriqué. Il y a une espèce d’étouffement général de la fonction publique, qui se ressent au quotidien.

    Je suis sapeur-pompier professionnel depuis 2010. Les conditions de travail ont beaucoup évolué, notamment avec ces départs de carence d’ambulances privées, qui se sont multipliés. Ce sont des interventions qui, normalement, ne font pas partie de notre travail. Mais quand vous avez un problème en France et que personne ne peut y répondre, on envoie les pompiers. Donc quand il n’y a plus d’ambulanciers privés pour emmener quelqu’un à l’hôpital, c’est nous qu’on sollicite. Or quand on fait ça, on ne peut pas faire une vraie urgence derrière. On nous sollicite tellement qu’on se retrouve en manque d’effectifs, parce qu’on ne peut pas faire le travail des autres et le nôtre. On a juste envie de revenir aux fondements de notre métier : faire du secours, de l’urgence. Pas du transport.

    Outre des recrutements, on voudrait également avoir des outils de travail qui permettent de protéger notre santé. Depuis des années, on intervient sur des feux de forêt sans se protéger… Enfin, s’agissant des salaires, le dégel du point d’indice des fonctionnaires est un des mots d’ordre de la mobilisation auquel nous nous associons en tant que fonctionnaires territoriaux. »

    Corinne Place, Enseignante dans le 1er degré à Nîmes

    « On encaisse, on encaisse, mais là ce n’est plus possible »

    Je suis enseignante dans le premier degré, avec une classe de CP, CE1 et CE2 dans le nord du Gard. Si je suis là aujourd’hui, c’est pour défendre le service public, mais aussi nos conditions de travail et notre pouvoir d’achat. Cela fait des années que nos rémunérations stagnent et que notre niveau de vie se dégrade. On encaisse, on encaisse, mais à un moment, ce n’est plus possible.

    Dans les écoles, ce manque de moyens se voit partout. Le symbole qui parle pour tous les autres, c’est les AESH, indispensables pour accompagner les élèves en situation de handicap mais qui restent dans une très grande précarité. Nous demandons qu’elles aient enfin un véritable statut, qu’elles soient formées, reconnues et suffisamment nombreuses.

    Et puis il y a l’état des bâtiments. Cette année encore, avec les fortes chaleurs dès le mois de mai, certaines classes sont devenues très difficiles à supporter. On sait depuis des années qu’il faut adapter les écoles au réchauffement climatique. Parfois, il suffirait déjà de choses simples : des stores, des volets, des brasseurs d’air, la possibilité d’aérer les bâtiments tôt le matin. Les collectivités font avec leurs moyens, mais ils sont limités. Au bout du compte, ce sont les personnels et surtout les élèves qui subissent. Défendre une école publique forte, cela suppose de lui donner réellement les moyens de fonctionner. »

    Francis Foussard, Ingénieur hydraulique au CD30 à Nîmes.
    « Par ces chaleurs, c’est surtout le point d’indice qu’il faut dégeler »

    Nous sommes là pour défendre le service public, les conditions de travail de ses agents et leurs rémunérations. Ce qui nous inquiète aujourd’hui, c’est la perspective d’un nouveau budget d’austérité qui viendrait encore réduire les moyens de la fonction publique. Mais cet été a aussi montré très concrètement ce que signifie le manque de moyens face au dérèglement climatique. Au Conseil départemental, on le voit notamment pour les collègues qui travaillent sur les routes. Lors des épisodes de canicule, certains se retrouvent exposés à des températures très importantes et nous demandons encore qu’un véritable plan de travail adapté soit mis en place. On ne peut pas demander aux agents d’assurer leurs missions en mettant leur santé en danger.

    Même constat pour les services d’incendie et de secours. Cet été a montré jusqu’où peut aller cette impréparation : en Gironde, les incendies ont entraîné le plus grand déplacement de population depuis la seconde guerre mondiale, tandis que plusieurs agents ont perdu la vie et que des dizaines d’autres ont été blessés lors des interventions. On demande des moyens humains, des conditions de travail dignes et, évidemment, une revalorisation salariale. Le dégel du point d’indice est indispensable. Et par ces fortes chaleurs, c’est peut-être bien le dégel que les fonctionnaires attendent le plus ! »

  • [Quoi de neuf] « Le climat est la troisième étape de notre histoire »

    [Quoi de neuf] « Le climat est la troisième étape de notre histoire »

    Françoise Verna : « Montpellier 20.50 organise le 1er octobre* un colloque intitulé « Des territoires inassurables ? » Pourquoi avez-vous choisi de prendre la question climatique sous cet angle assurantiel ?

    Jean-Luc Wolf : Je suis un professionnel des assurances, courtier en grande entreprise, et cela fait pas mal de temps que je m’inquiète du déséquilibre de ce qu’on appelle le fond Cat Nat [fonds Catastrophe Naturelle].

    J’explique, en deux mots, ce qu’est ce régime : En 1981, la Saône, le Rhône, la Garonne, dans le même hiver, avaient débordé et causé de graves inondations. Pratiquement un an après, le gouvernement a mis en place un système d’assurance obligatoire instaurant un régime de protection collective. C’est-à-dire que dans tous les contrats « dommages », qu’il s’agisse de notre maison, d’une usine, d’une voiture etc, on payait une quote-part qui était dévolue à ce fonds Cat Nat. Au départ, cela coûtait 5,5%, donc c’était relativement dérisoire. Au fur et à mesure que les catastrophes naturelles ont continué à augmenter, il a fallu augmenter les cotisations. À titre d’exemple, au 1er janvier 2026 nous payons 20% de nos primes d’assurances pour ce fonds Cat Nat.

    Olivier Nottale : Cela a donc énormément augmenté…

    Jean-Luc Wolf : Oui et je dois dire qu’il y a une désinformation à propos des assurances. Les médias disent « les assureurs augmentent ». Vous savez, ils n’ont pas toujours bonne réputation… Alors que les assureurs ont une activité économique vraiment essentielle. Il a fallu encore une fois augmenter considérablement. Aujourd’hui, au-delà des augmentations, la question que nous nous posons c’est « qu’est-ce qui va se passer demain ? » et est-ce que ce sera suffisant ? On ne va pas passer de 20 à 30% et de 30 à 40% ! Quand on nous dit « les assureurs augmentent » ce n’est pas forcément eux, c’est surtout, à chaque fois, la partie qui va au fonds Cat-Nat.

    Françoise Verna : Le fonds Cat Nat est un régime qui existe depuis 1982 et, surtout, il est spécifique à notre pays, n’est-ce pas ?

    Jean-Luc Wolf : En France, nous avons le meilleur régime de protection collective au monde sur ce plan-là. La caisse centrale de réassurance est le grand organisme de réassurance de l’État qui nous garantit une couverture définitive au-delà de ce que les assureurs et leurs propres réassureurs peuvent payer.

    Olivier Nottale : Ne doit-on pas redéfinir la notion de catastrophe naturelle ? Cela a évolué depuis 40 ans ?

    Jean-Luc Wolf : Au départ, cette couverture avait pour but de garantir ce qui ne l’était pas dans les contrats classiques : inondations, débordements de fleuve… L’État a demandé aux assureurs d’ajouter aux assurances multirisques les tempêtes, la neige, la grêle.

    Joseph Mornet : C’est revenu dans l’actualité puisqu’à la suite de la tornade à Paumas [Aude], près de Limoux, la présidente de la Région Occitanie, accompagnée de deux sénateurs, ont fait une demande pour qu’il y ait une reconnaissance de la tornade comme catastrophe naturelle.

    Françoise Verna : Justement, cette question du climat est au centre de votre colloque. Précisez-nous le rôle de Montpellier 20.50 ?

    Joseph Mornet : On est né en 2011. Notre but était de réunir un certain nombre de citoyens de la ville de Montpellier et de son territoire élargi, qui avaient envie d’intervenir sur la vie de ce territoire sans pour autant être un élu ou avoir une fonction politique. Cela a été très très riche. Dans un premier temps on s’était fixé un objectif pour les municipales de 2014, d’être une force de propositions pour les candidats. On s’est appelé Montpellier 20.20. Quand on est arrivé en 2020, on a eu envie de continuer. On a, à chaque fois, essayé d’intervenir sur des événements locaux. On a beaucoup travaillé sur les échéances des régionales avec la création de la grande région Occitanie. À ce moment-là, on s’est mis en partenariat avec deux autres laboratoires d’idées à Nîmes qui s’appelle TPNA** et à Toulouse avec la Compagnie Riquet. Nous avons publié deux ouvrages et organisée une grande journée commune à Narbonne [en 2015, « Dessine moi une région »]. Nous nous inscrivons, le 1er octobre, dans la continuité puisque c’est à nouveau Joël Echevarria qui animera notre colloque ; une personnalité : c’est le directeur général délégué de la Toulouse School of Economy.

    Olivier Nottale : Revenons à la question climatique.

    Joseph Mornet : C’est la troisième étape de notre histoire. Nous nous sommes concentrés sur les problèmes de la planète, de l’écologie. On a fait deux journées consacrées à l’eau et à la Méditerranée. Et maintenant ce colloque où la question du climat est traitée sous l’angle des assurances. Nous allons faire appel à des experts notamment du Giec, Alexis Roumagnac, Denis Lacroix… On aura aussi des politiques comme Thomas Dubiez de la Métropole de Montpellier qui a mis en place tout un programme pour faire face au changement climatique.

    *Jeudi 1er octobre à partir de 9h30, colloque « Des territoires inassurables ? » Salle Voltaire, 27-29 Bd Sarrail, Montpellier, entrée gratuite.

    **Tout pour Nîmes et son agglomération.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Face à des risques naturels accrus, les habitants ont un rôle à jouer

    Face à des risques naturels accrus, les habitants ont un rôle à jouer

    Au cœur du PC de sécurité de la Ville de Montpellier, l’atmosphère est à la vigilance absolue. C’est ici que se coordonnent les forces opérationnelles dès qu’un événement majeur frappe la cité (voir article ci-dessous). Après un été 2026 de tous les records, marqué par six vagues de chaleur successives, des incendies historiques en Gironde et dans le Var et de violents orages qui ont frappé l’Aude mais aussi le Gard
    et l’Hérault, le maire de Montpellier tire la sonnette d’alarme. « Cet été, rien ne nous a été épargné… Face aux nombreux aléas auxquels nous sommes de plus en plus confrontés, il est essentiel de rappeler les enjeux de la culture du risque », insiste Michaël Delafosse.

    L’équation météorologique est implacable : « Qui dit canicules dit épisodes méditerranéens. Quand il fait chaud ; la mer se réchauffe et cela produit ce phénomène qui, d’un seul coup, conduit à des précipitations de très forte intensité et entraîne des ruissellements d’une grande violence », rappelle l’élu.

    « Toute l’Europe

    de l’ouest a été touchée »

    Les données scientifiques confirment l’urgence. Selon Alix Roumagnac, président de la société Predict, l’année 2026 marque un tournant climatique à l’échelle européenne (voir entretien page 5). « Toute l’Europe de l’ouest a été touchée par ces séquences de canicules. Actuellement, la Méditerranée est aussi chaude que le golfe du Mexique, avec des eaux proches de 30 degrés », prévient-il. Un réservoir d’énergie thermique qui favorise la formation de « Médicanes », ces puissants ouragans méditerranéens. Plus inquiétant encore, la saison à risque ne cesse de s’allonger : « Cette année, les canicules ont débuté dès le mois de mai et nos épisodes cévenols ou méditerranéens, qui avant se cantonnaient à l’automne, peuvent désormais survenir jusqu’en décembre », souligne Alix Roumagnac.

    À Montpellier, le souvenir du dernier grand épisode de 2015, qui avait coûté la vie à deux personnes, reste vif. Depuis, la ville a été relativement épargnée, mais le danger a frappé ses voisins : l’Aude, la vallée de la Roya, la Grèce, ou encore Valence. Pour Sébastien Cote, premier adjoint en charge de la sécurité, le constat est lucide : « La question n’est pas de savoir si nous allons être frappés, mais quand. »

    Si la collectivité a, depuis plusieurs années, massivement investi dans des aménagements urbains pour lutter contre les inondations, l’implication de la population laisse encore à désirer dans une métropole qui accueille chaque année entre 8 300 à 8 600 habitants supplémentaires. La Ville s’est pourtant dotée d’outils pratiques en accès libre, comme le Document d’information communal sur les risques majeurs (Dicrim), qui incite notamment chaque foyer à préparer un kit d’urgence. Mais l’enjeu crucial repose sur le dispositif de téléalerte. Cet outil gratuit, sur lequel il suffit de s’inscrire en ligne sur le site internet de la Ville, permet à la collectivité, lors d’un événement météorologique majeur, d’envoyer des SMS en temps réel pour diffuser les consignes de sécurité. Or, selon Michaël Delafosse, « moins de 30% » des Montpelliérains seraient aujourd’hui abonnés au système municipal de téléalerte, quand son adjoint à la sécurité, Sébastien Cote, évoque, lui, la barre des 10%… « De notre côté, nous sommes prêts. Les moyens et les investissements sont là, mais il faut que nos concitoyens se donnent les moyens de disposer des informations de prévention », insiste le maire de Montpellier. Face à l’imprévisibilité et à la soudaineté des épisodes méditerranéens, la téléalerte est un outil qui peut sauver des vies. Qui plus est, « le respect des consignes de sécurité facilite grandement le travail des secours », souligne Michaël Delafosse.

    Du côté des sapeurs-pompiers, le message est limpide : « La meilleure intervention, c’est celle qu’on ne fait pas. » Les professionnels du secours rappellent une règle fondamentale : lors d’un épisode intense, « l’abri en dur reste le rempart le plus efficace ». Le danger majeur réside dans les déplacements. Qu’on soit à pied ou en voiture, la vulnérabilité est maximale. Quelques centimètres d’eau courante suffisent à emporter un véhicule. « Se déplacer, c’est se mettre en danger et mettre en danger les personnes que l’on va chercher », insistent les pompiers, rappelant que les écoles disposent de leurs propres plans de mise en sécurité pour protéger les enfants. « L’objectif n’est pas de céder au catastrophisme », rappelle Alix Roumagnac, mais d’acquérir des réflexes de sauvegarde : s’informer, s’abonner aux alertes et, le moment venu, obéir aux consignes de sécurité.

  • À Montpellier, une mécanique déjà bien huilée

    À Montpellier, une mécanique déjà bien huilée

    Le futur hôtel des sécurités va nous faire gagner beaucoup de temps. » À entendre Sébastien Cote, on pourrait d’abord croire que ce lieu stratégique – qui ouvrira dans le quartier Celleneuve début 2029 – est attendu comme le messie à l’heure où les phénomènes météo extrêmes s’accentuent.

    En réalité, l’hôtel des sécurités qui centralisera les polices municipale et métropolitaine des transports, le PC sécurité de la TAM ou encore le Centre de supervision urbaine (CSU), ne sera que la cerise sur le gâteau. « Tous les acteurs seront réunis au même endroit et auront sous les yeux le grand mur d’images du réseau de caméras de vidéosurveillance de la Ville de Montpellier », explique l’adjoint au maire délégué à la sécurité.

    L’ultime maillon d’une chaîne de commandement déjà parfaitement rodée les jours où les pouvoirs publics se doivent de prendre les mesures adaptées aux risques climatiques exceptionnels. Car lorsque les fortes pluies ou le feu menacent, personne ne tergiverse. Le Plan communal de sauvegarde de la Ville (PCS) détaille risque par risque les process et rôles de chacun. « Tous les scénarios sont envisagés et le plan va bientôt passer à l’échelle de la Métropole », précise Sébastien Cote.

    Dès que nécessaire s’ouvre une « cellule de crise » au sous-sol de l’hôtel de ville de Montpellier. Au sein de ce Poste de commandement communal (PCC) aux allures de bunker, entre 15 et 20 personnes dont le maire ou l’adjoint d’astreinte, les responsables des services municipaux, de la police municipale, la voirie, la TAM, les pompiers, la sécurité civile… « Ils sont en lien téléphonique avec les équipes de terrain, la société Predict Services pour les prévisions météo et si besoin les maires des communes avoisinantes, ainsi bien sûr le préfet qui peut reprendre la main si le phénomène s’étend au département. »

    Des outils spécifiques sont aussi à disposition à l’instar du réseau métropolitain de capteurs qui mesurent la montée des eaux. « On peut ainsi rapidement décider de sécuriser une école, fermer un parc, un bois ou une route en contrebas, stopper une ligne de tramway… », illustre l’adjoint à la sécurité.

    La canicule n’étant pas un « risque ponctuel » mais continu, elle donne lieu à une « cellule de veille » quotidienne et amène elle aussi à des choix politiques forts. « En cas de fortes chaleurs, on peut décider en lien avec le rectorat de suspendre des cours d’une école, d’inviter au report d’un rassemblement mais aussi de rallonger les horaires des médiathèques ou d’ouvrir des salles climatisées pour placer les sans domicile fixe à l’abri. »