Tag: AOP

  • [Tribune] « Assez des amalgames avec la chèvre du Rove ! »

    [Tribune] « Assez des amalgames avec la chèvre du Rove ! »

    Depuis trop longtemps, des articles de presse mentionnent la présence de chèvres du Rove ou « sauvages » sur les routes et entretiennent une confusion entre ces chèvres présentes dans certains secteurs du massif et la véritable chèvre du Rove, race patrimoniale reconnue et protégée. Cela suffit ! Je tiens à rappeler avec la plus grande fermeté que le terme approprié est celui de chèvres férales. L’utilisation d’expressions telles que « chèvres sauvages », et plus encore l’assimilation de ces animaux à la chèvre du Rove, constitue un amalgame inacceptable. On appelle chèvres férales des chèvres domestiques ayant repris leur liberté. Ces animaux ne se comportent pas comme des animaux sauvages qui cherchent à demeurer cachés. Leur grand nombre pose un véritable problème de sécurité lié à leurs déplacements et traversées des voies de circulation et d’équilibre sur notre environnement.

    La chèvre du Rove bénéficie d’une Appellation d’origine protégée (AOP) – la seule du département des Bouches-du-Rhône – reposant sur un cahier des charges strict, garantissant notamment les conditions d’élevage, l’alimentation, le mode de conduite des troupeaux et l’ancrage territorial de cette race emblématique. Elle est le fruit d’un savoir-faire reconnu, porté par des éleveurs et bergers engagés dans la préservation d’un patrimoine agricole et culturel unique.

    Assimiler ces chèvres dites férales à la chèvre du Rove revient donc non seulement à une erreur factuelle, mais également à une atteinte directe à l’image d’une AOP exigeante et encadrée, construite sur des décennies de travail. Cet amalgame porte un préjudice réel et sérieux aux bergers et éleveurs de la chèvre du Rove, qui voient leur activité, leur réputation et leur engagement remis en cause par des approximations médiatiques répétées. Il en résulte une confusion dommageable pour toute une filière locale, pourtant exemplaire en matière de qualité, de gestion des espaces naturels et de valorisation du territoire.

    Je déplore également la persistance de cette situation, alors même que la commune du Rove alerte depuis plusieurs années les services de l’État sur la présence de chèvres férales dans le massif et sur la nécessité de mesures de régulation adaptées. À ce jour, les réponses apportées restent insuffisantes au regard des enjeux.

    Dans ce contexte, et face à la répétition d’informations inexactes, je ne souhaite plus accorder d’interviews sur ce sujet tant que la rigueur terminologique et factuelle ne sera pas respectée et que des solutions concrètes ne seront pas mises en œuvre. En cette année mondiale du pastoralisme, la commune du Rove réaffirme son engagement total en faveur de la chèvre du Rove, de son AOP, de ses bergers et de la défense de son patrimoine.

  • Le Rove : la brousse AOP est enfin de retour !

    Le Rove : la brousse AOP est enfin de retour !

    Après trois mois de pause, de la fin octobre à la fin janvier, la brousse du Rove AOP signe son grand retour. Une période dite « creuse », nécessaire au respect du cycle naturel du troupeau, marquée notamment par les mises bas de la mi-janvier. Cette année encore, de nombreux cabris sont nés à la bergerie de la Varune, nichée au cœur du massif du Rove.

    À cette occasion symbolique, le maire de la commune s’est rendu sur place, au moment de la traite, afin de souhaiter une excellente saison aux bergers-producteurs Franck, Marc et Rafael Gouiran. « C’est une tradition locale, et c’est pourquoi il était important d’être ici aujourd’hui pour marquer ce moment essentiel pour nos amis éleveurs, que nous soutenons tout au long de l’année. Nous leur souhaitons une saison pleine et riche en événements », confie l’édile du Rove.

    Âgés de 43 et 40 ans, Franck et Marc Gouiran exercent leur métier dans le respect d’une tradition pastorale ancestrale au service du consommateur. Ils perpétuent ainsi l’héritage de leur famille (André, Marie-Ange, Gilbert, Gabrielle….), comme de nombreuses familles rovenaines.

    À la ferme, le travail est quotidien et sans relâche. La traite, assurée sept jours sur sept, dès 4h30 le matin puis le soir, représente à elle seule près de 35 heures de travail hebdomadaire. Le troupeau, fort de près de 400 têtes, est conduit toute l’année dans les collines classées du Rove – près de 2 000 hectares – par les bergers et la bergère Lison. Une alimentation naturelle qui confère aux brousses et fromageons ce goût délicatement parfumé de garrigue.

    Pour rappel, la brousse du Rove, fabriquée exclusivement à partir du lait de chèvre de la race du Rove, bénéficie depuis 2018 de l’Appellation d’origine contrôlée (AOC), devenue Appellation d’origine protégée (AOP) en 2021. Cette reconnaissance est l’aboutissement de onze années de combat menées auprès de l’Inao par les producteurs du département, avec à leur tête la famille Gouiran, et avec le soutien actif de la municipalité du Rove. Ils sont aujourd’hui huit producteurs à porter fièrement cette AOP.

    Infos pratiques Fromagerie Gouiran – 17, rue Adrien Isnardon, Le Rove

    Les 9 producteurs de brousse du Rove AOP dans les Bouches-du-Rhône sont : François Borel, La Roque-d’Anthéron ; Laurence Chaullier, Meyreuil ; Natacha Duverdier, Les Baux-de-Provence ;Bastien Falcot, Cuges-les-Pins ; Franck et Marc Gouiran, Le Rove ; Jean-Pierre Hueso, Salon-de-Provence ; Eric Prioré, Septemes les Vallons ; Bernard Thoron, St-Julien-les-Martigues ; Isabelle Boggio-Pola, Grambois

  • Disparition de Luc Falcot figure du militantisme paysan des circuits courts

    Disparition de Luc Falcot figure du militantisme paysan des circuits courts

    « Il avait fière allure avec son béret et sa moustache… Un homme droit et juste… Une référence en matière de pastoralisme… Un passionné ! » Les témoignages ne manquent pas pour évoquer Luc Falcot, inlassable défenseur de la brousse des chèvres du Rove avec ses longues cornes.

    Jérôme Laplane, maraîcher bio de Roquevaire à la retraite, se souvient bien de leur première rencontre à la ferme il y a des années. « Bien avant la labellisation, il venait livrer ses fromages sur ma ferme. Nous parlions de son installation, de ses tracas administratifs. Il a tenu bon, et il a réussi » livre-t-il, ému de perdre son voisin de stand sur le marché du Cours Ju.

    Ces débuts difficiles, François Borel s’en souvient très bien. Celui qui est devenu son ami et compagnon de lutte à la confédération paysanne et à la confédération d’études et de réalisation Alpes-Méditerranée ( Cerpam) est rentré dans sa vie de façon pour le moins originale : « Il est arrivé à cheval sur notre ferme habillé en cow-boy. » Et de poursuivre « Il était cascadeur à OK Corral à cette époque et voulait des informations sur le métier de berger. Il venait d’acquérir quelques chèvres. »

    La brousse du Rove se vend bien. Des contrefaçons souvent coupées avec du lait de vache apparaissent, mais surtout elle attire l’attention de multinationale comme Lactalis. « C’est la plus grosse valorisation fromagère de France, après les yahourts. C’est comme ça que le lait est vendu le plus cher » explique François. « Pour nous, c’était bien que cette production soit réservée à un territoire local pour permettre aux petits paysans de gagner leur vie. » Dans les années 2010, huit producteurs locaux de brousse de chèvre du Rove se lancent dans l’obtention de l’appellation d’origine contrôlée (AOP), le graal en matière de distinction. Refusé 7 fois, Luc Falcot ne lâchera jamais l’affaire, n’hésitant pas à rejoindre des groupements comme Slow Food mouvement international à but non lucratif qui défend l’alimentation et la biodiversité. François témoigne encore « je devenais alors son chauffeur, et nous allions au salon jusqu’à Turin défendre notre brousse. » Christian Qui, chef marseillais, se souvient de « cet homme engagé qui respectait les cycles de la nature de ses animaux et défendait l’agroforesterie pour maintenir des paysages et des écosystèmes ». Et 11 ans plus tard, ça finit par payer. En 2018 pour l’AOC puis en 2020, pour l’AOP, la brousse du Rove devient la plus petite AOP fromagère d’Europe. Une fierté pour les 8 chevriers des Bouches-du-Rhône.

    « Je suis très très touchée, je vais faire 2h30 de route pour aller aux obsèques » confie Pauline Gervais, installée à Moustiers-Sainte-Marie. « Lors de ma formation, je devais faire des stages, et il était la référence en matière de pastoralisme, celui qui garde ses chèvres 6 heures par jour, toute l’année en colline, celui qui défend la brousse du Rove » souligne-t-elle. Luc a été son guide, sa carte de visite, et bien plus, puisqu’il était devenu son ami. « Il travaillait avec le vivant, incarnait nos valeurs au quotidien. »

    Obsèques ce 15 septembre à 15h à l’église de la Penne sur Huveaune. Ensuite au cimetière de Cuges.