[C’est l’été] Bertrand Mazel, riziculteur « Une lutte permanente »

Bertrand Mazel a 68 ans et, officiellement, il devrait être à la retraite. Officieusement, il n’a pas encore levé le pied de sa riziculture. Entre ses responsabilités d’élu à Arles, où il travaille sur le marketing territorial, et son rôle de vice-président de l’agglomération, il continue surtout de porter la filière du riz de Camargue. Installé entre les Saintes-Maries-de-la-Mer et Arles, il cultive aussi du blé dur et des pommes de terre, mais le riz reste son affaire : « C’est ce que je connais le mieux ».

Parisien d’origine, fils de négociants en vin, rien ne le destinait à cette vie. Ses parents avaient une propriété dans le Sud. C’est ainsi qu’il découvre la région et s’y installe il y a 30 ans. Son appétence pour le riz est venue en le travaillant. « Je suis tombé amoureux de ma production », résume le riziculteur. Un chemin qui le mène à s’engager dans le syndicalisme pour porter la filière. Il devient président du Syndicat du riz, une structure indépendante couvrant le Gard et les Bouches-du-Rhône, puis s’engage progressivement en politique, « à petite échelle », dit-il.

Des règles contraignantes mais protectrices

Dans ses parcelles, Bertrand Mazel cultive sept à huit variétés différentes, du riz à risotto au riz à sushi, jusqu’aux variétés pour les desserts lactés. La filière camarguaise compte aujourd’hui environ 180 producteurs, pour 80 000 tonnes annuelles, soit 20% de la consommation totale française.

Lui revendique une production « vertueuse ». Pas d’insecticides ni de fongicides, peu de désherbants et un séchage naturel au mistral. À cela s’ajoutent, quatre contrôles par an et un cahier des charges strict. « On est sûrement l’alimentation la plus contrôlée mais au moins on a l’avantage d’avoir une meilleure qualité », reconnaît-il, 17 réglementations qui se superposent sur le territoire. « On est hyper protégé, mais c’est bien. On se rend bien compte qu’on est dans un écrin de nature », affirme-t-il, même s’il insiste sur « cette mondialisation qui nous écrase ». Car face à cette concurrence mondiale, « on essaie d’exister. C’est une lutte permanente », témoigne le producteur.

Mais derrière tout le discours technique et les contraintes, c’est surtout un attachement particulier à la Camargue qui affleure. « Ce qui me plaît, c’est d’être dans un pays libre. Avec les grands espaces. » Le quotidien, lui, reste exigeant. La culture du riz prend 120 jours, dans l’eau. Il faut quotidiennement surveiller les niveaux, les ragondins… Un investissement de tous les jours, qu’il décrit comme très prenant, dans un environnement « exubérant », peuplé d’oiseaux et de vie. Aujourd’hui, plus question pour lui de quitter ce milieu. « Je suis devenu un rustre personnage », sourit-il. « Maintenant, je ne me sens bien que dans la nature. »

Un attachement

à la Camargue

Reste la question de l’avenir : « C’est une très bonne question, vous faîtes bien de la poser », car ses deux filles ne semblent pas prêtes à reprendre l’exploitation. « Je suis en train de réfléchir à des solutions. » Une inquiétude partagée par toute la profession : « La moitié des agriculteurs va disparaître dans les dix prochaines années ». Et, en filigrane, un appel à soutenir les produits nationaux et une interrogation plus large : « Les Français devraient se demander ce qu’ils vont manger demain ».

Bertrand Mazel, lui, continue de défendre son riz, convaincu qu’il faudra « parfois le payer un tout petit peu plus cher » pour préserver une production locale. « Sur un repas, la différence est ridicule. Mais nous, ça nous permet de survivre. ».

Marie Moreau

Un riz aux multiples facettes

Le Riz de Camargue IGP se présente sous différentes formes : riz complet, semi-complet, riz blanc, riz étuvé. Selon les variétés cultivées, il existe plusieurs formats de grains (ronds ou longs), des couleurs allant du blanc au brun, et offre des parfums naturels différents. Il est cultivé en pleine nature, là où le sel marin, l’eau du Rhône et le mistral se rencontrent sur une zone plate.

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