Tag: IGP

  • De nouveaux débouchés pour les pommes alpines

    De nouveaux débouchés pour les pommes alpines

    Les arboriculteurs des Alpes de Haute-Durance, situées à cheval entre les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence, peinent parfois à joindre les deux bouts. Plusieurs dizaines d’entre eux vendent depuis près d’un an une partie de leurs pommes à la marque C’est qui le Patron ?! (CQLP). La coopérative, co-construite avec les consommateurs, entend soutenir les producteurs en achetant leurs produits « à un prix juste ». Depuis l’automne 2025, des sacs d’1,5 kg de pommes Golden, fruit IGP (indication géographique protégée) sont disponibles dans plusieurs enseignes de la grande distribution. Dès mi-octobre 2026, les pommes alpines se déclineront en deux autres produits : des barquettes de six fruits, vendues chez Intermarché, Leclerc, Auchan et Chronodrive, et des petits sachets de pommes en quartier qui se retrouveront dans les menus enfant de Burger King, dans toute la France.

    Un soutien bienvenu chez les producteurs, qui parviennent autrement difficilement à vendre leurs pommes de calibre moyen. « Le climat change, et la Golden a du mal à s’adapter, explique Romain Bore, propriétaire d’un verger de 30 hectares. J’en ai seulement produit 600 tonnes cette année, comparé à 800 habituellement. Mais derrière, il y a des frais et des charges qui continuent d’augmenter. » « On demande à être payé justement », poursuit la productrice de pommes Mélanie André. D’après Julie Levesque, chargé du développement fruits et légumes chez CQLP, 1 kg de pomme est généralement acheté 40 centimes, tandis que CQLP propose 80 centimes. De quoi sécuriser une part des revenus.

    Agathe Di Lenardo

  • La viticulture provençale au défi du climat

    La viticulture provençale au défi du climat

    « Les vendanges avancent d’année en année. En 2026, on a commencé le 19 août, du jamais vu. Si je regarde bien en deux ans, on a avancé d’une semaine la récolte » détaille Didier Pauriol, président du vignoble du Roy René, une des plus grosses caves de la Provence viticole. Avec des vendanges qui s’étalent sur 5 semaines, tout le personnel s’active dans la cave qui emploie 18 salariés. « Nous produisons environ 70 000 hectolitres de vins par an, avec une centaine de coopérateurs pour 900 hectares de vignes » poursuit le responsable. Un vin labellisé en appellation d’origine contrôlée (AOP) et indication géographique protégée (IGP) dont 90% de la commercialisation se fait en rosé. Les rouges et blancs se partagent les 10% du marché restant. La coopérative est dynamique et n’a pas hésité à investir 5 millions d’euros dans un nouveau chai de 700 m² dédié à la vinification pour rentrer le plus vite possible une récolte de plus en plus précoce. « Parce que notre production est essentiellement rosé avec un degré d’alcool inférieur à 13 degrés. Il nous faut rentrer un raisin pas trop chargé en sucre, c’est une contrainte supplémentaire. Avec la chaleur qui dure, les cépages mûrissent plus vite, heureusement nous avons un terroir hétérogène qui étale un peu les arrivées » explique Didier Pauriol qui a inauguré le nouveau bâtiment en juin 2025. Autre bonne nouvelle, la cave était vide, soit la récolte dernière vendue « grâce à un directeur et une équipe commerciale dynamique ».

    Cette récolte s’annonce bonne qualitativement et quantitativement. « Des pluies au bon moment cet hiver, une floraison rapide en mai grâce à une période chaude, et pas d’attaque sévère de mildiou ou d’oïdium » résume le président. Le vignoble bénéficie d’un avantage de poids, l’eau du canal de Provence qui permet l’irrigation des vignes au goutte-à-goutte.

    Faire face à la grêle, plus fréquente hors saison hivernale est aussi un fait nouveau. Là encore, le vignoble du Roy René a su s’adapter. « L’association Prévigrêle nous informe des jours à risques. Et nous avons des générateurs que nous activons pour l’éviter ou diminuer la taille des grêlons » expose le président. Il poursuit : « Prouvé ou pas, depuis que nous avons les générateurs, nous n’avons pas eu de souci. Nous mettons en place des outils pour lutter contre ».

    Marchés en chute

    Au vu du dérèglement climatique, le raisonnement voudrait que des cépages nouveaux plus résistants soient plantés. Le président répond spontanément : « La vigne, c’est pas des carottes, on s’adapte pas d’une année sur l’autre ». À ses côtés Raphaël Steff, viticulteur coopérateur, membre du conseil d’administration de la cave, explicite : « Quand on plante une vigne, c’est pour 25 ou 30 ans. Ce sont des investissements qui sont lourds. Le rendement n’est pas immédiat ». Mais la plus grosse inquiétude demeure l’état du marché. Leur vin est vendu principalement en vrac à l’export, pour 50% aux États-Unis et Grande Bretagne, mais aussi Allemagne, Belgique, Suède, Brésil, Australie… « Comme toute la Provence, nous avons perdu des marchés sur le rosé à cause des hausses des taxes. En trois ans, on a perdu un tiers des volumes sur les États-Unis » ne cache pas le président. À cela s’ajoute une tendance générale de baisse de la consommation. « Le vin fait partie intégrante de la culture française. On n’est pas beaucoup aidé comme produit de terroir. Les politiques ne parlent jamais de nous de façon positive » soupire Didier Pauriol. Et de lâcher : « Nos coopérateurs sont à la limite des coûts de production. Ils n’arrivent pas, en sus, à s’investir toujours davantage pour faire de l’œnotourisme ». Il réfléchit et ajoute : « On est mis en concurrence avec des voitures, ou des avions. C’était le cas pour la première taxe Trump en retour d’une taxe sur l’aéronautique, et c’est nous qui avons trinqué. On joue le rôle du fusible, ça nous fait énormément de mal ».

    Perte de 50% du chiffre d’affaires

    Les deux viticulteurs échangent des regards et tombent d’accord. « Il faut que les politiques nous aident, pas forcément financièrement mais par des choix qui ne viennent pas s’opposer à notre production. » Raphaël Steff témoigne à titre personnel : « On a tout vendu à la cave, mais il a fallu faire des concessions. J’ai perdu 50% de mon chiffre d’affaires en trois ans. Si on a des crédits, on y arrive plus. À la fin des vendanges, j’arrête mon exploitation pour aller vers une autre activité… qui n’a rien à voir avec l’agriculture ». Implacable.

  • Vins : comment garder du fruit sans faire grimper les degrés ?

    Vins : comment garder du fruit sans faire grimper les degrés ?

    Dans le verre aussi, le thermomètre laisse sa trace. Avec les fortes chaleurs, le raisin mûrit plus vite et les vendanges s’avancent, mais dans les caves gardoises, l’objectif n’est pas forcément de laisser grimper le sucre et l’alcool. Pour le cru 2026, les vignerons cherchent surtout à préserver la fraîcheur, le fruit et l’équilibre, tout en composant avec un marché aux attentes changeantes.

    Le constat est déjà visible dans les vignes. En 2026, les vendanges ont commencé avec cinq à six jours d’avance sur l’an dernier et, sur certains cépages précoces, parfois dès le début du mois d’août. « Il y a une maturité qui est globalement avancée », constate Denis Verdier, président des vins IGP du Gard. Il rappelle qu’il y a une dizaine d’années, les premières récoltes démarraient plutôt au début du mois de septembre. Cette précocité ne change pas seulement le calendrier. Elle modifie aussi le profil du raisin. Plus il mûrit, plus sa teneur en sucre augmente. Or, « le sucre fait l’alcool », résume Denis Verdier. Avec des températures élevées, les raisins peuvent donc atteindre rapidement des degrés importants. Mais ce n’est justement pas toujours ce que recherchent aujourd’hui les vignerons.

    Pour les blancs et les rosés, la tendance va plutôt vers des vins frais, fruités et moins alcoolisés. « Les vignerons n’attendent pas une surmaturité avec des degrés importants, des 14 degrés ou plus que le climat pourrait leur donner », explique-t-il. Pour un sauvignon blanc, la récolte peut ainsi être déclenchée autour de 11,5 ou 12 degrés afin de conserver « une certaine fraîcheur et du fruit ». Même logique pour le rosé. Un grenache arrivé à pleine maturité peut afficher 14 ou 15 degrés. Pourtant, les producteurs peuvent choisir de le vendanger avant. « On préfère jouer une petite maturité, à 11,5, 12 degrés », explique Denis Verdier. Objectif : produire des rosés légers et fruités, adaptés à une consommation plus immédiate, « autour de l’apéritif, de la piscine et des tapas ».

    « Une alchimie un peu compliquée »

    La solution pourrait sembler évidente : vendanger plus tôt pour limiter le sucre, et donc le degré d’alcool. Dans les faits, c’est déjà ce que font les vignerons. Mais récolter plus tôt a aussi ses limites. « Faire des petits degrés, mais s’ils n’ont plus de goût, plus d’arômes… », prévient Denis Verdier. La maturité ne se résume pas à un chiffre : elle participe aussi aux arômes et à l’équilibre du vin. Dans sa cave coopérative, une cuvée à 9,5 ou 10 degrés a par exemple été testée. Une façon de répondre à la demande de vins plus légers. Mais « il ne suffit pas de dire qu’on enlève des degrés de sucre », insiste-t-il. « Ça a des incidences sur l’équilibre général du produit. C’est une alchimie un peu compliquée. »

    Le marché lui-même reste difficile à lire. Les consommateurs disent parfois vouloir boire plus léger, mais l’expérience ne confirme pas toujours cette envie. Denis Verdier raconte que certains clients, après avoir testé ces cuvées moins alcoolisées, sont revenus réclamer des vins plus classiques : « Arrête, laissez-moi ça tranquille, donnez-moi du vrai. » « C’est de l’innovation, on y va avec l’intelligence », sourit-il.

    Pour les rouges, la stratégie est différente. Cette fois, les producteurs cherchent davantage la pleine maturité. Il faut laisser le raisin se charger en sucre pour obtenir des vins autour de 13,5 ou 14 degrés, « plus structurés, plus longs en bouche ». Si la météo ne vient pas brutalement interrompre la maturation, Denis Verdier espère « des rouges structurés qui devraient tenir la route ».

    Le cru 2026 doit donc composer avec des attentes parfois contradictoires : tandis que le climat accélère la maturité et pousse les degrés vers le haut, une partie des consommateurs recherche des vins plus frais, plus légers ou se tourne vers les bulles et les cocktails. « Il y a toute une mosaïque de consommateurs qui ont des demandes différentes », résume Denis Verdier. Une évolution qui oblige le vignoble à s’adapter sans perdre son identité. Dans dix ou vingt ans, le vin gardois aura-t-il le même goût ? « Certainement pas », répond-il, tout en fixant une limite : préserver un vin « issu de la fermentation d’un raisin », dont l’essentiel des arômes vient toujours du fruit.

  • [C’est l’été] Bertrand Mazel, riziculteur « Une lutte permanente »

    [C’est l’été] Bertrand Mazel, riziculteur « Une lutte permanente »

    Bertrand Mazel a 68 ans et, officiellement, il devrait être à la retraite. Officieusement, il n’a pas encore levé le pied de sa riziculture. Entre ses responsabilités d’élu à Arles, où il travaille sur le marketing territorial, et son rôle de vice-président de l’agglomération, il continue surtout de porter la filière du riz de Camargue. Installé entre les Saintes-Maries-de-la-Mer et Arles, il cultive aussi du blé dur et des pommes de terre, mais le riz reste son affaire : « C’est ce que je connais le mieux ».

    Parisien d’origine, fils de négociants en vin, rien ne le destinait à cette vie. Ses parents avaient une propriété dans le Sud. C’est ainsi qu’il découvre la région et s’y installe il y a 30 ans. Son appétence pour le riz est venue en le travaillant. « Je suis tombé amoureux de ma production », résume le riziculteur. Un chemin qui le mène à s’engager dans le syndicalisme pour porter la filière. Il devient président du Syndicat du riz, une structure indépendante couvrant le Gard et les Bouches-du-Rhône, puis s’engage progressivement en politique, « à petite échelle », dit-il.

    Des règles contraignantes mais protectrices

    Dans ses parcelles, Bertrand Mazel cultive sept à huit variétés différentes, du riz à risotto au riz à sushi, jusqu’aux variétés pour les desserts lactés. La filière camarguaise compte aujourd’hui environ 180 producteurs, pour 80 000 tonnes annuelles, soit 20% de la consommation totale française.

    Lui revendique une production « vertueuse ». Pas d’insecticides ni de fongicides, peu de désherbants et un séchage naturel au mistral. À cela s’ajoutent, quatre contrôles par an et un cahier des charges strict. « On est sûrement l’alimentation la plus contrôlée mais au moins on a l’avantage d’avoir une meilleure qualité », reconnaît-il, 17 réglementations qui se superposent sur le territoire. « On est hyper protégé, mais c’est bien. On se rend bien compte qu’on est dans un écrin de nature », affirme-t-il, même s’il insiste sur « cette mondialisation qui nous écrase ». Car face à cette concurrence mondiale, « on essaie d’exister. C’est une lutte permanente », témoigne le producteur.

    Mais derrière tout le discours technique et les contraintes, c’est surtout un attachement particulier à la Camargue qui affleure. « Ce qui me plaît, c’est d’être dans un pays libre. Avec les grands espaces. » Le quotidien, lui, reste exigeant. La culture du riz prend 120 jours, dans l’eau. Il faut quotidiennement surveiller les niveaux, les ragondins… Un investissement de tous les jours, qu’il décrit comme très prenant, dans un environnement « exubérant », peuplé d’oiseaux et de vie. Aujourd’hui, plus question pour lui de quitter ce milieu. « Je suis devenu un rustre personnage », sourit-il. « Maintenant, je ne me sens bien que dans la nature. »

    Un attachement

    à la Camargue

    Reste la question de l’avenir : « C’est une très bonne question, vous faîtes bien de la poser », car ses deux filles ne semblent pas prêtes à reprendre l’exploitation. « Je suis en train de réfléchir à des solutions. » Une inquiétude partagée par toute la profession : « La moitié des agriculteurs va disparaître dans les dix prochaines années ». Et, en filigrane, un appel à soutenir les produits nationaux et une interrogation plus large : « Les Français devraient se demander ce qu’ils vont manger demain ».

    Bertrand Mazel, lui, continue de défendre son riz, convaincu qu’il faudra « parfois le payer un tout petit peu plus cher » pour préserver une production locale. « Sur un repas, la différence est ridicule. Mais nous, ça nous permet de survivre. ».

    Marie Moreau

    Un riz aux multiples facettes

    Le Riz de Camargue IGP se présente sous différentes formes : riz complet, semi-complet, riz blanc, riz étuvé. Selon les variétés cultivées, il existe plusieurs formats de grains (ronds ou longs), des couleurs allant du blanc au brun, et offre des parfums naturels différents. Il est cultivé en pleine nature, là où le sel marin, l’eau du Rhône et le mistral se rencontrent sur une zone plate.

  • [C’est l’été] Didier Tronc, producteur de foin de Crau, un maillon essentiel de l’élevage

    [C’est l’été] Didier Tronc, producteur de foin de Crau, un maillon essentiel de l’élevage

    Carrure solide, larges épaules. Didier Tronc a l’allure de ceux qui portent un métier, une exploitation et toute une histoire familiale. Pour ce producteur de foin de Crau, installé près d’Istres, l’agriculture a été une suite logique, « c’est comme Obélix. Je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit ». Des deux côtés de la famille, on produit. Son père, lui, fait partie des figures historiques de la filière : en 1976, il est l’un des quatre producteurs à refonder le comité du foin de Crau pour en garantir les droits et la qualité.

    Aujourd’hui soixantenaire, c’est en 2002 que Didier Tronc prend la tête de l’exploitation de son père. Au lycée agricole de Miramas, il apprend le métier. Puis il bifurque vers le comité du foin de Crau dont il est le directeur depuis 35 ans. « À l’époque, je devais m’installer avec mon père. Mais il a perdu un fermage [bail rural de gestion de terres agricoles] et on ne pouvait pas vivre à deux familles. Donc je suis parti travailler au comité de foin de Crau », raconte-t-il. Il y avait tout à faire, mais l’agriculteur relève le défi. Il se sensibilise aux appellations et développe la filière. Le foin de Crau devient le premier produit agricole non destiné à l’alimentation humaine à obtenir une AOC (appellation d’origine contrôlée) en 1997, puis une AOP (Appellation d’origine Protégée) en 2015. En 1894, un syndicat regroupant les agriculteurs d’Arles et Saint-Martin-de-Crau, avait déjà le projet de déposer un label de qualité. « Le label AOP n’existait pas encore », précise-t-il. Un récit que Didier Tronc connaît par cœur et qu’il continue de transmettre.

    « Ça, c’était la belle histoire », avoue-t-il. Car depuis deux ans, la situation se dégrade. « Le foin de Crau est en crise. » Coûts de production élevés liés à l’irrigation, concurrence accrue, changement climatique… et baisse du cheptel français : « Moins d’animaux à nourrir, c’est moins de ventes », résume l’agriculteur.

    Tiraillé entre passion

    et épuisement

    « C’est un métier passionnant parce qu’on touche à tout », affirme-t-il encore aujourd’hui, le regard empreint de passion et d’usure. Sur ses 15 hectares, les prairies en pente sont irriguées par un système par gravité : l’eau de la Durance, chargée en minéraux, glisse et nourrit les sols. La plus ancienne technique utilisée par l’Homme. Tous les deux jours, il faut inonder et faucher trois fois par an. Le reste du temps, il faut tenir : « Je ne fais que ça. Travailler. » Ses dernières vacances remontent à 2020. Une semaine. Avant cela, c’était en 2014. À 60 ans, le producteur de foin de Crau laisse transparaître sa fatigue : « J’ai plus que quatre ans à tirer, après j’arrête ». Même ses activités bénévoles ne s’éloignent jamais trop de son métier. Lui qui est, entre autres, bénévole à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) ; mais aussi impliqué dans les Association Syndicales Autorisées (ASA) qui agissent sur l’irrigation collective en France…

    Une transmission incertaine

    Cette vie-là, il ne la transmettra pas en famille. « J’ai deux filles. Et j’ai tout fait pour qu’elles ne restent pas dans l’agriculture », lâche-t-il, « très inquiet » pour l’avenir. Lui-même a connu les limites de sa passion : jongler avec deux emplois pour vivre, les contraintes administratives et « le manque de reconnaissance des concitoyens, ça c’est le plus dur », souffle-t-il l’air contrarié, sinon triste face à ce constat. Son métier, il l’aime pourtant : « J’ai la chance de ne pas me lever le matin avec la boule au ventre ».

    Seulement, si le foin de Crau se perd, c’est tout un système qui en pâtit. Car il participe à un équilibre écologique. « La disparition de cette production serait une véritable catastrophe économique et écologique », alerte le producteur. Grâce à l’irrigation, les prairies alimentent à hauteur de 70% la nappe phréatique de la Crau, qui fournit en eau potable près de 300 000 habitants. Chaque année, une prairie reçoit en moyenne 20 000 m³ d’eau. En s’infiltrant, elle recharge artificiellement cette réserve.

    « Entre l’eau et l’air, il y a des enjeux très très forts », résume-t-il, car les prairies de foin de Crau jouent aussi un rôle de puits de carbone : jusqu’à 120 tonnes de CO2 stockées par an, contre environ 80 tonnes pour des prairies « classiques ».

    Marie Moreau

    Une histoire à rebondissement

    Grâce à l’eau de la Durance, le Foin de Crau est riche en minéraux. Le soleil et le Mistral favorisent le séchage et limitent l’altération des éléments nutritifs. À la fin du XIXe siècle, sa qualité est telle que les trafics de certifications se multiplient. En 1976, le syndicat fraîchement reconstitué a l’idée de remplacer des étiquettes facilement interchangeables, une ficelle rouge et blanche brevetée à l’INPI que seul le comité du foin de Crau est capable de fabriquer.

  • [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    Au Poët, dans les Hautes-Alpes, Mélanie Costanzo, 39 ans, cultive 15 hectares de pommiers. Ici, il fait toujours beau. Ses pommes labellisées IGP (Indication géographique protégée) et Label Rouge, profitent de « 300 jours d’ensoleillement à l’année », selon l’arboricultrice. Issue d’une famille de producteurs sur trois générations, présidente de sa coopérative, elle gère l’exploitation familiale depuis 6 ans. Une trajectoire bien différente de ce qu’elle avait imaginé au départ.

    « À la base, j’étais à fond dans l’Art, j’ai un BTS dans le design. Je suis partie à Marseille, j’ai fait les Beaux-Arts et une école d’architecte », raconte la pomicultrice. Puis, en 2012, elle perd son grand-père. Un décès qui chamboule l’organisation de l’exploitation familiale. Son père ne se sentant plus de continuer tout seul, Mélanie Costanzo ne voulait pas voir disparaître l’héritage familial. Quand elle était petite, elle se souvient d’avoir souvent accompagné sa grand-mère sur les marchés. « Mes grands-parents ont travaillé dur pour avoir ce qu’il avait. Il était hors de question que la ferme parte de la famille », revendique-t-elle. À ce moment, elle avait 25 ans. L’étudiante en art quitte la ville et ses études pour revenir dans son village et ses montagnes : « Et c’est clairement devenu une passion », raconte-t-elle le regard pétillant.

    Transmettre son amour pour la nature

    Aujourd’hui, Mélanie Costanzo est aussi mère de trois enfants. « Ça fait du boulot ! », sourit-elle. Dans une profession où on ne compte pas les heures, l’équilibre se construit différemment. Dans son entourage, tous connaissent ces contraintes, comme son mari qui est aussi agriculteur. « L’avantage, c’est qu’on se comprend », glisse-t-elle. Mais elle ne regrette rien. « Non jamais. Ma campagne me manquait. Il était hors de question de rester en ville. On est dans des paysages magnifiques », atteste-t-elle, l’air satisfait.

    Ce qu’elle aime, c’est d’abord transmettre, expliquer comment elle produit ses pommes, savoir qu’elles se retrouvent dans les assiettes des gens. À la récolte, elle accueille des classes de primaires pour les sensibiliser à la nature et son fonctionnement. « On explique de la floraison à la production. On est contents de les voir avec le sourire quand ils croquent dans la pomme. Le bonheur c’est juste ça pour moi. »

    Prouver sa place

    dans un monde d’hommes

    Dans ses vergers d’altitude, la golden est reine. Avec le Limousin, les Hautes-Alpes sont la région principale de cette variété. « Avec les nuits très fraîches, elle prend un peu de “blush”, des reflets un peu rosés très caractéristiques. » Un savoir-faire qu’elle défend, notamment à travers les labels : « C’est important pour faire valoir notre terroir. » Mais ce lien à la nature est aussi une source d’inquiétude. Le changement climatique est une source d’angoisse. « Il y a dix jours, on a fait une nuit d’anti-gel à -1, et une semaine plus tard on a 33 degrés. Les arbres ne comprennent pas. » Les conséquences sont visibles : chutes de feuilles, arrivée des ravageurs… Malgré tout, elle insiste : « Nous, on est dans la production mais aussi dans la protection de l’environnement. » Elle est la première de la famille à avoir développé des cultures biologiques.

    Dans la coopérative, Mélanie Costanzo est quasiment la seule fille et elle en est présidente. Son objectif : faire monter le féminin dans le secteur. Elle rappelle que les femmes restent minoritaires : « Elles représentent moins d’un tiers des gérances d’exploitation agricole. » Dans la famille, il n’y avait pas de fils pour reprendre la ferme, comme il est encore souvent admis. Mélanie Costanzo a une petite sœur. « Mon père s’est dit : j’ai deux filles… jamais de la vie elles reprendront. » Elle apprend le métier au côté de son père. Aujourd’hui, elle mesure sa persévérance : « Je suis fière d’avoir réussi à montrer à mon père que les femmes aussi peuvent y arriver. » En attendant, elle essaie de préparer la relève et de cultiver cette passion pour ses enfants : « On verra si ça suit ou pas… »

    Marie Moreau

    fruiticimes.fr

    Une golden aux trois labels

    Mélanie Costanzo cultive une golden reconnue pour sa qualité. Ses pommes portent trois labels. L’Indication Géographique Protégée (IGP) garantit leur lien avec le terroir des Hautes-Alpes. Le Label Rouge distingue une qualité gustative, contrôlée par des tests réguliers. Et le label Vergers écoresponsables certifie une production respectueuse de la biodiversité et des ressources. À maturité, les fruits sont récoltés à la main.

  • [C’est l’été] Olivier Rolland, vigneron : « Je suis un homme de projet »

    [C’est l’été] Olivier Rolland, vigneron : « Je suis un homme de projet »

    Au pied du château des Baux-de-Provence, c’est moi. Ce sont mes vignes », lance taquin Olivier Rolland. Poursuivant « le mas Sainte-Berthe appartenait à mes grands-parents arlésiens qui l’avaient acheté en 1951. Un peu de vigne, beaucoup d’abricotiers et quelques oliviers, et la volonté d’agrandir la partie viticole ». Dès 1955, c’est chose faite, l’aïeul plante sur 25 hectares principalement du grenache et carignan et construit sa cave. « Il réalise son premier millésime, 21 ans plus tard. Cette année en 2026, on va fêter le 50e millésime. » Une longue histoire de passation de flambeau en famille pour atteindre les 41 hectares de vignes et 10 hectares d’oliviers. Le grand-père passe la main en 1980, la grand-mère en 2000, la mère en 2020, et Olivier reprend les choses en main en 2021.

    « Mes enfants ayant grandi, mon rêve s’est transformé en projet. J’avais 50 ans, je retourne à l’école à l’université du vin à Suze-la-Rousse dans la Drome. Sur place aux Baux, j’avais une équipe qui était là pour certains depuis 30 ans, je me suis beaucoup appuyé sur eux au début. Aujourd’hui ça fonctionne, je suis animé par le plaisir que ça me procure. Le partage est mon moteur. » Depuis 2025, élu président de l’AOP Baux-de-Provence, cet ancien directeur de système d’information bancaire reconnaît volontiers que ses revenus n’ont rien à voir. « Aujourd’hui je vis plus simplement. J’ai bien gagné ma vie avant, ça m’a donné les moyens de faire ce que je voulais. Avant je fabriquais du capital pour pouvoir investir dans mon rêve d’enfant. »

    Faire un beau produit accessible

    Cette ancienne vie, lui a donné le luxe de pouvoir cultiver ses 45 parcelles au cas par cas s’ouvrant ainsi un éventail des possibles. « Je fais un beau produit avec une vigne de cépage carignan qui a 60 ans dans laquelle il manque un pied sur deux. Je ne vais pas l’arracher, je la renouvelle tranquillement. » Une démarche qui prend beaucoup de temps et d’argent, ce qu’Olivier reconnaît volontiers : « Il faut le faire sur quelques parcelles, des petits îlots. »

    Vigneron est un métier solitaire, Olivier essaie de le faire autrement. Au caveau par exemple, pour aller à la rencontre des clients, ou bien organiser des dégustations. Plus rare, il fait ses assemblages avec le caviste et l’œnologue conseil. Et l’avoue : « Même si un mélange me plaît beaucoup, si je ne suis pas suivi, je renonce. »

    Le mas Sainte-Berthe propose à la vente 13 vins différents en bouteille soit 4 rouges, 2 rosés et 3 blancs. « 80% de mon vin se vend en bouteille et 60% à la propriété. Pas de vrac mais quelques bag in box, pour ne pas frustrer les fidèles. » Avec un caveau ouvert, 7 jours sur 7, pas de mystère, le retour client est quotidien. « C’est très gratifiant », avoue le passionné sourire aux lèvres.

    Si la majorité des clients sont Français, les étrangers qui se baladent dans les Alpilles sont aussi présents… Belges, Allemands. Face à la baisse de la consommation nationale, Olivier n’est pas très inquiet. « Notre appellation n’a fait que progresser depuis 30 ans. Nous avons l’appellation Bio depuis 2023. Les prix sont raisonnables soit entre 10 et 20 euros pour 80% de la cave. Les clients se font plaisir. »

    Un homme de projet

    « Je suis un homme de projet permanent. La nuit, le jour… », avoue Olivier en riant. Il complète : « Reprendre un domaine à 50 ans, ce n’est pas rien. Surtout quand ce n’est pas la formation initiale. J’aime pas la routine. » Quand on évoque le meilleur souvenir de cette nouvelle vie, spontanément Olivier répond : « Ma troisième vendange parce que je l’ai faite quasiment tout seul. Au début, j’étais assisté. Là j’ai fait mes premiers pas comme un enfant et j’ai réussi à gagner la confiance de mon équipe. » Pourtant son regard s’assombrit rapidement : « J’aurai dû le faire 10 ans avant. J’ai rencontré un professionnel qui m’a confié avoir mis 10 ans à comprendre le vin. J’ai eu un flash, j’aurai alors 60 ans. Combien de récoltes me restera-t-il à faire ? » En viticulture, on fait une récolte par an, si on se manque quelle que soit la raison, le rendez-vous c’est l’année d’après. À l’échelle d’une vie, on parle de 40 vendanges, et le passionné déduis qu’il lui en reste 15 ou 20. « C’est là, où les années d’expérience valent 10. En même temps ça fabrique un autre rapport au temps. Je réfléchis quatre fois avant d’agir. » Un ange passe. Il reprend : « Mais à la fin, moi je me régale. »

    Mas Sainte-Berthe

  • [C’est l’été] Jean-Louis Lautard, apiculteur : « Je suis au service des abeilles »

    [C’est l’été] Jean-Louis Lautard, apiculteur : « Je suis au service des abeilles »

    « La qualité des miels et l’idée qu’en suivant les fleurs, en allant au bon moment au bon endroit des différentes floraisons, je pouvais ramener sur la table le goût de l’endroit m’ont passionné », avoue Jean-Louis Lautard apiculteur. Il précise : « J’ai 69 ans, l’âge de la retraite, mais je suis toujours en activité ». Et pourtant, rien n’était écrit. « Adolescent, j’ai été aidé par hasard un voisin apiculteur. J’ai fait une transhumance avec lui, et ça m’a marqué. L’odeur du miel propagé par les ailes des abeilles qui ventilent, les aiguilles de pin qui brûlent dans l’enfumoir. C’était sensuel, j’en ai gardé un souvenir olfactif inoubliable. »

    « Adulte, très tôt, alors que je n’avais absolument pas l’argent, je me suis dit que ce serait intéressant d’en faire un métier. » C’était il y a 45 ans. « J’ai alors emprunté et j’ai consacré toute mon énergie à ça », poursuit-il tout naturellement.

    Apiculteurs à temps complet, c’est rare. La récolte familiale est souvent l’usage. La majorité n’en fait pas un métier. Jean-Louis, oui, et ses yeux bleus pétillent quand il évoque l’arrivée sur le plateau de Valensole de nuit, l’odeur des champs de lavande au lever du jour.

    Plusieurs cordes à son arc

    « Je suis producteur mais j’ai aussi accepté le mandat de président du syndicat des miels de Provence et des Alpes du Sud (Simpas) » précise ce passionné. Poursuivant : « Je suis aussi chargé de parler très officiellement de la filière car c’est un métier. L’apiculteur a souvent peu d’interlocuteurs. C’est un travail d’équipe où je me suis investi passionnément. Je suis au service des abeilles ». Ce syndicat gère l’indication géographique protégée (IGP) miel de Provence est enregistré au niveau européen depuis 2003, et de fait possède un cahier de charges bien précis. Le label rouge est aussi associé à l’IGP, il est l’unique signe officiel qui garantit une qualité supérieure résultant d’un terroir. Il respecte les bonnes pratiques apicoles comme l’interdiction des mélanges de miels, un signe de qualité. Il est aussi référent au pôle compétence qualité de l’institut de l’abeille (ITSAP).

    Inquiétudes à venir

    Jean-Louis s’assombrit et rappelle que « le miel qui a fait vivre l’apiculture provençale jusqu’ici, c’est le miel de lavande, il représente 60 % de notre économie ». à Valensole, Sault, Albion, dans la Drome provençale, ou le nord du Mont Ventoux… C’est le seul miel issu d’une culture. Les autres proviennent de la nature sauvage. « Il est important de comprendre que le changement climatique majeur est très inquiétant. L’an dernier, avec 40 degrés sur le plateau de Valensole, au mois de juin, au début de la floraison, les lavandes ont fané avant de s’ouvrir, c’est inbutinable. C’est très grave. »

    S’ajoute à ça, la question de la rentabilité de la culture de lavande. Sur le plateau de Valensole, on est à 5 000 hectares arrachés en une année, des arbres sont plantés en remplacement. « Alors on ne peut que se poser des questions sur le devenir des champs de lavande et de fait sur le devenir de la profession », poursuit l’apiculteur.

    Il y a aussi, un autre danger. C’est le développement du frelon asiatique qui est exponentiel, les ruches sont décimées. Il est classé danger sanitaire de 2e catégorie pour l’abeille domestique sur tout le territoire français. « Je suis monté jusqu’à 1 200 ruches, mais c’est très variable. Aujourd’hui, on a des gros problèmes de maintien de cheptel avec cette espèce exotique envahissante », témoigne Jean-Louis.

    Transmission du goût

    Partant du constat que lorsque le climat est complètement déréglé, certaines plantes n’y résistent pas. Comment trouver le nectar et le pollen nécessaires pour avoir de belles ruches ? C’est un cercle vicieux. Quid des grands classiques romarin, bruyère blanche, lavande, sarriette… « Mais on continue, on est des coriaces. La vie, c’est l’adaptation. Mais soyons honnêtes, c’est difficile », soupire l’apiculteur soudain envahi de tristesse. Et de poursuivre « Je me dis qu’on risque de perdre un patrimoine, celui du goût. Si on n’est plus capable de produire, comment va-t-on transmettre le goût du miel authentique ? » Pour ce passionné, le miel est un produit local populaire et répandu. L’apiculteur le martèle : « Le miel de Provence est un patrimoine vivant, pas un produit de luxe réservé à quelques-uns. Je veux que les enfants et petits enfants de demain le connaissent. »

    Filière IGP et Label Rouge

    L’IGP (Indication géographique protégée) est un signe Européen, il garantit un savoir-faire traditionnel. La zone de production du miel d’appellation IGP Miel de Provence englobe une zone spécifique en Paca située à la frontière de la Drôme Provençale et de la partie Est du Gard. Le label Rouge est un signe français attestant d’un goût et d’une qualité reconnue.

  • [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    « Ma famille a vécu pendant la guerre parce qu’elle avait du petit épeautre, mon père n’avait que ça à manger parce que les Allemands prélevaient tout. Mais moi aujourd’hui, j’essaie de porter la voix du petit épeautre et des produits de qualités le plus loin possible » pose en préambule Sandrine Faucou, pétillante rousse qui avoue « ne pas s’être coiffée à la sortie de la douche ce matin » quand le moment de la photo est évoqué. Elle s’était tout d’abord tournée vers des études d’italien, avec pour objectif l’enseignement. De cette partie-là de sa vie, elle lance dans un éclat de rire : « Mangiare. »

    Si dans le cadre d’une agriculture vivrière, ses grands-parents cultivaient le petit épeautre, son père Aimé, dans les années 80 avec la mise en place de la politique agricole commune (PAC) marque un tournant avec un de ses collègues néo rural. Il décide de le protéger en enclenchant une démarche d’agriculture bio loin de l’agriculture productiviste des Trente glorieuses. « Au fil des années, il obtient l’indication géographique protégée, la fameuse IGP. C’était un pionnier », lance sa fille fiérote.

    Domiciliée dans le Luberon, côté Alpes-de-Haute-Provence, Sandrine précise : « C’est une zone où se croisent les quatre départements du Vaucluse, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Drôme. » Comprendre à environ 700 m d’altitude une terre aride, qui fleure bon le ciste et la bruyère, vous y êtes ? « J’ai compris très vite en ayant grandi à la campagne, que j’avais besoin d’être libre, d’être à l’extérieur, j’ai alors réorienté mes études vers un monde où je pourrais être mon propre patron, tout en profitant des paysages », commente-t-elle. Délaissant la fac de lettres, elle bifurque vers des études agricoles avec une spécialisation agriculture biologique. Démarre alors une nouvelle vie de conseillère agricole pendant 8 ans avant de s’installer en 2009 à la prise de retraite de son père. « À sa grande surprise, d’ailleurs. Mais au fond, je pense qu’il est fier. On naît agriculteur, mon père était un passionné, toujours à mes côtés », ponctue la productrice. La réalité du métier nécessite d’être très polyvalent, des travaux des champs, du semi à la moisson, en passant par la mécanique. « Sans oublier le décorticage, la transformation en farine par exemple, et la commercialisation », complète-t-elle.

    Appelé espeouto en provençal, le Petit Épeautre, aussi connu sous le nom d’engrain est un blé très ancien vieux de près de 12 000 ans qui demande peu d’eau.

    Histoire et humilité

    Aujourd’hui il est redécouvert et apprécié pour sa grande digestibilité due à son faible taux de gluten. L’agricultrice détaille son métier : « Le petit épeautre se moissonne, mais reste dans une enveloppe protectrice. Il est stocké au fur et à mesure. Tous les mois, je décortique, je trie et j’ensache de sorte que mon produit soit au plus près du moment où il est mis sur le marché pour une fraîcheur optimale. La farine se fait aussi au dernier moment. » Avec une ferme de 50 hectares dont 7 ou 15 hectares sont dédiés au petit épeautre, c’est un métier passion qui nécessite beaucoup d’investissement. « Moi, ce que j’aime, c’est toucher mon produit, la relation charnelle avec lui. En bouche, il faut qu’il soit comme le chocolat ferme et fondant à la fois. J’essaie de faire du mieux que je peux avec la terre, pour donner le meilleur de moi-même au consommateur. C’est comme l’éducation des enfants, on les confie qu’à des gens avec qui on sait qu’ils sont en confiance. J’essaie de porter la voix du petit épeautre le plus loin possible. »

    La génération de Sandrine a créé et développé les magasins de producteurs, se regrouper a sécurisé les ventes. Mais le climat change. En Provence, on dit Eici l’aigo es d’or [ici, l’eau est d’or]. Les pluies se raréfient, et sont en même temps plus denses. « Je n’ai pas d’eau du tout. On doit rester vigilant mais aussi évoluer. Par exemple, je fais un peu de lentilles, mais si l’année s’annonce très sèche, je choisis autre chose car je sais qu’elles vont griller. On se pose des questions sur les variétés à implanter, la conduite à avoir. Il faut garder de l’humilité. »

    Et de conclure : « Je sais le poids de l’effort du producteur pour avoir un beau produit et le prix à payer pour atteindre l’excellence. C’est sans doute en ça que je rends à ma famille et au monde agricole ce que j’en retire d’un autre côté ».

    Filière indication géographique protégée (IGP)

    Ce signe officiel d’identification de la qualité et l’origine du produit est un signe Européen. Il garantit qu’au moins une étape clé de la production est réalisée d’une zone géographique délimitée. Le produit doit être ancré dans l’historique de son territoire et ses particularités sont liées à un savoir-faire traditionnel et local.

  • La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    Le domaine de la viticulture était à l’honneur ce lundi 4 mai à l’hippodrome de Pont-de-Vivaux. Les Grappes d’Or étaient de retour pour une 4e édition. Une initiative qu’organisent la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et le Département.

    C’est un événement qui permet de promouvoir la filière viticole avec la présence notamment de Martine Vassal, la présidente (DVD) du conseil départemental qui a remis les six trophées en jeu : Gonnin Sylvia du Comptoir des Vignes pour le Prix Caviste, Adrien Long de l’EARL la Dorgale pour le prix du jeune viticulteur, le Restaurant Maison Sainte Victoire à Saint-Antonin-sur-Bayon pour le prix restaurateur, le Château Calisanne à Lançon-Provence pour le prix de l’innovation marketing, Jean-Claude Pellegrin de l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire pour le prix de la démarche collective et le prix coup de cœur qui revient aux Caves du Roy René à Lambesc.

    Au programme de cette soirée, une conférence de presse a ouvert le bal avec Laurent Israélian, président de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, Hervé Granier, conseiller départemental et représentant de Martine Vassal, mais également Yvon Gary, président de l’Association des sommeliers Alpes-Marseille-Provence.

    Puis s’est tenue la fameuse remise des trophées, avec notamment un discours de tous les lauréats des Grappes d’Or. « C’est un vrai moment de partage et d’échanges autour de la viticulture des départements et je pense que c’est un événement qui va durer quand même encore très longtemps dans le département », annonce Laurent Israélian. Hervé Granier complète : « C’est un événement qui monte en puissance par rapport aux précédentes éditions et notre objectif est de promouvoir nos produits. »

    Un événement avec différents enjeux

    « Le marché s’effondre clairement », observe Fabien Doudon. Alors que cette région semble pour l’instant épargnée par le phénomène de l’arrachage elle fait toutefois face à une dégringolade des prix. Bien que le territoire représente 10 000 hectares avec 6 appellations dont 3 IGP, les ventes se portent mal. Avec de plus faibles volumes, les vignerons doivent baisser leurs prix. L’objectif de cette cérémonie est donc de favoriser la rencontre entre les différentes chaînes du commerce viticole. Vignerons, cavistes, mais aussi restaurateurs se rassemblent pour consolider une communauté qui honore un savoir-faire local et pallie la crise.

    Lors de la cérémonie, les vins produits dans les Bouches-du-Rhône sont exposé avec fierté, mais on réfléchit aussi à l’avenir. Des cépages étrangers plus résistants et donc moins gourmands en eau pourraient bientôt s’enraciner dans ce territoire.