[C’est l’été] Dans la jungle du Off, deux découvertes

Avec ses 1 800 spectacles, le Off est devenu une machine impitoyable où les grosses productions s’engraissent tandis que les petites compagnies peinent à faire découvrir leur travail. Les coûts explosent et la véritable sélection est désormais celle de l’argent. Jadis, on venait pour s’immerger dans un monde où le théâtre était roi ; aujourd’hui, on réserve pour les vedettes, laissant peu de place au hasard. « C’était mieux avant », ironise une affiche.

Pourtant, à qui prend encore le risque de s’éloigner des têtes d’affiche, il arrive de faire de belles découvertes. Derrière les chiffres et les désillusions, subsistent des propositions audacieuses.

Pièce en plastique

Marius von Mayenburg est un écrivain de théâtre allemand très apprécié dans son pays, mais aussi outre Rhin : il est traduit dans plus de trente langues. Éditée en France il y a tout juste 10 ans, Pièce en plastique dégomme la bien-pensance avec une cruauté drolatique trempée dans une bassine d’humour noir.

On rit beaucoup à la sauvagerie de ce couple modèle dézingué par l’arrivée d’une nouvelle bonne, par un fils aux ongles peints, par une artiste ravagée par ses créations obsessionnelles. On devine très vite que Mayenburg vitriole à la volée les codes absurdes de notre société occidentale. Tel Pasolini et son Théorème, l’intrusion de Jessica, la domestique, pulvérise les tocs de nos bourgeois sanglés dans leurs certitudes.

La compagnie Luüm mêle sa propre folie à celle de l’auteur. Zoé de Barbarin n’a pas froid aux yeux. Sa mise en scène accélère le temps, amplifie les symboles, arrose d’eau et de sang les vêtements, se régale d’installer des flaques de saleté pour que l’artiste qu’elle interprète, puisse de repaître de l’image d’une domestique à quatre pattes munie d’une serpillière. Tous les acteurs acceptent les règles du jeu.

Entre émotion, répulsion et fous rires le public applaudit ce théâtre ovni qui, on le suppose, passionne davantage un public jeune ouvert à toutes les propositions. Ici on ne triche pas. Et c’est tant mieux.

Fureur

Autre adaptation d’une pièce étrangère : Fureur, de Ferdinand von Schirach. Cet auteur allemand, criminaliste, restitue avec une précision documentaire le procès de Laura Koch, pilote de chasse, accusée d’avoir abattu un avion susceptible de s’écraser sur un stade peuplé de 70 000 spectateurs. Elle signait ainsi la mort des 164 passagers de l’avion détourné.

La Compagnie Hercub a misé gros sur ce projet. Elle réunit sept comédiens et un régisseur engagés à reconstituer un procès inspiré de faits réels. S’agit-il vraiment d’une pièce de théâtre ? Nous entendons tour à tour juge, procureure, avocat de la défense et deux témoins. Si l’on accepte de ne pas se lasser des plaidoiries vertigineuses et fort bien construites, interprétées par des comédiens rompus à ce genre d’exercice, on s’investit confortablement dans ce combat d’idées, de décryptages contradictoires.

Au théâtre, certains attendent davantage d’être surpris, d’être happés par un certain suspens comme dans la série télévisée Les grands Procès. Fureur choisit de favoriser la brillante rhétorique de nos magistrats. Une autre forme de plaisir.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *