[C’est l’été] Au Festival Off d’Avignon, addiction ou nécessité : l’énigme Toumany Coulibaly

On n’arrête pas d’applaudir. Il gagne une médaille, la dépose pour revêtir sa panoplie du parfait cambrioleur. Et… Toumany Coulibaly ne compte plus ses séjours derrière les barreaux. Un journaliste, Mathieu Palain, veut s’entretenir avec lui. Subjugué par la dualité d’un homme promis au plus bel avenir sportif et rongé par un démon cleptomane, il veut comprendre, analyser et rendre publique son enquête malgré les réticences de son épouse. Toumany hésite avant d’épancher ses confidences.

Entre amitié et confiance, l’histoire de ce sportif cambrioleur prend tout son sens comme s’il s’agissait d’un joueur invétéré ou d’un alcoolique impénitent. Peut-on expliquer, à défaut d’excuser, une addiction aussi destructrice pour le voleur comme pour la victime ?

Adapté du deuxième roman de Mathieu Palain, Ne t’arrête pas de courir oscille entre fiction et réalité puisque ce héros en perpétuelle lutte contre ses démons, aujourd’hui, est vivant et bien vivant. Johanna Boyé et Thibaud Houdinière, séduits par cette destinée digne d’un personnage de Dostoievski, signent une adaptation sans fausse note. Tristan Petitgirard assure une éclatante mise en scène qui suit l’action au plus près : les projections vidéo stylisées concrétisent les divers environnements, hostiles ou libérateurs, où Toumany suffoque ou respire, de légères et hautes structures lumineuses et mobiles créent des décors dans lesquels notre imagination s’envole et les musiques ponctuent solidement les allers-retours émotionnels de Toumany et de Mathieu (frissonnante interprétation en direct de Sara Singer). Des chorégraphies musclées, violentes, suggestives, illustrent charnellement les tourments d’un athlète mutilé par une pathologie mortifère. L’interprétation générale, d’une homogénéité absolue, frôle la perfection. Les deux personnages principaux, tour à tour sympathiques ou exaspérants, ne choisissent pas leur camp. C’est au public de décider. Leurs camarades se glissent dans la peau de plusieurs personnages, savoureux, dangereux ou douloureux. Une panoplie complète saluée par un torrent d’applaudissements avec une standing ovation.

« Ne t’arrête pas de courir »,
tous les jours à 11h50 les 24
et 25
 juillet, et à 13h45 le 23 juillet au Théâtre Actuel.

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