Tag: arts vivants

  • Don Giovanni au pied de la lettre

    Don Giovanni au pied de la lettre

    L’ouverture de saison de l’Opéra de Marseille est d’emblée une réussite. Le Don Giovanni imaginé par Agnès Jaoui a de quoi surprendre par son classicisme assumé. Fosse et plateau contribuent à un succès amplement mérité. La direction musicale de Lawrence Foster est exemplaire de clarté et de concision. Il traduit avec allant le caractère « giocoso » joyeux de la partition. Dès l’ouverture, on est dans un rythme soutenu qui ne faiblira pas. Le maître révèle de beaux moments d’orchestre en détachant les violoncelles avec grâce ou dessinant avec les bois de jolies arabesques dans le trio des masques. Toute l’admirable architecture mozartienne est finement ciselée dans un élan qu’on peut qualifier de juvénile.

    Le plateau a tout pour séduire. Salome Jicia est une Donna Anna de haute noblesse. Le timbre est grave mais agile dans la vocalise. Margaux Poguet chante une Donna Elvira tout en ambiguïté sentimentale, écartelée entre haine et amour. Son jeu la porte vers des noirceurs romantiques. Floriane Hasler est une Zerlina piquante, plus femme de tête que soubrette évaporée. Il faut un Don Giovanni aristocrate et déluré. Dario Solari a le charme vénéneux mais irrésistible du personnage qu’il croque avec gourmandise. Aucune faiblesse, dans la ligne de chant, l’air du champagne est lancé avec toute l’autorité du seigneur sûr de son droit. Marc Barrard est la part comique qui est le sel de ce chef-d’œuvre. Le baryton est à la fois un chanteur d’exception et un comédien à la vis comica réjouissante. L’air du catalogue est un grand moment. Son Leporello est attachant dans son humanité plébéienne. Grâce à Cyrille Dubois, Don Ottavio n’est plus l’amant frustré, pâle copie d’un Don Juan que Donna Anna ne peut oublier. Par son ténor clair, purement mozartien et un jeu très dense, il rend au personnage une virilité et un relief qu’on ne lui soupçonnait plus. La preuve en l’air « Il mio tesoro intanto » longuement ovationné. Le Masetto de Louis Morvan impressionne par l’ampleur du timbre et la beauté de ses graves. Il avait été remarqué in loco dans Ermione, et surtout dans son formidable Fafner du Rheingold de la saison passée.

    Là où beaucoup cherchent dans Don Giovanni des intentions, des sous-textes, des (re)lectures, Agnès Jaoui voit des personnages et des situations. Elle accorde une simple et entière confiance dans le livret de Da Ponte et de ce que la seule musique de Mozart sait exprimer. Don Giovanni retrouve son Espagne natale dans une atmosphère en clair-obscur.

    Romantisme noir

    L’imposant décor gothique signé Éric Ruf et les costumes de Pierre-Jean Larroque plongent le spectateur dans une historicité très premier degré qui a, de fait, quelque chose de rafraîchissant. Les vidéos de Pierre Martin Oriol éclairent l’espace d’une lune dans un ciel étoilé très esthétique. Le dramma-giocoso est pleinement assumé par une mise en scène simple et efficace. Don Juan est un jouisseur narcissique, enivré de sa propre liberté, rien de plus, rien de moins, rien d’autre. D’aucuns pourraient trouver ça un peu court, un peu trop « littéral ». On peut aussi s’en satisfaire pour le simple et pur plaisir de se faire conter une histoire. D’autant plus qu’en femme de théâtre Agnès Jaoui sait conduire ses chanteurs-comédiens. Pas un seul instant on ne perd de vue le propos. En somme, elle ne fait pas semblant de jouer à Don Giovanni, elle s’empare du texte sans le dénaturer tout en le portant vers ce romantisme noir qui a tant fasciné un Hoffmann en son temps. Le pied de la lettre a parfois du bon.

  • La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien », chantait Jeanne Moreau en 1963. Visiblement tout l’inverse du côté du Théâtre Joliette, où « la question de la mémoire et de la transmission » irrigue la saison 2026-2027, résume sa directrice Nathalie Huerta, en indiquant l’affiche qui l’illustre : une photo d’archive de Destierro, le vertige et la foi, écrit et mis en scène par Daniela Labbé Cabrera, « enfant d’exilés chiliens » qui retrace l’histoire de ses parents « militants, proches de Salvador Allende, ayant fui le Chili pour la Roumanie lors du coup d’État de Pinochet ». À voir du 17 au 19 février.

    Que dire encore de La memoria futura, « spectacle déambulatoire dans l’espace public » prévu en juin et imaginé par Luciana Mastromauro qui s’appuie sur les témoignages de grands-mères de la Place de Mai, à Buenos Aires, ces grandes et dignes dames qui militent pour retrouver les enfants volés lors de la dictature argentine entre 1976 et 1983. Un devoir de mémoire et de transmission également à l’œuvre lors du festival Nous, la lune et les voisins, imaginé par le collectif de marionnettistes et performeurs libanais Kahraba. Historiquement lié au quartier de Mar Mikhaël, à Beyrouth, il se dupliquera au Panier et à la Joliette du 10 au 18 octobre. Et ce, notamment à travers des « ateliers de poésie, danse, chant et marionnettes » dispensés aux habitants, sans oublier certaines propositions parmi lesquelles un dialogue entre Elias Sanbar, ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco et traducteur du poète Mahmoud Darwich, et sa fille, la comédienne Mayya Sanbar.

    Tirailleur sénégalais

    et liaisons dangereuses

    Si la mémoire s’inscrit dans la peau de ces créations internationales, la thématique n’en demeure pas moins abordée par des artistes locaux que le Théâtre Joliette mettra en lumière. Aux côtés de son peintre de père, le conteur et musicien Lamine Diagne exhumera au mois mars dans Waxoul « l’histoire enfouie » de son grand-père qui « était un tirailleur sénégalais », contextualise Nathalie Huerta. Au Théâtre de Lenche, lié à celui de la Joliette depuis 2017, Franck Dimech recréera, plus de 20 ans après, le Quartett d’Heiner Müller, d’après Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. À la distribution de cette pièce visible en janvier, la figure marseillaise de la comédie Marcelle Basso ainsi que Maurice Vinçon, désormais 87 printemps au compteur et fondateur de cette scène établie au Panier depuis 1977. « Maurice a demandé à Franck Dimech de remonter au plateau une dernière fois », sur les planches de ce théâtre qu’il a dirigé pendant des années au cours d’une pièce qui évoque « la vie sexuelle et amoureuse d’un couple à travers les années. Cela parle de la façon dont le temps peut détruire tous types de relations », campe la directrice du Théâtre Joliette.

    Ouverture et participation

    Auparavant très cantonné à l’accueil de résidences d’artistes, le Théâtre de Lenche s’ouvrira encore plus au public cette saison. « Beaucoup de gens du quartier nous ont fait part de leur amour pour ce théâtre en expliquant qu’ils aimeraient que plus de choses s’y passent », rappelle Nathalie Huerta. Parmi les autres événements qui s’y dérouleront, une « carte blanche » octroyée à Manon Worms au mois de mai avec toute une série d’ateliers et de performances qui permettront aussi à cette dramaturge d’expérimenter sa « prochaine création, autour du thème de la sécurité ».

    Parmi la soixantaine de propositions artistiques jalonnant la saison du Théâtre Joliette, un certain nombre de créations itinérantes et participatives. Anne-Sophie Turion concevra ainsi les 22 et 23 mai, avec des habitants de la Joliette, « une visite guidée du quartier dans laquelle ils feront une apparition. Puis, le jour du spectacle, les spectateurs la suivront sous casque », situe la directrice du théâtre qui programmera aussi au cours de l’année de grandes fresques telles que Le Roi Lear de Dieudonné Niangouna, les 25 et 26 mars, aussi bien marquée par « la tradition congolaise » que de l’esprit de Shakespeare.

    Programme complet de la saison sur www.theatrejoliette.fr

  • Une programmation riche pour l’acte II de la Biennale d’Aix

    Une programmation riche pour l’acte II de la Biennale d’Aix

    Si le cours Mirabeau avait servi de scène pour ouvrir l’acte I, c’est depuis le quartier d’Encagnane que sera lancé le second épisode de la Biennale. En son cœur, sur la place Romée-de-Villeneuve récemment inaugurée, le Collectif XY, troupe de voltigeurs et d’acrobates proposera une performance dans les airs, dès le début de soirée, comme il l’avait fait pour la première partie de la Biennale. Le collectif prendra ensuite possession de différents lieux du quartier tout au long de la semaine.

    Puis, en centre-ville et dans ses environs, associations locales, maisons de quartier, troupes, artistes invités et étudiants se mobiliseront pour offrir une multitude de spectacles et de rendez-vous culturels. Les différents musées de la ville, lieux majeurs du patrimoine local, hôtels et domaines particuliers, comme les sites municipaux, ouvriront leurs portes pour recevoir les temps forts de ce moment culturel.

    Au total, soixante-dix partenaires pour une centaine de propositions artistiques réparties dans chaque recoin de la capitale de Provence. « Autant de rendez-vous qui témoignent de l’ambition de la Biennale d’Aix : proposer une programmation exigeante en accès libre, ouverte à toutes les générations et portée par une dynamique collective affirmée », estime Sophie Joissains, maire d’Aix, dans sa note d’intention.

    Non-stop

    Parmi cette vaste programmation, plusieurs artistes déjà présents lors de la première partie seront de retour. C’est le cas de la plasticienne Jeanne Vicerial, tisseuse de « gisantes », qui expose ses sculptures de cordes et de tissus dans quatre lieux de la ville, dont la chapelle de la Visitation, et proposera un temps fort en compagnie d’Angelin Prejlocaj, pour qui elle signe les costumes du ballet d’Atys.

    Une multitude de nouveaux artistes et univers seront aussi à découvrir. Parmi les temps forts les plus proches dans le temps, ce week-end des 12 et 13 septembre, la projection de pépites italiennes du septième art, à l’Essaix. Suivi du lancement de l’exposition de l’artiste italienne Chiara Camoni à la Chapelle des Andrettes, monument ouvert exceptionnellement pour accueillir l’artiste. À quelques kilomètres de là, au Tholonet, le domaine familial de Saint-Joseph, de l’artiste François Aubrun, propose un parcours sur plusieurs hectares pour découvrir les œuvres de Jean Messagier.

    Les semaines suivantes offriront une multitude d’expériences. La faculté de droit transforme son campus en Fête des Arts et des Sciences, le Festival Tangible, auquel participe la Biennale, propose d’explorer les différentes facettes du design, tandis que la Chronique Biennale proposera un « parcours nocturne » d’œuvres dans différents espaces de la Ville, notamment les 30 et 31 octobre, où les façades de l’Hôtel de Ville, la place Romée-de-Villeneuve et la place de l’Université seront animées d’un long jeu de lumières.

    Le programme de la Biennale est à retrouver sur le site biennale-aix.fr

  • Actoral questionne les racines et les identités à Marseille

    Actoral questionne les racines et les identités à Marseille

    Depuis un quart de siècle, le festival Actoral fait entrer en collision théâtre, danse, musique, arts plastiques, littérature et cinéma à Marseille. Autant de disciplines qui continuent d’irriguer sa 26e édition, présentée mercredi à la presse dans les nouveaux locaux de l’association et centre culturel qui en est aux manettes, Montévidéo, au 45, rue d’Aubagne. Dotés d’une jauge d’une centaine de places assises, des lieux qui accueilleront certaines propositions de son festival phare comme Pédilove, performance de l’artiste marseillaise John Deneveuve ou encore Khalil Khalil, hommage chorégraphique et autobiographique de Khalil Albatran à « son frère mort en martyr pendant la première intifada palestinienne en 1989 ». Pour Hubert Colas, « la mémoire familiale et des origines », mais aussi « la réaction des artistes face au capitalisme » constituent les traits saillants de cette mouture du festival qu’il dirige.

    Actoral, 26e du nom, s’élancera officiellement le 23 septembre au Théâtre des Calanques avec Synthetic/Artefact. Créée par le chorégraphe Tiran Willemse, un monde futuriste animé par des poupées, qu’elles soient « vaudoues » ou bien « plus occidentales, type Barbie », campe Hubert Colas. Une friction de miniatures pour « réparer ce que l’Europe a fait à l’Afrique. Aujourd’hui, la nouvelle génération d’artistes découvre qu’il y a une censure intérieure, malgré elle, qui s’est établie au fil des années à cause du politique. Ils se disent que l’image de la société qui leur est renvoyée n’est pas conforme à ce qu’ils sont en réalité », souligne-t-il. Adèle Haenel sera ainsi l’une des invités de renom de cette édition, elle qui viendra présenter à la Friche Belle de Mai Voir clair avec Monique Wittig, faisant résonner de manière dramaturgique la pensée de cette pionnière du Mouvement de libération des femmes ayant aussi fait partie des « Gouines rouges ».

    Une île et un bunker

    Parmi ses autres marques de fabrique, Actoral est aussi « un temps fort autour d’artistes qui viennent des arts visuels et vont vers la performance », rappelle Hubert Colas. Parmi ceux-ci, Geneviève Matthieu qui « invoque une île étrange où les repères vacillent par la poésie, l’entraînement physique, musique et chant » dans Danse prophétique à l’île bizarre, au Théâtre des Bernardines. Au Fonds régional d’art contemporain (Frac Paca), Gaëtan Rusquet inondera quant à lui l’espace de ballons de baudruche dans un geste sculptural. Des diversités esthétiques qui ne sauraient faire oublier la prédominance de la question sociale sur nos identités, comme pourra le suggérer Bunker de Marion Siéfert et Matthieu Bareyre. Visible à la Friche Belle de Mai, « l’histoire d’un PDG d’un groupe pétrochimique qui vit enfermé avec sa fille dans un bunker », illustrant « la volonté séparatiste de cette caste désolidarisée du sort commun », estime Hubert Colas.

  • À Saint-Menet, les minots des Mecs font le cirque

    À Saint-Menet, les minots des Mecs font le cirque

    « Je suis l’étoile de la Reynarde ! » s’écrie Kylian en s’élançant sur le trapèze, bras écartés et tête en bas. Un des cinq ateliers déployés par la Fondation culture et diversité, le Centre international des arts en mouvement (Ciam) et l’Association médicosociale de Provence (AMSP) dans le parc du château de la Mecs à Saint Menet, dans le 11e arrondissement.

    « C’est un projet artistique et sportif qui s’étend sur deux ans, avec une succession d’ateliers de médiation culturelle, de stages de cirque, pour tous les enfants qui y participent, de 5 à 18 ans », explique Valentine Bellone, responsable pédagogique du Ciam, « on va même les emmener au spectacle pour les festivals Jours et Nuits de cirques et Nuits du Magic… ». La Fondation culture et diversité, qui œuvre depuis vingt ans en faveur de l’égalité des chances par l’accès aux arts et à la culture, lançait ces 27 et 28 août dans les Bouches-du-Rhône son programme Arts, cultures et publics en Mecs. « On avait connaissance de cette expérience menée dans le Nord, on s’est dit qu’on allait la reproduire ici, en plus grand », s’enthousiasme Valentine Bellone au milieu des dizaines d’enfants qui se familiarisent au jonglage, à la voltige ou à l’équilibrisme encadré par les animateurs circassiens et éducateurs sociaux.

    « J’ai pris la confiance »

    Sur le câble de fer tendu à trente centimètres du sol, Liam, 9 ans, « bientôt en CM2 », tente d’avancer sans perdre l’équilibre. « J’ai pas peur de glisser et de tomber, ça m’arrive tout le temps », lâche-t-il, fier du mètre parcouru. « Les arts du cirque sont un vecteur extraordinaire pour le développement, atteste Valentine, pour la motricité, la gestion des émotions, l’esprit de coopération, le respect des règles ». Ou la prise de risque maîtrisée. Comme pour Samra, 13 ans, perchée sur le grand trapèze à quelque mètre du sol, en fait l’expérience. Rapidement à l’aise, elle s’élève dans l’air et exécute une figure élégante. « Je fais de la danse », avoue-t-elle. Elle appréhendait cependant cette première expérience de voltige « à cause de la hauteur ». L’adolescente en ressort grisée par la sensation de liberté : « après, j’ai pris la confiance et quand on se lâche, avec l’élan c’est trop bien ».

    Plus loin, Louis, intervenant du Ciam, donne des conseils pour manier le diabolo à Younès, 17 ans, qui préfère rester au sol : « je n’aime pas trop la hauteur ». Evan quant à lui, n’en revient pas de son exploit : « j’ai marché sur le fil ! Pourtant j’ai peur quand c’est dangereux, mais ils m’ont motivé ». Dans un groupe de petits, il faudra à Louis plutôt remettre en face de la réalité les prétentions de deux minots qui pensent savoir « déjà jongler avec trois balles », au regard de la maîtrise qu’ils ont d’une seule. La concentration sera de mise. Découverte, sensibilisation, exaltation, mais aussi un temps calme avec l’atelier du musée numérique créé par La Villette installé dans une des salles du château. Des tables d’écolier, une projection sur écran et des tablettes devant eux, les enfants sont invités à entrer dans l’univers des collections des musées nationaux en « likant » des images.

    Mickael Roman, directeur des deux mecs de l’Amsp fait le tour des ateliers un sourire aux lèvres. Il ne cache pas son bonheur d’assister à ces parenthèses magiques dans les parcours marqués par les ruptures et fragilités multiples des petits et des ados qu’il accueille sur les sites de Saint-Menet et de l’Arbois : « Sans l’aide de la Fondation, on n’a pas les moyens de financer ce type de projets, pourtant essentiel ». Qui pourrait même créer des vocations.

  • [C’est l’été] Trois jours de création dans l’espace public à La Ciotat

    [C’est l’été] Trois jours de création dans l’espace public à La Ciotat

    Alors on danse. Les rencontres chorégraphiques urbaines de La Ciotat reviennent pour la quatorzième édition, du 21 au 23 août. « Le concept est de créer un spectacle de vingt à trente minutes en seize heures, dans un environnement urbain, et de le jouer dans le lieu choisi », explique Guy Trinchero, danseur et chorégraphe ciotaden à l’origine de cette initiative. La création de la pièce, composée en direct et publiquement, se déroule cette année au Jardin de la ville. Le chorégraphe a fait appel à la compagnie de danse marseillaise Cie Chrysomèle, spécialisée dans la danse en suspension. Les danseuses Sandra Beaubatier et Mariner Romano seront accompagnées par un couple de musiciens ciotaden, Cassandra Felgueiras et David Benzazon.

    La création de ce concept remonte à 2013, à l’occasion de Marseille Provence, Capitale européenne de la culture. « Je souhaitais délocaliser la création des scènes de théâtre. Elles ont tendance à limiter le public. Des personnes de certains milieux sociaux disent qu’ils ne peuvent pas rentrer dans un théâtre parce que ce n’est pas fait pour eux. Or, l’art est né dans la rue », raconte le chorégraphe, formé à l’Opéra et à l’école nationale supérieure de danse de Marseille. D’année en année, cette manifestation culturelle rassemble des personnes de différents milieux sociaux. « Une année, j’ai travaillé sur la place de la médiathèque, qui est entourée de logements sociaux. Les gens étaient ravis, ils étaient au balcon. Ils sont mêmes venus nous descendre de l’eau fraîche et des glaces. Ce concept montre que l’art est unificateur et qu’il est fait pour réunir et dépasser toutes les frontières sociales. C’est très important pour moi de casser cette histoire de lieu privilégié et de ramener l’art où il est né, dans la rue », confie celui qui est aussi fils d’ouvriers et petit-fils d’agriculteurs.

  • Les Folies Gruss font leur retour pour un été équestre et poétique

    Les Folies Gruss font leur retour pour un été équestre et poétique

    C’est devenu un rendez-vous attendu de l’été biterrois. Pour leur sixième saison, les Folies Gruss estivales retrouvent leur écrin installé au 1487, route de Narbonne. Jusqu’au 30 août 2026, plusieurs représentations permettront au public de découvrir le nouveau spectacle de la Compagnie Alexis Gruss, une création inédite présentée uniquement à Paris et à Béziers.

    Cette 52e création prend la forme d’une véritable comédie musicale équestre et saltimbanque, mêlant prouesses équestres, acrobaties, travail en liberté et performances aériennes. Pendant 1h45, 50 chevaux, 25 artistes, une chanteuse et un orchestre live donnent vie à un spectacle où la poésie côtoie l’humour et où l’histoire familiale occupe une place centrale. Parmi les temps forts annoncés, le mythique grand carrousel à 26 étalons côtoiera des tableaux aériens et musicaux.

    Une soirée en trois temps

    Les Folies Gruss ne se limitent pas au spectacle. Dès 19 heures, le public peut dîner sur place, sans réservation, dans une ambiance de guinguette au coucher du soleil, autour d’une nouvelle carte et de surprises artistiques et musicales. Après la représentation, les spectateurs sont invités à prolonger la soirée aux côtés des artistes, pour une photo, un autographe ou simplement un échange.

    « Cinq années ont passé – bientôt six – et chaque jour, nous constatons que nous ne pouvions pas rêver mieux pour nous implanter. Béziers, terre de culture donc terre de chevaux, terre d’histoire et de tradition, entre esprit de famille et valeurs humaines : toutes les conditions étaient réunies pour que notre Compagnie s’y épanouisse », affirme Firmin Gruss, pour qui cette implantation à Béziers est devenue une véritable histoire de famille et de territoire.

  • [C’est l’été] Au Festival Off d’Avignon, addiction ou nécessité : l’énigme Toumany Coulibaly

    [C’est l’été] Au Festival Off d’Avignon, addiction ou nécessité : l’énigme Toumany Coulibaly

    On n’arrête pas d’applaudir. Il gagne une médaille, la dépose pour revêtir sa panoplie du parfait cambrioleur. Et… Toumany Coulibaly ne compte plus ses séjours derrière les barreaux. Un journaliste, Mathieu Palain, veut s’entretenir avec lui. Subjugué par la dualité d’un homme promis au plus bel avenir sportif et rongé par un démon cleptomane, il veut comprendre, analyser et rendre publique son enquête malgré les réticences de son épouse. Toumany hésite avant d’épancher ses confidences.

    Entre amitié et confiance, l’histoire de ce sportif cambrioleur prend tout son sens comme s’il s’agissait d’un joueur invétéré ou d’un alcoolique impénitent. Peut-on expliquer, à défaut d’excuser, une addiction aussi destructrice pour le voleur comme pour la victime ?

    Adapté du deuxième roman de Mathieu Palain, Ne t’arrête pas de courir oscille entre fiction et réalité puisque ce héros en perpétuelle lutte contre ses démons, aujourd’hui, est vivant et bien vivant. Johanna Boyé et Thibaud Houdinière, séduits par cette destinée digne d’un personnage de Dostoievski, signent une adaptation sans fausse note. Tristan Petitgirard assure une éclatante mise en scène qui suit l’action au plus près : les projections vidéo stylisées concrétisent les divers environnements, hostiles ou libérateurs, où Toumany suffoque ou respire, de légères et hautes structures lumineuses et mobiles créent des décors dans lesquels notre imagination s’envole et les musiques ponctuent solidement les allers-retours émotionnels de Toumany et de Mathieu (frissonnante interprétation en direct de Sara Singer). Des chorégraphies musclées, violentes, suggestives, illustrent charnellement les tourments d’un athlète mutilé par une pathologie mortifère. L’interprétation générale, d’une homogénéité absolue, frôle la perfection. Les deux personnages principaux, tour à tour sympathiques ou exaspérants, ne choisissent pas leur camp. C’est au public de décider. Leurs camarades se glissent dans la peau de plusieurs personnages, savoureux, dangereux ou douloureux. Une panoplie complète saluée par un torrent d’applaudissements avec une standing ovation.

    « Ne t’arrête pas de courir »,
    tous les jours à 11h50 les 24
    et 25
     juillet, et à 13h45 le 23 juillet au Théâtre Actuel.

  • [C’est l’été] « El Cimarrón », voix d’un peuple au Festival d’Aix

    [C’est l’été] « El Cimarrón », voix d’un peuple au Festival d’Aix

    Dernier des spectacles programmés au Festival d’Aix, El Cimarrón peut surprendre l’amateur d’opéra. Car ce n’est pas d’opéra dont il s’agit ici, mais de théâtre musical. Cette nouvelle production du Festival, donnée au Théâtre du Jeu de Paume, se présente comme un récital pour quatre musiciens.

    Sur une musique du compositeur allemand Hans Werner Henze et un livret d’Hans Magnus Enzensberger, El Cimarrón, créé en 1970 au festival d’Aldeburgh, adapte deux récits ; la biographie d’Esteban Montejo, esclave cubain qui s’est échappé vers la liberté avant que l’esclavage ne soit aboli sur l’île en 1886 et Biografía de un Cimarrón de Miguel Barnet, écrivain et ethnologue cubain. Le Cimarrón, l’indompté, qualifiait un esclave fugitif dans les Caraïbes au XVIIIe siècle. On parlait de « Nègre marron » dans les Antilles françaises. Henze compose cette pièce atypique lors d’un séjour à Cuba entre 1969 et 1970.

    Trois instrumentistes, un guitariste, un flûtiste et des percussions fournies accompagnent un récit dit, chanté, psalmodié, incarné par une voix, celle du comédien vénézuelien Iván García. C’est toute l’histoire de Cuba, de la domination espagnole à l’indépendance et de la liberté données aux esclaves à l’hégémonie yankee, qui est racontée en à peu près d’une heure 20 d’un spectacle dense, exigeant et passionnant.

    La partition protéiforme de Henze présente des éléments aléatoires qui laissent place à l’improvisation. Les hauteurs et les sons sont spécifiés, mais le tempo et la dynamique sont laissés à l’appréciation des interprètes. La mise en scène d’Elayce Ismail et le travail de la scénographe et Rosie Elnile mettent à nu le plateau sculpté par les seules lumières. En 15 tableaux l’histoire d’un homme recoupe celle d’une nation. Les horreurs de l’esclavage, la fuite hasardeuse, le refuge dans les montagnes puis le retour dans la pseudo-liberté d’une exploitation capitaliste de main-d’œuvre et la guerre d’indépendance. L’humain, ce sont les femmes, les prêtres et enfin l’amitié, la solidarité et le combat qui ne finit jamais, symbolisé par la machette dernière image du spectacle.

    Dans une exceptionnelle performance théâtrale et vocale Iván García, incarne cet homme à la fois individu ballotté par l’Histoire et symbole dans sa chair du destin d’une nation. Il chante en baryton, dit le texte, en espagnol, danse, fait de son corps tout entier l’instrument de sa vie racontée avec crudité et sincérité. La musique est davantage le contrepoint, chaotique, violent, âpre de ce récit qu’une partition confortable. Elle exige un maximum d’attention. Elle enrobe la voix du comédien, sinueuse, insistante, lorsque le narrateur évoque la nature sauvage. Puis elle se fait capharnaüm percussif pour évoquer les combats, la bataille de Mal Tiempo, où les rebelles cubains, les Manbises, luttèrent contre le colonisateur espagnol en 1895. El Cimarrón, objet théâtral hors norme, trouve sa place dans ce festival, voué à des répertoires plus identifiables. Le public lui a fait un accueil plus que chaleureux. Avec raison.

  • [C’est lété] L’opéra investit le Off avec « La Vie de Bohème »

    [C’est lété] L’opéra investit le Off avec « La Vie de Bohème »

    Les plus grands et les plus populaires opéras ont piqué l’imagination de metteurs en scène que les morts de Carmen, Traviata, Liù, Tosca et autres Mimi, ont toujours fascinée. Trempées dans le mélodrame, ces héroïnes meurent dans d’immortelles arias que nul ne songerait à critiquer. Car l’opéra n’entend pas refléter la réalité, il échappe au quotidien, à la médiocrité de nos petites vies. Il veut transporter interprètes et public dans un ailleurs sublime que les voix et l’orchestre exaltent à l’envi. On pleure volontiers à l’opéra. Non pas de tristesse mais du bonheur physique, impalpable, qui tressaille dans notre corps.

    Olivier Desbordes, mentor de la compagnie Opéra Éclaté la bien nommée, a mis plusieurs fois en scène La Bohème de Puccini, c’est dire s’il connaît l’ouvrage dans la moindre note. Il a décidé d’en gérer une adaptation pour des scènes moins ambitieuses et convaincre ainsi les spectateurs novices en la matière, que l’opéra est un art à la portée de tous, à condition d’y entrer sans préjugés, et de se laisser embarquer dans un voyage hors du réel. Avec La Vie de Bohème, il opte pour une version qui réunit de jeunes chanteurs et musiciens bourrés de talent : certains passent d’un instrument à l’autre, d’autres d’un rôle chanté à un violoncelle. Voilà la preuve que nos jeunes artistes n’ont rien à envier à leurs aînés, même si certains rétorqueront que chanter un rôle entier exige plus de métier. Après tout, n’ont-ils pas toute la vie devant eux ? Oublions le XIXe siècle (la création de La Bohème date de 1896), enfilons blousons cloutés, vestes pailletées et guitares électriques façon années 70-80. Les quatre jeunes gens, artistes affamés mais armés d’une solide détermination à être reconnus, volontiers bambochards, brûlent d’un même Fureur de Vivre. L’arrivée de la petite couturière Mimi court-circuite le cœur de Rodolphe. L’aventure amoureuse est en marche. Puccini aime les fins tragiques qui comblent son appétit pour les généreuses envolées lyriques sur d’intenses lignes mélodiques.

    La représentation qu’il nous est donné de voir à Avignon est une intéressante approche d’une œuvre gorgée des sèves de l’amitié et de l’amour. Les voix sont tout à fait agréables, l’orchestre assure avec panache, la mise en scène papillonne au gré des rythmes et des émotions où se glissent quelques anachronismes (merci Dalida et le disco au Palace !). Si les duos, si célèbres, paraissent un peu longuets c’est qu’il leur manque cette distance avec le public, indispensable pour en goûter toute la saveur. Ne doutons pas que cette Vie de Bohème sortira de sa chrysalide dans une salle mieux adaptée. À Avignon, nous en avons eu la primeur, réjouissons-nous et profitons-en.

    « La Vie de Bohème », tous
    les jours sauf jeudi à 18h10
    à la Nouvelle Étincelle.