La première fois, ils étaient une trentaine, près de la gare Saint-Charles. Cette fois, ils sont plus d’une soixantaine, assis sur le goudron de la place Providence, à Belsunce (1er arr.), près des minots qui tapent la balle. Quelques semaines après les premiers appels « pour un arrêt total et illimité du pays » à partir du 10 septembre contre le projet de budget du gouvernement Bayrou, une deuxième assemblée générale était organisée mercredi soir à Marseille. De nombreux débats avaient déjà eu lieu sur la messagerie cryptée Telegram, avec un groupe qui compte plus d’un millier de participants pour la région, contre 6 000 au niveau national. Mais la plupart de ceux qui sont là ce soir ont entendu parler du rendez-vous par le bouche-à-oreille.
L’appel initial, qui venait d’un compte souverainiste d’extrême droite, a depuis largement débordé, et la France insoumise à travers un texte publié ce dimanche dans La Tribune appelle désormais à le rejoindre. Quelques cadres du mouvement insoumis, déjà, avaient rejoint le groupe Telegram de la région, en observateurs. Mais les premiers qui prennent la parole ce mercredi clarifient d’emblée les choses. « Nous sommes un mouvement horizontal, apartisan, antifasciste et antiraciste, explique l’un d’entre eux. Peu importe que nous soyons de gauche ou de droite, nous sommes tous contre le plan Bayrou, contre les 1% qui prennent toutes les richesses. » Parmi les personnes présentes, un ancien Gilet jaune partage son indignation des « deux jours volés », après les annonces du Premier ministre qui ont fait monter le mouvement au cœur de l’été. « C’est un projet de casse globale », dénonce un autre participant, salarié de l’Assurance-maladie.
Si les premières prises de paroles veulent élargir le mouvement, les débats rapidement portent sur le rejet des syndicats. « Lisez la publication sur Facebook de Laurent Brun [administrateur de la CGT, Ndlr], il explique comment ils veulent récupérer le mouvement pour le canaliser », veut croire un homme, la cinquantaine. Au micro, les participants dénoncent « les têtes des syndicats » qui voudraient discuter avec le gouvernement, les parcours syndicaux trop pacifiques, « toujours les mêmes ». La mobilisation contre la réforme des retraites a beau avoir rassemblé plusieurs millions de personnes dans les rues, elle agit comme un repoussoir. Certains intervenants se présentent pourtant comme syndiqués « de la base », et appellent au débordement des organisations. Le préavis de grève déposé par FO, les appels des fédérations CGT de la chimie ou de l’éducation sont aussi évoqués. « Si les syndicats viennent avec leurs camions et leurs mégaphones, il faut qu’ils les donnent au mouvement citoyen, nous décidons ici », insiste un participant. D’autres veulent des cortèges distincts. On compte malgré tout sur les organisations syndicales pour « bloquer la production », mais pour ceux qui sont présents, l’enjeu reste surtout d’organiser des blocages, des opérations péages gratuits, de cibler des lieux symboliques, de la tour CMA à la préfecture. À chaque fois, c’est le mouvement des Gilets jaunes qui sert de référence, d’expérience commune. Un militant prend aussi pour exemple les émeutes de juillet 2023 pour déborder la police, un autre, en ligne, revendiquait son engagement « anti-vax ». « On parle de bloquer la production, mais il faut agir sur nos conditions de vie », défend un militant des « cortèges autonomes » qui propose des opérations d’« autoréduction » afin de se servir dans les grandes surfaces et redistribuer la nourriture volée. « Je n’ai pas envie de bloquer les personnes qui vont au travail », évoque de son côté une femme, qui demande « un boycott des grandes marques » La proposition avait fait florès dans les discussions en ligne au début du mois d’août, avec les appels à retirer son argent, se fournir auprès de producteurs locaux pour « arrêter de gaver les industriels ». Trop cher, regrettaient d’autres. Place Providence, le soleil décline. Peu importe, on se reverra chaque mercredi. Une participante alerte : « Il n’en reste que trois, avant le 10 septembre. »

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