Les cheminots en grève contre la politique de la SNCF

Vingt-sept avril 2026 à Saint-Brès (Hérault). Un agent de la SNCF décide de mettre fin à ses jours en se jetant sous un TER. Un drame venant s’ajouter aux onze autres suicides recensés depuis le début de l’année chez les salariés de l’entreprise ferroviaire. La goutte de trop pour une profession déjà au bout du rouleau, malmenée par la politique de recherche de rentabilité mise en place par la direction.

Réunie début mai, une intersyndicale -composée de la CGT, SUD Rail, la CFDT et l’Unsa- appelle à une journée de grève le 10 juin. « On exige l’arrêt immédiat des réorganisations en série et l’ouverture d’un moratoire sur le niveau social dans l’entreprise avec ces suicides. Casser l’entreprise publique unifiée telle qu’elle existe par la filialisation et la compartimentation des différents services entraîne une perte de sens au travail et des casses dans les collectifs de travail », souligne Marc Brahier, secrétaire général CGT des cheminots de Montpellier.

Des milliards de bénéfices

Selon les cheminots, l’ouverture à la concurrence pousse la direction à épouser une logique de rentabilité qui accélère le découpage de l’entreprise au détriment des salariés. « Aujourd’hui, on est victime d’une politique du groupe SNCF où finalement, s’il faut favoriser certaines filiales hors groupe public, elle n’hésite pas à le faire au détriment des filiales qui sont encore considérées comme publiques et fatalement, ça pose des difficultés », reprend Marc Brahier. À l’instar de Géodis, premier transporteur européen routier et filiale de la SNCF, alors que Fret SNCF a été liquidé l’an dernier.

Tout semble fait pour pousser les salariés à bout. « Il n’y a plus de recrutements. Donc quand il y a une charge de travail à couvrir mais qu’il y a moins d’emplois, on tire sur les salariés présents pour faire en sorte de tenir la production. On tire sur la corde en allongeant le temps des journées de service, en retirant des jours de repos, etc. », note le syndicaliste. D’autant que les salaires n’augmentent pas assez pour contrer l’inflation. « Nous avons été augmentés de 0,25% en octobre puis à nouveau de 0,25% en janvier. Mais quand on voit que sur certains produits l’inflation dépasse les 2%, ça devient extrêmement tendu », soupire Marc Brahier.

L’augmentation des salaires sera également sur la table des négociations. Car la pilule a du mal à passer, le groupe réalisant « deux milliards de bénéfices sur l’année 2025 ». Une précarité des agents pouvant mener au drame d’avril dernier. « Quand on est cheminot, on s’engage pour le service public, pour rendre service à la population. Si notre travail est en plus totalement décorrélé de cet aspect-là, ça fait beaucoup », fait valoir Marc Brahier, qui n’exclut pas de donner des suites au mouvement si les négociations avec la direction échouent.

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