« Nous n’avons rien écrit, nous avons compilé. » Quelques mois avant le décès d’Ahmed Zitouni, Françoise, son épouse, lui fait une promesse : « Je lui ai dit que j’essaierai de le faire éditer. » De son vivant, l’auteur n’a jamais voulu se plier aux maisons d’édition. « Il savait qu’il n’avait pas les codes. On lui demandait des choses qu’il ne voulait pas, donc il a récupéré tous ses droits. »
À sa disparition, le 5 juin 2024, Françoise s’inquiète qu’Ahmed Zitouni soit oublié : « Je voulais qu’on se rappelle de son œuvre. » Avec l’aide de plusieurs proches, elle fonde l’assoaZ. « On se demandait comment faire pour que les gens relisent et découvrent Ahmed. » Naît alors l’idée de l’ouvrage intitulé Je suis un écrivain !, qui regroupe des textes inédits de l’auteur, ainsi que des lettres et des entretiens.
Henriette Stoffel, amie du couple, développe : « Ce livre doit permettre de comprendre qui il était et ce qu’il a fait. » Dans l’ouvrage, qui sera présenté à Marseille le jeudi 11 juin, des réflexions sur sa vie d’écrivain se mêlent à une analyse de sa condition. « On retrouve des inédits : la lettre à Ada, sa fille, et le journal du vieil écrivain, où il étudie son cancer », indique Françoise Zitouni. « Il y a aussi Houria, qui parle d’un amour de jeunesse. Il revient vers l’Algérie et raconte l’histoire de deux gamins amoureux pendant la guerre et les émeutes à Oran », complète Henriette Stoffel.
S’il était un écrivain en France, Ahmed Zitouni était surtout « un enfant de la guerre d’Algérie et de la colonisation, ce qui a laissé des traumatismes importants chez lui ». Sans pour autant revendiquer une identité, l’homme disait qu’il n’en était d’aucune, il « refusait d’être l’arabe de service » et voulait « déblanchir la langue française et la refriser ». Dans ses ouvrages, plusieurs thématiques font écho à cette vision du monde et à ses racines. « Il y a par exemple l’exil, qui est vraiment une thématique majeure chez lui. Il y a le racisme, la folie. Il a toujours pensé qu’il avait une dette envers les siens et voulait les représenter », expliquent les deux femmes.
Ses écrits restent très actuels. « Il revendiquait un certain féminisme, il évoquait la femme forte, mais écrasée par l’histoire comme il a pu le voir en Algérie. » Françoise poursuit : « En France, il a eu le parcours traditionnel d’immigré : les inégalités, le racisme… Il y a là aussi quelque chose de très moderne. »
En trouvant un éditeur pour ses livres, l’association espère « permettre à plus de gens de s’identifier à lui ». Avant d’être emporté par la maladie, Ahmed Zitouni était « extrêmement inquiet et critique du racisme systémique », porteur d’une colère qui ne l’a jamais lâché. En faisant vivre ses ouvrages, l’association rappelle que ni lui, ni ses combats, n’appartiennent au passé.

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