À Avignon, des manifestants parqués mais déterminés

Comme une semaine plus tôt, le préfet avait interdit, ce samedi, toute manifestation dans le centre-ville et le long des remparts d’Avignon. Un scénario similaire s’est déroulé avec un rassemblement statique toléré entre 10 heures et midi, qui s’est ensuite dispersé dans le plus grand des calmes. Et ce même si les 180 forces de sécurité n’ont pas hésité à fouiller des sacs, confisquer des pancartes et dresser 43 verbalisations tout au long de la journée.

Une manifestation avait pourtant été déclarée par Solidaires, mercredi, et le tribunal administratif a rejeté le recours en référé visant à la maintenir. « Il n’y a même pas eu d’audience, le juge a statué sans recevoir qui que ce soit, on a affaire à une justice bourgeoise aux ordres de la macronie dont leur seul but est de tuer dans l’œuf la résurgence des Gilets jaunes et la mobilisation lycéenne », dénonce Thierry Juny, co-délégué de Solidaires 84. Dans la bonne humeur, les quelques 300 à 400 manifestants ont chanté et improvisé une chenille, seule manière de défiler. Une présence un peu en-deçà de samedi dernier, « beaucoup se réservent pour ce jeudi », glisse un habitué. La CGT a déposé un parcours entre le cours Jean-Jaurès et le palais des papes et espère pouvoir l’honorer.

« Créer un rapport de force par la grève »

La vingtaine, Solène et Lola sont des habituées des mobilisations depuis un mois, surtout à Marseille, où elles devraient être aussi jeudi. « On est venu à Avignon justement parce que c’est interdit et montrer qu’on n’accepte pas de subir cette loi du silence imposée », expose Solène, qui brandit une pancarte aux couleurs d’une enseigne de grande distribution, « Super fâchée, tous unis contre la vie chère ». Roger, 74 ans, ancien charpentier, jamais encarté ni syndiqué, mais « bien ancré à gauche » est là « à chaque fois, pour les jeunes générations ». Rétablissement de l’ISF ou taxe Zucman lui semblent de premières mesures immédiates à instaurer.

Dans le rassemblement, quelques épars drapeaux syndicaux de la FSU, CGT ou FO. « On est parqués, mais plus déterminés que jamais, ce ne sont pas ces intimidations du gouvernement qui nous feront reculer », assène Tanguy Langlet, secrétaire de FO éducation. « Toutes les revendications sont légitimes, autour de la vie chère, pour la jeunesse, les salaires », plaide-t-il. Jérôme, ergothérapeute et militant CGT à l’hôpital de Montfavet, apprécie « la diversité intergénérationnelle » du rassemblement et veut agréger tout le monde jeudi : « Depuis dix ans, on ne peut pas dire que tous nos besoins fondamentaux autour de la santé, l’éducation ou la justice aient été comblés » « Toutes les luttes, même hors syndicales, sont respectables, mais à un moment, elles doivent converger pour créer un véritable rapport de force qui passe par la grève, développe Thierry Juny. Si tu bloques pas l’économie et que tu tapes pas au portefeuille des patrons, il n’y a rien qui bouge. » « Allez, à jeudi », entend-on dans la foule au moment de se disperser. « Et oui, ça approche »…

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