« Le racisme tue » : colère et appel à l’unité après l’attentat de Trappes

Vive émotion à Port-de-Bouc. Une semaine après l’attentat qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et blessé cinq autres personnes, dont une fillette de 12 ans, à Trappes et à La Verrière (Yvelines), une centaine de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville pour dire leur solidarité avec les victimes et rappeler une chose simple : « Le racisme tue. »

Alors que l’auteur des tirs, Kevin Tessier, a reconnu les faits ainsi que la préméditation, révélant avoir ciblé des personnes « musulmanes, africaines ou nord-africaines », le maire, Laurent Belsola (PCF), l’assène : « Ce crime inhumain n’est pas un fait isolé ou, comme certains tentent de nous le faire croire, l’acte d’une personne déséquilibrée. »

Avant d’être placé en détention provisoire à l’issue de sa mise en examen par le Parquet national antiterroriste, l’assaillant avait vu sa garde à vue levée dans la nuit de samedi à dimanche, le temps d’une période d’observation psychiatrique. Pap Niang, du collectif Rebel 13, dénonce : « A-t-on déjà remis en cause l’état de santé mentale de ceux qui ont terrorisé la France dans le passé ? Non. Sûrement avaient-ils la peau trop foncée pour mériter qu’on s’attarde sur cet aspect de la personnalité. (…) La justice et la santé, comme tous les services publics, sont traversées par le racisme institutionnel. » Et de rappeler la nécessité de nommer les discriminations. « Les mots “negrophobie” et “islamophobie” ne sont pas négociables. Le supprimer, c’est invisibiliser les violences spécifiques que nous subissons, c’est refuser ce qui nous tue. »

Pour Laurent Belsola, ce crime est « d’abord celui d’un militant d’extrême droite qui n’a pas hésité une seule seconde à mettre en pratique la théorie de son organisation politique ». Lors de la perquisition, des autocollants faisant référence au RN ont été découverts au domicile de Kévin Tessier, selon le procureur antiterroriste.

L’édile de Port-de-Bouc est sans appel : « Les représentants politiques de l’extrême droite sont plus que jamais responsables. » Le discours de Jordan Bardella, qui désignait en 2022 Trappes comme « une République islamique en miniature » et « la capitale européenne du jihad » a d’ailleurs été repris par Kévin Tessier, qui a expliqué avoir visé un « repaire d’islamistes ».

Le maire interroge également la responsabilité des médias, qui selon lui ont permis « la normalisation de cette parole raciste sur les chaînes d’information en continu », au premier rang desquels CNews, multi-sanctionnée par l’Arcom. Dans la foule, Yves approuve : « Ils participent à dédiaboliser ce genre de pensées, qui se transforment ensuite parfois en acte. Ça devient commun, c’est ça qui est grave. C’est comme ça qu’ont commencé les génocides. »

Faire front commun

Alors que la campagne présidentielle a démarré et que Marine Le Pen caracole en tête des sondages, ce retraité originaire de l’Est, qui n’est pourtant « pas un militant très actif », l’affirme : « Il faut se réveiller. » Sans être encarté, lui tracte avec la France insoumise pour tenter de faire la différence. « Je donne aussi beaucoup à des associations qui sont sur le terrain pour faire changer les choses. » La colère sociale qui s’exprime dans les rues de France, le samedi, lui donne tout de même de l’espoir.

« Dans ce contexte, nous avons un devoir d’unité des forces politiques et syndicales pour faire front commun face au déversement de haine, mais nous avons aussi un devoir d’unité populaire, affirme Laurent Belsola : celle du monde du travail, des jeunes, des retraités, des personnes privées d’emploi, de toutes celles et tous ceux qui refusent, à la fois, les politiques ultralibérales d’Emmanuel Macron et le projet raciste du Rassemblement national. »

Un grand rassemblement contre le racisme et l’islamophobie s’est aussi tenu sur la place des Merisiers de Trappes ce vendredi, à 18h (lire en page 18).

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