Tag: Jordan Bardella

  • « Le racisme tue » : colère et appel à l’unité après l’attentat de Trappes

    « Le racisme tue » : colère et appel à l’unité après l’attentat de Trappes

    Vive émotion à Port-de-Bouc. Une semaine après l’attentat qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi et blessé cinq autres personnes, dont une fillette de 12 ans, à Trappes et à La Verrière (Yvelines), une centaine de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville pour dire leur solidarité avec les victimes et rappeler une chose simple : « Le racisme tue. »

    Alors que l’auteur des tirs, Kevin Tessier, a reconnu les faits ainsi que la préméditation, révélant avoir ciblé des personnes « musulmanes, africaines ou nord-africaines », le maire, Laurent Belsola (PCF), l’assène : « Ce crime inhumain n’est pas un fait isolé ou, comme certains tentent de nous le faire croire, l’acte d’une personne déséquilibrée. »

    Avant d’être placé en détention provisoire à l’issue de sa mise en examen par le Parquet national antiterroriste, l’assaillant avait vu sa garde à vue levée dans la nuit de samedi à dimanche, le temps d’une période d’observation psychiatrique. Pap Niang, du collectif Rebel 13, dénonce : « A-t-on déjà remis en cause l’état de santé mentale de ceux qui ont terrorisé la France dans le passé ? Non. Sûrement avaient-ils la peau trop foncée pour mériter qu’on s’attarde sur cet aspect de la personnalité. (…) La justice et la santé, comme tous les services publics, sont traversées par le racisme institutionnel. » Et de rappeler la nécessité de nommer les discriminations. « Les mots “negrophobie” et “islamophobie” ne sont pas négociables. Le supprimer, c’est invisibiliser les violences spécifiques que nous subissons, c’est refuser ce qui nous tue. »

    Pour Laurent Belsola, ce crime est « d’abord celui d’un militant d’extrême droite qui n’a pas hésité une seule seconde à mettre en pratique la théorie de son organisation politique ». Lors de la perquisition, des autocollants faisant référence au RN ont été découverts au domicile de Kévin Tessier, selon le procureur antiterroriste.

    L’édile de Port-de-Bouc est sans appel : « Les représentants politiques de l’extrême droite sont plus que jamais responsables. » Le discours de Jordan Bardella, qui désignait en 2022 Trappes comme « une République islamique en miniature » et « la capitale européenne du jihad » a d’ailleurs été repris par Kévin Tessier, qui a expliqué avoir visé un « repaire d’islamistes ».

    Le maire interroge également la responsabilité des médias, qui selon lui ont permis « la normalisation de cette parole raciste sur les chaînes d’information en continu », au premier rang desquels CNews, multi-sanctionnée par l’Arcom. Dans la foule, Yves approuve : « Ils participent à dédiaboliser ce genre de pensées, qui se transforment ensuite parfois en acte. Ça devient commun, c’est ça qui est grave. C’est comme ça qu’ont commencé les génocides. »

    Faire front commun

    Alors que la campagne présidentielle a démarré et que Marine Le Pen caracole en tête des sondages, ce retraité originaire de l’Est, qui n’est pourtant « pas un militant très actif », l’affirme : « Il faut se réveiller. » Sans être encarté, lui tracte avec la France insoumise pour tenter de faire la différence. « Je donne aussi beaucoup à des associations qui sont sur le terrain pour faire changer les choses. » La colère sociale qui s’exprime dans les rues de France, le samedi, lui donne tout de même de l’espoir.

    « Dans ce contexte, nous avons un devoir d’unité des forces politiques et syndicales pour faire front commun face au déversement de haine, mais nous avons aussi un devoir d’unité populaire, affirme Laurent Belsola : celle du monde du travail, des jeunes, des retraités, des personnes privées d’emploi, de toutes celles et tous ceux qui refusent, à la fois, les politiques ultralibérales d’Emmanuel Macron et le projet raciste du Rassemblement national. »

    Un grand rassemblement contre le racisme et l’islamophobie s’est aussi tenu sur la place des Merisiers de Trappes ce vendredi, à 18h (lire en page 18).

  • [Chroniques méditerranéennes] Javier Milei et Jordan Bardella en mission trumpiste

    [Chroniques méditerranéennes] Javier Milei et Jordan Bardella en mission trumpiste

    L’adepte des coupes à la tronçonneuse dans les dépenses publiques s’est livré, mercredi, depuis le Casino de Madrid, à un déversement de haine à l’encontre de Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, le traitant d’« imprésentable dictateur, délinquant, voleur, corrompu… ». Dans la foulée, le « dingo » argentin, qui est visiblement venu chercher la confrontation, a exhorté à « sortir les socialistes à coups de pied ». On pourrait rire de ses saillies, quoique, s’il n’était le président d’un des principaux pays d’Amérique latine, peuplé de 46 millions d’habitants, où il applique une politique de destruction des services publics faisant de la tronçonneuse le symbole de sa politique économique. On peut aussi rappeler ses propos lors d’un discours au Forum de Davos, où il a affirmé que « le féminisme, la diversité, l’inclusion, l’équité, l’immigration, l’avortement, l’idéologie du genre, sont différentes têtes du même monstre ». Une politique qui le rapproche de l’extrême droite européenne, et de Trump, son mentor, et que le Parti Populaire et Vox en Espagne voudraient mettre en place s’ils gagnent les élections générales du 29 novembre.

    Clairement, Javier Milei, tout comme Jordan Bardella le président du RN en France, venu le 12 octobre à Ceuta rencontrer et soutenir le leader de Vox, Santiago Abascal, sont les deux représentants d’une internationale fascisante qui opère en terre ibérique une ingérence visant à aider politiquement les forces les plus réactionnaires. Ils veulent en finir avec un gouvernement de gauche qui a placé l’Espagne en tête des pays européens au niveau de la croissance. Un gouvernement qui a augmenté régulièrement le salaire minimum et les pensions, qui a reconnu, parmi les premiers, l’État palestinien, qui s’est opposé à Trump en interdisant l’utilisation des bases américaines en Espagne à des fins guerrières, qui a étendu les droits sociaux des travailleurs, qui a mis en place une politique de l’immigration pragmatique et humaine en régularisant des dizaines de milliers de migrants… Démontrant que l’immigration n’est pas un poids pour la société, mais un atout économique, social et culturel.

    Quand Jordan Bardella vient en Espagne, pour décrire Ceuta comme étant « le futur de l’Europe si les frontières ne sont pas mieux contrôlées » rejoignant ainsi son alter ego Santiago Abascal qui parle d’« invasion », accusant Madrid de ne pas défendre les frontières, le dirigeant du RN vient renforcer le discours sécuritaire du néofranquiste avant les élections législatives. Cette rencontre visait à montrer notamment l’existence d’un réseau d’alliés européens d’extrême droite en cas de victoire de Marine Le Pen.

    Quand Javier Milei, qui a parlé cette semaine également d’« invasion des étrangers en Espagne » en ajoutant que « les femmes ne peuvent plus sortir seules dans les rues des principales villes », le président argentin vient également renforcer le discours sécuritaire de l’extrême droite et de la droite espagnole à quelques semaines du vote. Une ingérence inadmissible, d’une rare agressivité de la part de dirigeants et responsables politiques d’autres pays en visite en Espagne. Trump et Netanyahou doivent être satisfaits de la prestation de leurs missionnaires.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • L’extrême droite RN sous haute protection de l’État pour son congrès

    L’extrême droite RN sous haute protection de l’État pour son congrès

    Le ministre de l’Intérieur a raison. « On parle de la vie démocratique de notre pays, ce n’est pas rien, c’est une liberté constitutionnelle » a-t-il déclaré vendredi, à la veille de la tenue du congrès du RN qui doit lancer officiellement la campagne de la candidate de l’extrême droite à l’élection présidentielle, Marine Le Pen. Sauf que ces propos interviennent alors que la quasi-totalité des manifestations contre la vie chère et pour l’éducation ont été interdites ce samedi 24 octobre. Et que des couvre-feux, apanage des mairies RN, ont été décrétés par des préfets de la République.

    « Il y a une liberté de manifester, il y a une liberté de réunion politique, il faut savoir concilier les deux maintenant ; ça n’est pas tout à fait normal que, pour chaque meeting, on déploie des dispositifs policiers aussi importants », a déclaré le ministre, tandis qu’entre 20 000 et 30 000 opposants au congrès du RN sont attendus samedi, à six mois de l’élection présidentielle.

    Le congrès du Rassemblement national doit réunir quelque 5 000 participants samedi puis jusqu’à 10 000 personnes dimanche lors du lancement officiel de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. « Il est hors de question qu’on ne sécurise pas une réunion, une formation politique (…). Et c’est vrai pour toutes les formations politiques », a encore déclaré Laurent Nuñes. Le parcours de la manifestation organisée samedi à l’appel d’une cinquantaine d’organisations, a par ailleurs été modifié car « le préfet du Loiret, à juste titre, a considéré que, compte tenu de la montée en tension des appels à manifester contre la réunion politique du Rassemblement national, la présence d’individus d’ultragauche, d’extrême gauche radicalisés, justifiait qu’on définisse un parcours qui soit un peu plus sécurisé », a détaillé Laurent Nuñez.

    « Des moyens massifs »

    Toute manifestation est en revanche interdite à Orléans dimanche, selon le préfet du Loiret, Hugues Moutouh. « Des moyens absolument massifs ont été mobilisés par le ministère de l’Intérieur » pour assurer la sécurité à Orléans, dont « une quinzaine d’unités de forces mobiles » tout le week-end, « soit près de 2 000 CRS et gendarmes mobiles supplémentaires », a-t-il assuré jeudi. Un blindé Centaure de la gendarmerie et des engins lanceurs d’eau seront également déployés.

  • Franck Allisio se sépare de son collaborateur accusé d’antisémitisme

    Franck Allisio se sépare de son collaborateur accusé d’antisémitisme

    En pleine affaire Bardella, voilà un dossier qui plombe un peu plus encore l’effort de respectabilité du Rassemblement national. Le député RN des Bouches-du-Rhône, Franck Allisio, a d’ailleurs annoncé, vendredi, mettre fin au contrat de son attaché parlementaire Louis Grégoire, après la publication d’une enquête de Libération consacrée à d’anciennes publications diffusées sur Facebook par ce collaborateur.

    Dans un communiqué, l’élu d’extrême droite affirme avoir reçu son collaborateur suite à la parution de l’article. « Ces écrits dont il est accusé étaient inconnus de tous et antérieurs à son recrutement par l’Assemblée nationale », déclare-t-il ce vendredi. « Afin de lui laisser le temps de la clarification, j’ai pris la décision de mettre fin à son contrat », ajoute Franck Allisio.

    Louis Grégoire travaille aux côtés de Franck Allisio depuis les municipales de 2020. Il l’a ensuite suivi au conseil régional puis à l’Assemblée nationale. L’enquête publiée le 8 octobre par nos confrères de Libération rapporte que celui-ci a partagé entre 2018 et 2022 plusieurs publications faisant référence à l’extrême droite radicale, à des auteurs collaborationnistes ou relayant des contenus à caractère raciste, complotiste et antiféministe sur un compte privé suivi par le député RN.

    Le site y a relevé pêle-mêle, « des apologies de l’Allemagne hitlérienne, des conseils de lecture collaborationnistes, des blagues racistes et des slogans fascistes », à travers des messages présentant le débarquement allié de 1944 sous un angle favorable à l’Allemagne nazie, des références à Robert Brasillach ainsi que différentes publications visant des femmes, des migrants, des musulmans ou des juifs.

  • « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    La Marseillaise : Quelle a été votre réaction aux révélations de Mediapart sur les propos tenus par Jordan Bardella ?

    Haïm Bendao : Je n’ai été ni surpris ni choqué, bien au contraire. On ne peut pas être à la tête d’un tel parti politique en balayant les idées fondatrices de ce parti. Ça devait sortir un jour ou l’autre. Ça me fait plaisir de pouvoir dire à ma communauté que je les avais prévenus. Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage. On espère toujours que les gens changent mais malheureusement ce n’est pas le cas. Avoir ce genre d’idées à 17 ans, ça en dit long. Il y a quelque chose de profond, d’intellectuel, on n’est pas sur une erreur liée à la fougue de la jeunesse. Et vouloir adhérer, si jeune, à un parti qui était clairement affiché comme antisémite à l’époque, puis vouloir y rester et dire qu’on ne l’est pas… Pourquoi ne pas partir ailleurs dès le début alors ? Si l’on n’est pas antisémite, on claque la porte du RN et on change ses fréquentations. En parlant de fréquentations, je pense, par exemple, à un élu qui tenait une librairie négationniste. Au moins, Jean-Marie Le Pen assumait avec franchise ses idées antisémites, alors que là ils essayent de séduire. J’ai énormément de peine de voir des gens de ma communauté qui se sont alliés avec des gens de ce parti. Après le 7 octobre, avoir vu marcher une partie de ma communauté avec des élus du RN à la banderole, je me suis dit que c’était la fin. Pire, certains sont même entrés dans des synagogues… Je rappelle que le seul extrême permis dans le judaïsme, c’est de ne pas avoir d’orgueil.

    Justement, ce soutien à la communauté juive fait partie
    de la défense du RN…

    H.B. : Ils sont capables de tout pour arriver au pouvoir. Cela me rappelle l’affaire Cahuzac, qui était capable de mentir sans cligner des yeux. Avec le désespoir ce genre d’idées s’installe très rapidement dans beaucoup de foyers. C’est peut-être étonnant pour un rabbin de dire ça, mais beaucoup de gens cherchent une religion et une politique « pompières ». C’est-à-dire que dans la galère, une famille va écouter un Bardella, un rabbin ou un imam parce qu’il promet qu’il va régler tous les problèmes. C’est très messianique comme histoire. Malheureusement, le RN et Bardella ont embrigadé du monde et sont le messie de quelque chose. Mais comment peut-on être des personnes de religion qui connaissent le passé du RN et se dire qu’il va nous sortir de quelque chose ? Cela me fait penser qu’une fois, je faisais une conférence à l’église de Saint-Joseph, à la fin, un jeune est venu me tendre sa carte du RN. Je n’ai même pas compris sa démarche, d’autant que j’étais avec un prêtre et un imam. D’ailleurs certains de ma communauté les ont suivis… Il faut avoir en tête qu’au lendemain du 7 octobre, se rapprocher de la communauté a permis à certains de prendre des galons. Mais je condamne aussi une partie de l’extrême gauche qui parle du Hamas comme un mouvement de résistance et c’est tout aussi dangereux.

    Quel message délivrez-vous
    à quelques mois de l’élection présidentielle
     ?

    H.B. : Il faut prendre le temps de dialoguer et de discuter. Cela me rappelle une anecdote. Une fois j’étais dans le bus pour la Timone avec un Maghrébin, on discutait et je lui ai dit : « Si le RN monte au pouvoir, ça sera vous les premiers et nous les deuxièmes. Nous sommes des boucliers l’un pour l’autre ». Il faut réussir à trouver de la lumière dans toute cette obscurité. Cela fait 30 ans que je suis dans les quartiers Nord, et à force de semer on récolte. Comment se fait-il qu’il y ait un seul rabbin dans toute l’Europe qui prend le temps d’aller distribuer le pain le jeudi, d’aller le vendredi à la mosquée ? Je plaide pour un espace de dialogue avec les imams et les prêtres de terrain. Il faut que les jeunes des quartiers puissent s’identifier à un discours terre à terre mais de paix.

  • Affaire Bardella : la Macronie découvre que le RN n’a pas changé

    Affaire Bardella : la Macronie découvre que le RN n’a pas changé

    Depuis Madrid, lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez, le chef de l’État a dénoncé des propos « rapportés évidemment gravissimes et inacceptables ». Il a intimé aux « responsables politiques » du RN de « clarifier la ligne, les mots et les gens qui, dans leur parti, peuvent prononcer de telles choses ». Immédiatement, l’intéressé a répliqué. « Après le 7 octobre 2023, j’ai marché dans les rues de Paris, et me suis rendu en Israël. Pas lui », a cinglé Jordan Bardella sur X.

    Emmanuel Macron s’était rendu à Jérusalem et en Cisjordanie le 24 octobre 2023, 17 jours après les attaques du Hamas contre Israël qui ont fait 1 221 morts. Il n’avait, en revanche, pas pris part à la marche contre l’antisémitisme organisée le 12 novembre 2023 à Paris par les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat, arguant que son « rôle » était « de continuer à préserver dans cette période l’unité du pays et de ne jamais renvoyer dos à dos les uns et les autres ». Jordan Bardella s’est de son côté rendu en Israël en mars 2025, à l’invitation du gouvernement d’extrême droite israélien, pour participer à une conférence contre l’antisémitisme.

    Mediapart a publié lundi des messages antisémites datant de 2013 qu’il attribue à Jordan Bardella, alors jeune militant du parti. « Les banques sont toutes détenues par des Juifs » ; « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait notamment écrit le futur président du RN qui conteste « formellement » en être l’auteur. Emmanuel Macron a également déploré « la violence langagière » de la candidate d’extrême droite Marine Le Pen à l’encontre de Mediapart. Une telle violence « conduit toujours après à une escalade et, même quand c’est métaphorique, ce qui doit accompagner un débat démocratique, c’est le respect », a réagi Emmanuel Macron. La veille Marine Le Pen a conseillé au site d’investigation de revêtir son « costard en Kevlar », la matière utilisée pour les gilets pare-balles. Une référence d’une « violence sidérante », a dénoncé Mediapart.

    Mais la macronie depuis son accession au pouvoir a contribué à l’intensification de ces attaques envers les médias. N’est-ce pas Emmanuel Macron lui-même qui en 2018, après les révélations autour de l’affaire Benalla, chargeait « une presse qui ne cherche plus la vérité ». Des médias qui, selon le chef de l’État chercheraient à se substituer au « pouvoir judiciaire » ? Une rhétorique reprise par la droite en la personne de Nicolas Sarkozy – pour ne citer que lui – à l’extrême droite.

    Philippe et Braun-Pivet

    se réveillent

    Il s’agit d’une crise de campagne majeure pour la candidate qui survole les sondages, dans laquelle d’autres candidats se sont également engouffrés mercredi. « Le RN prétend avoir changé mais, à intervalles réguliers, ses candidats et ses cadres expriment des opinions scandaleuses », a jugé Édouard Philippe (Horizons) dans le Parisien, en référence aux « brebis galeuses » que le RN se félicite d’exclure au premier signalement, lors de chaque séquence électorale (lire ci-dessous). Chez Les Républicains en revanche, le candidat à la présidentielle Bruno Retailleau a refusé à ce stade de réagir.

    Autre figure à s’insurger, la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance) qui a assuré mercredi n’avoir « jamais cru » que le RN soit devenu, comme il s’en enorgueillit, « le bouclier de la communauté juive ». Rappelant que le Front national a été fondé par Jean-Marie Le Pen, multicondamné pour négationnisme, elle a évoqué « les accointances de ce parti pendant des années avec toute la sphère antisémite et complotiste ».

    Et pourtant, c’est bien à l’issue d’un arrangement tacite avec le RN que le bloc central a pu faire réélire Yaël Braun-Pivet à la tête de l’hémicycle. En échange, les élus d’extrême droite ont obtenu des postes clés au palais Bourbon, dont deux vice-présidences. Réagissant à l’affaire, le sénateur communiste Ian Brossat insiste sur X : « tous les imbéciles qui ont donné des brevets de respectabilité au RN devraient mourir de honte ». Ils sont nombreux.

  • Indélébile

    Indélébile

    20 000 Marseillais raflés, 1 600 déportés dont 804 juifs, tout un quartier annihilé. La barbarie mise en œuvre par les nazis et leurs complices de Vichy en janvier 1943 est désormais officiellement reconnue par la République française comme crime contre l’Humanité.

    C’est une grande victoire. D’abord pour les survivants et les descendants des victimes qui ont beaucoup lutté pour que ce moment de l’histoire de Marseille soit reconnu pour ce qu’il est.

    Ensuite, pour toutes celles et tous ceux ayant à cœur de caractériser les crimes qui, par leur atrocité, blessent notre Humanité tout entière.

    Enfin, c’est une victoire contre l’oubli alors que la dernière génération porteuse de la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale est en train de s’éteindre.

    Notre pays en a bien besoin. Alors que l’extrême droite, qui n’a pas dirigé la France depuis la Libération, est prise dans une polémique sur des propos antisémites attribués au président du RN par Mediapart, on peut mesurer l’ampleur du brouillage des repères.

    Les héritiers de « tonton Dolfy »

    Des commentateurs et des citoyens semblent sincèrement tomber de la chaise, alors qu’il s’agit du chef d’un parti fondé par Waffen SS dont la figure tutélaire, Jean-Marie Le Pen, a été condamnée pour contestation de crime contre l’humanité et surnommait d’après la propre mère de Marine Le Pen, Adolf Hitler « tonton Dolfy ».

    Ces battus de 1944, ces revanchards antirépublicains, ces dissimulateurs, doivent à nouveau mordre la poussière.

    Non, les rafles, la déportation, les chambres à gaz, ne sont pas un détail de l’Histoire. Elles laissent une marque indélébile. Non, l’antisémitisme n’est pas résiduel en France et ne se cantonne pas aux milieux d’extrême droite. Ce poison comme le racisme et toutes les formes de haine doivent être combattus avec la dernière énergie.

    Héritière de l’esprit de Résistance, La Marseillaise, y mettra toutes ses forces.

  • Bardella choisit de nier, Le Pen menace la presse

    Bardella choisit de nier, Le Pen menace la presse

    Le président d’un parti (RN ex-FN) fondé par des antisémites notoires, au sein duquel plusieurs membres ont été condamnés pour des propos à caractère antisémite, serait donc, lui aussi, antisémite ? L’entreprise de dédiabolisation opérée par Marine Le Pen depuis quinze ans s’est effondrée en un instant. Face à ce constat, celle-ci éructe et donne un inaperçu de ce que signifierait son accession au pouvoir pour la presse libre : « C’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar, parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent ». Depuis l’Assemblée nationale, la patronne de l’extrême droite française menace directement le journal d’information numérique qui a publié, la veille, une enquête accusant le président de son parti d’avoir tenu des propos antisémites.

    Et ils font froid dans le dos. « Les banques sont toutes détenues par des Juifs » ; « Le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait-il écrit en 2013, alors jeune adhérent au Front national. L’intéressé dément catégoriquement et annonce porter plainte. « Nous sentons les prémices d’une guerre totale, de tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle », fait-il valoir, face à la centaine de parlementaires lepénistes présents : « Il va falloir sortir les casques lourds (…). Nous allons être attaqués pas seulement par nos opposants, mais parce que le mouvement que nous représentons dérange. »

    L’article de Mediapart pointe la fascination du président du Rassemblement national pour Alain Soral, antisémite multicondamné. Ce qu’il nie, évidemment. Il y a deux ans, l’émission Complément d’Enquête (France 2) avait déterré un faux compte twitter qui aurait appartenu à Jordan Bardella, où il publiait de nombreuses « blagues » racistes et rendait hommage à l’idéologue qu’il qualifiait de « grand sociologue ». « Il avait annoncé déposer une plainte. Deux ans plus tard, celle-ci n’a toujours pas été reçue », note sur X le journaliste de l’émission, Tristan Waleckx.

    Les faits sont têtus : François Paradol, le directeur de cabinet du champion du RN, n’est autre qu’un ancien membre du mouvement Égalité et Réconciliation, fondé par l’essayiste antisémite, comme l’a révélé Mediapart en décembre 2025. « L’objectif, c’est de tuer ma carrière politique », pousse Jordan Bardella. Alors, le jeune ambitieux, celui qui était censé incarner une image plus lisse de la formation à la flamme, cheveux plaqués en arrière, costume cravate en toutes circonstances, adorateur des grands patrons et de la noblesse, tente le tout pour le tout : il ne peut pas être antisémite puisqu’il s’est rendu en Israël ! « Moi, j’ai été reçu par le gouvernement israélien en 2025, j’ai été l’intervenant d’une conférence internationale de lutte contre l’antisémitisme », insiste-t-il. Un argument frisant le ridicule : le gouvernement de Benyamin Netanyahou tisse des liens avec l’extrême droite européenne dans son intégralité, pourtant historiquement antisémite, tandis qu’en retour, celle-ci l’assure de son soutien dans la colonisation des terres palestiniennes et du massacre de son peuple.

    Encore une fois, c’est bien lui qui avait refusé de qualifier Jean-Marie Le Pen d’antisémite alors que le patriarche de l’extrême a été condamné à six reprises pour cela. Selon le député RN Jean-Philippe Tanguy, c’est « la racaille antisémite purgée par Marine Le Pen » qui serait à l’origine de ces révélations, tout en niant leur véracité. Soit. Le timing est mauvais pour Jordan Bardella car les adhérents du RN sont appelés à le réélire à sa tête, les 24 et 25 octobre prochains à Orléans. Le lieu choisit pour lancer la campagne présidentielle de la « favorite » des sondages. Reste à savoir si elle se délestera de cet élément encombrant dans sa quête de « normalisation ».

  • Police municipale : des propos racistes révélateurs du RN

    Police municipale : des propos racistes révélateurs du RN

    Ils roulent vite ces bougnoules (…) J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan… ». Les propos racistes mais aussi misogynes, transphobes et complotistes de policiers municipaux de Carcassonne filmés à leur insu et dévoilés mardi 8 septembre par Midi Libre sont si abjects que le RN – dont est proche l’un des agents incriminés – s’est lui-même vu obligé de réagir.

    Christophe Barthès, le nouvel édile RN de Carcassonne, a qualifié les propos « d’inacceptables » et promis d’engager « des procédures et des sanctions (…) à la hauteur de la gravité des faits ». Lesquels remontent à novembre 2025, mais semblent, depuis son arrivée fin mars, avoir été portés à sa connaissance sans provoquer de réaction.

    Du côté du RN, pour lequel le principal auteur visé, un ex-militaire de 50 ans, était bénévole (notamment auprès de Jordan Bardella), il a été « immédiatement suspendu de ses fonctions de bénévoles auprès du service d’ordre du parti ». Une « procédure d’exclusion » a été engagée par le RN. « Ces gens-là sont des irresponsables dangereux. Ils jettent la suspicion sur l’ensemble du corps de la police municipale. C’est évidemment un cas isolé », tempère le maire RN de Perpignan, Louis Aliot.

    Pour beaucoup d’autres au contraire, ce scandale est révélateur. À la fois des maux dont souffre la police et du vrai visage du parti d’extrême droite. « Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le RN ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme », a lancé sur X Manuel Bompard (LFI). La présidente PS de la Région Occitanie, Carole Delga, s’est dite sur X « écœurée par ces propos racistes, misogynes et ces appels à la violence de policiers municipaux de Carcassonne ». Elle a appelé à des sanctions.

    Du côté de SOS Racisme, qui a porté plainte et se constituera partie civile en cas de procès, « cette affaire grave montre une fois de plus la réalité crasse du racisme des individus qui gravitent autour du RN. Et l’absence de fermeté des élus face au racisme dans la police ». Le parquet de Carcassonne qui a fait suspendre les policiers, a fait savoir qu’une enquête est en cours depuis plusieurs mois. De son côté, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé un contrôle de la police municipale de Carcassonne par l’Inspection générale de l’administration (IGA). En 2023, le même prétendait qu’« il n’y a pas de racisme dans la police »…

    En novembre 2025, une patrouille de 4 policiers municipaux avait filmé à son insu 6h de ses interventions. Sur la vidéo, s’enchaînent les tirades tantôt misogynes : « Le patriarche, c’est celui qui commande à la maison, celui qui bande et qui a les muscles (…). les connasses à l’époque dans les grottes, si elles n’étaient pas avec leur mec, elles se faisaient buter à l’extérieur ». Tantôt complotistes transphobes visant Brigitte Macron. Et systématiquement xénophobes, comme sur la guerre d’Algérie. « Et alors ? On a niqué des bougnoules, on a niqué des bougnoules ! Et eux, combien de soldats ils ont niqué ? (…) Après, où commence la torture ? ». Enfin des relents colonialistes sur les peuples africains. « Entre tribus, ils se vendaient, ces singes (…) Je crois que je commence à devenir raciste ». Un éclair de lucidité dans un océan de vomi.

  • [Entretien] Gilbert Garrel : « On démasque l’extrême droite par l’histoire »

    [Entretien] Gilbert Garrel : « On démasque l’extrême droite par l’histoire »

    L’ancien cheminot était l’invité, jeudi, de l’assemblée générale de l’IHS CGT de Vaucluse, à Entraigues (lire ci-contre). Dans un département où le RN est bien implanté, il a animé un débat sur les combats de la CGT contre l’extrême droite.

    La Marseillaise : La CGT a toujours été hostile à l’extrême droite. Pourquoi et comment lutter contre sa progression dans le monde du travail ?

    Gilbert Garrel : L’institut est là pour démasquer l’extrême droite par l’histoire. Depuis toujours, ce que porte l’extrême droite est contraire à ce que défend la CGT : un syndicat internationaliste, pour des valeurs de solidarité, contre toutes les formes de nationalisme de l’extrême droite. On organise ce genre de débat et, surtout, sa diffusion pour démontrer la supercherie de l’extrême droite qui essaie aujourd’hui d’avoir un discours ouvriériste, social. Sur le côté plus présent, il faut mettre en évidence les votes du RN qui s’opposent au progrès social comme sur l’opposition à la revalorisation du Smic ou des retraites indexées sur l’inflation, à la création du Smic européen, à la nationalisation d’ArcelorMittal ou encore le RN qui a laissé passer la loi sur le travail le 1er-Mai.

    Cette dichotomie est-elle encore plus prégnante en regardant l’histoire ?

    G.G. : Historiquement, il y a eu des connivences entre le patronat et l’extrême droite. Dès le début du syndicalisme, le patronat crée les syndicats jaunes, les briseurs de grève. Dans l’entre-deux-guerres, il crée la Confédération française du travail, des nervis de l’extrême droite qui traquaient les syndicalistes, qui obligeaient par la force les travailleurs immigrés à briser les grèves. Dans cette continuité, sous Pétain, il y a l’interdiction des confédérations et du droit de grève. Pendant la guerre d’Algérie, l’OAS a été une force contre la CGT, avec notamment une attaque contre l’UD CGT à Pau. La naissance de Le Pen et du Front national sont promues avec le poujadisme, c’est-à-dire des forces d’extrême droite alliées au patronat. Chaque fois que le patronat se rend compte que la droite classique risque de perdre, que la gauche peut passer, il se tourne vers l’extrême droite pour garantir ses intérêts. La peur du rouge, c’est historique. On retrouve ça aujourd’hui avec le Medef qui reçoit Jordan Bardella. Historiquement aussi, il y a une connivence patronat/extrême droite sur le nationalisme : au lieu de chercher l’ennemi du côté du capital, on va le chercher du côté des travailleurs immigrés pour détourner le regard des ouvriers. L’extrême droite, dans son histoire, a toujours su se métamorphoser et adapter son discours pour gagner les classes populaires. Syndicalement, nous avons un rôle pour éclairer et montrer à miroir comment l’histoire peut se reproduire.

    Vous alertez aussi sur le fait que l’extrême droite se diffuse par plusieurs canaux médiatiques.

    G.G. : Oui, elle a cette capacité à revisiter l’histoire à sa manière. L’extrême droite s’accapare des réseaux, des médias pour permettre une large diffusion de son discours. Par exemple, si on prend la Cité de l’histoire sous l’arche de la Défense à Paris, c’est Amaclio productions qui la gère et la détient, dirigée par l’extrême droite [François Nicolas]. Et si vous allez dans ce musée, qu’est-ce que vous retrouvez ? Hitler a sauvé l’Allemagne du risque du communisme, Pétain a sauvé les juifs français… Tout cela avec le soutien de la Région Île-de-France où on envoie des lycéens. On aussi Pierre-Édouard Stérin, derrière son label des plus belles fêtes de France. Sous l’aspect traditionaliste, on dit qu’il y a les Français de souche, les bons Français, et puis il y a l’ennemi, l’étranger. Alors que l’histoire de France s’est construite dans le multiculturalisme.

    André Castelli reconduit président

    S’il fut le fondateur de l’Institut d’histoire sociale CGT de Vaucluse il y a 40 ans, André Castelli a laissé la présidence pendant ses années d’élu PCF avant d’en reprendre la tête il y a trois ans. Il a été reconduit président, jeudi, à l’issue de l’assemblée générale. « On compte près de 100 adhérents, c’est l’un des plus importants de la confédération », souligne-t-il. Parmi les rendez-vous de l’année, la préparation des 90 ans du club des cheminots de Vaucluse. « On envisage aussi de nouer un partenariat avec le secteur universitaire pour que les étudiants se nourrissent de l’histoire du travail et des travailleurs du département », projette André Castelli.