[Entretien] « La fin de la gratuité des transports est un contresens complet »

La Marseillaise : Comment avez-vous vécu l’annonce de Nicolas Isnard, président de la Métropole (LR), qui dit vouloir supprimer la gratuité des transports ?

Erwann Bouisseren : Ça a été une surprise, qui s’est transformée en colère juste après. C’est inadmissible. C’est une décision complètement descendante de la part de Nicolas Isnard, le président (LR) de la métropole. Sur le coup, nous avons été abasourdis, surtout venant de quelqu’un qui disait vouloir une « Métropole des maires » [formule utilisée lors de son discours d’investiture le 7 avril dernier, ndlr]. Le conseil métropolitain doit encore voter le 15 octobre, mais reste qu’il prend cette décision tout seul, en amont. Ce n’est pas comme ça que ça doit fonctionner.

Et il s’agit pour vous d’un choix qui relève du « non-sens »…

E.B. : C’est un non-sens, en vue de la crise climatique, dont on a déjà constaté les effets. On sort d’une période caniculaire, avec des pompiers morts dans les mégafeux. On traverse maintenant une crise énergétique, avec le gasoil qui atteint bientôt les 2,50 euros le litre. Les gens vont devoir réutiliser leurs véhicules personnels, et on va réencombrer les routes et engendrer plus de pollution, c’est un non-sens complet. Ça va être un coût en plus pour toutes les familles qui vont devoir prévoir un budget en plus pour que les enfants puissent aller à l’école ou participer à des sorties extrascolaires. En période de crise énergétique, c’est inacceptable. C’est un contresens complet. Sachant qu’en plus, c’est un levier pour l’emploi dans un territoire (…) qui permet aux gens de se déplacer librement et d’aller au travail et de trouver un emploi. C’est aussi un levier économique pour tous les commerces. C’est complètement absurde…

L’objectif affiché est de résorber le déficit budgétaire, que répondez-vous ?

E.B. : Ils ne savent pas faire autrement que de faire des économies. Ils ne savent pas aller chercher les recettes. Pourtant, elles existent : il y a des compétences qu’on doit récupérer, comme le tunnel prado-carénage, les parkings, la redevance spéciale liée au traitement des déchets. On devrait aussi porter le versement mobilité [contribution financière payée par les employeurs publics ou privés pour financer les transports en commun, ndlr] à 3,2%, comme c’est le cas à Paris, alors que les transports ne sont pas gratuits. Sachant que ça peut aussi être intéressant pour les entreprises, qui lorsque la gratuité est effective, elles n’ont pas besoin de payer 50 à 70% des transports de leurs employés. (…)

La mairie d’Aubagne a notamment créé une pétition d’opposition. Quelles sont les prochaines étapes ?

E.B. : Des choses se dessinent. Pour l’instant nous informons les agents de la Métropole mais aussi les citoyens en général. Nous les invitons à signer la pétition mais aussi à interpeller leurs élus. C’est important. (…) Depuis 30 ans nous n’avons plus d’acquis sociaux : on sabre, on fait des économies. Ça devient insupportable.

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