« Chaque jour passé avec les mots de François Rabelais était un jour arraché à la tristesse », rappelle dans sa note d’intention Malte Schwind. Un « cri de guerre contre la morosité et la méchanceté » asséné par cette figure littéraire de la Renaissance dont la metteuse en scène s’empare dans Rien plus qu’un peu de moelle, qui prend ses quartiers à la Friche Belle de Mai du vendredi 18 au dimanche 20 septembre, dans le cadre du démarrage hors les murs de la saison de La Criée.
Une création qui part sur les traces de la « substantifique moelle », expression inventée par le manieur de mots et d’esprit hors pair qu’est Rabelais dans Gargantua (1534). Pour aller au-delà des apparences, ce dernier n’écrivait-il pas : « Il vous faut être sages pour humer, sentir et estimer ces beaux livres de haute graisse, légers à la poursuite et hardis à l’attaque. Puis, par une lecture attentive et une méditation assidue, rompre l’os et sucer la substantifique moelle. »
que suscite l’époque »
« Sorte de parodie d’épopée de Gargantua et Pantagruel », les deux œuvres phares de Rabelais, dixit Malte Schwind, Rien plus qu’un peu de moelle est une « plongée dans les plaisirs de la langue » et l’humour corrosif rabelaisien résumait Robin Renucci, directeur de La Criée, au moment de la présentation de sa saison 2026-2027. Une pièce dans le sillage du géant Pantagruel, « né en Utopie » avec lequel les interprètes de la compagnie En Devenir 2 « cheminent de ville en ville dans le pays de France, puis en quête de la Dive Bouteille avec son ami Panurge. Les deux acolytes font de chaque difficulté autant d’occasions pour célébrer la valeur de l’amitié et déjouer le malheur ». En filigrane, écrit encore Malte Schwind, l’histoire initiatique de ces deux compères les pousse à « lutter contre l’hypocrisie, la mélancolie et les choses fortuites qui entravent notre joie de vivre, notre intelligence et notre grandeur d’âme ». La nécessité de l’épicurisme bille en tête, une quête vers l’émancipation jouée dans la langue du XVIe siècle dont les « délires » ne sont en réalité qu’une impérieuse nécessité : « Rire, non pour oublier, mais contre l’effroi que suscite l’époque ».
Dans Rien plus qu’un peu de moelle, « on découvrira », souligne la metteuse en scène, « que la jouissance que Rabelais nous propose, celle de parler, de boire, de manger, de pisser, de chier… est à l’opposé de la pornographie d’aujourd’hui. Il s’y recherche un raffinement infini et majestueux cultivant ce qui est en excès sur nos besoins, une humanité possible ».
Vendredi 18 et samedi 19 septembre à 19h, dimanche 20 septembre à 16h. Entre 6 et 26 euros. www.theatre-lacriee.com

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