L’intrigante création d’un maçon du XVIIIe siècle

C’est probablement l’une des curiosités les plus connues du Champsaur. La chapelle des Pétètes, terme qui signifie « poupées » en langue populaire locale, a été édifiée sur les hauteurs de Saint-Bonnet-en-Champsaur, entre 1740 et 1743. D’après les services du patrimoine de la Communauté de communes Champsaur-Valgaudemar, il s’agit de la création de Jacques Pascal, un maçon et menuisier local. Créée par un artisan et non à la commande de l’Église, la chapelle a cette allure particulière des créations populaires, nées du rêve visionnaire et de la volonté acharnée d’un individu. Aussi, sur la façade, on trouve des niches abritant des statues aux traits peu vraisemblables avec un regard pénétrant, sévère et hagard à la fois. Parmi ces fameuses « pétètes » qui ont donné son nom à l’édifice, on retrouve la Sainte famille (Jésus, Marie, Joseph) mais aussi des saints comme Saint-Grégoire, patron de la chapelle, ou Saint-Antoine.

Parmi les inscriptions latines, on retrouve des maximes en français, fait rare pour l’époque où le français n’était pas la langue locale. Sur certaines statues, on peut encore discerner des traces de peinture, laissant penser qu’elles n’ont pas toujours été de leur actuelle couleur d’albâtre. L’une d’elles dénote, celle de la Vierge Marie, au dessin légèrement détaillé, plus ronde. Il s’agit en fait d’une copie, destinée à remplacer l’originale, volée. Une des niches est étrangement vide, et sur une autre, là où toutes ont le nom du saint ou du personnage qu’elle représente, l’écriture semble avoir disparu ou avoir été effacée. Enfin, les bénitiers, petits bassins qui contiennent l’eau bénite, ne se trouvent pas à l’intérieur comme d’ordinaire mais à l’extérieur, sur le mur de la façade. De même, deux trous dans l’épaisse porte d’entrée en bois ouvragée, laissent à penser que les confessions se faisaient peut-être sur le parvis de la chapelle, la porte séparant le fidèle et le confesseur.

L’intérieur aussi réserve des surprises. On est d’abord frappés par la richesse du retable, qui étonne pour une petite chapelle isolée de montagne. L’autel, de grande taille, est recouvert de plusieurs ouvrages de cuir de Cordoue, à savoir du cuir recouvert d’une légère feuille d’argent. Les motifs, floraux et orientalisants, rappellent que cette technique, importée en France par la corporation des Cordobans au XIVe siècle, vient originellement de Syrie. Les différences de style et de couleurs indiquent qu’il s’agit de l’addition de plusieurs morceaux séparés. On pense qu’elles proviennent du Château des Lesdiguières, sur la commune du Glaizil. Reste à savoir si les cuirs de Cordoue auront été dérobés durant les secousses de la Révolution, ou justement sauvés des pillages de ces dernières. La qualité et la délicatesse de l’ouvrage, qui semble fait sur mesure pour les dimensions de la chapelle, suggèrent plutôt la seconde option.

La chapelle dite « des amoureux »

Sur les peintures qui accompagnent le retable, on retrouve la sainte famille : la vierge à l’enfant et Saint-Joseph, mais aussi Saint-Grégoire, moine qui a refusé d’être nommé Pape avant de céder sous l’insistance populaire en 590. Sur un autre tableau, on peut voir Saint-Roch, saint pèlerin de Montpellier protecteur des malades, toujours suivi de son fidèle chien.

Enfin, le principal intérêt et le principal mystère de la Chapelle des Pétètes, réside peut-être dans la raison même de sa construction. S’il est certain qu’elle est l’œuvre du maçon Jacques Pascal, la légende locale veut que ce soit un jeune berger qu’il ait édifié pour sa bien-aimée. Si la chapelle est aussi appréciée des Champsaurins c’est justement parce qu’ils se sont approprié son histoire et sa signification au fil du temps. Que la légende soit vraie ou non, l’édifice reste en tout cas placé sous le signe des amoureux, en témoignent les deux grandes têtes rondes anonymes sculptées et discrètement abritées dans une niche, sous le clocher, tout en haut de la façade, qui échappent au regard peu attentif et rappellent un couple.

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