La Marseillaise : Vous travaillez sur quoi actuellement ?
Gilles Béna : Mon unité travaille sur la santé des plantes et notamment sur la lutte contre les pathogènes qui attaquent le riz, en Colombie, en Afrique ou en Asie du Sud-Est. Je travaille avec le Cambodge où nous avons monté en co-construction, un laboratoire mixte international. Notre problématique, c’est la culture du riz et la question de l’agroécologie : comment diminuer les traitements aux pesticides, aux insecticides par des approches alternatives.
Concrètement ce travail au Cambodge se traduit comment ?
G.B. : Fin août, je pars pour trois ans en affectation à Phnom Penh pour développer des programmes avec les chercheurs et enseignants-chercheurs locaux. Avoir une question de recherche et la développer avec nos partenaires du Sud sur des problématiques de leur pays, c’est le cœur de métier de l’IRD. Ces outils de projection, ces expatriations, ces missions longue durée font son originalité et permettent aussi d’encadrer et former des étudiants.
Quel est l’intérêt d’être sur place ?
G.B. : La continuité. Il y a cette image de « chercheurs hélicoptères », notamment pour les chercheurs américains qui restent quinze jours, prennent les données qui les intéressent et repartent. Ils vont associer les chercheurs du sud dans leurs publications mais en termes de formation, il n’y a rien. Nos projets sont plus ambitieux.
On parle de la soft diplomatie de l’IRD. ça participe de cela ?
G.B. : Complètement. On a des exemples de gens que l’IRD a accompagnés dans leur parcours scientifique de formation et sont rentrés dans des ministères de la recherche ou de l’enseignement supérieur des pays du sud. On voit qu’un lien intime et personnel, s’est créé avec l’IRD et la France. Tous les pays riches font de l’aide au développement mais souvent, ce n’est que du financement. L’IRD et la France ont une relation beaucoup plus proche via ces relations personnelles qui se nouent.
Ce projet de fusion de l’IRD avec le CNRS, remet en cause votre mission ?
G.B. : J’ai une lettre d’affectation au 1er septembre. L’interrogation, c’est si au 1er janvier, l’IRD a été dispersé au sein du CNRS : est-ce que le CNRS, qui est dans une vraie difficulté financière, va continuer à financer ces projections ? Si ce n’est pas le cas, des dizaines d’années de partenariats vont s’écrouler du jour au lendemain. Ce n’est pas la même ampleur mais on voit ce qui s’est passé avec les États-Unis de Trump qui ont, du jour au lendemain, arrêté leurs soutiens financiers. Ça a été catastrophique.
Vous avez en tête d’autres cas de travaux de recherche ?
G.B. : L’IRD a des partenariats dans à peu près tous les domaines de recherche, de la maladie du sommeil, la trypanosomiase africaine qui est en phase d’éradication en République de Gambie et est un exemple de réussite, à la gestion des stocks de poissons au Chili autour de la problématique de El Nino, dont le suivi a permis de donner des préconisations sur leur gestion. On peut décliner à la pelle les exemples de travaux issus de collaborations à long terme qui aboutissent à des choses vraiment concrètes.
Et pour le quotidien des Français ?
G.B. : J’ai vu mardi qu’un premier cas de virus West Nile dans les Pyrénées-Orientales a été observé. Ce virus de la vallée du Nil en Égypte est transmis par des moustiques. On voit bien qu’avec le réchauffement climatique, ces maladies qui sont travaillées par des unités de recherche de l’IRD depuis des années dans des pays du Sud, arrivent chez nous… C’est ce qui est un peu troublant dans cette volonté de faire disparaître l’IRD sur une base dogmatique, arguant que l’état doit être efficace, qu’il y a deux opérateurs, CNRS et IRD, et qu’il n’en faudrait plus qu’un. Mais il n’y a aucune réflexion et ça se fait au pas de charge. Officiellement, on n’est pas censé savoir que cette fusion arrive mais on l’annonce officieusement pour le 1er janvier. Tous les services administratifs disent « c’est impossible », sauf à aller au chaos.

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