Tag: CNRS

  • [#DisMoiPourquoi] En France, il y a beaucoup de pains dans les boulangeries ?

    [#DisMoiPourquoi] En France, il y a beaucoup de pains dans les boulangeries ?

    Marina, 13 ans en 4e au collège pays de Banon (04)

    L’agriculture est apparue il y a environ 10 à 12 000 ans. Les premiers végétaux à avoir été utilisés en agriculture sont principalement les céréales qui renfermaient de l’amidon riche en énergie dans les graines des plantes produites. En fonction des régions du monde, ce ne sont pas les mêmes céréales qui étaient cultivées. En Afrique, le sorgho et le mil. Dans les Amériques, le maïs et la pomme de terre. En Europe, le blé et l’orge. En Asie, le riz. À cette spécialisation géographique, qui a rendu accessible une certaine forme de matière première, se sont ensuite ajoutées l’émergence de connaissances pour transformer cette matière première et des préférences socio-culturelles. En France, le pain était différent pour les habitants pauvres (seigle, orge) et les habitants riches (blé). La hausse du prix du pain a été un des facteurs du déclenchement de la révolution Française en 1789. Enfin, la baguette est aujourd’hui inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. »

    Mikaël Akimowicz, maître de conférences au Laboratoire d’économie et de sociologie du Travail (CNRS/AMU)

  • [#DisMoiPourquoi] la malbouffe coûte-t-elle souvent moins cher que des produits locaux ou bio?

    [#DisMoiPourquoi] la malbouffe coûte-t-elle souvent moins cher que des produits locaux ou bio?

    Séraphine, 14 ans en 2de au lycée Martin-Bret de Manosque (04)

    Le prix des produits alimentaires dépend fortement de l’organisation des entreprises qui vont les produire et les distribuer. En France, il y a environ 350 000 fermes, environ 23 000 entreprises de transformation alimentaire, et 6 centrales d’achat alimentaires qui concentrent entre 85% et 90% des parts de marché. Cette concentration leur donne un pouvoir de négociation énorme vis-à-vis des autres entreprises.

    Ces centrales se livrent une compétition féroce sur les prix, ce qui se répercute notamment sur les comportements des autres entreprises. Pour maintenir des prix aussi bas, il faut produire en très grande quantité avec des ingrédients bon marché qui sont souvent pauvres, voire mauvais, pour la santé humaine. Les produits bio signalent le fait de ne pas employer certains produits pour cultiver, un effort souvent récompensé par un prix généralement un peu plus élevé mais souvent amplifié dans la grande distribution.

    Les produits locaux sont souvent produits sur des plus petites fermes, en plus petits volumes et offrent la possibilité de connaître les manières employées par les agriculteurs. »

    Mikaël Akimowicz. Maître de conférences au Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (CNRS/AMU)

  • [#DisMoiPourquoi] les animaux peuvent manger de l’herbe, des branches, mais pas nous ?

    [#DisMoiPourquoi] les animaux peuvent manger de l’herbe, des branches, mais pas nous ?

    Titouan, 11 ans. Collège des Caillols, à Marseille

    Les êtres vivants ne fonctionnent tous de la même manière. C’est le résultat d’une longue adaptation avec l’environnement que l’on appelle co-évolution. Chez les mammifères, qui regroupent les humains, les vaches, les chiens, les lapins et même les baleines, certains peuvent se nourrir d’herbe et de branches et pas d’autres. Cette différence s’explique par le fonctionnement des organes qui permettent la digestion.

    L’herbe et les branches sont composées de cellulose, une matière qui nécessite un équipement spécial pour être transformée en énergie. Il faut des dents qui peuvent couper (incisives) et broyer (molaires) pour décomposer mécaniquement la cellulose. Il y a ensuite de nombreuses transformations successives qui se déroulent dans le ventre, notamment grâce à des bactéries et des champignons.

    Les humains ne disposent pas de tous les éléments, donc ils ne se nourrissent pas d’herbe et de branche. Par contre, ils mangent des aliments riches en cellulose que l’on appelle alors fibres en nutrition. »

    Mikaël AKIMOWICZ, maître de conférences au Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (CNRS/AMU)

  • [#DisMoiPourquoi] le sucre donne-t-il des caries ?

    [#DisMoiPourquoi] le sucre donne-t-il des caries ?

    Nolhan, 9ans. CM2 à l’école primaire de Forcalquier (04)

    Nos dents sont faîtes de plusieurs couches. Au cœur de la dent, il y a la pulpe, qui renferme notamment nerfs et des vaisseaux sanguins, qui est entourée par la dentine elle-même recouverte d’émail, qui sont deux couches protectrices à base de calcium. Dans notre bouche vivent de nombreuses bactéries qui comme nous ont besoin de manger pour avoir de l’énergie. En se nourrissant de sucre et de glucide, les bactéries rejettent des éléments acides qui peuvent attaquer d’abord l’émail (apparition de tâches) puis, si l’émail est percé, la dentine (forte sensibilité au chaud et au froid). Pour éviter le dépôt de plaque dentaire qui favorise le développement des bactéries, il est important de se brosser les dents régulièrement, de boire de l’eau régulièrement et d’éviter un régime trop sucré à l’origine de la production des acides qui endommagent les dents.

    Mikaël Akimovicz, Maître de conférences au Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (CNRS/AMU)

    Nos dents sont faîtes de plusieurs couches. Au cœur de la dent, il y a la pulpe, qui renferme notamment nerfs et des vaisseaux sanguins, qui est entourée par la dentine elle-même recouverte d’émail, qui sont deux couches protectrices à base de calcium. Dans notre bouche vivent de nombreuses bactéries qui comme nous ont besoin de manger pour avoir de l’énergie. En se nourrissant de sucre et de glucide, les bactéries rejettent des éléments acides qui peuvent attaquer d’abord l’émail (apparition de tâches) puis, si l’émail est percé, la dentine (forte sensibilité au chaud et au froid). Pour éviter le dépôt de plaque dentaire qui favorise le développement des bactéries, il est important de se brosser les dents régulièrement, de boire de l’eau régulièrement et d’éviter un régime trop sucré à l’origine de la production des acides qui endommagent les dents.

  • [#DisMoiPourquoi] Il n’existe pas de légumes bleus ?

    [#DisMoiPourquoi] Il n’existe pas de légumes bleus ?

    Taïka, 11ans. Collège du Pays de Banon. Banon (04)

    Commençons peut-être par le long débat sur la différence entre un légume et un fruit. Un légume est une plante (ou une partie d’une plante) potagère que nous utilisons en cuisine pour notre alimentation.

    Les fruits sont la partie d’une plante qui renferme le noyau ou les pépins qui permettront à la plante de se multiplier. En cuisine, on assimile souvent les fruits aux produits végétaux plutôt sucrés et acidulés que nous mangeons en fin de repas.

    Les plantes sont composées de molécules qui leur permettent de grandir (photosynthèse), de ne pas vieillir trop vite (antioxydants), de donner envie aux animaux de les manger (belles couleurs) que l’on appelle pigments. Les pigments sont souvent de couleur verte (chlorophylle), jaune/rouge (caroténoïdes), ou bleu/violet (anthocyanes). Les anthocyanes changent de couleur en fonction de l‘acidité. Dans les milieux acides, ce qui est plutôt le cas des légumes, elles apparaissent violettes. La pomme de terre Bleue d’Artois, se rapproche un peu du bleu, sans vraiment l’atteindre. »

    Mikaël Akimowicz – Maître de Conférences au Laboratoire d’Économie et de Sociologie du Travail (CNRS/AMU)

  • « Avec la politique d’austérité,on perd en connaissance »

    « Avec la politique d’austérité,on perd en connaissance »

    La Marseillaise : Les chercheurs et personnels n’ont de cesse de dénoncer le mépris de l’État à leur encontre. À quel point la situation est-elle selon vous dégradée ?

    Didier Gori : C’est assez déprimant. Les contraintes budgétaires ont des conséquences considérables sur les conditions de travail avec la baisse des effectifs, la précarité, mais aussi en termes de moyens sur les consommables, les appareils… On est obligé de s’adapter. Il faut aussi savoir que les budgets associés à la médiation scientifique ont plus spécialement été visés et gelés. Or ils servent justement à l’animation de la fête de la Science notamment avec des cafés scientifiques, des initiatives un peu plus populaires pour aller dans les lycées, proposer des manips, des montages de vulgarisation… Un tas de collègues dont c’est le métier se sont retrouvés avec des budgets sacrifiés, ce qui met à mal l’ouverture des scientifiques vers la société et inversement.

    Avec un budget 2027 de nouveau austéritaire, quelles sont vos craintes ?

    D.G. : C’est 54 milliards d’économie annoncés pour toute la fonction publique et très récemment, Philippe Baptiste, le ministre de la Recherche, s’est vanté qu’il donnerait 100 millions d’euros de plus au CNRS, mais à partir d’un budget qui est déjà déficitaire de 200 à 250 millions. Pour 2026, ce sont 260 millions d’euros de déficit. En juin, lorsque nous nous sommes mobilisés, nous expliquions que le CNRS avait été contraint de piocher pour la troisième année dans ses ressources propres non fléchées, un bas de laine qui permet aux laboratoires d’assurer la jouvence, les frais de réparation… Là, ils vont être obligés de prendre dans ce qu’on appelle les crédits fléchés, les crédits d’appel à projet qu’on a via l’Agence nationale de la recherche, mais aussi l’Europe. Cela pose un problème déontologique très fort, parce que ces crédits, on les a en contrepartie d’une destination et d’une activité scientifique.

    Des projets de recherche sont-ils sabrés ?

    D.G. : On a des sujets en panne et des situations variées. Par exemple, on va mettre un stagiaire qui coûte moins cher dessus, et il va rester moins longtemps. On va essayer de jongler avec les personnels ou étudiants présents. Des projets seront tout simplement mis en stand-by. Ceux qui ont réussi à avoir des appels à projets vont pouvoir débloquer parfois une partie du financement. Mais on perd en connaissance, en compétitivité.

    Sur l’appropriation des enjeux des évolutions scientifiques, notre pays vous semble-t-il au niveau ?

    D.G. : Il y a des défis contemporains qu’on devrait se préparer à assumer mais la France n’y est clairement pas. Sa politique d’austérité est en train de nous paupériser. La compétition internationale est en train de s’accélérer. Il va falloir que nos scientifiques aient les moyens de rivaliser. On ne peut pas continuer la course à pied quand les autres chevauchent des fusées. Je pense notamment à l’IA, un sujet fondamental. Depuis 6 mois les choses se sont précipitées. En juillet, une expérience a été menée où on a demandé à une IA de vérifier si un système était sécurisé. Elle était déconnectée de l’Internet. Et, on ne sait pas comment, elle s’est connectée, s’est dupliquée sur un serveur, s’est mise à dialoguer avec d’autres IA pour remplir sa mission. On se retrouve avec un outil surpuissant dont il faut définir le cadre. Je pense que la communauté scientifique a un rôle d’éclairage auprès de la société.

    Ces sujets ne relèvent-ils pas aussi du débat public ?

    D.G. : Oui. Pour en revenir à l’IA je pense à l’impact environnemental. Avec le choix qu’a fait Emmanuel Macron de proposer aux industriels d’héberger des data centers, la France offrant une énergie électrique majoritairement décarbonée et beaucoup de ressources d’eau. Or l’eau est un bien collectif des Français, à qui on aurait dû demander leur avis avant d’engager l’État aux bénéfices d’entreprises privées et étrangères. Il y a une reconnaissance de l’expertise scientifique mais au niveau des décideurs publics, sous l’effet du lobbying, elle n’est pas prise en compte.

    Comment voyez-vous l’avenir dans vos labos ?

    D.G. : La communauté scientifique est extrêmement affectée par cette énième année de gel de salaire. Nous sommes à la croisée des chemins. Lors du comité national des laboratoires en janvier nous allons poser le problème sur la table, dans le calendrier de l’élection présidentielle. Soit il y a une réelle politique d’investissement dans la recherche, soit la France va décrocher. Au niveau de l’intersyndicale au national, on a commencé à discuter pour de nouvelles actions dès qu’on aura des éléments plus précis sur le budget 2027, avec déjà la date du 17 octobre en ligne de mire.

  • [Ecologie] Comment attirer l’attention sur un poisson menacé mais pas très beau ?

    [Ecologie] Comment attirer l’attention sur un poisson menacé mais pas très beau ?

    Argyrosomus japonicus est menacé d’extinction. Ce poisson tropical est pourtant important, pour la biodiversité, des raisons culturelles et économiques. Il faudrait donc redoubler d’efforts pour le protéger. Seulement, il a un défaut : il n’a pas de charisme. Il est terne, n’a pas une silhouette très remarquable… Il fait partie des 15% des poissons tropicaux jugés les moins beaux, selon une étude de 2022. C’est cruel, mais « la perception que l’on a d’une espèce impacte le niveau d’attention et de protection qu’on lui accorde », rappelle Anne-Sophie Tribot, spécialiste en sciences sociales de la conservation de la biodiversité au laboratoire Telemme (Aix-en-Provence). Comment redorer l’image du « maigre japonais » –son nom commun- et donner envie de le protéger ? Une étude parue dans Biological Conservation montre que les sons qu’il émet pourraient aider. « C’est la première fois que nous montrons l’importance du son pour susciter de l’affect envers un poisson », ajoute la chercheuse coautrice de l’article avec Nicolas Mouquet, chercheur CNRS à l’Université de Montpellier.

    Car oui, A. japonicus émet des sons intentionnellement. Pas avec des cordes vocales, mais avec sa vessie natatoire
    -une poche qu’il remplit d’air pour contrôler sa position dans la colonne d’eau, comme un sous-marin. « Les contractions des muscles autour de cette vessie produisent des sons, précise Anne-Sophie Tribot. Cela peut servir à attirer des femelles ou à défendre un territoire. »

    Biais réduit

    Ces sons ont aussi rendu A. japonicus plus impressionnant, plus intelligent, plus sensible aux yeux des près de 1 100 participants de l’étude. Des informations au sujet de son importance culturelle, économique ou ses traits écologiques, fonctionnent aussi, mais dans une moindre mesure. « En revanche, les informations sur son statut d’espèce menacée ont peu d’impact sur son charisme », précise Anne-Sophie Tribot. Toutefois, ni les sons, ni les vidéos, ni les informations textuelles ne le rendent plus beau ou plus mignon aux yeux des participants.

    Mais le son ne fait pas tout. Pour donner envie de protéger l’espèce, les informations textuelles fonctionnent mieux. Les participants avaient une somme fictive à répartir pour protéger A. japonicus ou un autre poisson –A. neoguinaicus-, plus beau mais moins menacé. Préciser le statut de menace réduit le biais lié à l’apparence : les participants donnent moins pour protéger A. neoguinaicus… mais ils ne donnent pas plus pour protéger A. japonicus. « C’est un résultat à prendre avec précaution qui mérite confirmation », nuance Anne-Sophie Tribot.

    Le mieux, pour protéger A. japonicus, serait donc probablement de redorer son image grâce aux sons qu’il émet tout en informant sur la menace qui pèse sur lui. « C’est ce que nous voudrions tester à l’avenir, glisse la chercheuse. Et faire la même chose avec d’autres espèces. »

  • Une expédition pour montrer la fonte des glaciers dans les Hautes-Alpes

    Une expédition pour montrer la fonte des glaciers dans les Hautes-Alpes

    Parcourir en un mois 1 500 km parcourus dont 45 000m de dénivelé positifs. C’est une aventure aux airs d’épopée dans laquelle s’est lancé le 19 août un petit groupe mêlant Mélanie Corthay, guide de haute montagne, Aurélie Gonin, réalisatrice de documentaire et un couple de cyclistes, Nathalie et Fabien Monnier, qui ont dessiné le parcours à vélo. À leur tête, Loubna Freih, sportive de haute montagne, est à l’initiative de cette « Alpine Quest II », après une première édition effectuée en mars 2025. « Pour le premier jour, on est arrivés au pied du glacier blanc, raconte Loubna Freih depuis le refuge du Pré de Madame Carle. On va traverser tout l’arc alpin jusqu’en Slovénie, à travers la France, l’Italie et la Suisse, en vélo. L’idée est de connecter des glaciers importants pour raconter et documenter ce que vont devenir les Alpes après les glaciers ».

    L’expédition ira à la rencontre d’une dizaine de scientifiques français, suisses et italiens et traversera une quinzaine de glaciers, en passant notamment par celui d’Aletsch, en Suisse, le plus grand d’Europe centrale. « On prélève des eaux à l’embouchure de chaque glacier, pour récupérer l’eau profonde du glacier, pas de la neige en surface. Les prélèvements sont ensuite envoyés au CNRS de Nancy avec l’aide de Cluster Eau, une association basée à Évian », détaille Loubna Freih. On travaille aussi avec un géobiologiste qui nous parle de la flore et des changements dans ce qu’on appelle les marges des glaciers. C’est là où le glacier se retire et c’est une zone très intéressante pour la science pour comprendre ce que laisse le glacier, ce qui disparaît, mais aussi ce qui vient à la place ».

    Agir, que l’on soit sportif ou scientifique

    Alors que la moyenne de la température mondiale a augmenté d’1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle, ce chiffre est multiplié par deux dans les Alpes, où la fonte des glaciers s’accélère. Pour ces athlètes de montagne, aux premières loges du bouleversement, agir est vital. « À Verbier, en Suisse, où je vis, on a eu une première canicule à la fin du printemps, puis une deuxième, une troisième et on vient de finir la quatrième, témoigne Loubna. Je vois les massifs du Grand et du Petit Combin changer sous mes yeux. Je ne peux pas rester sur mon balcon à regarder ». Comme pour la première, le but d’Alpine Quest 2 est de produire un documentaire pour toucher le grand public. « L’idée est d’aller voir avec nos jambes puis d’en faire une narration, de raconter une histoire basée sur la science mais aussi sur ce qu’on vit et ce qu’on voit », conclut Loubna.

  • [Week-end] La résolution d’une vieille énigme ouvre la voie à de nouveaux antivirus

    [Week-end] La résolution d’une vieille énigme ouvre la voie à de nouveaux antivirus

    Cela faisait un demi-siècle qu’on se demandait comment les enzymes polymérases construisent les brins d’ARN et d’ADN en assemblant les briques élémentaires que sont les nucléotides. Quelques travaux faisaient pencher la balance vers un mécanisme, dit SN2. Une étude parue dans la revue scientifique PNAS le confirme. « Cette fois, nous l’avons vu, se félicite Bruno Canard, chercheur CNRS au laboratoire Architecture et fonction des macromolécules biologiques (AFMB, Marseille) et dernier auteur de l’étude. Le débat est tranché. » Des images obtenues par cryomicroscopie électronique à l’échelle du dixième de nanomètre – la taille d’un atome – montrent comment se produit l’insertion des nucléotides. Et tout se passe comme décrit dans le mécanisme SN2 : avec une inversion de configuration. C’est-à-dire que la polymérase retourne le nucléotide au moment de l’insérer.

    Un détail ? Une petite victoire au niveau fondamental pour les spécialistes ? Peut-être pas : « Nous avons observé une conséquence inattendue, souligne Bruno Canard. Et cela pourrait amener au développement de traitements contre certains virus à ARN. » Comme les coronavirus ou les arénavirus pour lesquels il n’existe pas de traitement anti-viral efficace. Et pour cause : ils ont un mécanisme de défense presque imparable à base d’enzymes, appelées exonucléases, qui scrutent le brin d’ARN pendant sa construction, repèrent les anomalies et les enlèvent.

    Contourner les défenses

    Pour confirmer le mécanisme SN2, les scientifiques ont dû modifier la partie du nucléotide dont se saisit la polymérase. Car cette partie est symétrique avec un atome de phosphore et deux d’oxygène. Impossible d’observer une éventuelle inversion. Ils ont donc remplacé un atome d’oxygène par un atome de soufre, créant deux configurations possibles (R et S), en miroir, comme nos deux mains. « Il est connu que la polymérase a une préférence pour la forme S et ne touche pas la forme R », rappelle Ashleigh Shannon, chercheuse CNRS à l’AFMB et première autrice de l’étude. Mais une fois le travail de la polymérase accompli, l’atome de soufre a changé de place et le morceau de nucléotide se retrouve sous sa forme R.

    Seulement, cette forme R est très peu prise en charge par les exonucléases de l’ARN. « Cela va à l’encontre de tout ce qui était décrit dans la littérature », note Ashleigh Shannon. Et pour cause : la littérature se concentrait sur les exonucléases de l’ADN, poursuit la chercheuse : « Nous montrons que celles dédiées à l’ARN fonctionnent différemment. » Pourquoi ? « Nous l’ignorons, c’est très surprenant », admet-elle.

    Tout l’enjeu est maintenant de faire entrer des molécules inhibitrices avec cette modification dans une cellule grâce à une « pro-drogue », c’est-à-dire une molécule capable de traverser la membrane et de devenir un médicament une fois à l’intérieur. « Nous y travaillons avec des chimistes », glisse Bruno Canard.

    REPÈRES

    Nucléotide

    Ce composé de base des acides nucléiques (ADN ou ARN) est fait de trois parties : une base azotée, un sucre et un groupe phosphate. C’est sur ce dernier qu’interviennent les enzymes polymérases pour assembler les nucléotides et former les brins d’ADN et d’ARN.

    Exonucléase

    Cette enzyme assure la maintenance des acides nucléiques. Elle repère les nucléotides anormaux et les retire pour éviter les erreurs dans la réplication de l’ADN ou de l’ARN – une défense efficace et difficile à contourner pour toute solution anti-virale visant à introduire des nucléotides inhibiteurs.

    Arénavirus

    Cette famille de virus à ARN comprend celui à l’origine de la fièvre de Lassa, endémique d’Afrique de l’Ouest où elle provoque des épidémies meurtrières. Comme le Sars-Cov-2, ce virus possède des exonucléases qui assurent la bonne construction des brins d’ARN.

  • [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    La Marseillaise : Comment fonctionne le phénomène des éclipses ?

    Guillaume Hébrard : Il y a deux types d’éclipses : les éclipses de Soleil et les éclipses de Lune. Par une coïncidence extraordinaire, la Lune est 400 fois plus petite que le Soleil et est également 400 fois plus proche. Donc, dans le ciel, le Soleil et la Lune ont des tailles apparentes. Les éclipses de Soleil sont les plus impressionnantes. Elles se produisent quand la Lune passe exactement entre le Soleil et la Terre et masque alors le Soleil du point de vue de la Terre. C’est ce qui va se passer ce 12 août. Une éclipse de Lune se produit quand la Terre se trouve pile entre la Lune et le Soleil, l’ombre de la Terre se projette alors sur la Lune. Les éclipses de Soleil et de Lune se produisent à peu près au même moment : après l’éclipse de Soleil le 12 août, on aura une éclipse de Lune le 28 août au matin, entre 4h30 et 7h.

    L’éclipse solaire du 12 août est présentée comme la plus marquante depuis 1999. Qu’est-ce qui la rend si particulière ?

    G.H. : Les éclipses de Lune sont observables depuis beaucoup de régions sur Terre, tandis que les éclipses de Soleil ne sont observables que sur un endroit restreint, parce que l’ombre projetée de la Lune sur la Terre est seulement de quelques centaines de kilomètres. Ainsi, à un endroit donné sur Terre, ce genre d’éclipse est rare. L’éclipse du 12 août ne sera totale que dans quelques régions : au Groenland, en Islande et en Espagne. Des éclipses de Lune et de Soleil, il y en a tous les six mois, mais en France métropolitaine précisément, la dernière éclipse totale était en 1999 et la prochaine sera en 2081.

    Comment observer l’éclipse de ce mercredi soir ?

    G.H. : Personnellement, j’irais l’observer en Espagne. L’éclipse du 12 août en Provence ne sera pas totale mais, avec 96% du Soleil masqué, ça restera très impressionnant. Le Soleil se couchera encore partiellement éclipsé, donc pour l’observer, il faut que le ciel soit dégagé au niveau de l’horizon ouest. Observer l’éclipse directement à l’œil nu, c’est très dangereux. Le Soleil n’est pas plus dangereux pendant une éclipse, mais on est plus tenté de le regarder directement. Pour se protéger les yeux, il existe des lunettes d’éclipses, on en trouve un peu partout, pour un ou deux euros.

    Les éclipses ont-elles, aujourd’hui encore, un intérêt scientifique important ?

    G.H. : Les éclipses ont beaucoup été utilisées dans le passé pour mesurer les distances dans le Système solaire. Maintenant, elles sont moins importantes en termes de recherche mais il reste plein d’intérêts scientifiques. Notamment l’étude de l’environnement très proche du Soleil : la chromosphère. On l’a découverte pendant les éclipses, et on ne pouvait l’observer que pendant celles-ci. Maintenant, on arrive à faire des éclipses artificielles avec un instrument inventé par l’astronome français Bernard Lyot, il y a un siècle : un coronographe. Ça consiste à mettre un disque dans le télescope, juste devant la position du Soleil. Par ailleurs, avec l’Observatoire de Haute-Provence, pendant une éclipse de Lune, on a observé la lumière du Soleil qui se réfléchissait sur la Lune après qu’elle ait traversé l’atmosphère de la Terre. Cela nous a permis d’étudier l’atmosphère de la Terre. Ça sert dans mon domaine d’étude, où on utilise la même méthode pour étudier l’atmosphère des planètes extrasolaires, mais avec une étoile différente du Soleil.

    Qu’est-ce qui vous intéresse personnellement dans le phénomène des éclipses ?

    G.H. : C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour. Une éclipse, c’est un phénomène astronomique mais aussi historique et sociétal : ça me plaît beaucoup que des millions de personnes partagent, au même moment, un phénomène naturel et astronomique qui est si beau. Aussi, les éclipses ont longtemps effrayé avant d’être comprises. Alors, je trouve qu’elles illustrent bien la démarche scientifique, qui est de comprendre la nature qui nous entoure. Qu’elle n’est pas régie par le hasard mais possède des lois physiques et naturelles qui nous sont accessibles.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard de Castro