Sylvie Orsoni : « Les Résistants se sont battus pour un monde plus juste »

Historienne et présidente du musée virtuel de la Résistance Paca (Murel), Sylvie Orsoni revient pour La Marseillaise sur l’œuvre de Robert Mencherini.

La Marseillaise : En quoi cet historien a été important pour les Bouches-du-Rhône ?

Sylvie Orsini : Parce que son œuvre porte sur l’histoire de la Résistance dans les Bouches-du-Rhône et en particulier à Marseille. C’est le meilleur spécialiste de cette période dans le département. Il a publié quatre livres sur ces Marseillais qui ont résisté. Il a décliné toute leur histoire de 1939 à la libération, en fouillant toutes les archives. Il n’y a pas une archive qu’il n’a pas vue. Son projet était de montrer combien la Résistance avait été importante dans la ville. Parce qu’avant, les historiens parisiens ignoraient totalement ce qui s’était passé à Marseille. Alors que la Résistance a été très importante dans la cité phocéenne. ça lui tenait à cœur de montrer combien il y a eu de résistance ici.

Un historien qui était très ancré localement…

S.O. : Oui, il voulait que cette histoire soit inscrite dans la ville. Il a travaillé pour qu’il y ait un square Berty Albrecht [grande figure de la Résistance marseillaise]. Il voulait que ça soit dans le territoire, que ça se voit. Il a aussi beaucoup participé, avec la mairie, aux différentes grandes commémorations des rafles de 1943, de la libération de 1944. Au sein du musée d’histoire de la Ville de Marseille, il a également aidé à la pièce consacrée à Berty Albrecht.

Pourquoi c’était important pour lui ?

S.O. : C’est d’abord pour rendre justice aux Résistants, pour montrer les valeurs que certains Marseillais ont défendues. Robert Mencherini, dans sa jeunesse, a été aux jeunesses communistes révolutionnaires. Les valeurs qu’il a portées restent donc présentes dans son œuvre de façon très objective. Et s’il voyait ce qu’il se passe actuellement, avec la montée de l’extrême droite, il se désolerait. Car il a aussi beaucoup étudié le régime de Vichy et l’occupation à Marseille. Et dire les choses telles qu’elles se sont passées, à quoi les Résistants s’étaient confrontés et qu’est-ce qu’ils avaient combattu, c’est essentiel. ça évite aussi de croire la désinformation, comme ceux qui racontent que le Général Pétain a protégé les Juifs. C’est important de savoir ce qui s’est passé. Le devoir de mémoire, ça n’existe pas, mais le devoir de vérité, ça c’est une obligation : dire ce qu’a été le gouvernement de Vichy, quelles étaient ses valeurs et ce qu’a été le nazisme. C’est aussi une façon de rappeler à quel type de société ceux qui réhabilitent Pétain veulent aboutir. Rappeler ce que ça donne : des génocides, des tortures et la dictature. Une société dont Robert Mencherini ne voulait pas.

Il est donc nécessaire de rappeler les valeurs de la Résistance ?

S.O. : Oui, parce que politiquement elles sont toujours actuelles. Les Résistants se sont battus contre, mais aussi pour un monde plus juste avec le programme du Conseil national de la Résistance. Ces valeurs-là restent à défendre et sont tellement menacées. Dès 1944-1945, les nostalgiques de Vichy sont repartis à la manœuvre un peu plus discrètement et maintenant de façon extrêmement ouverte.

Plus d’information sur le colloque sur le site : telemme.mmsh.fr

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *