Tag: résistance

  • Marseille se souvient de sa Libération, 82 ans après

    Marseille se souvient de sa Libération, 82 ans après

    Vives émotions et souvenirs poignants, ce dimanche matin au pied de l’emblématique char Jeanne d’Arc, sur la place du Colonel Edon à Marseille, pour la commémoration du 82e anniversaire de la Libération de la ville.

    Anciens combattants de l’armée française, jeunes porteurs de drapeaux, cadets des marins-pompiers, élus municipaux, sénateurs, députés ou encore représentants de l’État ont tous rendu hommage « aux courageux libérateurs de Marseille ». Le Chant des partisans comme la Marseillaise ont accompagné les dépôts de gerbes devant le véhicule blindé qui symbolise les sacrifices des différents régiments de tirailleurs algériens, des tabors marocains et des forces de la Résistance pour la Libération du joug nazi.

    Avant une lecture de l’historique des combats pour libérer la ville par Elyah Étienne, élève de l’école des porte-drapeaux de Marseille. Une manière de se replonger dans la journée du 28 août 1944. « C’est important d’être là pour rappeler ce qu’a coûté la Libération de la ville et du pays », insiste Anthony Gonçalves, adjoint communiste au maire de Marseille en charge de la santé.

    « Une résonance particulière »

    Il dénonce surtout la présence de plusieurs élus du Rassemblement national à la cérémonie : « On ne doit pas s’habituer à la présence d’élus d’un parti qui a été fondé par les héritiers de ceux qui ont été battus ce jour-là. Ils ne sont pas et ne seront jamais les bienvenus dans ces cérémonies. »

    Avant de conclure sur le caractère inhabituel de cette commémoration au regard de l’élection présidentielle à venir : « Plus que jamais, cette cérémonie a une résonance particulière. On ne peut pas s’empêcher de penser à la prochaine échéance électorale », avec une extrême droite en embuscade, et encore un combat de haute lutte à mener.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    En conseil des ministres, le sinistre Jules Moch plaida pour une politique plus autoritaire et fit alors parler les matraques et organisa les arrestations. Pourtant, ces grèves étaient revendicatives et les complots dénoncés par Jules Moch n’étaient que dans sa tête ou celles de Ramadier et Léon Blum qui obéissaient aux injonctions américaines. L’aide du plan Marshall était accordée à la France à condition que des mesures soient prises contre le Parti communiste et la CGT. Ils ont obéi. Ils ont sur la conscience des morts comme Voulant et Bettini abattu à l’Estaque par un policier, des poursuites contre les travailleurs et leurs dirigeants. Moi-même, sur les ordres du préfet Beylot, je fus poursuivi pour une affiche diffamatoire accusant le gouvernement : « les chiens aboient, la caravane passe ».

    La mise à sac de l’Alcazar

    Je me souviens aussi de la venue à Marseille, à la préfecture, de Daniel Mayer, ministre du travail, socialiste. Les raffineries de sucre de Saint-Louis étaient alors en grève pour les salaires et les conditions de travail, contre les licenciements. Il accepta une rencontre avec une délégation du bureau syndical que je conduisais. Je lui présentai la délégation en lui faisant connaître les raisons de la grève. Il m’écouta, puis, s’adressant en particulier aux membres de la délégation, il s’exprima en ces termes : « Savez-vous que les ordres de grève viennent du comité central du Parti dont Molino est le représentant à Marseille. Je n’accepte pas vos revendications et votre grève est politique et vous demande de quitter le bureau immédiatement ». Mécontente et en colère, la délégation décida de faire une assemblée générale des travailleurs de raffineries de sucre en grève à 100%.

    Je leur suggérai : «Daniel Mayer et Gaston Defferre organisent un meeting ce soir à 18 heures à l’Alcazar, je vous propose d’occuper la salle une heure avant et j’apporterai la contradiction. » Le soir, la salle de l’Alcazar était pleine à craquer. Des milliers de personnes se trouvaient à l’extérieur. Le premier orateur fut Gaston Defferre qui fut accueilli par 40 000 travailleurs mains en l’air. Elles font les « petites marionnettes » ne pouvant s’expliquer ! Daniel Mayer s’avança rageusement vers le micro des travailleurs qui scandaient « Molino ! ». J’attendais le moment, étant présent au bar de l’Alcazar où nous avions décidé que je porterai la contradiction à Daniel Mayer. Arrivé dans la salle, je fus propulsé sur la tribune pour prendre la parole, les socialistes m’agressèrent ce qui déchaîna la colère des travailleurs.

    Daniel Mayer, ministre du travail, et Gaston Defferre ne durent leur salut qu’à une fuite par la porte de secours entourés de policiers. Quant aux travailleurs des raffineries, déchaînés par l’attitude de ces deux dirigeants socialistes, ils s’en prirent au matériel, arrachant les fauteuils, brisant les glaces, etc. et ils mirent l’Alcazar à sac. Le directeur engagea des poursuites qui se retournèrent contre les organisateurs du meeting, c’est-à-dire le Parti socialiste.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Hommage à Mala Kriegel assassinée par les nazis

    Hommage à Mala Kriegel assassinée par les nazis

    Alors que la Libération de Marseille a commencé, que nos fondateurs ont pris d’assaut le siège du journal collaborationniste Le Petit Marseillais et que La Marseillaise paraît au grand jour depuis le 24 août, le destin de Mala Kriegel bascule boulevard Oddo dans le 15e arrondissement de Marseille alors qu’elle n’a pas encore 32 ans.

    Accompagnée de trois autres résistants, elle diffuse notre journal. Leur voiture ornée d’un drapeau tricolore est stoppée par une patrouille nazie en embuscade. Ils sont tirés du véhicule, plaqués au mur, traités de terroristes. Un coup de sifflet. Ils sont laissés pour morts.

    Tombée au sol, Mala Kriegel est très grièvement blessée. Elle touche ses blessures, perd beaucoup de sang, comprend qu’elle va mourir. Pour lui éviter de répéter son geste, les camarades qui lui portent secours lui couvrent le corps d’exemplaires de La Marseillaise.

    Une héroïne

    Première femme du résistant Maurice Kriegel-Valrimont, Mala Kriegel vivait à Marseille avec le résistant communiste allemand, Hermann Burkhardt.

    Elle était née Mala Ehrlischster le 15 septembre 1912 à Varsovie, en Pologne. Juive, communiste, résistante, elle était tout ce que les nazis haïssaient. Elle était une héroïne, notre sœur en humanité, elle est notre honneur.

  • L’UL CGT rappelle son rôle dans la Libération d’Arles

    L’UL CGT rappelle son rôle dans la Libération d’Arles

    C’est une première. Ce mercredi 26 août, l’Union locale CGT s’est réunie devant la stèle de la place Lamartine pour souligner la contribution du monde ouvrier, et en particulier son organisation syndicale, dans la Libération de la ville d’Arles.

    Le secrétaire général Nicolas Bourcy explique : « Nous avons retrouvé dans les archives une déclaration du Comité local de la Libération, chargé de gérer la ville en attendant les élections municipales au printemps 1945, datant du 26 août 1944.» Y sont cités les membres représentant « les divers mouvements de libération, c’est-à-dire : Mouvements unis de la résistance, CGT, Parti communiste, et Front national de lutte pour l’indépendance de la France ».

    Le syndicat est « ainsi reconnu comme tenant une place singulière dans l’histoire résistante de la ville », souligne Nicolas Bourcy. « Son occupation depuis 126 ans de ses locaux historiques dans la Bourse du travail, sa visibilité, avec son signe au fronton, en constituent une reconnaissance matérielle autant que morale. Ceux qui s’y attaquent aujourd’hui n’ont d’autre volonté que de chercher (…) à affaiblir, à nier cette histoire (…).»

    Un moratoire à l’expulsion

    En juillet, le tribunal administratif de Marseille a validé l’expulsion de l’UL de ses locaux, au motif de l’échéance de la convention d’occupation des lieux, en 2023, que le maire (Horizons) Patrick de Carolis a refusé de renouveler. Le syndicat a annoncé faire appel, ce qui ne suspend ni l’expulsion ni l’astreinte financière de 50 euros par jour, qui s’appliquera à compter de la mi-septembre. « Nous demandons un moratoire au préfet, en attendant les conclusions de la mission interministérielle lancée en juillet pour réfléchir à l’avenir des Bourses du travail », précise Nicolas Bourcy.

  • Rentrée offensive et festive avec Terres de résistance

    Rentrée offensive et festive avec Terres de résistance

    C’est la Fête de l’Huma locale. « À notre échelle, avec les moyens du bord et beaucoup d’humilité », précise Jeanine Incorvaia, présidente des Amis de la fête, qui organise Terres de résistance. Cette année, pour sa 24e édition, le festival aura lieu du 3 au 6 septembre au jardin du Prieuré. L’occasion de se rassembler pour une rentrée aussi festive qu’offensive, de « parler des combats en cours ».

    « Il n’y a pas que l’élection présidentielle, il y a aussi pas mal de sujets sur lesquels nous réfléchissons, en tant que communistes, d’autant plus à l’issue du congrès ce week-end et du congrès départemental avant les vacances, affirme Jeanine Incorvaia. Ce qui nous anime, c’est la cavalcade désordonnée et décomplexée du libéralisme mondial qui met les peuples et la planète à genoux. »

    Des débats et des concerts

    Samedi, rendez-vous au village des associations, avec une vingtaine de structures présentes. « Ce village des associations permet de montrer toutes les facettes qui peuvent s’inscrire dans la résistance », souligne Francis Fournier, l’un des organisateurs du festival. La section locale des Arméniens animera un débat, le Secours Populaire organisera des ateliers autour des congés payés tandis que la librairie l’Argonaute, les éditions Alifbata et Yann Madé parleront féminisme. Le lendemain, le grand reporter pour L’Humanité Pierre Barbancey animera un débat sur la situation au Moyen-Orient, avant le traditionnel meeting de la section locale communiste. Jeanine Incorvaia souligne : « Même si on est sérieux dans notre discours, on aime faire la fête ». Et pour ça, des concerts ponctueront les journées, entre Bazil, la fanfare Tahar Tag’l, Duo K’Alamité, un tribute Bob Marley avec Axetone ou encore Massilia Reggae Club.

  • « La Marseillaise » honore les résistants qui l’ont fondée

    « La Marseillaise » honore les résistants qui l’ont fondée

    Moment solennel au siège de La Marseillaise, ce lundi, date anniversaire de la première parution légale de notre journal.

    Pour la première fois, l’hommage rendu à nos fondateurs tombés au combat se tient
    dans les locaux rénovés de La Marseillaise, là où se tenaient les rotatives du Petit-Marseillais, journal collaborationniste pris d’assaut pour les résistants pendant l’insurrection de Marseille. « Ces locaux ont été pris par les armes… on a toujours refusé de les quitter par le tribunal de commerce », glisse Serge Baroni, président des Amis de La Marseillaise.

    Sur la plaque, les noms de Léon Paranque, Jean De Bernardy, Francis Aicard et Mala Kriegel rappellent le sacrifice que fut le combat pour faire vivre notre journal et pour libérer la France du joug nazi.

    Léo Purguette, président et directeur éditorial, s’incline devant leur mémoire et rappelle « La Marseillaise est un journal d’information et de résistance contre les battus de 1944 qui cherchent à ressortir des poubelles de l’histoire ».

    Dehors, les participants ont fleuri la plaque de la place du Journal La Marseillaise.

  • Marseille commémore la liberté le 30 août

    Marseille commémore la liberté le 30 août

    Le rendez-vous est donné place du Colonel Eddon, le dimanche 30 août à partir de 9h devant la réplique du char Jeanne-d’Arc détruit au combat le 25 août 1944. Associations, dignitaires et autorités se réuniront pour rendre les honneurs aux courageux libérateurs de Marseille et à leur diversité. Ce char symbolise les sacrifices des régiments de tirailleurs algériens, des tabors marocains et des forces de la Résistance. Ces combattants souvent anonymes morts pour la France en 1944.

    La Libération de Marseille est initiée par une insurrection de la Résistance, et grâce aux efforts conjugués des soldats alliés arrivant aux abords de Marseille, sept jours de terribles combats permettront de libérer la ville des Allemands. Les soldats survivants poursuivront ensuite par le Jura puis l’Alsace, contribuant ainsi à la libération du pays.

    La Ville de Marseille rend hommage chaque année à ses libérateurs sans qui rien n’aurait été possible. Et rappelle que « commémorer c’est se souvenir mais c’est aussi et surtout rappeler l’histoire. Le 28 août 1944, Marseille était libérée ! Marseillaises, Marseillais, Françaises, Français, souvenons-nous !» Et de conclure : « Nous sommes libres parce qu’ils étaient là, épris de cette liberté si chèrement acquise. Cette dette de sang nous oblige à commémorer aujourd’hui ces valeureux tombés pour Marseille. Ce devoir de mémoire s’impose à nous plus que jamais. Ce passé nous parle ».

    Cérémonie de recueillement devant le Char Jeanne d’Arc – place du Colonel Eddon, (7e) – Le 30 août à partir de 9h.

  • Il y a 82 ans… la naissance légale de « La Marseillaise »

    Il y a 82 ans… la naissance légale de « La Marseillaise »

    Après des numéros clandestins diffusés au péril de la vie de nos fondateurs, traqués par l’occupant et ses complices de Vichy, notre journal sort enfin de l’ombre pour jouer pleinement son rôle d’information de la population et d’appel à la mobilisation, afin que notre région et la France tout entière recouvrent leur liberté. Les efforts conjugués de la Résistance et des troupes du débarquement de Provence permettront la libération définitive de Marseille le 27 août 1944.

    Extraits du témoignage d’André Remacle, livré en 1979, résistant et principal artisan de ce numéro

    avec sa femme Rosette.

    La nuit du 23 au 24 août, Marseille est secouée par les bruits du canon. D’incessantes rafales troublent les rues du quartier. Dans l’imprimerie, l’agitation joyeuse bat son plein… Sur le « marbre » s’élaborent unis dans cette première victoire, comme ils l’ont été dans le combat commun, La Marseillaise et Rouge Midi.

    Les « formes » sont serrées, pressées sous la prise d’empreinte, coulées, portées aux rotatives, et bientôt le premier numéro de La Marseillaise dans le papier tendu autour du rouleau jaillit de la rotative, avec sous une bande tricolore ce titre sur huit colonnes : « Marseille est libérée » et des photos du général de Gaulle, de Roosevelt, de Staline et Churchill. Elle dit la ville en armes, la prise de la préfecture racontée par un témoin, la disparition des journaux locaux, l’entrée à Marseille des troupes, un résumé de ce qu’avait été cette longue et dramatique semaine du mois d’août.

    Au petit matin, dans les quartiers libérés, dans ceux qui sont encore au combat comme Endoume, le Roucas Blanc, les quartiers Nord, La Marseillaise et Rouge Midi sont littéralement arrachés dans les mains de ceux qui les vendent.

    La Marseillaise a tenu son rôle… Tout son rôle, c’est une autre histoire ! Les illusions de ces journées où éclatait la liberté n’ont pas été perdues mais parfois rognées.

    Nous roulions il y a quelques jours avec des amis sur les routes de l’Embrunais et un écriteau nous sauta aux yeux sur un de ces rudes chemins au flanc de la montagne : « route non déneigée, chaussée déformée ». Il y a encore devant nous beaucoup de routes non déneigées et de chaussées déformées, beaucoup de travail reste à faire et à refaire pour déblayer une voie qui, nous l’avons appris, n’est pas une voie royale.

    Oui, mais je veux toujours et longtemps encore entendre les vers de Verlaine : « L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable. »

  • [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    Dès son arrivée en zone libre, Jean Moulin avait entamé l’exploration des milieux clandestins sans succès au début semble-t-il. Ce n’est qu’après l’obtention de son visa américain et son installation à Marseille qu’il consacra tout son temps à une prospection systématique de l’activité clandestine », écrit Daniel Cordier (1920-2020), son secrétaire et biographe.

    1. Modern Hôtel, 5, la Canebière

    Jean Moulin séjourne souvent au Modern Hôtel, au 5, la Canebière, avec son amie, la résistante Antoinette Sachs et déjeune à l’angle, à la brasserie Florida, 15, quai des Belges, note l’historien Robert Mencherini. Marseille grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa que l’américain Varian Fry s’efforce de leur obtenir. De sa propre initiative, Jean Moulin s’efforce d’établir le contact avec les acteurs de ces premiers réseaux émergents.

    2. Le foyer des étudiants, 6, rue du Chevalier Roze

    C’est dans le bureau orné d’une croix du pasteur résistant Jules Belpeer (1910–2001) qui tient le « foyer des étudiants africains et asiatiques », au 6, rue du Chevalier-Roze, 2e, que Jean Moulin rencontre en juillet 1941 Maurice Chevance-Bertin, le bras droit d’Henri Frenay avec qui il organise les premiers noyaux de la résistance dans la région. Leur boîte aux lettres est un marchand de journaux des allées Léon Gambetta.

    3. Le cabinet médical du 67 rue Rome

    La première rencontre de Moulin avec le chef résistant Henri Frenay se fait à la mi-juillet 1941 par l’intermédiaire du pasteur américain Howard Brooks. Elle a lieu au deuxième étage du 67 rue de Rome, au cabinet médical des docteurs Maurice et Marcel Recordier. Elle pose les bases du rapprochement avec le premier Mouvement de Libération Nationale / Combat, créé à l’été 1940 par Frenay avec Berty Albrecht (1893-1943).

    4. La cuisine du 103 rue Kléber

    C’est deux ou trois jours après son parachutage du 2 janvier 1942 que Jean Moulin revoit Henri Frenay, son principal contact en zone sud. Rex circule désormais avec des lunettes fumées et une fausse moustache. La rencontre se fait 103, rue Kléber, 2e, chez Agnès Bidault, la sœur du journaliste résistant Georges Bidault, un des dirigeants du groupe Combat. Dans la cuisine, Rex extrait d’une boîte d’allumette l’ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qui l’investit pour unifier les forces clandestines et qu’Henri Frenay raconte avoir lu avec une loupe. Moulin lui remet 250 000 francs pour aider les mouvements résistants avec des consignes organisationnelles strictes.

    5. 32, rue Saint-Ferréol

    Le 12 janvier 1942, une réunion de travail se tient au 32, rue Saint-Ferréol chez mademoiselle Grisé, une inspectrice du travail qui est une amie de Berty Albrecht. Il y a Jean Moulin, son officier radio Hervé Montjaret, Henri Frenay, Henri Aubry et Maurice Chevance-Bertin.

    6. La villa de Gratte-Semelle

    La famille de Jérôme Monod, professeur au lycée Thiers, habitait une villa au milieu des pins sur les Hauts de Périer qui possède une longue galerie souterraine. L’entrée donnait boulevard Estrangin. Elle avait été mise à leur disposition par leur oncle, Gustave Monod, inspecteur de l’enseignement révoqué par Vichy pour avoir protesté contre les lois antisémites. Selon son épouse, Jean Moulin et plusieurs dirigeants de Combat sont passés dans la villa au printemps 1942 pour une réunion du mouvement.

  • [Entretien] « Aureille est replacée dans l’épopée de Jean Moulin »

    [Entretien] « Aureille est replacée dans l’épopée de Jean Moulin »

    La Marseillaise : comment êtes-vous parvenu à resituer le lieu où Jean Moulin avait atterri en janvier 1942 ?

    Benoit Senne : Dans mes recherches sur les parachutages en Provence, de matériel pour la résistance et d’agents depuis l’Angleterre et l’Algérie, je trouvais incroyable qu’on n’ait pas trouvé où Jean Moulin et ses deux compagnons Raymond Fassin et Hervé Monjaret avaient atterri le 2 janvier 1942. On parlait « des marais entre Mouriès et Fontvieille ». L’historien Jean-Marie Guillon avait trouvé un rapport des gendarmes d’Eyguières daté du 28 janvier 1942 qui signalait la découverte la veille à 16h d’un parachute complet et d’un casque cachés dans les roseaux d’un marais du quartier des Filioles à Aureille. Le PV évoque une première découverte : « Ces objets paraissent avoir séjourné assez longtemps dans l’eau. Ayant été trouvés à quelques centaines de mètres seulement du parachute découvert le 5 janvier par des chasseurs de Châteaurenard (…), tout fait présumer qu’ils ont été abandonnés en même temps ». Avec l’ancien maire Marcel Guillaumier, on s’est dit que c’était tout à fait incroyable et qu’il fallait vraiment que l’on reconstitue cette histoire qui replace Aureille dans l’épopée de Jean Moulin.

    Vous avancez comment dans
    ces recherches ?

    B.S. : En 2022, je vais aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône et je consulte tous les rapports de gendarmerie de 1942. Et le 2 septembre 2022, je tombe sur le rapport du 6 janvier 1942 du commissaire de l’aéroport de Marignane qui parle spécifiquement de la découverte le 5 janvier vers 10h « d’un parachute en soie verte soigneusement enroulé qui paraît avoir été abandonné depuis quelques jours ». Ce qui est décisif, c’est la présence dans une poche du parachute d’une feuille sur laquelle est écrit « MAINMAST ». C’est ce bout de papier qui relie directement ce parachute à la mission Rex car les documents préparatoires des Anglais sur le parachutage identifient « MAINMAST » comme le nom de code d’Hervé Monjaret, l’officier radio de Jean Moulin. On a donc suffisamment d’éléments qui prouvent que la mission clandestine en France de Jean Moulin a commencé à Aureille au quartier « Les Filioles ».

    Hervé Monjaret, seul survivant de la mission Rex, avait relaté
    son saut
     ?

    B.S. : Oui, mais il n’évoquait pas précisément l’endroit. Il avait dit qu’il était retourné en bicyclette début février 1942 récupérer la radio qu’il avait enterrée. Il a dû la réparer pour l’utiliser dans le grenier du presbytère de l’abbé Miral à Caderousse et envoyer à Londres seulement le 7 mars les premiers messages de Jean Moulin. J’ai ensuite poursuivi les recherches sur ce qu’étaient devenus les parachutes récupérés dont celui de la valise radio. C’est passionnant.

    À la fin, l’énorme satisfaction, c’est d’avoir inauguré en mai 2024 une stèle devant le cimetière d’Aureille et le 1er janvier 2025 la borne du kilomètre 0 dans le quartier des Filioles. Maintenant la trace de Jean Moulin sur la commune d’Aureille est marquée à jamais.