Tag: Opéra

  • Don Giovanni au pied de la lettre

    Don Giovanni au pied de la lettre

    L’ouverture de saison de l’Opéra de Marseille est d’emblée une réussite. Le Don Giovanni imaginé par Agnès Jaoui a de quoi surprendre par son classicisme assumé. Fosse et plateau contribuent à un succès amplement mérité. La direction musicale de Lawrence Foster est exemplaire de clarté et de concision. Il traduit avec allant le caractère « giocoso » joyeux de la partition. Dès l’ouverture, on est dans un rythme soutenu qui ne faiblira pas. Le maître révèle de beaux moments d’orchestre en détachant les violoncelles avec grâce ou dessinant avec les bois de jolies arabesques dans le trio des masques. Toute l’admirable architecture mozartienne est finement ciselée dans un élan qu’on peut qualifier de juvénile.

    Le plateau a tout pour séduire. Salome Jicia est une Donna Anna de haute noblesse. Le timbre est grave mais agile dans la vocalise. Margaux Poguet chante une Donna Elvira tout en ambiguïté sentimentale, écartelée entre haine et amour. Son jeu la porte vers des noirceurs romantiques. Floriane Hasler est une Zerlina piquante, plus femme de tête que soubrette évaporée. Il faut un Don Giovanni aristocrate et déluré. Dario Solari a le charme vénéneux mais irrésistible du personnage qu’il croque avec gourmandise. Aucune faiblesse, dans la ligne de chant, l’air du champagne est lancé avec toute l’autorité du seigneur sûr de son droit. Marc Barrard est la part comique qui est le sel de ce chef-d’œuvre. Le baryton est à la fois un chanteur d’exception et un comédien à la vis comica réjouissante. L’air du catalogue est un grand moment. Son Leporello est attachant dans son humanité plébéienne. Grâce à Cyrille Dubois, Don Ottavio n’est plus l’amant frustré, pâle copie d’un Don Juan que Donna Anna ne peut oublier. Par son ténor clair, purement mozartien et un jeu très dense, il rend au personnage une virilité et un relief qu’on ne lui soupçonnait plus. La preuve en l’air « Il mio tesoro intanto » longuement ovationné. Le Masetto de Louis Morvan impressionne par l’ampleur du timbre et la beauté de ses graves. Il avait été remarqué in loco dans Ermione, et surtout dans son formidable Fafner du Rheingold de la saison passée.

    Là où beaucoup cherchent dans Don Giovanni des intentions, des sous-textes, des (re)lectures, Agnès Jaoui voit des personnages et des situations. Elle accorde une simple et entière confiance dans le livret de Da Ponte et de ce que la seule musique de Mozart sait exprimer. Don Giovanni retrouve son Espagne natale dans une atmosphère en clair-obscur.

    Romantisme noir

    L’imposant décor gothique signé Éric Ruf et les costumes de Pierre-Jean Larroque plongent le spectateur dans une historicité très premier degré qui a, de fait, quelque chose de rafraîchissant. Les vidéos de Pierre Martin Oriol éclairent l’espace d’une lune dans un ciel étoilé très esthétique. Le dramma-giocoso est pleinement assumé par une mise en scène simple et efficace. Don Juan est un jouisseur narcissique, enivré de sa propre liberté, rien de plus, rien de moins, rien d’autre. D’aucuns pourraient trouver ça un peu court, un peu trop « littéral ». On peut aussi s’en satisfaire pour le simple et pur plaisir de se faire conter une histoire. D’autant plus qu’en femme de théâtre Agnès Jaoui sait conduire ses chanteurs-comédiens. Pas un seul instant on ne perd de vue le propos. En somme, elle ne fait pas semblant de jouer à Don Giovanni, elle s’empare du texte sans le dénaturer tout en le portant vers ce romantisme noir qui a tant fasciné un Hoffmann en son temps. Le pied de la lettre a parfois du bon.

  • [Grand entretien] Agnès Jaoui : « Don Giovanni me fait penser à Trump »

    [Grand entretien] Agnès Jaoui : « Don Giovanni me fait penser à Trump »

    La Marseillaise : Vous vous êtes déjà frottée à la mise en scène d’opéras comme « Tosca » ou « L’uomo femina » ces dernières années. Mais comment faire face à un monument tel que
    «
     Don Giovanni » ?

    Agnès Jaoui : D’abord avec une joie immense. Ensuite, j’ai repris la partition et le texte en essayant de chercher vraiment qui était ce personnage, quels étaient les rapports psychologiques entre les uns et les autres. Puis, la personnalité des chanteurs avec qui j’ai eu à faire. Et pour être tout à fait honnête, la scène du Commandeur et la façon de la traiter m’a occupé l’esprit dès le début.

    Don Giovanni est un harceleur,
    un violeur qui profite de son pouvoir pour commettre ses méfaits. Vous est-il apparu logique dès le début de le mettre en résonance avec le mouvement #MeToo
     ?

    A.J. : Il y a juste une image qui peut faire penser à cela et qui vient de Lastesis, mouvement de femmes, les yeux bandés, qui font des chorégraphies dans la rue [collectif féministe né en 2019 au Chili, ndlr]. Mais sinon, j’ai situé le texte dans une Espagne d’époque religieuse et corsetée. Après, Don Giovanni est un texte sur un prédateur, dans le sens premier du terme, qui abuse de son pouvoir, qui est affreux avec les femmes et tout le monde. Sa force, c’est la puissance de son désir. Il me fait penser à des personnages comme Trump ou Musk, des gens que rien n’arrête, qui se sentent au-dessus des lois. Don Giovanni passe d’une proie à l’autre comme un drogué.

    « Don Giovanni » offre plusieurs niveaux de lecture. S’il est un prédateur, le héros, inspiré du mythe de Don Juan, cherche à bousculer un ordre établi. Quels échos décelez-vous dans l’époque actuelle ?

    A.J. : Je trouve que dans le Dom Juan de Molière, il y a toute une dimension humaine et philosophique autour du pouvoir religieux. Moins dans le Don Giovanni de Da Ponte [poète qui a écrit le livret pour l’opéra de Mozart]. Selon moi, il cherche les limites en permanence jusqu’au fait d’affronter la religion, le commandeur, la loi.

    Don Giovanni est
    un libertin. Estimez-vous que la pensée libertaire peut être une boussole dans notre époque qui voit l’affirmation des gourous, religieux ou politiques
     ?

    A.J. : Contrairement au Dom Juan de Molière, l’aspect libertin de Don Giovanni ne m’apparaît pas beaucoup dans l’œuvre de Mozart et Da Ponte. Je vois moins un libertin qu’un drogué. Même s’il est infatigable, je ne le trouve pas du tout jouisseur. C’est une sorte de boulimique.

    Comme un drogué, trouvez-vous qu’il est victime de son désir ?

    A.J. : D’une certaine façon. Quand vous avez tout le pouvoir et aucune limite, c’est catastrophique. Après, j’ai du mal à dire victime car c’est un harceleur. Et je me méfie de ce mot dans tous les sens du terme.

    « Que vaut sa parole à l’aune
    de MeToo
     ? », présente l’Opéra
    de Marseille sur son programme…

    A.J. : Ce qui est intéressant, c’est aussi le fait qu’Otavio par exemple, l’amoureux de Donna Anna, ne veut pas croire qu’un gentleman, qu’un homme puisse faire ça. Tout résonne.

    « Don Giovanni » est aussi une œuvre tragicomique par excellence.

    De quelle manière vous êtes-vous emparé de ce caractère ?

    A.J. : C’est en effet un dramma giocoso [un drame joyeux]. Au début, je me suis demandé ce qui était drôle dans l’histoire de ce prédateur. Et au fur et à mesure, j’ai trouvé. C’est aussi dû au génie de Mozart car la musique joue un grand rôle, tout comme les contradictions des uns et des autres. Encore une fois, Don Giovanni n’a pas peur et les autres, oui. J’en reviens à l’exemple de Trump. Ce qui est frappant avec les dictateurs, c’est de voir que le peuple se met à en avoir peur ou bien est fasciné. Ce qui est drôle passe souvent par des personnages comme Leporello [le valet de Don Giovanni] ou Elvira dont l’aveuglement suscite à la fois le pathétique et le rire. L’interprète de Leporello, Marc Barrard, est génial. Ce sont des chanteurs mais aussi des acteurs.

    La distribution est éloquente, tout comme les décors, signés Éric Ruf.
    Sur scène, vous faites la métaphore d’un dédale. De quoi est-il l’image
     ?

    A.J. : J’ai eu assez vite cette image des escaliers d’Escher qui donnent la sensation d’être enfermé, des quartiers gothiques de Barcelone, cette Espagne de l’Inquisition où tout est cloisonné. Tout cela, pendant la course folle de Don Giovanni. J’ai donc imaginé une espèce de mur qui enserre et qui se dérobe pour faire sentir que Don Giovanni est le seul qui est tout le temps en mouvement et n’est pas épuisé.

    On vous a également vu cette année réaliser le film « L’objet du délit », comédie de troupe elle aussi inspirée de figures de prédateurs et victimes, qui plonge les spectateurs dans
    «
     Les noces de Figaro ».

    Des thèmes qui ne vous habitent visiblement pas qu’à moitié…

    A.J. : Oui car c’est un peu le sujet du moment. Et même de tous les moments. Même si c’est parfois désespérant, il est intéressant de voir qu’avec des mouvements féministes comme MeToo, qui est fondamental, on a l’impression qu’on avance, et on avance bien, mais que nos acquis, comme ceux des minorités en général, ne sont jamais sûrs. Il suffit d’une crise. On voit bien ce qu’il se passe aux États-Unis où le droit à l’avortement, qui paraît inattaquable, ne l’est plus. En même temps, quelle est la différence entre un conte qui se dit « j’ai le droit de coucher avec la servante » et un chef d’entreprise qui ne voit pas de problème à coucher avec sa toute jeune stagiaire ? On a avancé, mais est-ce qu’on a vraiment avancé ?

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • [La Marseillaise Breaking Cup] Nuria, Doudou et Kaybeatz couronnés

    [La Marseillaise Breaking Cup] Nuria, Doudou et Kaybeatz couronnés

    Qui dit battle, dit forcément vainqueur. Et dans chacune des catégories au programme de la Marseillaise Breaking Cup – popping, breaking et hip-hop -, il ne pouvait, à l’issue des affrontements, en rester qu’un. Ou plutôt qu’une. Ce fut le cas de B-girl Nuria, originaire de Barcelone, qui s’est imposée dans le tableau dédié au popping, une danse urbaine fondée sur la contraction des muscles en rythme.

    « C’était incroyable, j’aime toujours les “vibes” qu’il y a dans cette ville », confie la membre du célèbre crew espagnol Boogie Tunes. Déjà venue à Marseille pour participer à d’autres compétitions, Nuria y a retrouvé « toutes les sensations et les énergies présentes dans cette communauté du popping ». Une discipline exigeante, dans laquelle il faut savoir conjuguer « la technique et le sentiment ». « Il y avait beaucoup de danseurs de qualité aujourd’hui », souligne B-girl Nuria, également impressionnée par le décor « magique » de l’Opéra de Marseille. Sur scène, elle avait l’impression d’être « tellement haute par rapport au public » lorsqu’elle exprimait son art. « C’était vraiment une atmosphère unique, avec un public très attaché aux participants. C’est rare d’avoir autant de soutien de la part de spectateurs non-initiés. Ça apporte de la crédibilité à ce que l’on fait », estime la Catalane.

    Doudou a mouillé

    le maillot

    Après la finale du popping, le jury de la catégorie breaking a sacré B-boy Doudou, l’un des artistes les plus attendus de cette cinquième édition de la Marseillaise Breaking Cup. À 36 ans, le danseur bordelais fait figure de référence dans la discipline. Il a notamment intégré la Team France Breaking en 2024, à l’occasion des Jeux olympiques de Paris, où le breaking avait fait son entrée au programme comme sport additionnel. « Il y avait une bonne énergie », lance Amadou, qui ne s’attendait pourtant pas « à passer les tours les uns après les autres ». Il faut dire que le Girondin avait participé, la veille, à une autre compétition à Paris et n’avait que très peu récupéré entre les deux événements. « C’est une très bonne surprise. Je suis venu avec cet état d’esprit : il faut que je me rattrape de ce que j’ai fait hier. Et au final, ça a bien fonctionné », sourit le membre des groupes Animaniaxx et Immigrandz. Pour lui, la différence se fait notamment sur « la recherche de mouvements » et « l’originalité ». Deux critères sur lesquels les jurés – Babyson, Lil Kev et le Brésilien Sakura – n’ont rien laissé passer.

    Kaybeatz rayonne

    devant ses proches

    Sur la scène de l’Opéra, le dernier acte de ce grand spectacle a couronné B-boy Kaybeatz. Originaire de Nantes, le danseur spécialisé dans le hip-hop vit depuis plusieurs années dans la cité phocéenne. « Gagner à domicile, c’est toujours quelque chose de plus fort. Je ne sais pas si c’est plus facile, mais en tout cas, c’est plus fort », glisse Steve, invité de marque par le directeur artistique Mofak. Après un premier tour compliqué, durant lequel il a dû s’adapter aux projecteurs et à l’éloignement du public, bien différent de la proximité d’un cypher, Kaybeatz a rapidement retrouvé ses repères. Sous les yeux de ses proches, avec la pression de ne pas les décevoir, il a fait la différence par son authenticité. « Ça fait peut-être un peu cliché, mais je pense qu’il faut être 100 % soi-même quand on danse », affirme l’artiste qui s’est mis le public marseillais dans la poche.

  • [La Marseillaise Breaking Cup] Un final historique pourles danses urbaines à l’opéra

    [La Marseillaise Breaking Cup] Un final historique pourles danses urbaines à l’opéra

    Gravures, hauts plafonds et marbre contre pantalons larges, musiques rythmées et casquettes à l’envers. Deux mondes aux antipodes se découvraient, ce dimanche après-midi, à l’occasion de la 5e saison de La Marseillaise Breaking Cup. Le hip-hop faisait sa première entrée à l’opéra, avec une compétition de breakdance sur la scène principale de ce prestigieux lieu du centre-ville de Marseille.

    Les principaux concernés par cette venue exceptionnelle et inédite, c’étaient les danseurs eux-mêmes. Sorti des qualifications, comme bon nombre de ses camarades, Izzy était impatient de monter sur les planches. Habillé de la tête aux pieds par la marque aux trois bandes, le jeune homme se disait « excité et très content. J’aime beaucoup l’opéra, c’est très beau et c’est très différent des endroits dans lesquels on a l’habitude de danser ».

    En effet, leur terrain de jeu d’une journée est majestueux. Des hautes colonnes, du marbre partout, des balcons offrant une vue panoramique, jamais le hip-hop n’était entré dans une dimension pareille. Pour animer et faire vivre l’après-midi, les MCs Kmeleon, lunettes pailletées sur le nez, et Tony Badman, veste vert kaki et barbe bien taillée, ont pris le micro. L’ambiance était posée, la salle s’était remplie à vue d’œil, il n’y avait plus qu’à démarrer les phases finales.

    Salle comble et danseurs ravis de la compétition

    Les jurés, tous avec une haute renommée dans leur discipline, sont aussi entrés en scène avec une démonstration chacun. Les huitièmes de finalistes zyeutaient au bout de la coulisse pour observer les cadors de leur discipline. Le programme était forcément important avec ces nombreuses battles, mais les deux MCs, en plus d’instaurer un environnement jovial, enchaînaient rapidement pour assurer une après-midi dynamique.

    Le planning se déroulait progressivement et les danseurs étaient peu à peu éliminés. Certains sont allés prendre l’air, pour s’évader de cette salle chauffée, dans les deux sens du terme. Aline, elle, s’est hissée dans le dernier carré. Avant son dernier passage, elle se disait « focus, je me concentre sur moi et sur la musique ». Polo blanc, pantalon ample et chapeau couleur ambre, la jeune femme adepte du popping racontait que « les styles vestimentaires pouvaient être spécifiques par discipline, mais maintenant tout le monde s’habille librement et a son propre style ». Lemzo était justement l’invité de la catégorie popping. Le Lillois a bien profité de l’événement. « C’est l’occasion de revoir beaucoup de connaissances, car on se connaît un peu tous. J’avais déjà dansé à l’opéra de Lille, c’est cool de voir que ça se répète dans d’autres villes. » Danseur depuis 2004, l’homme est un ami de Mofak et salue l’initiative. Il poursuit : « Ça permet de se découvrir mutuellement et c’est bien de pouvoir dire aux gens, “venez nous voir !“ » Leila fut la première danseuse à monter sur scène, dimanche après-midi. Elle s’est dite « reconnaissante » d’avoir pu vivre ça, alors qu’elle entrait à l’opéra pour la première fois. « C’était compliqué d’entrer dans le bain, car c’est un lieu magnifique. Le ressenti était étrange et la configuration a pu être difficile pour nous. Peut-être qu’il aurait fallu plus d’enceintes sur scène pour qu’on entende mieux la musique. » La prestation de Naestro, prodige du chant lyrique, a fait le trait d’union entre les deux univers, l’opéra et les danses urbaines. Rappelant que le bel canto est lui aussi profondément populaire.

    Sonya, « queen » du popping, faisait partie du jury. Venue de Seine-Saint-Denis, elle a apprécié les performances des uns et des autres, mettant en avant « la technique et la prise d’espace » des danseurs. Directeur artistique durant toute la Breaking Cup, Mofak a lui aussi apprécié de voir autant de monde à l’opéra. « Je suis content, il y a eu du monde dès le début, on a eu que des bons retours. »

    Il fut l’un des soutiens de l’événement, Jean-Marc Coppola, maire des 15/16, a eu cette phrase : « Nous cherchions une maison pour le hip-hop, je crois que nous l’avons trouvée ». En début de soirée, les danseurs ont quitté les lieux. La prochaine venue sera celle, début octobre, de Don Giovanni, l’opéra de Mozart. Aurait-il aimé le breaking ?

  • Julien Vinh sera en marssur la scène de l’Opéra de Marseille

    Julien Vinh sera en marssur la scène de l’Opéra de Marseille

    Un an après son show à guichets fermés au Cepac Silo, c’est sur la scène de l’Opéra que Julien Vinh, humoriste marseillais, revient le 13 mars. Un show hautement symbolique pour le monde du stand-up tant ses apparitions sont rares sur la prestigieuse scène du grand théâtre, mais aussi pour le jeune artiste, qui croise l’imposant bâtiment quotidiennement depuis l’enfance. « Je crois que je réalise pas vraiment pour l’instant. Ça va être impressionnant, je pense. C’est un endroit qu’en tant que Marseillais, on connaît très bien, mais sans vraiment connaître. Je passe devant tous les jours, sans voir ce qu’il se passe à l’intérieur », reconnaît-il. Et c’est avec une manifestation, armé avec ses équipes de pancartes revendicatrices – « Tié où depuis le Silo ? », « Ça y est tu vas à Paris tu nous oublies ! »- que la nouvelle a été divulguée, mardi, à sa communauté. « Après le Silo, je voulais pas revenir avec une sale plus petite. Je voulais un truc stylé, retrace-t-il. Ça a pris beaucoup de temps de négocier avec la Mairie, parce que c’est pas une salle de spectacle classique, c’est l’Opéra municipal. Maintenant, je suis content de pouvoir dire : on fait l’Opéra ! ». Julien Vinh interprétera donc son spectacle Couronne, qu’il « joue depuis des années » , mais qui « évolue sans cesse ». « J’raconte un peu ma vie, (…) ma réorientation. C’est le message que je veux faire passer : qu’on peut changer de vie, qu’il faut faire confiance à sa vie », conclut-il.

  • [C’est l’été] À Marseille, les jeudis, tango nocturne place de l’Opéra

    [C’est l’été] À Marseille, les jeudis, tango nocturne place de l’Opéra

    À Marseille la référence majeure, c’est depuis le début des années 1990 la place de l’Opéra. Pionnière pour sa création en novembre 1989, l’association les Trottoirs de Marseille actuellement présidée par Michel Raous avait obtenu l’autorisation de la mairie pour investir cet espace. Installer la sono, des tables conviviales pour les pauses et les rafraîchissements est une évidence de l’été : excepté pendant la Covid, cette tradition s’est rarement interrompue.

    Pour les balades urbaines, une danse idéale.

    Jeudi 13 août, 80 ou 100 danseurs, les couples se succédaient. Olga Chalica, DJ venue d’Alicante, accompagnait les séquences. Cinq ou six couples « meilleurs » que d’autres donnaient le ton de la soirée. Les danseurs pensent avec leur corps et ne savent pas exactement de quoi ils sont capables. Leur ressenti, ce peut être un sentiment brusquement intense, un mystérieux mixte d’intimité, de technique et de musicalité. Chacun connaît sa grammaire personnelle tout en restant à l’écoute des intuitions et des mouvements d’autrui. Talons hauts et jupes fendues ne sont pas fréquents. Point de machisme abusif, la domination masculine et le consentement féminin s’estompent. Presque aussi souvent que les hommes, les femmes font les premiers pas pour changer de partenaire. Dans de nombreuses configurations, le guide du couple est à présent une femme. Des couples queer, hommes et femmes viennent volontiers danser. Dans un récent article, le sociologue marseillais Christophe Apprill a raconté cette évolution.

    Chez tout danseur de tango on peut approcher une partie de son histoire. Chercheur au CNRS, Michel Raous affectionne dans les textes de tango une exagération proche du meilleur humour. Lily estime que sans tango, sa vie n’aurait pas la même saveur. Par ailleurs requise par la photographie, Estelle Doehr a voulu approfondir les amitiés et les rencontres que lui procura cette danse en animant avec d’autres, entre 2005 et 2011, l’association Rue du Tango. Elle a produit des milongas en compagnie de la géographe Élisabeth Dorier qui a inventé pour les danseurs des itinéraires pas du tout conventionnels, du côté du Racati, de Saint-Barnabé ou bien de Gèze.

  • [Insolite] Une mystérieuse campagne présidentielle pour Cantona

    [Insolite] Une mystérieuse campagne présidentielle pour Cantona

    Représenté sur deux 33 tours en nuances de bleu affublé d’une couronne ou d’une plus républicaine écharpe tricolore, l’ex-joueur de foot auteur du célèbre kung-fu kick semble avoir des fans capables de l’imaginer à l’Élysée. « 2027 votez Cantona » exhorte un troisième disque.

    Mais le phénomène ne semble pas uniquement phocéen. Il y a une vingtaine de jours, nos confrères de l’Est républicain ont signalé l’apparition de trois vinyles identiques sur la façade de l’opéra de Nancy.

  • [C’est l’été] Un soir au parc à L’Isle-sur-la-Sorgue

    [C’est l’été] Un soir au parc à L’Isle-sur-la-Sorgue

    Des rendez-vous riches en émotions, surprises et découvertes, dans le cadre verdoyant du parc Gautier. Ce jeudi, vivez l’opéra en différé du festival d’Aix-en-Provence, « La flûte enchantée » de Wolfgang Amadeus Mozart.

    À partir de 20h.

    Gratuit.

  • Au Festival d’Aix, toujours plus d’engouement pour l’opéra

    Au Festival d’Aix, toujours plus d’engouement pour l’opéra

    La 78e édition du prestigieux Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence vient de s’achever. Conçue par Pierre Audi, disparu l’an dernier, elle a été menée à son terme par son successeur, le metteur en scène américain Ted Huffman. Ponctuée de représentations exigeantes, d’actions à vocation solidaire et de visites officielles, dont celle de la ministre de la Culture, Catherine Pégard, cette édition s’est déroulée du 2 au 21 juillet (lire en page 18). Le Festival dresse son bilan.

    Sur plus de deux semaines, près de 64 000 spectateurs ont participé aux différentes propositions du Festival, dont plus de 38 000 pour les opéras et concerts programmés en juillet. Les événements gratuits organisés autour de la manifestation, qui fait de la démocratisation de l’opéra une priorité, ont quant à eux attiré 26 000 personnes.

    Dans cette même volonté d’ouverture au plus grand nombre, plus d’un tiers des billets ont été vendus à moins de 60 euros, tandis que 3 136 places ont été achetées par des spectateurs de moins de 30 ans. Le dispositif de découverte Opéra ON, destiné à ce public, a notamment permis à 697 jeunes d’assister à des représentations à tarif préférentiel. Les organisateurs soulignent un taux de remplissage des opéras de 97 %, en hausse de quatre points par rapport à 2025, tandis que la fréquentation globale du Festival s’établit à 92 %.

    Les échanges avec le public ont également rythmé cette édition, avec 27 Préludes, 17 Midis du Festival et 14 projections gratuites d’opéras organisées dans onze communes de la région. Au total, le Festival compte « près de 4 500 participantes et participants aux actions de sensibilisation à l’opéra, invités à 21 répétitions et spectacles, ou à 17 rencontres en musiques et récitals pédagogiques sur le territoire ».

    Côté rayonnement international, ce sont au total « 47 artistes de 16 nationalités accueillis dans le cadre des activités de l’Académie », indiquent les équipes. À noter que 223 journalistes étaient accrédités pour couvrir l’événement, dont 119 issus de médias internationaux. La 79e édition est d’ores et déjà programmée du 1er au 20 juillet 2027.

  • L’Art du chant français au festival d’Aix

    L’Art du chant français au festival d’Aix

    Daniele Rustioni à la tête de l’Orchestre de Lyon, instrument idéal, a le geste ample et expressif. Il dirige, danse presque, de tout son corps animé d’une passion communicative. Très attentif au chanteur, souvent tourné vers eux, il enveloppe la musique et fait sourdre toutes les plus fines nuances et en fait jaillir la violence éruptive. Ajoutez-y un chœur inspiré et parfaitement en place et ce Verdi-là est servi à la perfection.

    L’Hélène de Karine Deshayes est une prise de rôle. Elle joue à merveille de son colorature étincelant (le célèbre boléro) et d’une projection de voix généreuse dans les moments plus dramatiques. Elle se permet des pianissimi de toute beauté et des accents plus sombres pour un rôle qui annonce déjà une Elisabeth de Valois de Don Carlo. John Osborn, était le Duc dans Rigoletto à Marseille le mois dernier. Il offre un ténor lumineux, sans brutalité à Henri, l’amant déchiré entre sa foi amoureuse, sa patrie et son amour filial. Parfait pendant du Guy de Montfort magnifié par Insik Choi, longuement applaudi. Le baryton à la diction française exemplaire jouit d’un timbre clair et ouvert qu’on peut qualifier d’évident tant il semble ne jamais passer en force, refusant toujours le spectaculaire au profit des enjeux dramatiques. Il lance avec son « mon fils ! » toute l’humanité profonde de ce personnage de méchant traditionnel (je suis ton père !)

    L’autre baryton, Michele Pertusi, est Jean Procida, au fanatisme monolithique. Mais que ce vieux routier sait le rendre passionnant. Samy Camps, que le public marseillais avait applaudi dans un Loge de L’Or du Rhin dirigé par un autre grand chef italien Michele Spotti, fait un Danieli de haute tenue. Loin d’être de simples comparses, Niamh O’Sullivan (Ninetta), Ugo Rabec (Le sire de Béthune), Thomas Dear (Vaudemont), Ronan Caillet, Jusung Park et Grégoire Mour consolident de leur talent ce plateau idéal.