Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

Dans cette époque de conflits, où les libertés sont remises en cause et le dialogue devient difficile, des moments de rencontres comme le Festival de Marseille sont indispensables », introduit Julie Chénot, présidente de son conseil d’administration, à l’heure de dévoiler la programmation de sa 31e édition. Le rendez-vous se déploie du 14 juin au 8 juillet sur « 14 sites de la ville, du plus au Sud avec le Théâtre des Calanques jusqu’au Nord avec le Théâtre de la Sucrière ».

Fort « d’un taux de remplissage qui a approché les 100% » en 2025, notamment à travers ses actions de médiation et d’un tarif unique à 10 euros, le Festival de Marseille remet le couvert avec une soixantaine d’événements. Et ce, dans le cadre d’une « programmation principalement internationale », situe sa directrice, Marie Didier, dont un certain nombre de projets qui jettent des « ponts entre les cultures », comme pourra en attester Urban Gnawa project. Imaginée par le chorégraphe Khalid Benghrib et réunissant « 250 participants amateurs » à la Friche Belle de Mai, campe Julie Moreira-Miguel, responsable des relations avec les publics, une « fête électro-populaire » d’ouverture qui donnera le la d’un festival fertile en mélanges de disciplines et d’influences.

Dans Border Dance, Taoufiq Izeddiou se jouera des « frontières entre les cultures flamenco, gnawa et danses contemporaines » au Théâtre Joliette. Klap, Maison pour la danse, accueillera quant à elle Fandango reloaded. Créée par la Valencienne Inka Romani, une plongée dans cette danse « qui a failli disparaître pendant la période franquiste et dont elle dit qu’elle a résisté à la censure et au fascisme car elle était cachée dans le corps de nos grands-mères », détaille Marie Didier. La Friche Belle de Mai sera aussi le théâtre de Nouba-ti, performance décloisonnant les disciplines et imaginée par dix artistes femmes du bassin méditerranéen, qui s’inscrivent « dans le sillage » du film La Nouba des femmes du mont Chenoua, réalisé par Assia Djebar en 1979. « Nous nous interrogeons sur la façon de faire de l’art dans un monde où la cruauté est partout, afin de construire d’autres imaginaires », explique l’une de ses trois conceptrices, la Palestinienne Samaa Wakim.

« Affirmations »

Si le 31e Festival de Marseille joue à fond la carte de l’art briseur de frontières, il n’en demeure pas moins lieu des échos de sociétés qui naviguent entre « soumission et soulèvements », plante Julie Moreira-Miguel. Illustration suprême avec Fucking future, de Marco da Silva Ferreira, qui, au son « des tambours et de la techno », déglingue « les codes de la virilité, de la violence, de la soif de pouvoir et de l’oppression ».

De rébellion, il sera aussi question à la Cité radieuse du Corbusier, à l’Alcazar et au Mucem, avec un « temps fort autour du mahraganat, mouvement culturel apparu dans les rues du Caire dans les années 2000 » et qui se veut l’expression « d’une attitude contestataire vis-à-vis du pouvoir et de la religion ». De « l’intime au politique », autant de révoltes qui appellent aussi parfois à « l’affirmation de soi quand on ne se situe pas dans la norme », précise la directrice du Festival de Marseille. Preuve en sera notamment avec XXL de Sofiane Chalal qui convoque avec trois autres danseurs les préjugés liés à leur surpoids pour les transformer en puissance créatrice, Parc d’Eric Minh Cuong Castaing « qui réunit dans un même espace de jeu public, danseurs et enfants atteints de troubles moteurs, soignants et robots commandés à distance », ou encore Version(s) de Dorothée Munyaneza, « hommage au boxeur marseillais Christian Nka, marqué par la lutte et la violence avec et contre laquelle il s’est construit ».

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