Tag: Danse

  • 250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    250 danseurs entrent dans la transe au Festival de Marseille

    « Les gens ne la connaissent pas très bien, si ce n’est sa musique. Mais c’est l’une des démarches de mixité des cultures et du savoir musical les plus intéressantes et, en même temps, un savoir animiste à caractère spirituel », rappelle avec enthousiasme Khalid Benghrib à propos de la culture Gnawa. Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis désormais sept ans, un bagage très répandu au Maroc, mais pas seulement, que ce chorégraphe met en branle en invitant 250 danseurs marseillais dans Urban Gnawa Project, spectacle qui prend ses quartiers dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai dans le cadre de l’ouverture du Festival de Marseille.

    À ces fins, cet artiste n’a procédé à « aucune sélection. C’était le challenge. J’étais juste intéressé par des gens qui se retrouvent et s’accordent un temps pour partager quelque chose qui ne se dit pas, qui ne se guide pas », résume ce Casablancais arrivé en France il y a 40 ans et qui a « grandi avec les rites et rituels gnawas que [sa] grand-mère pratiquait » lorsqu’il était enfant.

    « Décharge organique »

    et « résistance absolue »

    « Cela m’a fait voir ce mélange de personnes qui se retrouvent pour vivre un cérémonial où la doctrine religieuse n’est pas la plus importante. C’est cet aspect qui m’a séduit », explique Khalid Benghrib, tout en évoquant cette culture dont le point d’orgue coïncide avec un état de transe. « C’est un espace dans lequel on se retrouve pour qu’il y ait une décharge organique qui permette un apaisement social », décrit-il encore. Un lâcher-prise, voir une délivrance qui s’exprimera en extérieur, sur le Champ de Mai de la Friche.

    Outre sa dimension culturelle et spirituelle, la culture gnawa est aussi « politique car elle exclut tout dogmatisme. Et donc, à partir du moment où il n’y a pas d’emprise sur la matière, la matière devient politique. C’est une forme de résistance absolue ». Un champ des possibles et de liberté dans lequel n’officie « aucun leader. Toutes les portes sont ouvertes et quiconque a envie de transer entre dans notre espace ». Rétif à tout ordre, une culture finalement très égalitaire. « Chacun se décharge à son rythme, selon ses envies et en fonction de ce qu’il ressent. Il n’y a pas de conduit endoctriné », développe le chorégraphe qui a confié la partition musicale à Maâlem Khalid Sansi et son ensemble, la partie électronique étant, elle, dévolue à Max Frimout. « Mon désir est d’inscrire le gnawa dans mon temps : c’est-à-dire en créant un espace de mixité. Mélanger les composantes de la musique traditionnelle avec l’électro allait donc de soi, comme le flux de l’eau », image Khalid Benghrib. Selon lui, son dialogue musical « n’est pas un dialogue de tradition mais de transition ».

    « Urban Gnawa Project » le dimanche 14 juin à la Friche Belle de Mai à 19h. Entrée libre

  • Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Fort d’une année record, le Théâtre des Salins dévoile sa nouvelle saison

    Nouvelle saison, nouvelle programmation, mais toujours la même exigence. Alors que le Théâtre des Salins, qui fait partie des 78 établissements labellisés « scène nationale », ferme ses portes pendant l’été, sa secrétaire générale, Joanna Boutté, se réjouit des résultats de l’année écoulée, avec près de « 90% de remplissage sur l’ensemble des spectacles ».

    Son équipe présente désormais la saison à venir. Dans le marasme ambiant, entre la précarisation des intermittents du spectacle, les difficultés auxquelles font face les productions, l’émergence ardue de nouveaux talents, elle « refuse de baisser les bras », fidèle à son engagement pour le « service public de l’art et de la culture ».

    En 2026-2027, le public pourra donc voir 40 spectacles, dont 15 créations, traversant le théâtre, la danse, le cirque, la musique et des formes hybrides. Comme toujours, une grande place est laissée à la jeunesse avec 12 spectacles accessibles aux enfants, à l’instar de Du bout des doigts, un ballet à quatre mains filmé en direct sur scène, ou des doigts traversent l’histoire de la danse ; ou de Frasques, où les acrobates de la compagnie Galactik Ensemble « chutent, se relèvent, dans un monde en perpétuel déséquilibre », raconte Joanna Boutté.

    Un focus sur la création grecque

    La saison s’ouvrira le 3 octobre sur une soirée cabaret, animée par quatre formations, entre effeuillage, cancan, paillettes et music-hall. En cette année de Biac 2027 (Biennale internationale des arts de cirque), le Théâtre des Salins propose d’explorer un large panorama de la création circassienne contemporaine. À l’affiche : les acrobates du collectif XY, reconnus pour leur spectaculaire maîtrise des portés, Nadine O’Garra, qui convoque le rapport aux écrans dans Amour au temps de l’algorithme, ou encore Cirque Le Roux, avec sa dernière création Nature morte, au croisement du cirque, du théâtre physique et la composition visuelle.

    Côté musique, Walid Ben Selim chantera de grands textes de la poésie arabe, en écho à l’exposition du musée Ziem consacrée à Ernest Pignon-Ernest dans l’écrin dans la chapelle de l’Annonciade, « avec une petite jauge » pour « un moment privilégié », souligne Joanna Boutté. Thibault Cauvin, guitariste le plus primé au monde à 20 ans qui a tourné avec M, présentera Alter Ego, inspiré de ses voyages aux quatre coins du monde.

    Au programme également, un focus sur le meilleur de la création grecque, qui mettra en valeur une nouvelle génération d’artistes : Mario Banushi avec sa pièce sensorielle d’une puissance rare Mami, salué au festival d’Avignon l’an dernier ; le chorégraphe Christophe Papadopoulos avec My Fierce Ignorant Step, interprété par dix danseurs qui feront corps dans leur pluralité ; et Anna Lemonaki avec son spectacle de théâtre performatif, à cheval entre cabaret et récit auto-fictionnel, Bleu.

    La danse occupera une place centrale, avec des artistes majeurs de la scène internationale, à l’instar de Wim Vandekeybus, qui viendra célébrer les 40 ans de sa compagnie Ultima Vez avec le spectacle qui a « révolutionné la chorégraphie contemporaine dans les années 1990 », What the body does not remember.

    Côté théâtre, enfin, les spectateurs pourront notamment découvrir Orlando, mis en scène par Katia Ferreira d’après le roman de Virginia Woolf ; le diptyque familial entre règlement de comptes et comédie romantique Fête des mères d’Adèle Royné et Vincent Gardet ; ou Tellement sympa, une pièce qui brise l’omerta autour des violences faites aux femmes au sein de la communauté sourde.

    Une nouveauté à noter : la première édition du festival Vice Versa. Pendant deux semaines, en mars, les spectateurs seront installés au cœur du plateau pour une expérience immersive au plus près des artistes, avec une jauge resserrée.

  • Uzès fête ses 30 ans de danse populaire

    Uzès fête ses 30 ans de danse populaire

    À Uzès, les pierres blondes ont de la mémoire. Depuis trente ans, elles voient passer des corps, des élans, des silences, des foules debout. Le festival La Maison danse revient du 3 au 7 juin pour souffler ses bougies, non pas dans la nostalgie, mais dans le mouvement. Vingt-trois spectacles, vingt-deux chorégraphes, des ateliers, des films, des expositions, un bal, un jeu de piste et ce fameux 1 km de danse : la cité ducale se prépare à devenir, cinq jours durant, un grand plateau à ciel ouvert.

    Cette édition anniversaire relie les fils d’une histoire commencée en 1996 avec le Festival de la nouvelle danse. Trente ans plus tard, La Maison danse revendique toujours la même ambition : porter l’art chorégraphique au plus grand nombre, mêler les générations, ouvrir les scènes aux habitants, faire de la culture un bien commun plutôt qu’un privilège. La directrice Émilie Peluchon ne cache pas l’ambition du propos : le festival se dresse comme « une réponse à la brutalité du monde et au contexte politique de notre époque ». La danse comme résistance. Le corps comme argument.

    Une fête à hauteur d’habitants

    Symbole fort, Maguy Marin revient avec May B, pièce fondatrice déjà présente lors de la première édition. À ses côtés, les figures de ces trente années (Haleb, Ramalingom, Wampach, Hammoud, Carriau) passent le flambeau aux émergents : Aina Alegre, Soa Ratsifandrihana et Jonas Chéreau, nouvel artiste associé.

    Le festival ne se referme pas sur son histoire : il la met en jeu. Jeu de piste collectif dans les rues d’Uzès le samedi 6, exposition photographique en plein air sur trois décennies d’archives, mur de témoignages ouvert à toutes et tous, et un bal chorégraphié qui promet de faire tomber les frontières entre artistes et public. Et dimanche 7, le fameux « 1 km de danse » mêlera amateurs, scolaires et professionnels sur trois scènes simultanées. Gratuit, populaire et festif, comme 1996.

  • Marseille : danser pour lisser les différences à l’école primaire

    Marseille : danser pour lisser les différences à l’école primaire

    Au théâtre de la Sucrière, ce vendredi après-midi, les gradins se remplissent d’enfants. Dans les coulisses, l’excitation et le stress commencent à monter. Les jeunes danseurs de l’école de la Visitation s’apprêtent à donner leur première représentation publique, devant toute leur école. Parmi eux, cinq enfants atteints de handicap mental. Ce spectacle marque la fin d’un programme intense de six mois, porté par Nadège Béglé et Ombline d’Avezac de la fondation « Culture pour l’enfance ». « Notre mission est d’amener la culture dans les milieux prioritaires », explique Nadège Béglé, déléguée générale de la fondation, basée à Paris. « Pour la première édition de ce programme, nous voulions que les enfants de la classe Ulis et les élèves de CM2 travaillent ensemble autour de la pratique de la danse. Le travail corporel permet de lisser les différences. »

    Il est temps pour les minots de se lancer sur scène et le stress laisse vite place à l’énergie collective. Sur le plateau, trois danseurs de la Cie. Shonen, qui ont accompagné les élèves durant les six derniers mois, les guident sans trahir leur spontanéité.

    Un moment émouvant pour Cynthia, accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH). Elle suit au quotidien le jeune Adam, atteint d’autisme. « La danse a vraiment aidé Adam a s’épanouir. Voir son sourire aujourd’hui, c’est la plus belle des récompenses », lance-t-elle.

    L’art pour se libérer

    Pour les danseurs de la Cie. Shonen, qui travaille régulièrement avec des jeunes publics, cette représentation marque la fin d’un processus. « Trois fois par mois, on a dansé avec les enfants, forcément on a créé des liens forts », explique Pauline, danseuse professionnelle. « On a vu des enfants se déployer. » Jean-Marc Coppola, nouveau maire communiste des 15-16 et ancien adjoint à la culture de la mairie de Marseille se réjouit d’avoir accueilli ce spectacle. « Cet événement est dans la continuité du programme d’éducation artistique et culturelle que j’ai mené pendant six ans à la mairie. L’art donne aux enfants les premiers atouts pour être libre », explique l’édile. Un programme similaire, de théâtre, est en cours avec une classe de la Viste. Une représentation publique aura lieu le jeudi 4 juin au théâtre de la Criée à 18h30.

  • Un atelier artistique pour les patients de l’Établissement de Psychiatrie du Var

    Un atelier artistique pour les patients de l’Établissement de Psychiatrie du Var

    Depuis lundi, dans les jardins de l’Établissement de psychiatrie du Var, on peint, danse, crée, dans le cadre d’un atelier artistique proposé par Châteauvallon et la compagnie Artmacadam. Intitulé « Invente ton Nid », ce projet porté par l’Agence régionale de santé (ARS) et la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) invite des patients en psychiatrie, âgés pour la plupart de plus de 65 ans, à « concevoir leur nid, où ils peuvent rêver et s’envoler, ce qui a du sens en ces lieux », décrit Hélène Charles, coordinatrice artistique d’Artmacadam.

    Une restitution vendredi

    Les prémices de ces ateliers remontent à février : « On est venu dans leur lieu de vie pour les introduire au sujet. On a récolté beaucoup d’informations, on les a fait parler, danser… Il était important de les libérer », évoque Hélène Charles. Depuis lundi, les participants travaillent autour de réalisations évoquant le nid. « Ça peut être des nids de mots, de mouvement… On a utilisé trois médiums : la musique, la danse, les arts plastiques. En imaginant la sécurité, l’amour d’un nid à travers le mouvement du corps, en donnant des musiques, des sons qui les apaisent… C’est un projet polymorphe », décrit l’artiste.

    Pour Michelle, l’une des patientes, c’est une renaissance : « Quand je suis rentrée à l’hôpital, j’ai cru que ma vie était finie. Je me suis réveillée il y a une semaine. J’ai vécu cela tellement fort. Avec les personnes du groupe, on ne se parlait pas. Maintenant, on fait connaissance, c’est une merveille. » « On leur apporte du rêve, un rôle et ça leur donne confiance », s’émeut Hélène Charles.

    Une restitution ouverte au public, réalisée par les membres d’Artmacadam, aura lieu vendredi à 15h dans les jardins du centre hospitalier de Pierrefeu. « Ce sera une rencontre, pas un spectacle. Ça permet d’ouvrir le monde psychiatrique par le biais de l’art et de faire tomber les préjugés. Les patients nous ont fait plein de cadeaux, on va essayer de les restituer au mieux », appuie la coordinatrice artistique.

  • L’artiste qui défie la gravité honoré au Théâtre Liberté

    L’artiste qui défie la gravité honoré au Théâtre Liberté

    Avant de retracer la carrière de Damien Droin, Charles Berling a tenu à lire quelques phrases de la philosophe Simone Weil tirées de La pesanteur et la grâce, ce qui ne pouvait pas mieux tomber pour célébrer l’artiste voltigeur.

    « Tous les mouvements naturels de l’âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception », commence-t-il. Et de poursuivre : « Ça correspond tellement à ce que fait Damien, même dans un monde parfois bousculé par tellement de chaos et tellement d’horreurs. »

    Puis, il évoque son parcours, commencé à 5 ans avec ses deux parents dans l’école de cirque de son père. Sa mère est conteuse, apprend-on également. « Il a tout de suite été éveillé à comment faire de l’art, comment trouver la curiosité nécessaire à regarder le monde », précise le directeur du Théâtre Liberté.

    Né à Hyères, poussé par une soif de liberté, de conquête et d’aventure, il part à l’âge de 16 ans à Paris. Champion de France de trampoline, discipline dans laquelle il se sent très vitre trop à l’étroit, il découvre la danse, « ce que c’est que d’animer son corps avec de l’art, d’animer son corps avec des sentiments ».

    Célébré à l’international avec sa compagnie Hors Surface, c’est à Toulon qu’il est revenu faire rayonner son art. Il explique : « Depuis toujours, j’avance les yeux grands ouverts vers l’avenir, avec une étrange sensation d’être animé par deux forces : l’envie de partir et le besoin de revenir. Je viens de Toulon, une ville qui m’a vu grandir et que j’ai quitté pour me nourrir de musique, de danse, de théâtre. Et j’ai décidé d’y revenir pour implanter mon identité artistique, ma compagnie, ici. »

    Josée Massi lui a rappelé en souriant l’adage : « Qui perd Toulon perd la raison ! »

  • Symphonique et danse au programme de l’Opéra de Marseille

    Symphonique et danse au programme de l’Opéra de Marseille

    Même si les chiffres sont froids, le fait que l’Opéra de Marseille, la plus grande salle d’opéra en région, affiche complet – voire refuse du monde – pour les concerts symphoniques est un très bon indice de satisfaction. Tout comme les chanteurs lyriques, les solistes et interprètes viennent et reviennent avec plaisir et sont impressionnés par la qualité de l’orchestre. Un beau résultat dû au travail patient et acharné de chefs comme Patrick Davin, Lawrence Foster et maintenant Michele Spotti.

    Cette saison, une trentaine de concerts symphoniques, récitals divers, musiques de chambre se partageront l’affiche avec des partenaires comme Marseille Concerts, Musicatreize ou le Gmem. Si les programmes font naturellement la part belle à Beethoven – bi centenaire oblige – Brahms (parfois programmé à l’Odéon pour retrouver une certaine tradition d’époque avec moins de musiciens), Schumann, Strauss, Mahler ou Haydn et Dukas ont leur place. Seuls les compositeurs Français sont oubliés (sans parler des compositrices…), mais ils se trouvent souvent dans les programmes de Musique de Chambre.

    Ouvertures

    Entre le 18 octobre et le 25 juin, Michele Spotti, largement plébiscité par le public, cédera aussi la baguette à des nouveaux venus, qu’ils soient chevronnés ou prometteurs. Ainsi on pourra découvrir Alpesh Chauhan, Satoshi Yoneda, Daniel Cohen ou notre talentueux Da-Min Kim dans la double performance de chef et violoniste. La danse aussi est à retrouver avec l’École nationale de danse de Marseille, surtout à l’occasion du centenaire de la naissance de Maurice Béjart et les 40 ans du Béjart Ballet Lausanne avec un extraordinaire programme Ravel et Stravinsky (Boléro – Oiseau de feu). L’Opéra municipal de Marseille, poursuivant sa politique d’ouverture aux plus larges publics, mène toujours des actions vers les jeunes, les publics empêchés ou les personnes en situation de handicap. Côté tarifaire, il ne change pas le prix des places tant pour les opéras que pour les concerts. Ouverture des abonnements dans quelques jours. L’Opéra de Marseille, s’il est parfois objet d’inquiétude, peut aussi être objet de fierté des Marseillais, tout comme le maire de Marseille.

  • Des cigarières aux patronnes de bar, les Plus belles de Mai

    Des cigarières aux patronnes de bar, les Plus belles de Mai

    Quatre femmes, quatre soirées, quatre lieux. Et aussi du cinéma le 15 mai avec cinq portraits de Marseillaises, une balade urbaine, une exposition photographique au bar de la Poste et un final qui fusionne avec la Belle fête de Mai : une grande marche féministe, familiale et populaire, « la déferlante bleue » partira le 29 mai à 16h30 de la rue Clovis-Hugues, ex-rue Bleue du « quartier rouge », en référence aux blouses des ouvrières de la Manufacture des tabacs qui l’empruntaient et à qui la parade rend hommage.

    Des performances, du théâtre, de la danse, mais surtout un grand sens de la fête et de la fantaisie sont les ingrédients majeurs de la recette de ce festival porté par la mairie des 2e et 3e arrondissements, dans une volonté de « rendre leur place aux femmes dans l’espace public » souligne Emilia Sinsoilliez, première adjointe au maire de secteur, en partenariat avec RedPlexus et avec le soutien de la Ville. Mais il n’existerait pas sans l’énergie de toutes les belles volontés d’un quartier. Fait pour et avec ses habitants, il a été concocté au sein du Labo des désirs avec les artistes Ama Sofia, Mariane Duquennoy Savio, Marie-Khane, Jeannette Boulanger, Roxanne Jubert et Magali Revest. Dans les coulisses de la Salle des mouvements de la Friche Belle de Mai, des grands-mères, des mères et des jeunes filles ont participé à des ateliers chorégraphiques. À partir de trois propositions, « elles revisitent l’héritage des femmes méditerranéennes, font émerger l’impératrice qui sommeille en elles ou encore montent une bibliothèque des gestes d’enfants », résume Christine Bouvier, directrice de RedPlexus.

    Reines et ouvrières

    Ces séances de travail donnent lieu à des spectacles présentés dans trois bars tenus par des femmes. Domi ouvre le bal au Bar Marius, ce samedi 9 mai, de 18h à 22h, avec les danses de Mariane Duquennoy-Savio et Ama Sofia de la Fabrique du bonheur, puis Adèle Diridollou, Emma Pocq et Camille Meyer du Collectif Moÿ Moÿ, suivis d’un karaoké. Le 16 mai, Vanny ouvre grand les portes des Délices de Praia aux performances de Barbara Sarreau et de Marie Khane Tomei puis à une improvisation du collectif Yessaï, guidé par Marion Colard. Et le 23, Camille accueille au Bar Jo, après une balade avec l’anthropologue Nathalie Cazals, la performance des chorégraphes Les voyageuses, les contes musicaux de Mo Abbas, le solo de danse de Sarah Sobhi Najafabadi de la Compagnie Anahita, et elle participe à une démo de danses tahitiennes avec l’association Moerani. Mais aussi, le 15 mai à partir de 18h, c’est Sofia, au Bar de la Poste, qui reçoit le vernissage de l’exposition de 15 tirages grand format de Jean-Claude Sanchis. À chaque soirée, des femmes restitueront les textes qu’elles ont écrits pour le projet « la femme arc-en-ciel », avec Nicolas Dupont.

    Un festival dont les femmes sont à la fois les reines et les fières ouvrières. Dans la lignée des cigarières, ces « belles », immigrées italiennes pour la plupart, qui ont organisé une grève en 1887 qui a mis un coup d’arrêt aux fouilles humiliantes des contremaîtres de l’usine à tabac. Poète et député socialiste, Clovis Hugues les a soutenues comme il l’a fait pour la Commune de Marseille.

    Tout le programme sur : mairie-marseille2-3.com

  • « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    « Uzès Seul en Scène » mise sur l’émotion et la solidarité

    Quatrième édition, et déjà l’allure d’un rendez-vous bien installé. Du mercredi 6 au samedi 9 mai, le festival Uzès Seul en scène revient dans la cité ducale avec une programmation resserrée, populaire et ambitieuse, portée par son directeur artistique Patrick Timsit. Théâtre, danse, humour, stand-up, musique : l’événement veut faire dialoguer les formes et les publics, sans réserver la scène aux seuls initiés.

    Une nouvelle dimension solidaire

    Les premières têtes d’affiche annoncées sont déjà complets : Alex Lutz ouvrira le bal le 6 mai avec Sexe, grog et rocking chair, finalement présenté à l’Ombrière pour des raisons techniques. Suivront Marie-Claude Pietragalla avec Barbara, Philippe Caverivière avec Tu crois que c’est une bonne idée ?, puis Bernard Lavilliers et Le comptoir des voyageurs.

    Trois nouveautés viennent compléter la programmation. Le vendredi 8 mai à 11h, la réalisatrice et scénariste Danièle Thompson donnera une masterclass au cinéma Capitole, animée par Karim Ghiyati, directeur d’Occitanie Films. Le soir même, place au Comedy Club avec Amandine Lourdel, Yacine Belhousse, Adel Fugazi, Ethan Lallouz et Denise.

    Enfin, samedi 9 mai à 21h30, Philippe Corti clôturera le festival avec un DJ set à l’Ombrière. Cette soirée, comme la masterclass, aura aussi une dimension solidaire : les recettes seront reversées à la Banque alimentaire du Gard. « C’est vraiment local et les gens savent où ça va. C’est important de le savoir. C’est concret », insiste Patrick Timsit.

  • Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Le Festival de Marseille jette des ponts entre les cultures

    Dans cette époque de conflits, où les libertés sont remises en cause et le dialogue devient difficile, des moments de rencontres comme le Festival de Marseille sont indispensables », introduit Julie Chénot, présidente de son conseil d’administration, à l’heure de dévoiler la programmation de sa 31e édition. Le rendez-vous se déploie du 14 juin au 8 juillet sur « 14 sites de la ville, du plus au Sud avec le Théâtre des Calanques jusqu’au Nord avec le Théâtre de la Sucrière ».

    Fort « d’un taux de remplissage qui a approché les 100% » en 2025, notamment à travers ses actions de médiation et d’un tarif unique à 10 euros, le Festival de Marseille remet le couvert avec une soixantaine d’événements. Et ce, dans le cadre d’une « programmation principalement internationale », situe sa directrice, Marie Didier, dont un certain nombre de projets qui jettent des « ponts entre les cultures », comme pourra en attester Urban Gnawa project. Imaginée par le chorégraphe Khalid Benghrib et réunissant « 250 participants amateurs » à la Friche Belle de Mai, campe Julie Moreira-Miguel, responsable des relations avec les publics, une « fête électro-populaire » d’ouverture qui donnera le la d’un festival fertile en mélanges de disciplines et d’influences.

    Dans Border Dance, Taoufiq Izeddiou se jouera des « frontières entre les cultures flamenco, gnawa et danses contemporaines » au Théâtre Joliette. Klap, Maison pour la danse, accueillera quant à elle Fandango reloaded. Créée par la Valencienne Inka Romani, une plongée dans cette danse « qui a failli disparaître pendant la période franquiste et dont elle dit qu’elle a résisté à la censure et au fascisme car elle était cachée dans le corps de nos grands-mères », détaille Marie Didier. La Friche Belle de Mai sera aussi le théâtre de Nouba-ti, performance décloisonnant les disciplines et imaginée par dix artistes femmes du bassin méditerranéen, qui s’inscrivent « dans le sillage » du film La Nouba des femmes du mont Chenoua, réalisé par Assia Djebar en 1979. « Nous nous interrogeons sur la façon de faire de l’art dans un monde où la cruauté est partout, afin de construire d’autres imaginaires », explique l’une de ses trois conceptrices, la Palestinienne Samaa Wakim.

    « Affirmations »

    Si le 31e Festival de Marseille joue à fond la carte de l’art briseur de frontières, il n’en demeure pas moins lieu des échos de sociétés qui naviguent entre « soumission et soulèvements », plante Julie Moreira-Miguel. Illustration suprême avec Fucking future, de Marco da Silva Ferreira, qui, au son « des tambours et de la techno », déglingue « les codes de la virilité, de la violence, de la soif de pouvoir et de l’oppression ».

    De rébellion, il sera aussi question à la Cité radieuse du Corbusier, à l’Alcazar et au Mucem, avec un « temps fort autour du mahraganat, mouvement culturel apparu dans les rues du Caire dans les années 2000 » et qui se veut l’expression « d’une attitude contestataire vis-à-vis du pouvoir et de la religion ». De « l’intime au politique », autant de révoltes qui appellent aussi parfois à « l’affirmation de soi quand on ne se situe pas dans la norme », précise la directrice du Festival de Marseille. Preuve en sera notamment avec XXL de Sofiane Chalal qui convoque avec trois autres danseurs les préjugés liés à leur surpoids pour les transformer en puissance créatrice, Parc d’Eric Minh Cuong Castaing « qui réunit dans un même espace de jeu public, danseurs et enfants atteints de troubles moteurs, soignants et robots commandés à distance », ou encore Version(s) de Dorothée Munyaneza, « hommage au boxeur marseillais Christian Nka, marqué par la lutte et la violence avec et contre laquelle il s’est construit ».