Tag: Danse

  • La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien », chantait Jeanne Moreau en 1963. Visiblement tout l’inverse du côté du Théâtre Joliette, où « la question de la mémoire et de la transmission » irrigue la saison 2026-2027, résume sa directrice Nathalie Huerta, en indiquant l’affiche qui l’illustre : une photo d’archive de Destierro, le vertige et la foi, écrit et mis en scène par Daniela Labbé Cabrera, « enfant d’exilés chiliens » qui retrace l’histoire de ses parents « militants, proches de Salvador Allende, ayant fui le Chili pour la Roumanie lors du coup d’État de Pinochet ». À voir du 17 au 19 février.

    Que dire encore de La memoria futura, « spectacle déambulatoire dans l’espace public » prévu en juin et imaginé par Luciana Mastromauro qui s’appuie sur les témoignages de grands-mères de la Place de Mai, à Buenos Aires, ces grandes et dignes dames qui militent pour retrouver les enfants volés lors de la dictature argentine entre 1976 et 1983. Un devoir de mémoire et de transmission également à l’œuvre lors du festival Nous, la lune et les voisins, imaginé par le collectif de marionnettistes et performeurs libanais Kahraba. Historiquement lié au quartier de Mar Mikhaël, à Beyrouth, il se dupliquera au Panier et à la Joliette du 10 au 18 octobre. Et ce, notamment à travers des « ateliers de poésie, danse, chant et marionnettes » dispensés aux habitants, sans oublier certaines propositions parmi lesquelles un dialogue entre Elias Sanbar, ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco et traducteur du poète Mahmoud Darwich, et sa fille, la comédienne Mayya Sanbar.

    Tirailleur sénégalais

    et liaisons dangereuses

    Si la mémoire s’inscrit dans la peau de ces créations internationales, la thématique n’en demeure pas moins abordée par des artistes locaux que le Théâtre Joliette mettra en lumière. Aux côtés de son peintre de père, le conteur et musicien Lamine Diagne exhumera au mois mars dans Waxoul « l’histoire enfouie » de son grand-père qui « était un tirailleur sénégalais », contextualise Nathalie Huerta. Au Théâtre de Lenche, lié à celui de la Joliette depuis 2017, Franck Dimech recréera, plus de 20 ans après, le Quartett d’Heiner Müller, d’après Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. À la distribution de cette pièce visible en janvier, la figure marseillaise de la comédie Marcelle Basso ainsi que Maurice Vinçon, désormais 87 printemps au compteur et fondateur de cette scène établie au Panier depuis 1977. « Maurice a demandé à Franck Dimech de remonter au plateau une dernière fois », sur les planches de ce théâtre qu’il a dirigé pendant des années au cours d’une pièce qui évoque « la vie sexuelle et amoureuse d’un couple à travers les années. Cela parle de la façon dont le temps peut détruire tous types de relations », campe la directrice du Théâtre Joliette.

    Ouverture et participation

    Auparavant très cantonné à l’accueil de résidences d’artistes, le Théâtre de Lenche s’ouvrira encore plus au public cette saison. « Beaucoup de gens du quartier nous ont fait part de leur amour pour ce théâtre en expliquant qu’ils aimeraient que plus de choses s’y passent », rappelle Nathalie Huerta. Parmi les autres événements qui s’y dérouleront, une « carte blanche » octroyée à Manon Worms au mois de mai avec toute une série d’ateliers et de performances qui permettront aussi à cette dramaturge d’expérimenter sa « prochaine création, autour du thème de la sécurité ».

    Parmi la soixantaine de propositions artistiques jalonnant la saison du Théâtre Joliette, un certain nombre de créations itinérantes et participatives. Anne-Sophie Turion concevra ainsi les 22 et 23 mai, avec des habitants de la Joliette, « une visite guidée du quartier dans laquelle ils feront une apparition. Puis, le jour du spectacle, les spectateurs la suivront sous casque », situe la directrice du théâtre qui programmera aussi au cours de l’année de grandes fresques telles que Le Roi Lear de Dieudonné Niangouna, les 25 et 26 mars, aussi bien marquée par « la tradition congolaise » que de l’esprit de Shakespeare.

    Programme complet de la saison sur www.theatrejoliette.fr

  • [Entretien] Angelin Preljocaj : « Il faut débattre pour ne pas se battre »

    [Entretien] Angelin Preljocaj : « Il faut débattre pour ne pas se battre »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui a guidé votre travail vers la question
    du soulèvement
     ?

    Angelin Preljocaj : Ce sont les évènements mondiaux auxquels on assiste. De nombreux problèmes sociétaux se jouent partout, avec de plus en plus de régimes tyranniques ou dictatoriaux. On voit bien que le monde est en train de changer. Des indignations s’élèvent dans beaucoup de pays. La question du soulèvement prend donc une envergure particulière, d’autant plus avec les élections qui arrivent. Il y a un état de fragilité générale de la démocratie et le soulèvement est une réponse à ces choses qui nous indignent, qui contredisent notre vision de l’État de droit ou de la justice sociale. Beaucoup de problématiques émergent : l’intelligence artificielle, le climat, les oligarques, ces gens sans vergogne vis-à-vis des masses laborieuses. Après, moi, je suis chorégraphe. Ce qui m’intéresse est cette énergie qui nous pousse ensemble face à ces injustices qu’on ne veut plus accepter, ce que le collectif apporte en plus à ce mouvement. Pas forcément de façon violente, mais presque dans la joie. Évidemment, on repense à ces moments où, étudiant, on allait s’exprimer dans des manifestations. Dans ces regroupements, il se passe des choses singulières que j’ai envie de retranscrire. Soulèvement n’est pas un manifeste, mais un questionnement sur cette énergie qui traverse les corps.

    Une approche chorégraphique du soulèvement implique une danse forcément exaltée ?

    A.P. : Oui, mais néanmoins une danse partagée. Une danse où il y a un travail d’appropriation du langage corporel très précis. C’est un travail coordonné avec un plaisir de danser, un peu comme quand dans une chorale, on chante les mêmes mots et phrases à l’unisson et quelque chose se dégage de cette sensation. C’est un peu la même chose avec la danse. Quand on est plusieurs à danser avec la même sensation intérieure du mouvement, quelque chose se passe dans le partage du vocabulaire.

    Et quid de la musique de votre création, signée Irène Drésel ?

    A.P. : C’est une compositrice passionnante car elle a cette puissance du rythme qui peut justement soulever des salles entières. Dans ses concerts, j’ai vu à quel point elle déclenche quelque chose dans les corps des spectateurs. C’est une force souvent liée à l’électro, à la techno. Irène Drésel provoque aussi une sorte de lyrisme, en surplomb de la rythmique pulsionnelle. On a à la fois la pulsion et l’émotion lyrique qui plane.

    Pour évoquer « Soulèvement », vous parlez d’une « force mystérieuse qui nous unit au-delà de nos différences ». Il n’y a pourtant pas de mystère dans un soulèvement, c’est la chose que l’on combat qui lie le groupe, non ?

    A.P. : Oui, mais on peut très bien se réunir et puis juste avancer des revendications. Mais il y a autre chose qui se passe dans ces moments-là. C’est très émotionnel et ça va au-delà. Tout à coup, on est ensemble, on est parfois dans des questionnements sur une utopie, le désir d’un monde meilleur, et puis d’un coup, quelque chose nous traverse. Une force mystérieuse qui nous exalte, selon moi. D’ailleurs, dans ce genre de manifestations, si on zoome dans la foule, on peut voir des histoires individuelles, des histoires de camaraderie et même des histoires d’amour qui naissent. Face à l’adversité, des choses se produisent et relient les uns aux autres.

    Avez-vous eu des événements précis de soulèvements en tête au moment de votre création ?

    A.P. : Je me suis documenté évidemment. Si on parle du monde antique, par exemple la révolte de Spartacus, un esclave qui s’élève contre un pouvoir tyrannique. Après, il y a aussi toutes les luttes de classes qu’on a connues lors de la Révolution française, mais aussi plus tard avec par exemple les grèves de 1936 et le Front populaire.

    Le climat social bouillonnant qui couve en France ces dernières années vous a-t-il aussi inspiré ?

    A.P. : Oui. Depuis qu’on est sorti des Trente Glorieuses, des choses s’inversent un peu. À une époque, on pensait que nos enfants vivraient mieux que nous-mêmes et ainsi de suite. Et en fait, il y a quelque chose qui s’est inversé, qui fait que la vie est de plus en plus dure. Ce qu’on peut espérer de mieux pour nos enfants, à la limite, c’est qu’ils vivent comme nous. Aussi bas dans l’échelle que l’on soit, à la même place de l’échelle sociale aujourd’hui, c’est pire. C’est grave et c’est une vraie question. Moi, je ne suis pas là pour la résoudre, mais pour la poser d’une façon artistique. C’est presque une métaphore que je vais proposer.

    Vous écrivez vouloir faire « jaillir les liens les plus profonds de fraternité »…

    A.P. : Oui. J’aimerais qu’on ressorte de là avec le sentiment qu’on est tous reliés d’une façon ou d’une autre. On voit les oppositions à l’œuvre dans les sociétés, les clivages qui font que les gens ne sont plus ensemble comme c’est par exemple le cas aux États-Unis, ils ne partagent plus l’idée d’un même pays. Chacun pense à son mode de civilisation sans écouter l’autre. Il n’y a plus de débat, mais juste des invectives. Or, il faut débattre pour ne pas se battre.

    Votre pièce est donc un « Soulèvement » dans sa forme la plus pacifique ?

    A.P. : Pour ma part, oui, et ce, même si les corps peuvent avoir l’air déchaînés par moments. C’est un déchaînement presque bienveillant. On essaye de transformer cela en une sorte de fête.

  • [Week-end] « FAUNE », une nature belle et fragile

    [Week-end] « FAUNE », une nature belle et fragile

    Plus qu’une performance d’acrobaties aériennes, « FAUNE » est un questionnement, un positionnement de la place de l’animal mais aussi de la femme dans la société actuelle. Il s’agit de la septième création de Fanny Soriano, artiste aérienne, auteure et chorégraphe au sein de la compagnie marseillaise Libertivore. « Dans ce spectacle, elle y a intégré de la danse aérienne mais aussi de la chanson pour la toute première fois. Dans FAUNE, le rapport au corps est tellurique. Le travail est fait avec des agrès inspirés ou provenant directement de la nature, ici ce sont les bois de cerfs », explique Sarah Mégard, directrice de production au sein de la compagnie.

    à découvrir dès 18h sur le parvis de la bibliothèque départementale Gaston-Defferre, le spectacle « FAUNE » met en scène trois femmes qui, pendant 45 minutes vont se laisser traverser par la figure sauvage du cerf pour explorer le vivant et jouer avec les frontières entre l’humain et l’animal. Il s’inscrit dans la continuité de l’exposition présentée jusqu’au mois de mars au sein du bâtiment, « NOUS, Sorcière & Sauvage » dont une visite commentée sera proposée en amont de la représentation le jour même.

    Une figure puissante et fragile à la fois

    « Dans cette représentation il y a un parallèle très fort entre l’animal et la femme où leur espace commun est mangé par l’homme. L’homme chasseur pour le cerf et l’homme prédateur pour la femme », continue la directrice de production. « Il résonne directement avec l’exposition en cours car il est question dans l’un comme dans l’autre de la place de la femme dans la nature. »

    à la fois gracieux et indomptable, viril et empreint de sagesse, le cerf nourri les légendes et les imaginaires dans de nombreuses cultures et à travers les âges. Depuis la Préhistoire, cet animal fascine par la majesté et sa puissance.

    Nina Harper, Camille Guichard et Victoire Godard auront entre leurs mains des bois de cerf, une mue dont la forme et la couleur semble plus végétale qu’animale et qui donne la preuve visible que tout meurt et renaît, que tout reprend vie.

    Ils deviennent pour l’occasion des agrès et instruments de jeu acrobatique portés par l’élan du mouvement entre envolées audacieuses et encrages au sol délicats.

    « FAUNE » parle de régénération et vous entraînera dans la nécessaire mutation de notre humanité. « La figure du cerf a été choisie parce qu’il a traversé la mythologie et aujourd’hui il se transforme en proie tout comme peut l’être la femme », précise Sarah Mégard.

    Visite commentée à 17h. Infos et réservation : 04.13.31.82.00

  • Sur la scène du Zef, saison contrainte mais combative

    Sur la scène du Zef, saison contrainte mais combative

    « Comme bien d’autres lieux culturels, on a aujourd’hui beaucoup moins de moyens. Nous avons donc dû resserrer la programmation, aller à l’essentiel », amorce Francesca Poloniato lors de la présentation de saison 2026-27 du Zef. Résultat : « 70 à 80 000 euros en moins sur le budget », notamment induits par la Région et l’État, et « 10 spectacles en moins », résume la directrice de cette scène nationale de Marseille, en poste depuis 2015, qui a annoncé partir à la retraite à l’issue de cette saison. « Je partirai avec le sentient d’avoir donné le meilleur de moi-même », rappelle-t-elle avant que des applaudissements nourris ne saluent son dévouement de 12 ans. Loin de se satisfaire des baisses de subventions, Francesca Poloniato estime que ces contraintes budgétaires « nous ont poussés à nous interroger sur ce que nous avions vraiment envie de défendre ». Illustration dès les 7 et 8 octobre au Merlan avec Le paradoxe de John. Conçue et mise en scène par Philippe Quesne, dans le cadre du festival Actoral, une pièce qui se demande « à quoi sert l’art dans notre vie ».

    Multiplicité des arts

    Fidèle à son ADN, le Zef suit toujours le fil rouge de la danse. Des Murmures de la forêt chorégraphiés par Nathalie Pernette aux danses altruistes d’Ambra Senatore (Le moulin des autres), en passant par les Braises sur lesquelles souffle Michel Kelemenis ou Lullaby shot, « lâcher prise militant et libérateur » de Leïla Ka, en collaboration avec l’Association de promotion de l’Espace culturel Busserine. La saison sera aussi traversée par le cinéma et la musique, mais surtout le théâtre. Parmi les propositions, des créations de « la bande du Zef » comme Le rituel du verre d’eau, enquête d’Anaïs Allais Benbouali autour des couples franco-algériens dont elle est elle-même l’un des fruits, ou encore la comédie musicale de Myriam Marzouki, Violetta ne veut plus mourir dans la dernière scène.

  • [La Marseillaise Breaking Cup] Les danseurs au rendez-vous des qualifications

    [La Marseillaise Breaking Cup] Les danseurs au rendez-vous des qualifications

    Soleil reluisant, convivialité, mais également compétition. Si l’accès à l’opéra était gratuit pour le public, pour les danseurs, pouvoir y entrer avait un prix. Avant la phase finale sur la scène principale, des qualifications se tenaient dimanche matin dans les trois disciplines : breakdance, popping et hip-hop. Le parvis était l’hôte de cette première partie de la journée, avec parasols, chaises longues pour les jurés et, bien sûr, le tapis où se sont déroulés les battles.

    En tout, une trentaine de danseurs ont composté leur ticket pour intégrer le Top 16 et visiter les planches de l’opéra. Les catégories sont passées les unes après les autres, alors que le soleil frappait le lieu. Une fois la musique lancée par l’un des trois DJ présents lors de l’événement, curieux, passants ou spécialistes du genre se sont amassés autour de l’emplacement de la compétition.

    Les qualifs ouvertes à de jeunes danseurs

    B-boys et b-girls se sont échauffés dans une décontraction apparente, tout en sourire, alors que le hip-hop devait entamer ces qualifications. Aux 12 coups de midi, les premiers danseurs ont débuté leurs mouvements. Les participants avaient entre 35 et 45 secondes pour s’exprimer et montrer qu’ils avaient leur place pour les finales du dimanche après-midi. Les battles se sont enchaînées dans la bonne humeur, puisque tout le monde se connaît un peu dans un microcosme comme celui des danses urbaines. Serrages de mains, accolades, l’ambiance est bon enfant, ce dimanche matin. Les styles, qu’ils soient vestimentaire ou de danse, varient et le jury fait face à des concurrents souvent expérimentés, avec des années d’apprentissage derrière eux.

    Les qualifications suivent leur cours et durant deux heures, les danseurs passent et repassent. Autour des barrières, le public n’hésite pas à sortir son téléphone pour immortaliser le fait de voir du breakdance devant l’opéra. Les prétendants n’étaient pas âgés de 7 à 77 ans, mais les générations varient selon les danseurs. Si beaucoup ont entre 20 ans et une trentaine d’années, certains sont à peine plus haut que trois pommes. Beaucoup de filles et garçons du South Dream Crew ont pu participer à ces qualifications ouvertes à tous. Ce groupe basé à Salon-de-Provence a porté haut ses couleurs, avec plusieurs jeunes éléments envoyés sur la scène de l’opéra pour les phases finales. Une jolie récompense pour des enfants ayant déjà pris la fibre de la danse, vu leurs passages convaincants devant le jury.

    Après deux heures de spectacle, le temps des résultats est venu. Appelés un par un, les finalistes se congratulaient à chaque fois qu’un nom sortait. Seulement quelques minutes plus tard, c’était de nouveau à eux de montrer leur valeur au public, venu nombreux les observer.

  • [La Marseillaise Breaking Cup] Un final historique pourles danses urbaines à l’opéra

    [La Marseillaise Breaking Cup] Un final historique pourles danses urbaines à l’opéra

    Gravures, hauts plafonds et marbre contre pantalons larges, musiques rythmées et casquettes à l’envers. Deux mondes aux antipodes se découvraient, ce dimanche après-midi, à l’occasion de la 5e saison de La Marseillaise Breaking Cup. Le hip-hop faisait sa première entrée à l’opéra, avec une compétition de breakdance sur la scène principale de ce prestigieux lieu du centre-ville de Marseille.

    Les principaux concernés par cette venue exceptionnelle et inédite, c’étaient les danseurs eux-mêmes. Sorti des qualifications, comme bon nombre de ses camarades, Izzy était impatient de monter sur les planches. Habillé de la tête aux pieds par la marque aux trois bandes, le jeune homme se disait « excité et très content. J’aime beaucoup l’opéra, c’est très beau et c’est très différent des endroits dans lesquels on a l’habitude de danser ».

    En effet, leur terrain de jeu d’une journée est majestueux. Des hautes colonnes, du marbre partout, des balcons offrant une vue panoramique, jamais le hip-hop n’était entré dans une dimension pareille. Pour animer et faire vivre l’après-midi, les MCs Kmeleon, lunettes pailletées sur le nez, et Tony Badman, veste vert kaki et barbe bien taillée, ont pris le micro. L’ambiance était posée, la salle s’était remplie à vue d’œil, il n’y avait plus qu’à démarrer les phases finales.

    Salle comble et danseurs ravis de la compétition

    Les jurés, tous avec une haute renommée dans leur discipline, sont aussi entrés en scène avec une démonstration chacun. Les huitièmes de finalistes zyeutaient au bout de la coulisse pour observer les cadors de leur discipline. Le programme était forcément important avec ces nombreuses battles, mais les deux MCs, en plus d’instaurer un environnement jovial, enchaînaient rapidement pour assurer une après-midi dynamique.

    Le planning se déroulait progressivement et les danseurs étaient peu à peu éliminés. Certains sont allés prendre l’air, pour s’évader de cette salle chauffée, dans les deux sens du terme. Aline, elle, s’est hissée dans le dernier carré. Avant son dernier passage, elle se disait « focus, je me concentre sur moi et sur la musique ». Polo blanc, pantalon ample et chapeau couleur ambre, la jeune femme adepte du popping racontait que « les styles vestimentaires pouvaient être spécifiques par discipline, mais maintenant tout le monde s’habille librement et a son propre style ». Lemzo était justement l’invité de la catégorie popping. Le Lillois a bien profité de l’événement. « C’est l’occasion de revoir beaucoup de connaissances, car on se connaît un peu tous. J’avais déjà dansé à l’opéra de Lille, c’est cool de voir que ça se répète dans d’autres villes. » Danseur depuis 2004, l’homme est un ami de Mofak et salue l’initiative. Il poursuit : « Ça permet de se découvrir mutuellement et c’est bien de pouvoir dire aux gens, “venez nous voir !“ » Leila fut la première danseuse à monter sur scène, dimanche après-midi. Elle s’est dite « reconnaissante » d’avoir pu vivre ça, alors qu’elle entrait à l’opéra pour la première fois. « C’était compliqué d’entrer dans le bain, car c’est un lieu magnifique. Le ressenti était étrange et la configuration a pu être difficile pour nous. Peut-être qu’il aurait fallu plus d’enceintes sur scène pour qu’on entende mieux la musique. » La prestation de Naestro, prodige du chant lyrique, a fait le trait d’union entre les deux univers, l’opéra et les danses urbaines. Rappelant que le bel canto est lui aussi profondément populaire.

    Sonya, « queen » du popping, faisait partie du jury. Venue de Seine-Saint-Denis, elle a apprécié les performances des uns et des autres, mettant en avant « la technique et la prise d’espace » des danseurs. Directeur artistique durant toute la Breaking Cup, Mofak a lui aussi apprécié de voir autant de monde à l’opéra. « Je suis content, il y a eu du monde dès le début, on a eu que des bons retours. »

    Il fut l’un des soutiens de l’événement, Jean-Marc Coppola, maire des 15/16, a eu cette phrase : « Nous cherchions une maison pour le hip-hop, je crois que nous l’avons trouvée ». En début de soirée, les danseurs ont quitté les lieux. La prochaine venue sera celle, début octobre, de Don Giovanni, l’opéra de Mozart. Aurait-il aimé le breaking ?

  • À Montpellier, un Bal’lumé autour des danses et musiques trad’

    À Montpellier, un Bal’lumé autour des danses et musiques trad’

    Pas besoin d’être un danseur aguerri pour rejoindre la piste. Le programme a été pensé pour tous les âges et tous les niveaux, avec notamment un bal familial et une initiation pour les débutants.

    Dès 16 h, les Petits Crins Sauvage ouvriront les festivités avec un bal gratuit pour les petits comme pour les grands. Une entrée en matière ludique et accessible pour découvrir les danses traditionnelles en famille.

    À 17h45, place à l’initiation. Les débutants pourront apprendre quelques pas.

    À 19 h,Laurent Cavalié, poète occitan, musicien et fondateur de Du Bartàs, également auteur et compositeur pour La Mal Coiffée, ouvrira le bal au son de sa voix, avec peut-être quelques invités… Il sera suivi du duo Krinkrin, composé d’un violon et d’un violoncelle, dont le set est très apprécié des danseurs. Entre les différents temps forts, La Grive, menée par Thomas Georget, assurera les inter-plateaux avec ses chants. Le bal s’achèvera en douceur avec une jam.

    * Maison pour tous Léo-Lagrange,155 rue de Bologne. 12 euros plein tarif, 10 euros tarif réduit et 15 euros en tarif soutien. Le bal est gratuit pour les enfants. Buvette et petite restauration sur place.

  • À Saint-Jean de Védas, la rentrée s’ouvre sur un « Festin de rue »

    À Saint-Jean de Védas, la rentrée s’ouvre sur un « Festin de rue »

    Comme chaque année depuis bientôt 20 ans, Saint-Jean-de-Védas met du baume au cœur de la rentrée avec son Festin de rue, festival des arts de rue entièrement gratuit porté par la Ville.

    Les 12 et 13 septembre, le temps du week-end, le cœur de la commune (rues, places, collège…) se transformera en vaste scène à ciel ouvert. « On fait en sorte de proposer des spectacles pluridisciplinaires et variés : danse, cirque, théâtre, acrobatie… Il y a aussi des déambulations, de la pyrotechnie, des spectacles à destination des enfants, d’autres qui proposent des réflexions sur la société », détaille Inès Niederlaender, chargée de la programmation de la manifestation, également directrice du théâtre municipal Chai du Terral.

    20 compagnies « sélectionnées en me rendant sur différents festivals des arts de la rue en France », composent la programmation « in » du festival. 10 autres, retenues sur candidatures (« cette année on a reçu plus de 60 propositions »), constituent la sélection « off ». « Ces compagnies ne sont ni rémunérées ni défrayées, par contre on prend en charge l’ensemble des repas, on cherche des solutions d’hébergement auprès des habitants et à la fin de la représentation, elles peuvent faire tourner le chapeau », explique Inès Niederlaender. « Dans la programmation, on prête une attention particulière aux compagnies domiciliées dans la métropole, et plus largement dans la région Occitanie. Mais nous avons également convié des compagnies d’autres régions », précise la programmatrice.

    Deux concerts en fin de journée les 12 et 13

    Impossible de lister de façon exhaustive la trentaine de spectacles. Mais un petit aperçu permettra, à la façon d’une mise en bouche, d’en mesurer la diversité et la richesse. On retiendra par exemple ADN, spectacle sur le harcèlement scolaire proposé par la compagnie montpelliéraine La Barak. La représentation se déroulera au sein du collège de la commune, « pour essayer de toucher notamment les élèves confrontés à cette problématique ». Le collège Louis-Germain accueillera également une proposition de la compagnie 800 Litres de paille qui adapte, « de façon très moderne, avec beaucoup d’humour », Le Mariage forcé, un classique de Molière.

    Avec Dark, la Bruital compagnie revisite, de son côté, l’histoire de Jeanne d’Arc dans un spectacle très original tout en mime, bruitage et synchronisation labiale. À ne pas manquer également, le spectacle Les cœurs rouges, de la compagnie Carna, où trois hommes s’emparent de la pole dance, souvent associée à un imaginaire érotique et traditionnellement perçue comme une pratique réservée aux femmes. « Avec cette performance décalée, c’est la masculinité qui va être remise en question. Une voix off féminine accompagne ces chorégraphies et se fait, avec humour, la narratrice du récit sociologique des rapports hommes-femmes. »

    On peut encore citer La Françoise des Jeux, de La compagnie la Gazinière, qui revisite de façon humoristique le fameux loto de la Française des jeux en faisant participer les spectateurs ; ou encore Vent d’ouest, sorte de western aérien porté par la compagnie Les P’tits Bras : « dans ce rêve américain à la sauce Tex Avery, cinq artistes fusionnent voltige aérienne, rodéo audacieux et prouesses de cirque autour de la figure du cow-boy ».

    Enfin, moment clé du festival : la grande déambulation du samedi soir (22h) avec percussions et pyrotechnie, proposée par des artistes du Pays basque (compagnie Deabru Beltzak), s’inspirera d’un carnaval ancestral de cette région. « Une célébration chargée de mystère et de traditions » qui se terminera en musique à 23h avec un concert de l’artiste montpelliérain Yog. Le lendemain à 21h, ce sont Les Barbeaux qui cloront, également en musique, ce cru 2026 de Festin de rue.

  • [Fête de l’Humanité] Stand commun du conseil national et de la fédération PCF des Bouches-du-Rhône

    [Fête de l’Humanité] Stand commun du conseil national et de la fédération PCF des Bouches-du-Rhône

    Un grand espace relie le stand national des communistes et celui de la fédération PCF des Bouches-du-Rhône.
    Lieu de débat le jour, il devient piste de danse la nuit avec DJ Naemars aux platines qui a démarré son set dès jeudi soir sous l’égide de La Marseillaise. Ce vendredi à 18h se tiendra une soirée de solidarité internationale avec le peuple cubain. Samedi à 11h30, l’espace accueillera un débat « Santé : De la lutte contre le cancer du sein à l’accès aux soins pour toutes et tous » puis à 14h30 « Industrie : Prenons le pouvoir sur la production du pays ! » et à 16h « Égalité : Pour une loi intégrale féministe et enfantiste ». Suite du programme dans l’édition de ce week-end .

  • [La Marseillaise Breaking Cup] Jhona initie les minots au graffiti à la Paternelle

    [La Marseillaise Breaking Cup] Jhona initie les minots au graffiti à la Paternelle

    Des trois activités proposées ce mercredi au cœur du quartier La Paternelle, le graffiti est sûrement celui qui a attiré, et de loin, le plus de monde. Avec une file d’attente composée de parfois 10 enfants, même la barbe à papa offerte n’a pas eu plus de succès que l’animation proposée par Jhona, un passionné de graff et de la culture hip-hop depuis sa jeunesse. Avec lui, une douzaine d’aérosols, un carton de masque et de gants proposés aux enfants qui ont eu la lourde tâche de remplir la fresque qui met à l’honneur leur quartier.

    Une expérience originale

    Un atelier éducatif qui pour Jhona, va plus loin que ça : « Personnellement j’ai appris le graff dans la rue donc je trouve ça important d’à mon tour faire partager cet art aux petits. C’est une discipline qui s’est développée je trouve, elle reste à la mode car elle représente un paradoxe : elle est à la fois éphémère et elle traverse le temps ». À la fin de chaque passage, le même son de cloche retentit : « C’était sympa mais un peu dur », lance un gamin à l’issue de sa session. Une œuvre qui, malgré la présence d’un fort vent et d’une petite pluie, s’est remplie en l’espace d’une trentaine de minutes avec un rendu unique qui a amené un sourire et une belle expérience sur tous les visages.