À Toulon, mobilisation générale de la CGT contre la militarisation des esprits

À quelques centaines de mètres seulement du salon feutré du Palais des Sports, où l’on vend à la jeunesse une fiction fondée sur l’idée d’une guerre propre et des métiers qui s’y rattachent (lire ci-dessous), la CGT proposait, jeudi matin sur la place d’Armes, une solide grille de lecture pour décrypter la réalité.

Et, pour commencer, mettait en lumière la militarisation des esprits, qui touche toutes les couches de la société. En particulier les élèves et les personnes privées d’emploi : aux premiers, on présente un avenir soi-disant porteur de sens (lequel ?) ; aux secondes, une alternative présentée comme presque incontournable. Des cibles parfaitement assumées par les pouvoirs publics.

En témoigne la conférence programmée au mois de mars dans un collège de Saint-Maximin, destinée aux élèves de 3e dans le cadre des « classes défense » et animée par David Harari, ingénieur franco-israélien surnommé « le père des drones ». Un choix explosif dans le contexte géopolitique actuel, souligne Richard Roméo-Giberti, secrétaire général de l’Union départementale de la CGT du Var. Il rappelle que « les drones militaires sont au cœur de conflits, notamment à Gaza, où des dizaines de milliers de civils – dont plus de 21 000 enfants – ont été tués depuis le 7 octobre 2023 ». Un problème qui ne semble pas avoir préoccupé l’Académie qui, alertée, a décidé de maintenir la séance.

Elodie Hernandez, de la CGT Educ’action, a insisté sur le fait que « les élèves de 14 ans ne disposent pas des outils critiques nécessaires pour appréhender le droit international, les frappes à distance, l’automatisation des décisions létales, la responsabilité juridique et les enjeux géopolitiques ». Et que « la mission de l’École est de former des citoyens éclairés, pas d’exposer des adolescents à des discours susceptibles de banaliser des outils de guerre ».

Le combat pour la paix

Pour Gérard Ré, membre du bureau confédéral de la CGT, « le contexte est inquiétant, avec les rapports qui soulignent qu’en 2024, 230 000 personnes sont mortes dans le monde par la guerre et qu’une personne sur dix est touchée par des conflits de toute nature ». En parallèle, on est face à « un état de conflictualisation généralisée du monde qui fait l’intérêt des entreprises de l’armement ». Il rappelle qu’« en 5 ans, les profits ont augmenté pour elles de 285% ».

Un cynisme assumé, selon le responsable syndical, à travers des opportunités d’exportation encouragées par le pouvoir politique français, alors que des vies humaines sont en jeu.

L’occasion de rappeler que « le 1er-Mai est aussi une journée de lutte pour la paix et la solidarité internationale des travailleurs. ça prend tout son sens dans le contexte actuel. Ce n’est pas pour rien qu’il est attaqué par le gouvernement et par l’extrême droite ».

Le responsable confédéral rappelle que la CGT a toujours mené cette bataille « parce qu’il ne peut pas y avoir de progrès social s’il n’y a pas de paix ». Puisque les augmentations des budgets de l’armée se font au détriment de ceux, par exemple, de l’éducation et des hôpitaux.

à ses côtés, Patrice Kantarjian, secrétaire du comité régional CGT Paca, précise : « Pour autant, on n’est pas contre la défense, mais une défense souveraine, avec des entreprises qui reviennent dans le giron de l’État, qui échappent à la spéculation guerrière, parce qu’aujourd’hui, ce ne sont que des entreprises privées qui se font du fric sur la mort des gens. » Il poursuit : « Qu’un pays soit souverain et assure sa défense, ça nous semble logique. Sauf qu’aujourd’hui, on vient expliquer à nos enfants, aux élèves de la région, qu’ils ont des opportunités professionnelles en s’engageant, y compris militairement, pour aller risquer leur vie sur des champs de bataille à l’étranger. » Pas vraiment l’avenir que l’on souhaite pour la jeunesse, insiste-t-il, alors qu’« elle a besoin d’un avenir de fraternité et de coopération ».

« De la naissance à la mort, ils ont un projet, nous aussi, et vous vous doutez que c’est pas le même », scande à la tribune Richard Roméo-Giberti, qui rappelle les 413 milliards d’euros de la Loi de programmation militaire et les 800 milliards du plan européen pour réarmer l’UE. « Un milliard en billet de 100 euros, c’est une pile de 1 km. Ils ont le trajet Cherbourg-Toulon en billet de 100 euros à se partager. » Une manne qui, souligne-t-il, n’est évidemment pas destinée à être réduite par celles et ceux qui en bénéficient, pas plus qu’elle ne sera redirigée vers le progrès social.

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